ET SPONTANÉITÉ MORBIDE
l’ont établie dans la situation la plus salubre, en pleine campagne : le siège est commencé , le travail de tranchée est en train, etc. Tout à coup un cas de typhus se déclare, puis deux, trois... et c’est une épidémie 1 Que s’est-il passé?
Les. médecins ont invoqué les fatigues, les intempéries, la mauvaise nourriture, les privations, l’encombrement, les influences morales et débilitantes qui créent la misère physiologique de l’organisme. Les médecins avaient raison; vous le comprendrez mieux tout à l’heure. Je sais bien que l’on trouve l’explication surannée : c’est bon pour la médecine d’autrefois! le microbe qui, blotti dans un coin, guettait l’occasion favorable, lui suffit; mais il ne s’aperçoit pasqu’il est également nécessaire de faire intervenir certaines influences , la misèr-e , T affaiblissement des corps; bref, une préparation! Cependant, ni tous ne sont frappés, ni tous ne meurent, quoique la cause de contagion et d’infection qui n’existait pas soit produite et multipliée. Le microbe, qui a maintenant beau jeu , devrait frapper indistinctement ; car les sujets sont de même race et dans les mêmes conditions. Et ce n’est pas tout : cette armée , même en marche pendant l’hiver, alors que les microbes sont moins aptes à entrer en action, verra éclater des cas de variole, sans cause apparente , car il n’v avait d’épidémie de variole ni au départ ni dans les contrées envahies. Comment expliquer ces phénomènes?
Dans les épidémies de fièvre typhoïde , de variole , de choléra, etc., il y a ce que M. Jules Guérin appelle les formes ébauchées , la période prodromique , bref, l’incubation de la maladie; il y a les formes bénignes et les graves; il y a les cas qui se terminent par la mort, d’autres par la guérison. Pourquoi cela dans le. système des parasitâtes? Si le microbe est la cause primitive du mal , il est dans le corps, dès le début de la maladie , des uns comme des autres avant toute lésion, et rien ne l’empêche de s’y développer. Or, d’une part, M. T. R. Lewis assure que le changement spécifique des liquides du corps se fait avant qu’on puisse découvrir la moindre trace de vibrioniens (1).
D’autre part, dans la fièvre typhoïde, on ne découvre de (I) Dictionnaire encyc. sc. méd., art. Germes.
SPONTANÉITÉ MORUIDE
microzymas évolués , de vrais bactériens dans aucune partie du corps , durant les premiers jours de l’invasion de la maladie; ensuite, on en trouve d’abord dans la profondeur des glandes de l’intestin. C’est là que l’évolution bactérienne des microzymas commence. La dyscrasie produite s’étendant, on en découvre ensuite dans différents centres; les bactéries n’apparaissent dans la rate que vers le quinzième jour. Et je vous ai déjà dit qu’on finit par en trouver aussi dans certains points du système nerveux.
M. Bouchard a montré que dans diverses maladies les reins étaient à leur tour atteints. La néphrite produite est immanquablement accompagnée d’une régression cellulaire avec développement de bactéries que l’on peut trouver dans les urines. Sur vingt et un typhiques atteints de néphrite infectieuse, neuf ont succombé, et sur ces neuf, toutes les fois que l’autopsie a été faite, eile a révélé la présence de bactéries bacillaires dans le tissu rénal et démontré les lésions épithéliales particulières aux néphrites transitoires (1). L’une des observations de M. Bouchard est particulièrement intéressante. Il s’agit d’une néphrite consécutive à une ostéomyélite.
U ostéomyélite procède de l’inflammation de la moelle des os. Sa marche est effroyablement rapide, envahissant l’épiphyse, perforant le cartilage, développant une arthrite purulente et se propageant à l’os voisin. Le pus de l'ostéomyélite contient le plus souvent des microzymas associés en foule , que M. Pasteur a considérés comme le microbe spécifique de la maladie. Mais M. Bouchard a trouvé que celle-ci est compliquée de néphrites avec développement de bâtonnets et les mêmes désordres que dans la fièvre typhoïde (2). Dans le système parasitiste, il y aurait donc un microbe spécial pour l’ostéomyélite, un autre pour la néphrite danslamême maladie. La vérité est que la dyscrasie produite par l’ostéomyélite a amené l’évolution morbide des microzymas de certains éléments du tissu rénal, et l’évolution bactérienne corrélative des mêmes microzymas.
(1) Ch. Bouchard , Des néphrites infectieuses. International medical •Congress. Vol. I, p. 346.
' (2) Ibid.