LA MALADIE SUPPOSE
le terrain favorable au développement du parasite; celui-ci aggrave la situation de deux manières : en s’appropriant les substances élaborées par l’animal à son profit et en produisant par son activité transformatrice propre une dyscrasie qui s’ajoute à celle que la maladie avait produite. Les iluides de l’animal étant autres, ils deviennent , ainsique s’exprimait Bichat , des excitants contre nature des solides , c’est-à-dire des microzymas ; une nouvelle morbidité en est la conséquence, et l’animal succombe à tant d’efforts réunis.
N’est susceptible de maladie que ce qui est organisé et doué de vie. Cette proposition, il convient de la répéter en ce moment. Le parasitistc qui s’imagine qu’un parasite appelé microbe est primitivement cause de maladie, est tenu de nous dire à quoi il communique la maladie , de quoi il est un excitant contre nature? Car, encore une fois, une matière qui n’est douée que de propriétés physico-chimiques (la bière et le vin, par exemple, qui, selon M. Pasteur, peuvent devenir malades par un microbe ) ne peut pas plus devenir malade et souffrir qu’elle n’est capable de sentir, de vouloir, etc.
Normalement, les microzymas, devenus libres par la régression des cellules ou la dissociation d’un tissu, ne sont pas morbides; ils sont sains comme la cellule elle-même. Les microzymas d’une glande peuvent être morbides sans que ceux d’une autre glande le soient. Lorsque la médecine localise une affection, on peut, presque à coup sur, prédire qu’une altération tissulaire correspondante se produira , plus ou moins rapidement, avec la durée et le progrès de la
ils ne vivent pas à nos dépens , ils vivent pour nous. S’ils n’étaient pas là, les phénomènes respiratoires et de nutrition s’arrêteraient. Ils ne sont donc pas des ennemis. Or les parasites se nourrissent de substances élaborées sous l’influence de la vie et produits en vue de la nutrition de l’être qui les produit. Les parasites les détournent de leur destination normale. Le parasite produira toujours un phénomène anormal : le parasite est un être indépendant de l’animal qui le porte; il ne lui est associé qu’accidentellement , il est toujours nuisible, et c’est par cette notion que le parasitisme rentre dans le domaine médical. i
M. Ch. Robin, si compétent en la matière, a toujours soutenu que la présence des parasites microphytes n’e3t qu’une complication prise pour la cause ; la multiplication de ces végétaux microscopiques est un épiphénomène et non la cause déterminante spécifique même.
LA VIE ET L'onGAMSATION
maladie. C’est ainsi que l’on voit des microzymas libres ou plus ou moins évolués dans les maladies du foie , des reins, du sang, de la rate, de la peau, de la muqueuse vésicale , etc. On prend invariablement ces microzymas pour des parasites, et ils peuvent quelquefois n’être pas même morbides. La spécificité fonctionnelle physiologique des microzymas , dans les tissus et cellules homologues, explique la spécificité morbide correspondante ; elle l’explique si bien que , d’après les observations de M. Duboué , ce sont les microzymas des centres nerveux qui deviennent rabiques. Dans une cicatrice apoplectique du cerveau, M. \irchow a constaté, dans des globules rouges du sang en voie de décoloration , la présence de granulations. Un parasitiste, comme M. Pasteur, aurait considéré ces granulations comme étant des parasites ayant envahi les globules. Que dis-je, ils ont vraiment regardé comme étant des parasites ces microzymas libres ou plus ou moins évolués, disant qu’ils ont pénétré du dehors dans la cellule, dans un tissu , dans le sang, pour les détruire !
Mais, je le répète, en aucune circonstance la preuve directe n’a été fournie qu’une des maladies que les parasitistes affirment être parasitaire a été déterminée par un parasite ayant pénétré spontanément de l’extérieur dans le corps de l’animal malade. Même lorsqu’ils inoculent directement un microzyma isolé ou plus ou moins évolué, ils n’ont jamais démontré que c’est l’objet inoculé qui se multiplie dans le corps et qui l’envahit en colonies, comme ils disent. Ils ne fournissent qu’une apparence de preuve, lorsque dans certaines circonstances ils provoquent, chez un animal donné , une maladie semblable à celle du sujet auquel ils ont emprunté le prétendu parasite : mais au fond , cette preuve ne repose que sur un cercle vicieux, ainsi que le démontrent les faits de la présente Conférence, entre autres ceux où l’inoculation a amené quelque désordre ou affection différents de ceux qui avaient été constatés chez le sujet auquel on avait emprunté la matière à inoculer. Il va môme des circonstances dans lesquelles non seulement on ne prouve pas que c’est ce qu’on inocule qui se multiplie, mais où l’organisme que l’on croit le fruit d’une multipli-
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DYSCRAS1ES NATURELLES
cation, est tout autre que celui qui a été inoculé. Reportezvous à ce que je vous ai dit des expériences de Davaine concernant les inoculations de bactéries à des végétaux (1).
Application de la notion des dyscrasies naturelles et provoquées à la spontanéité morbide. Considérons d’abord ce qui se passe dans les opérations chirurgicales sous-cutanées, telles que les pratique M. Jules Guérin; dans les réunions immédiates , telles que Delpech les pratiquait. Il y a là traumatisme et ouverture pour l’introduction des microbes. Pourtant la guérison a lieu sans suppuration. C’est que les microzymas devenus libres sont dans une situation aussi physiologique que le traumatisme le permet; dans ce cas, c’est leur fonction histogénique qui prédominé, parce que la circulation enlève et élimine à mesure les produits qui pourraient devenir dyscrasiques sous leur influence. Il n’en est évidemment pas de même dans les réunions joar seconde intention pu dans la cicatrisation des plaies en surface : là les microzymas produisent du pus et peuvent évoluer. Mais ces microzymas, si l’opéré est physiologiquement sain et a été convenablement préparé et disposé pour l’opération, ne sont pas morbides pour l’individu, et la plaie guérit. 11 en peut être autrement, nous verrons pourquoi.
D’autre part , voici une armée assiégeante ; elle est composée d’hommes généralement jeunes et robustes et, la plupart, pleins d’entrain; des chefs etdes médecins éclairés
(1) M. Signol (Comptes-rendus , t. LXXXI , p. 11 IC) a fait des expériences sur l’état virulent du sang de chevaux sains , morts assommés ou asphyxiés par les gaz de la combustion du charbon de bois. Le sang des animaux morts ainsi ne possède une certaine nocuité qu’après un temps suffisant. Entre six heures et demie et neuf heures et demie après la mort, même sous l’influence d’une température élevée, il ne produit pas la mort. Mais après seize heures au moins il devient virulent; inoculé à la dose de quatre-vingts gouttes à des chèvres et à des moutons, il est rapidement mortel. Ce sang n’a aucun des caractères de la putridité et contient en abondance des bacléridies caractérisées par la dimension et l’immobilité. Quand il provient du cheval asphyxié, les globules sont devenus agglutinatifs comme dans le sang de rate. « Cependant, à la suite des inoculations, les bactéridies n’ont point pullulé chez les animaux soumis à l’expérience. » Il y a aussi des différences entre le sang des veines profondes et des superficielles !