‹ Les miettes de l'histoireChapitre 51 sur 62 · GOD SAVE THE QUE EX · texte numérisé non relu

GOD SAVE THE QUE EX

ports entre la population et les exilés s'envenimèrent de plus en plus. Bientôt la querelle n'attendit plus qu'une occasion.

Une des contradictions de ces insulaires sans rois, c'est d'être royalistes à outrance. Après cela, c'est peut-être parce qu'ils n'ont pas de rois ; on tient peut-être surtout aux rois des autres. Ils aiment peut-être la reine d'Angleterre de ne pas être leur reine, mais ils l'aiment rudement.

Je n'ai rien, pour ma part, contre la reine d'Angleterre; au contraire, je lui sais gré de deux choses.

D'abord, d'être une femme, c'est-à-dire une réponse vivante et irréfutable à ceux qui nient que les femmes soient les égales des hommes. Les femmes ne sont pas capables de gouverner leur dot, de choisir leurs représentants, d'être de l'Académie, mais elles sont capables de régner. Et elles ne régnent pas plus mal que les hommes. Je ne vois pas que l'Angleterre soit moins bien administrée que les monarchies mâles. Il est vrai que les reines ont des maris, mais la situation des maris des reines me paraît avoir été admirablement définie dans une lettre écrite de Madrid par madame Ristori à l'occasion d'un condamné dont elle avait demandé la grâce à Leurs Majestés : « La reine et le roi vinrent à moi avec la plus affable bonté. Je me jette à ses pieds, je prends ses mains, et je m'écrie : Madame !.. »

L'autre mérite de la reine d'Angleterre, c'est de

VJV LES MIETTES Uli L'HISTOIRE.

s'être fait chloroformer toutes les fois qu'elle est accouchée. Elle a donné aux médecins du passé le plus solennel démenti qu'ils puissent recevoir, car, si le chloroforme avait les dangers qu'ils disent, le gouvernement anglais laisserait-il sa reine s'y exposer?

Elle rend donc au progrès deux services : elle aide l'égalité et elle aide la science.

Les exilés de Jersey, — la question de droit absolu réservée, — étaient tous dans les mêmes sentiments que moi, et il ne semblait pas que l'orage pût venir de ce côté. Mais le malheur est que les Jersiais croient parler français.

Croyant le parler, ils croient qu'ils le savent. Cette erreur fut cause de tout.

Nous étions à Jersey depuis trois ans et quatre mois, quand il se passa quelque chose à Londres.

Un exilé qui n'habitait pas Jersey et qui n'y était même jamais venu, un écrivain de grande verve, Félix Pyat, publia, au sujet d'un voyage de la reine en France, une Lettre à la reine où il exprimait son opinion sur le moment politique. Il lut publiquement celte lettre dans un meeting nombreux, et la liberté anglaise trouva cela tout simple.

Page 1