HOMMAGE RESPECTUEUX DE L'AUTEUR
Il existe une antiquité finnoise; et si les plus précieux de ses monuments sont demeurés longtemps oubliés et comme enfouis sous la poussière des siècles, il s’est rencontré de nos Jours des savants hardis et infatigables qui ont su, par de longues et patientes recherches, les faire reparaitre au Jour et les signaler à la juste admiration de la postérité.
La plus remarquable de ces découvertes est celle du poëme du Kalevala, rétabli,
reconstruit pièce à pièce par le génie de
l'illustre Lonnroth. Ce magnifique poëme nous transporte aux temps fabuleux où prirent naissance les légendes du peuple finlandais, qui, depuis dix siècles, habite sur le littoral de la Baltique un pays accidenté, couvert de lacs, coupé de rivières, et presque constamment enveloppé d’un épais brouillard.
C'est la brume du Nord, la brume d’Ossian ; et de ses flots vaporeux est sortie une poésie douce et énergique, mélancolique et sauvage, qui constitue le caractère particulier du chefd'œuvre finnois.
Quelle vie anime toutes ses pages, quel intérêt inspirent les héros dont il chante les actions merveilleuses ! Voici d’abord le vieux Wäinämoinen, l'Orphée du Nord, qui doit à l'harmonie de ses accents et à la sage éloquence de ses paroles l'honneur d'occuper la première place dans le poétique pays de Kaleva. Sous nos yeux ravis passent ensuite l’habile [lmarinen, son frère, le Vulcain
de cette étrange mythologie, le forgeron du
: fameux Sampo que convoitent les habitants de la pauvre et aride Pohjola : puis Joukahaïnen, qui personnifie la gaieté, l’insou-
. ciance, et dont la joyeuse figure forme le plus aimable contraste avec la suave mélancolie de l’Orphée finlandais ; enfin la sombre Louhi, la reine du grand pays de Pohjola, où les héros finnois vont, comme les Argonautes en Colchide, chercher et conquérir le talisman que se disputent les deux pays.
Toutes les nations d’origine touranienne salueront avec enthousiasme la résurrection de ce chef-d'œuvre, et ses sublimes beautés iront plus particulièrement à l’âme du peuple magyar : le Hongrois, frère du Finlandais, retrouvera dans les récits et les peintures de cet admirable poëme les mélancoliques accents et les étincelles de folle gaieté qui le ravissent, qui le passionnent dans sa poésie
nationale.
Pour recueillir de hameau en hameau,
dans les chants des bardes ou sur les lèvres
du simple paysan les fragments épars du Kalevala, et reconstituer si brillamment cette grande épopée finnoise, il fallait le génie d'un poëte; et l’illustre Lonnroth était passé maitre dans l’art divin qui devait inspirer l’auteur d’une pareille entreprise.
Vers la même époque, un enfant du pays de Kaleva, le savant Castrén voulut contribuer aussi à l’illustration de son pays. Moins curieux des légendes au travers desquelles apparaissaient vaguement les origines du peuple finnois, il parcourut, voyageur infatigable, l'immense contrée qui s'étend de la Baltique à l’Oural, suivit les rives des grands fleuves de la Sibérie, séjourna au milieu des peuples sauvages, affronta mille dangers, vainquit mille obstacles, et ne recula devant aucun sacrifice pour découvrir le berceau de | ses ancêtres.
Tant de labeurs ne demeurèrent pas stériles : Castrén rapporta de ses voyages une
connaissance merveilleuse des langues toura-
niennes ; et, grâce à ce hardi explorateur, à cet éminent philologue, nous possédons aujourd’hui une grammaire de presque tous ces idiomes.
Un tel homme n’avait-il pas le droit de dire : «Nous sommes fils de nos œuvres; la postérité nous jugera sur nos actions et non sur celles de nos pères. » Il aurait pu ajouter, en se proposant lui-même pour exemple : « Peuple finnois, ne demande pas la gloire à un passé légendaire, mais au présent et à l’avenir. » La Finlande s’honorera éternellement d’avoir donné le jour à un savant de ce mérite; et, sur les traces d’un pareil maitre, les jeunes philologues, marchant d’un pas assuré dans la carrière qu’il leur a ouverte, agrandiront encore le domaine de la grammaire comparée des idiomes touraniens.
Après la poésie et la linguistique vint l'histoire. Koskinen suivit la route tracée par
Porthan et Agricola; et son dernier ouvrage,
publié il y a dix ans, abonde en documents précieux, en découvertes importantes, digne récompense de ses longues et minutieuses recherches.
La méthode adoptée par Koskinen est celle que Kruse, le savant conseiller russe, a inaugurée en 1826 dans son travail sur les orioines et l’histoire des Esthoniens.
Cette méthode nous a paru également convenir à la rédaction du présent ouvrage.
Nous parlerons d’abord des migrations des Touraniens et cette partie de notre livre se divisera en deux chapitres. Le premier aura pour objet l'examen des sources historiques — grecques, latines, byzantines, arabes, — sources auxquelles 11 faut puiser pour connaïître les origines de la race touranienne, ainsi que la géographie du nord de l'Europe dans l'antiquité et au moyen àâge.
Notre second chapitre sera consacré à exposer les migrations des Touraniens en éta-
blissant nos démonstrations sur les données
de l’histoire. Quelques cartes aideront à l’intelligence de ces deux premiers chapitres.
L'autre partie de ce livre traitera de la migration des Noachides et plus particulièrement de celle des Aryens ; et nous y parlerons des recherches faites sur le tableau ethnographique de la Bible.
Cette seconde partie sera divisée en trois chapitres. Nous y reproduirons ce que nous avons exposé déjà dans un précédent volume, mais en élargissant le cadre et en ajoutant de nombreuses cartes.
Nous ne terminerons pas cet avant-propos sans reconnaitre hautement tout ce que nous devons aux savants entretiens de M. de Hauslab ; et nous nous faisons un devoir de déclarer que les principales cartes de cet ouvrage ont été tracées de sa main. Nous compilons, 1l est vrai, nous répétons ce que Castrén, Kruse, Müller et Hunfalvi ont dit avant nous, et avec tant d'autorité; mais, si
modeste que soit notre part dans l’exécution
de ce travail, nous croyons avoir mérité la bienveillante attention des philologues, ne fût-ce que par les efforts consciencieux dont
ils trouveront partout la preuve.