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RÉCOMPENSE DU DEVOIR ACCOMPLI

L'incompatibilité d'humeurs religieuses se doubla donc de l'incompatibilité d'humeurs politiques. Gela aurait suffi à produire dans un temps donné la crise finale. Mais l'Angleterre était pressée. Elle intervint en personne.

Elle voulut d'abord isoler les réfugiés. Elle menaça les quelques amis qu'ils s'étaient faits. Le lieutenant-gouverneur, M. Love, qu'il ne faut pas confondre avec le Lowe de Sainte-Hélène, fit venir chez lui un vinglenier, Philippe Asplet, accusé de visiter et de recevoir les réfugiés, et lui demanda sévèrement s'il était vrai qu'il fût en relations avec de pareilles gens. Philippe Asplet répondit à Son Excellence qu'elle parlait de personnes qu'elle ne connaissait pas à quelqu'un qui les connaissait, et qui s'en honorait. La conversation s'anima, et, de vivacité en vivacité, le gouverneur en vint à inviter ce vingtenier incommode à lui remettre son bâton. A quoi Philippe Asplet répliqua qu'il tenait son bâton de Jersey et non de l'Angleterre, qu'il le rendrait à ses concitoyens à l'expiration de son mandat, et qu'il le rendrait intact et sans que personne eût marché dessus.

i6« LES MIETTES DE L'HISTOIRE.

Avant de sortir, il prévint le gouverneur qu'il allait immédiatement publier leur entrevue.

Il la raconta en effet tout entière dans une lettre qu'il écrivit à tous les journaux.

L'île ne bougea pas. Ça prouvait que ce n'était plus la Jersey jersiaise, puisqu'elle ne demandait pas la destitution du gouverneur, mais ça prouvait aussi que ce n'était pas encore la Jersey anglaise, puisqu'elle ne demandait pas la démission du vingtenier.

Cependant elle penchait plutôt vers l'Angleterre, car Philippe Asplet, qui, en même temps que vingtenier, était fabricant de savon, vit diminuer notablement le nombre de ses pratiques. Récompense ordinaire de ceux qui font leur devoir.

Ne pouvant défaire les amis des exilés, on leur faisait des ennemis. Des gens de toutes sortes s'employaient à cet estimable métier. Entre autres, un Français emplissait ce qu'il appelait son journal de tout ce qu'il pouvait ramasser de dénonciations, de calomnies et d'ordures au coin de la borne et de son esprit.

Grâce à ce «journaliste » et à ses pareils, les rap-

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