‹ Les miettes [microforme]Chapitre 6 sur 21 · CHANSON DES BOIS · texte numérisé non relu

CHANSON DES BOIS

La colonisation du Canada a donné naissance, dès les premiers temps, à un type exceptionnel, d’une rare originalité: c’est cette classe d'hommes qui, entrainés par les séductions de la vie des bois, abandonnaient la culture des champs pour se livrer à la vie nomade des Fauviges. S'aventurant avec eux dans leurs légères embarcations, ils remontaient les lacs et les fleuves, et bientôt devenaient anssi habiles à conduire le canot

d'écorce que les Sauvages eux-mémes.

Ils finissaient par se passionne: tellement pour cette vie d'indépendance et de dangers que re 10 nouvait plus le: en arracher. On en rencon're cicore de nos jours un bon nombre sur le limite: de la civilisation.

Noux avons eu occasion de nous faire conduire en not, il y à quelques années. par un de ces intrépides aventuriers, jusqu'aux source: du Saguenay, Sa dextérité à conduire son canot d'écorce était telle qu'il remontait les plus forts rapides de la rivière Chicoutimi. debout, une perche à ia main, dans son canot complètement chargé. Nous avons essayé de traduire, dans la chanson suivante, quelque chose de cette existence

originale.

Assis dans mon canot d'écorce, Prompt comme la fiéche ou le vent.

Seul. je brave toute la force

Des rapides du Saint-Laurent,

C'est mon compagnon de voyage ; Et quand la clarté du jour fuit.

Je le renverse sur la plage :

C'est ma cabane pour la nuit,

ette

rait nos on,

el des

té-

Ses flancs sont faits d'écorces tines.

Que je prends sur le bouleau biance;. :

Les “outures sont de racines,.

Et les avirons de. bois franc. .:

Sur les rapides je le lance Parmi l'écume et les bouillons ; Si vite il bondit et s'avance

Qu'il ne laisse pas de sillons,

Près de mon ombre, son image

l'oujours m'apparait sur les eaux...

Et quand il faut faire portage,

Je le transporte sur mon dos,

Le laboureur à sa charrue, Le chasseur son fusil, son chien,

L'aisle a ses ongles et sa vue:

Moi, mon canot, c'est tout mon bien.

Mon existence est vagabonde :

Je suis le Juif-Errant des eaux ;

Mais en jouissance elle abonde ;

Les villages sont des tombeaux.

J'ai parcouru toutes les plages

Des grands lacs et du Saint-Laurent : j Je connais leurs tribus sauvages !

Et leur langage différent, j J'ai vu plus d'un guerrier farouche | Scalper ses prisonniers mourants, | Et du bûcher l’ardente couche Consumer leurs membres sanglants, j

J'étais enfant quand ja flottille !

Des Montagnais vint m’enlever. :

Je ne verrai plus ma famille ; { Ma mère est morte à me pleurer ! À Quand viendra mon dernier voyage, 1

Si je ne meurs au fond du flot, Sur ma tombe, près du rivage,

Vous renverserez mon canot,

ler juin, 1869.

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