‹ Les miettes [microforme]Chapitre 12 sur 21 · CENT ANS · texte numérisé non relu

CENT ANS

Plus rare que l'épi laissé dans le sillon, Quand l’avare glaneuse a cueilli sa moisson : Ou que la grappe müre au cep abandonnée Pélerin du passé, le vieillard de cent ans

Est un hôte oublié sur la barque du temps.

De tous ses compagnons. victimes du naufrage, le] Ér

l'our dire leur trépas lui seul encor surnage.

Sa vie est une époque et plus qu'un monument :

Son nom de sicle en siecle est transmis à l'enfant.

Dans Athnes ravi, c'est le divin Hom°re ; Aveugle et mendiant, c’est le grand Bélisaire ; Dans les bras de Joseph, c’est Jacob expirant. Et l'étranger distrait, passant au cimetière. Sur une tombe lit avee étonnement:

“ Ci-git un centenaire.”

5 août, 1K6y.

A l'occasion d'une pièce de vers adressée à M. L. P. Lemay

O poëte exilé ! toi dont la lyre d'or Nous faisait tressaillir d'ivresse hier encor, Te voilà donc errant dans cette république

Dont les bras de géant écrasent l'Amérique !

Dans une heure d’ennui, de découragement, Tu dis en rejetant ton royal instrument :

À quoi sert cette lyre ? à quoi sert le génie ?

Un homme ne vit pas seulement d'harmonie.

Et l’on te vit partir et faire tes adieux

Au tombeau de ta mère, au sol de tes aïeux, À tous ces souvenirs si chers de la patrie Dont ton âme naguère était encor ravie.

Ta patrie était pauvre; et, victime du sort, 4 (

N'offrait qu'un peu de gloire, et tu voulais de l'or!

Hélas! elle n'est pas cette reine puissante Qui porte sur son front diadème étoilé.

Fille du peuple, c'est presqu'une mendiante

Qui n'a pour vétement qu'un drapeau déchiré.

à Pour tout bien notre amour, et son histoire pure. + Son histoire en grands traits féconde, mais obscure ; 1

Des froides régions une pale beauté

Qui n'a de charmes que sa sainte pauvreté,

Que de fois par ses chants ta mnse enchanteresse L- . ‘à Essuya de ses pleurs les douloureux sillons! ‘à

Plus on la méprisait, plus ta vive tendresse

Couvrait de riches fleurs ses glorieux haïllons.

Are ;

Ah! tu regretteras, un jour, barde éphémère, D'avoir abandonné les autels de ta mère.

Li-bas, tu trouveras peut-tre le bonheur:

[ci, c'était la gloire! ici, c'était l'honneur!

Troubadour indolent, tu ne fus pas de taille A combattre jusqu’à la tin de la bataille.

Au lieu d'aller te joindre à tant d'expatriés,

N'eût-il pas mieux valu mourir pauvre à ses pieds ?

Du moins sa douce main eût fermé ta paupière : Mais tu vas mourir seul sur la terre étrangère. Et le tertre inconnu du poète exilé

Par le pied des passants sera bientôt foule.

Seule ; viendra prier encore une ombre amie : Ce sera l'ange en deuil, l’ange de ta patrie.

12 novembre, 1869,

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