‹ Les migrations aqueuses dans l'organisme humainChapitre 58 sur 110 · L — CYCLE MENSTRUEL · texte numérisé non relu

L — CYCLE MENSTRUEL

L'existence de variations de l'équilibre hydrique est bien connue au cours du cycle menstruel. Dans les jours qui précèdent les règles s’observe une rétention aqueuse même en dehors de toute manifestation pathologique.

DOoNNÉES CLINIQUES :

1° Variations pondérales. —— La femme subit fréquemment des fluctuations de poids, rythmées par les règles, autour d’un poids moyen qui ne varie pas. La courbe pondérale s'élève de 206 à 600 grammes dans les dix jours qui précèdent les règles puis s’abaisse pendant toute la durée de celles-ci.

Plusieurs auteurs ont apporté sur ce point des constatations précises : SWEENEY note chez 42 filles bien portantes une proportion de 30

« d'augmentation pondérale nette

(3 livres au moins) avant les règles. OKEY et STEWART font des constatations analogues sur 20 étudiantes suivies pendant un mois et observent, dès que commence la menstruation, une baisse rapide du poids. .

Tor et NEL50N, chez 50 femmes normales, observent dans un cas sur deux un gain prémenstruél de 1 kilogr. ou davantage; celui-ci est reperdu en général pendant les règles mêmes ou dans les quatre à cinq: jours suivants (5:70):

Enfin, THORN et ANDERSON, étudiant 24 femmes à la chambre calorimétrique, ont établi ces faits dans des conditions expérimentales rigoureuses : ils ont en outre montré que l’augmentation du poids $’accompagne d’une rétention hydrochlorurée alors que la période postmenstruelle comporte un accroissement des éliminations urinaires.

Des faits semblables sont observés par DELAY et CORTEEL (1945).

2° L'épreuve de l’eau de VAQUEZ et COTTET témoigne de variations aqueuses (ATKINSON et Ivy).

Dans la période prémenstruelle, l’importance de la diurèse ne s'accroît pas parallèlement aux ingestions d’eau. L’épreuve est.au contraire normale après les règles.

3° L’œdème mensiruel. — A l’état pathologique, ces phénomènes peuvent s’exagérer et déterminer de véritables œædèmes; la réalité clinique de ces faits s'affirme dans de nombreuses observations. Les premiers cas décrits par THo- MAS (1933) concernant deux femmes qui, à chaque période pré-menstruelle, présentaient des œdèmes diffus avec une augmentation pondérale de 4 à 6 kilogr., des céphalées violentes et une oligurie. L'apparition des règles était marquée par une débacle urinaire importante qui atteignait parfois 4500 em le premier jour. Dans l’un des cas, la guérison fut obtenue par des injections d’une hormone à activité gonadotrope de provenance urinaire. L'auteur invoque la possibilité d’un hyperfonctionnement posthypophysaire à l’origine de ces troubles qui réaliseraient ainsi un syndrome inverse du diabète insipide.

Sy

SWEENEY, AÂTKINSON et IVY, CACHERA, SCHÉRRER et GERBAUX ont observé des œdèmes semblables. Comme le remärque VIGNES, il s’agit souvent plutôt d’une turgescence des tiscus que d’un œdème véritable. Toutefois, ils réalisent parfois des œdèmes mous gardant le godet localisés aux membres inférieurs, plus rarement généralisés.

La périodicité de ces œdèmes est leur caractère majeur; apparaissant et augmentant progressivement à partir du milieu du cycle, ils disparaissent rapidement dès l’installation des règles.

La première apparition a lieu parfois dès la puberté (ATKINSON et Ivy), parfois au cours d’une grossesse (Ca- CHERA). Ce syndrome hydropigène peut s'installer périodiquement même en période d'aménorrhée : telle une malade de GATÉ et ROUS3ET qui chaque mois présentait des œdè. mes de la face. CACHERA remarque en outre que le caractère franchement régressif finit par s’estomper; après quelques années, des œdèmes permanents se constituent avec cependant des recrudescences périodiques nettes.

DonNNÉES BIOLOGIQUES :

La réalité de ces mouvements agueux a été vérifiée et précisée au cours de ces dernières années.

Depuis assez longtemps déjà avait été démontrée l’existence d’une rétention d’eau et de chlorures au cours de toute menstruation. C’est ainsi que STEPHAN MoOLar avait noté avant les règles une augmentation du chlore sanguin. Parallèlement, le taux des protéines s’abaissait, témoignant d’un certain état de dilution sanguïne.

De même, des anomalies portant sur le métabolisme lipi- dique avaient été révélées : le taux du cholestérol sanguin, élevé avant les règles, marque une chute brutale la veille de celles-ci pour remonter dès leur installation (KAUFMANN et MUHLBOCK ).

Maïs ces diverses constatations ne rendent pas compte de l'ampleur des mouvements aqueux ni de létat de répartition hydrique au cours des diverses phases du cycle mens-

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truel. L° équilibre entre les divers compartiments liquidiens

n’est pas invariable comme le laissaient supposer les résultats expérimentaux de FRIEDLANDER, LASKEY et SILBERT (1936) qui observèrent chez l'animal après ovariectomie bilatérale une réduction du volume de la masse sanguine.

Plus récemment, CACHERA et ses collaborateurs ont

apporté des documents précieux dans ce domaine; la déter-

mination volumétrique des liquides extracellulaires, pratiquée à diverses phases du cycle menstruel par l’épreuve jumelée au sulfocyanate de sodium et au bleu chicago, a révélé parfois des variations considérables.

Il existe, de façon fréquente mais non constante, une inflation liquidienne dans la période prémenstruelle ; - plasma et liquides interstitiels participent l’un et l’autre à ces changements périodiques mais dans une proportion plus marquée pour ces dérniers.

Dans un cas de CACHERA, BARBIER et SCHERRER, le volume liquide des espaces lacunaires évalué à 12.000 em° avant les règles tombe à 9.000 em” après celles-ci pour remonter ensuite à 11.000 em, indiquant ainsi une déflation de 300 em° pendant la menstruation. Parallèlement, le volume

plasmatique passe de 4.000 em° à 3.200 em° pour atteindre

ensuite 3.700 cm.

Dans d’autres. observations CACHERA a noté des varia:

ions du volume plasmatique tout à fait analogues.

Pour si intéressantes que soient ces observations, elles ne donnent guère d'indications sur d'éventuels mouvements

d’eau intracellulaire au éours du cyele menstruel,

CACHERA, comparant les variations de la masse des liquides extracellulaires à celles du poids corporel a tenté d’aborder ce problème maïs remarque que ses conclusions n’oni qu'une valeur toute relative. Les comparaisons portant sur les laps de temps étendus, il est impossible de considére: les changements de poids comme liés exclusivement à des mouvements d’eau. À

Toutefois, l’auteur observe dans le cas déjà cité une différence nette dans les rapports entre courbe de poids et volumes extracellulaires au cours d’un eycle spontané et dans des périodes d’administration massive de folliculine. Le traitement par l’œstradiol semble déterminer une inflation hydrique intracellulaire tandis qu’au cours du cycle spentané un transfert d’eau cellulaire vers les espaces lacunaires paraît dominant.

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