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LES MICRO ZYMAS DE LA CRAIE

contrer, sont capables d’intervertir le sucre de canne. Fait important dont nous aurons à tenir compte par la suite.

Dans le cours de mes études sur l’interversion du sucre de canne , parmi les sels que j’employais , j’en vins h prendre du carbonate de chaux, et comme tous les chimistes, comme M. Berthelot, par exemple , je mettais de la craie. Or il se trouva, le plus souvent, que , malgré la créosote , le sucre s’intervertissait. Le fait me parut si étrange et tellement en désaccord avec l’ensemble des faits connus , que je ne publiais pas, en 1857, les expériences avec la craie.

Or , en examinant au microscope la craie que j’employais ( c’était la craie du- commerce , qu’on appelle blanc d’Espagne , blanc de Meudon ) , j’y découvrais invariablement les mêmes petits corps que j’avais notés dans mes autres expériences. J’ai mis plusieurs années à me convaincre moi-même que les petits corps de la craie étaient des ferments, par conséquent organisés et vivants. Qu’il me suffise de vous dire que c’est pour les avoir vus au microscope , les avoir analysés et prouvé leur fonction de ferment que j’en vins à leur donner le nom de microzyma. La première mention en a été faite à l’Académie des sciences et lettres de Montpellier, en 1864, et le Mémoire en a été publié à l’Académie des sciences, en 1866, neuf années après le Mémoire sur l’interversion de l’eau sucrée par les moisissures (1). C’est dans cette Note que je fais mention de leur existence dans les terres cultivées , dans certaines eaux minérales , dans les fermentations , dans les dépôts des vins, et que je les rapproche des molécules qui sont dites animées du mouvement brownien. Comme nous le verrons plus loin, dès 1865, je les signalais dans le lait, les rapprochant de ceux de la craie.

Il importe de vous mettre en garde contre l’objection relative aux germes de l’air. On vous soutiendra que les faits que j’ai observés doivent être attribués à ces germes. Ceux qui, comme M. Pasteur et ses adeptes, me

(1) Comptes-rendus, t. LXIII , p. 451 (1866). On trouvera ce Mémoire aux pièces justificatives. Il est aussi fait mention des organismes de la craie dans une lettre à M. Dumas, en 18G5.

font cette objection, savent parfaitement bien que je l'ai écartée dès le début de mes recherches. J’ai tenu compte , non seulement de l’intervention possible de ces germes, mais j’ai fait un travail spécial pour démontrer que les microzymas atmosphériques, dans certains milieux , sont doués des mêmes fonctions et des mêmes aptitudes chimiques et évolutives que ceux de la craie. J’avais donc d’avance répondu à ces objections. J’y ai encore répondu en démontrant que d’autres calcaires sont doués des mêmes propriétés que la craie , parce que , comme elle, ils contiennent des microzymas ; mais qu’il y a aussi des calcaires qui, contenant des microzymas , ne jouissent pas des mêmes propriétés que la craie , en ce sens que , mis en contact avec la même matière transformable , ils n’en opèrent pas la fermentation : tel est, notamment, le tuf calcaire de Castelnau, près de Montpellier, lequel affleure la surface du sol (1). Il résulte de ces recherches que les microzymas composent la majeure partie, la très grande partie des corpuscules organisés de l’atmosphère, et que, selon les milieux où ils sont forcés de vivre, ils produisent les organismes que nous appelons ferments.

Mais avant la date de ces derniers travaux, je signalais déjà dans burine qui se putréfie , sans les nommer, les microzymas, sous le nom d e petits êtres mobiles (2). Il en est de même du vin : j’y signalais « clés petits êtres très mobiles, des granulations qui se' meuvent avec agilité , » comme cause de leur vieillissement et de leurs altérations (3).

C’est ainsi que j’en suis venu à m’occuper des granu-

(1) Voir, Pièces justificatives , A. Béchamp :

1° Sur les microzymas géologiques de diverses origines. — Comptesrendus, t. LXX, p. 914 (1870).

2° Sur le développement des ferments alcooliques et autres, dans des milieux fermentescibles, sans l’intervention directe des matières albuminoïdes. Comptes-rendus, t. 'LXXIV, p. HS (1872).

3° Sur la nature essentielle des corpuscules organisés de l’atmosphère, et sur la part qui leur revient dans les phénomènes de fermen- 1 tation. — Comptes-rendus, t. LXXIV, p. 629 (1872).

ï (2) Sur la fermentation de l’urine normale et sur les organismes divers qui sont capables de la provoquer. — Comptes-rendus, t. LXI , l p. 374 (1865).

(3) Sur la cause qui fait vieillir les vin. — Comptes-rendus, t. LXI, p. 408 (1865).

lations moléculaires des tissus et des cellules animaux , et à démontrer que certaines d’entre elles sont des organismes vivants du même ordre que les microzymas de l’air, de la craie, du vin et de l’urine.

S’il a été difficile de faire admettre comme démontré que les moisissures qui se développent dans l’eau sucrée sous l’influence des poussières atmosphériques (vous vous souvenez que le fait a été contesté d’abord par M. Maumené) sont la cause immédiate de l’interversion du sucre de canne , combien il a été plus difficile de faire leur place aux microzymas dans l’ordre des êtres organisés, je vous le donne à penser! Aujourd’hui la question est jugée : souvenez-vous que la meilleure démonstration qu’un fait est bien constaté, c’est qu’il se trouve quelqu’un pour s’en attribuer la découverte en lui donnant un autre nom. Oui , souvenez-vous et ayez cela présent à l’esprit dans tout le cours de ces conférences , afin de bien comprendre que ce que je vous dirai est l’expression , non pas d’un système , mais de la plus stricte réalité.

Essayons de faire comprendre que les microzymas sont des agents chimiques.

On doit admettre en principe qu’il n’y a pas d’action chimique sans cause provocatrice. Par exemple, rien n’est plus oxydable que l’hvdrogène, le phosphore, le fer : pour qu’ils brûlent dans l’oxygène le plus pur, il faut provoquer la combustion par une élévation suffisante de température; pour que l’alcool s’oxyde et produise l’aldéhyde et l’acide acétique, il faut l’influence mécanique du noir de platine agissant comme corps poreux, ou, comme M. Pasteur l’a prouvé , l’intervention d’un organisme qu’il appelle improprement mycoderma aceti. De même , pour qu’une substance fermentescible ou putrescible fermente ou se putréfie , il faut un ferment organisé : c’est ce qui résulte évidemment de mon Mémoire de 1857, et ce que, après moi, M. Pasteur a contribué à faire admettre. Dans ma thèse pour le doctorat en médecine, j’ai expliqué comment les globules rouges du sang étaient la cause pour laquelle , dans le sang , l’oxygène devient actif et comburant. Etces remarques font comprendre, à priori, que, sans la notion de structure , sans la notion de

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