‹ Les MiettesChapitre 10 sur 14 · A MA SŒUR · texte numérisé non relu

A MA SŒUR

Seras-tu grande dame, en un salon doi-r, ^ D'allégresse et de fleurs le front toujoiu's paré; Assise :"i des banquets au milieu de convives Etincelant de soie et de perles massives ; Ou, joj'euse, entraînée au bras d'un cavalier. Aux épaulettes d'or, aux épei'ons d'acier, Tournoyant dans le bal. ])lus belle que la rose Sous les ti«'des rayons du printemps fraîche éclose? Puis, lasse, retirée au fond de ton boudoir. Après avoir joui de tes succès du soir. Dormant sur des divans ou de ])ourpre ou de soie Kt n'ouvrant tes rideaux qu'aux rayons de la joie?

Vois-tu briller l'éclat de la fleur d'oranger Que pose sur ton front quelque jeune étranger. Dont la voix sympathique, au fond de ta pensée Fait résonner tout bas le nom de fiancée: Et marchant aux rayons de la lune de miel. Le cœur tout palpitant, te conduit à l'autel ?

Jeiiue épouse plus tard, vois-tu parmi ses langes Sourire à tes baisers le plus joli des anges ?

1. niutile de dire que ces rêves ne sont que des fictions admises en poésie. On n'y doit voir qu'une idée générale exprimant cette antithèse : bonheur et misère.

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Ou, le ciel t'appelanl vers un destin plus beau, Un joui- marelierns-tu sur les pus de l'Agneau? Foulant aux pieds brocart, diamants et parure, Et livrant aux ciseaux ta blonde chevelure, Religieuse au cloître ou sœur de charité, Du maiiteau de l'amour couvrant la pauvreté ; Psalmodiant au chœur durant la sainte veille La louange du Dieu qui jour et nuit y veille ?

Seras-tu? Mais d'où vient cette étrange pâleur,

Ces pleurs, et sur ton front cette froide sueur ? Yois-tu dans l'avenir quelque spectre eilroyable Au geste menaçant, à la voix formidable ? Plus triste que la mort, serait-ce le Malheur De ses ongles de fer étouffant ton bonheur ? La pâle maladie éteindrait dans les larmes L'éclat de ton regard, ton sourire et tes charmes. Au fond d'un noir réduit, sans chaleur, ni soleil. Sans ami pour pleurer sur ton dernier sommeil !

Uh ! non. ne crains pas que l'heureuse et chaste étoile Qui luit sur ton matin vers le soir ne se voile, Et que de ton chemin les arbres et les fleurs Se changent en cyprès qu'arroseront tes pleurs.

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