XIII. — Note à la page
Observations stir la conummicalion faite par M. Pasteur, le 7 octobre 1872, par MM A. Bechamp et A. Estor. (Comptes-rendus , t. LXXV, p. 1523.)
RÉPONSES A M. PASTEUR
M. Pasteur annonçait à l’Académie, le 7 octobre dernier, des ■ expériences nouvelles sur le rôle des cellules, en général , considérées comme agents de fermentation dans certaines circonstances.
Les conclusions principales de sa communication sont les suivantes :
1° Tous les êtres sont des ferments dans certaines conditions de leur vie, car il n’en est pas chez lesquels on ne puisse momentanément suspendre l’action de l’oxygène libre ; 2° la cellule ne meurt pas en même temps que l’être ou l’organe dont cette cellule fait partie ; 3° M. Pasteur pressent , par des résultats déjà obtenus , qu’une voie nouvelle est ouverte à la physiologie et à la pathologie médicales.
Tout être , ou plutôt un organe dans cet être , ou dans cet organe , un ensemble de cellules, peuvent se comporter comme des ferments. Celte proposition, nous l’avons émise et expérimentalement démontrée depuis longtemps , et nous avons de plus fait voir les parties qui , dans la cellule , dans l’organe ou dans l’être , étaient vraiment actives et comme impérissables. L’œuf, M. Béchamp l’a démontré, abstraction faite de ce qui sera l’embryon , ne contient rien d’organisé que les microzymas ; tout dans l’œuf, au point de vue chimique, sera nécessairement l’œuvre des microzymas; que dans cet œuf l’ordre soit troublé par de violentes secousses, que se passe-t-il? Les substances albuminoïdes et les corps gras restent inaltérés, le sucre et les matières glucogènes disparaissent , et à leur place, on trouve de l’alcool, de l’acide acétique et de l’acide butyrique; il s’est passé là une fermentation parfaitement caractérisée. Voilà la fonction des microzymas de l’œuf. Dans l’être en puissance, il existe donc déjà des microzymas, des microphytes ferments, qui sont les agents et la cause de tous les phénomènes observés (i).
Et quand l’œuf d’oiseau aura accompli sa fonction , qui est de donner un oiseau, les microzymas auront-ils disparu? Non; on peut les suivre dans tous les éléments histologiques (2). Ils préexistent, on les retrouve pendant le fonctionnement et la vie de ses éléments ; on les retrouvera encore après la mort : les tissus ne vivent que par eux.
La partie des êtres organisés essentiellement vivante et active , disent les physiologistes, est le protoplasma granuleux. Nous avons fait un pas de plus, et nous disons : ce sont les granulations moléculaires du protoplasma; et, tandis que leur énoncé est une sorte de vue de l’esprit , nous donnons à nos conclusions les preuves expérimentales les plus variées, les plus positives. Bichat consi-
(1) Sur la fermentation alcoolique et acétique spontanée des œufs. Comptes-rendus , t. LXVII, p. 523.
(2) Du rôle des microzymas pendant le développement embryonnaire. Comptes-rendus, octobre 1872.
APPENDICE
dérail les tissus comme les éléments du corps des animaux supérieurs; avec le secours du microscope, on a découvert des particules ténues bien délimitées, des cellules ; on les a regardées à leur tour comme des parties élémentaires, comme le dernier terme de l’analyse, comme une sorte de molécule vivante.
Nous avons dit à notre tour : la cellule est un agrégat d’un nombre infini de petits êtres, ayant une vie indépendante, une histoire naturelle à part. Cette histoire naturelle nous l’avons faite toute entière. Nous avons vu les microzymas des cellules animales s’associer deux à deux ou en plus grand nombre, s’allonger jusqu’à devenir des bactéries ou même des bactéridies (1). Nous avons même vu des bactéridies très longues (sorte de mycélium), un peu plus larges, et, dans les tubes qu’elles représentaient, des granulations qui n’attendaient qu’un milieu favorable pour renouveler la série des phénomènes observés. Et pendant toute cette évolution, nous avons démontré que les microzymas sont personnellement des ferments (2).
Nous avons ensuite étudié le rôle de ces microphvtes ferments en physiologie, en pathologie et après la mort. Nous avons d’abord constaté leur importance dans le fonctionnement des appareils sécréteurs (3), et ce fonctionnement n’est, après tout, qu’un mode particulier de la nutrition. Nous les avons considérés comme facteurs de cellules (4) ; nous les avons vus destinés à donner la clef des difficultés qui séparent les deux théories les plus célèbres du développement des tissus.
Nous avons proclamé aussi Importance des microzymas en pathologie :
Dans la fièvre typhoïde, disions-nous en 1869, dans la gangrène, dans les maladies charbonneuses, l’existence des bactéries a été constatée dans les tissus et dans le sang, et l’on était fort disposé à voir là un fait de parasitisme ordinaire. Il est évident, d’après ce que nous avons dit, qu’au lieu de soutenir que l’affection a eu pour origine et pour cause l’introduction dans l’organisme et l’action consécutive des germes étrangers , on doit affirmer qu’on n’a eu affaire qu’à une déviation de fonctionnement des microzymas, déviation indiquée par le changement qui s’est opéré dans leur forme (3)....
(1) Particulièrement : de l’origine et du développement des bactéries. Comptes-rendus, t. LXVI, p. 859.
(2) Voyez surtout : de la fermentation de l’alcool par les microzymas du foie. Comptes-rendus, t. LXV1II, p. 1567.
(3) Sur la nature et les fonctions des microzymas du foie. Comptesrendus, t. LXVI, p. 421.
(4) De la nature de la fibrine. Comptes-rendus, t. LXIX, p. 713; Des globules du sang. Comptes-rendus, t. LXX, p. 26 ü.
(5) Congrès médical de Montpellier 1869. Montpellier médical, janvier 1870.
RÉPONSES A M. PASTEUR
Le 3 mai i 870, M. Béchamp lisait un Mémoire devant l’Académie de médecine touchant non seulement à la pathologie en général, mais à la médecine pratique elle-même (1). Tous les travaux modernes sur la contagion et les virus sont sans fondement en dehors de la doctrine des microzymas.
Après la mort, disions-nous encore au Congrès médical de Montpellier en 1869, il faut que la matière revienne à son état primitif, car elle n’a été prêtée que pour un temps à l’ètre organisé vivant. On a fait, dans ces derniers temps, jouer un rôle excessif auxgermes apportés par l’air; l’air peut en apporter, en effet, mais ils ne sont pas nécessaires. Les microzymas à l’état de bactérie suffisent pour assurer, par la putréfaction, le mouvement circulaire de la matière.
4° Nous avons donc démontré, depuis longtemps, non seulement que les cellules peuvent se comporter comme des ferments, mais quelles sont en elles les parties qui jouent ce rôle, 2° « la cellule, dit-on, ne meurt pas en même temps que l’être ou que l’organe dont cette cellule fait partie. » Cette proposition est mal formulée : la cellule meurt assez vite, si l’on considère comme cellule l’enveloppe extérieure et même le noyau. On sait qu’il est impossible de faire de l’histologie avec un cadavre, bien capable de fermentations variées ; quelques heures après la mort, il est quelquefois impossible de retrouver une cellule épithéliale intacte. Ce qu’il faut dire, c’est que la cellule ne meurt pas toute entière ; nous l’avons depuis longtemps prouvé, en élevant les parties qui survivent en elles ; 3° M. Pasteur pressent qu’une voie nouvelle est ouverte à la physiologie. En 4869, nous écrivions, comme conclusion de tous nos travaux antérieurs: « l’être vivant rempli de microzymas porte donc en lui-même avec ces microphytes ferments, les éléments essentiels de la vie, de la maladie, de la mort et de la destruction totale. » Celte nouvelle voie, nous ne l’avons donc pas seulement pressentie, nous l’avons vraiment ouverte depuis des années et hardiment parcourue.
Observations au sujet de trois Notes communiquées dans les dernières séances par MM. Béchamp et Estor ; par M. Pasteur, 9 décembre 4872.
« J ai lu avec attention ces trois Notes, ou réclamations de priorité. Je n y ai trouvé que des appréciations dont je me crois autorisé à contester 1 exactitude, et des théories dont je laisse à leur auteur la responsabilité. Plus tard, et à loisir, je justifierai ce jugement. »
MM. Béchamp et Estor transmettent, au sujet des observations présentées parM. Pasteur (séance du 9 décembre), la note suivante , (Comptes-rendus, t, LXXV, p. 4834.)
Nous prions 1 Académie de nous permettre de constater que les observations insérées au nom de M. Béchamp et aux nôtres (pages 1284, 4549 et 4523) sont restées, au fond, sans réponse.
(1) Séance de l’Académie de médecine, 3 mai 1870.