DE MON PÈRE
" Pour être comme lui digne de tes aïeux,
" Et comme lui remplir une noble carrière,
" Etre grand citoyen et chrétien vertueux,
" Viens t'inspirer devant le portrait de ton père."
L'imiter fut depuis mon suprême désir, Et quand je fermerai mes yeux à la lumière. A Dieu je veux léguer mon dernier souvenir Et mon dernier l'egard au portrait de mon père.
19 fCT.-ier, ItbS.
C'H1.\S0> FOKESTIKUl::
Le tyjDe du Coureur des Bois, dont le baron de Saint- Castin est la ])lus remarquable personnification, est trop connu pour qu'il soit nécessaire d'en donner une esquisse. Le grand romancier américain, Fénimore Cooper, a exploité admirablement ce caractère original qu'il a dérobé à notre histoire , car le ty})e du Coureur des Bois appartient particulièrement à notre j^ays. où
il a pris naissance. Peut-Î'tre trouvera-t-on un reflet de cette existence étrange et aventiu^euse dans les couplets qui suivent :
J'ai voyagé toute ma vie Seul et sans me lasser jamais ; Je ne connais d'autre patrie Que les déserts et les forêts.
A ma famille, à mon village J'ai dit adieu depuis trente ans ; Jamais, durant ce long voyage, Je n'ai vu la face des blancs.
Ma carabine est ma compagne ; Je règne avec elle en tout lieu.
Dans la plaine et sur la montagne Je n'ai d'autre maître que Dieu.
On dit qu'une tribu guerrière, Jadis contia son destin Au grand chasseur qui fut mon père.
Dernier baron de Saint-Castin.
De rindien j'ai rinsouciaiice, L'ouïe et l'intrépidité ; Pareil mépi-is de l'existence, Pareil amour de liberté. . ,
Il n'est pas un souffle, un murmure.
Pas un frémissement des bois.
Pas un seul bruit de la nature.
Que ne puisse imiter ma voix.
Que sont les brillantes parures Dont s'enoi'gueillissent les rois A côté des ricbes fourrures Qui parent le Coureur des Bois ?
J'ai pour sceptre ma carabine.
Le dôme des cieux pour palais, Pour tapis j'ai la mousse fine. Pour trône, les monts des forêts.
Là-bas. au fond de la Prairie.
Les buffles paissent par troupeau ; Pour mon vêtement, pour ma vie Je n'ai qvi'à choisir les plus beaux.
Quand la neige des bois s'amasse, Qu'on enfonce jusqu'au genou, Je prends mes raquettes, je chasse L'oriffnal et le caribou.
Lorsque l'ombre du soir arrive.
Je me fais un lit de sapin.
Couche' pr~'s de la flamme vive, Je rC've et dors jusqu'au matin,
Au bruit des vents et des cascades Qui beuglent comme des taureaux Au grognement des ours nomades Qui vont boire dans les rui.^seaux.
Si je vois monter la boucane D'un camp sauvage à l'horizon, Je vais m'asseoir dans leur cabane Et partager leur venaison.
Au fond des bois, ou sur la plage, Quand mon cadavre dormira, Celui qui prend soin du Sauvage Sur mes os blanchis veillera.
Peut-être le missionnaire
Qui jDrèche au pauvre Indien la croix,
En passant dira sa prière
Pour l'a me du Coureur des Bois.
y décembre. 1869.
A MA SŒIÎR
Quand je te vois, ma sœur, rêveuse à ta fenêtre, Laissant flotter au gré de la brise du soir Tes blonds cheveux épars sur ton corsage noir, Songer à l'avenir, cet étrange peut-être Qui chaque heure du jour se dresse devant toi, Tantôt plein d'allégresse et tantôt plein d'eflroi. Je cherche alors à lire au fond de ta pensée Quelle empreinte l'espoir ou la crainte a laissée.