‹ Les migrations des peuples et particulièrement celle des TouraniensChapitre 20 sur 61 · Tacite, Germanie, ch. xLv · texte numérisé non relu

Tacite, Germanie, ch. xLv

« Au delà des Suiones est une autre mer, dormante et presque immobile. On croit que c’est la ceinture et la borne du monde, parce que les dernières clartés du soleil couchanty durent jusqu'au lever de cet astre, et jettent assez de lumiere pour effacer les étoiles. La crédulité ajoute qu’on entend même le -bruit qu’il fait en sortant de l’onde, qu’on aperçoit la forme de ses chevaux, les rayons de sa tête. La vérité est que la nature finit en ces lieux. En revenant donc à la mer suévique, on trouve sur le rivage à droite les tribus des Estyens, Ils ont les usages et l'habillement des Suèves; leur langue ressemble davantage à celle des Bretons. Ils adorent la Mère des dieux. Pour symbole de ce culte, on porte l’image d’un sanglier : elle tient lieu d’armes et de sauvegarde ; elle donne à l’adorateur de la déesse, füt-il entouré d’ennemis, une pleine sécurité. Les Estyens combattent peu avec le fer, souvent avec des bâtons. Ils cultivent le blé et les autres fruits de la terre avec plus de patience que n’en promet la paresse habituelle des Germains. Ils fouillent même la mer, et seuls de tous les peuples ils recueillent le succin, qu’ils appellent gless : ils le trouvent entre les rochers et quelquefois sur le rivage. Quelle en est la nature et comment il se forme? c’est ce que des barbares n’ont ni cherché ni découvert. Longtemps même il resta confondu parmi les viles matières que rejettent l'Océan, et c’est notre luxe qui l’a mis en réputation. Les gens du pays n’en font aucun usage; ils le recueillent brut, nous l’apportent dans son état informe, et s’étonnent du prix qu’ils en reçoivent. Le succin doit être la gomme de certains arbres : souvent en effet sa transparence y laisse apercevoir des animaux terrestres et même des insectes ailés, qui s’embarrassent dans cette substance encore fluide, et finissent, quand

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« En revenant donc à la mer Suévique, on trouve sur le rivage à droite les tribus des Estyens. Leur langue ressemble davantage à celle des Bretons...» Cette dernière observation de Tacite a fait que longtemps les savants considérèrent les langues finnoises, esthoniennes, etc., comme des langues

celtiques.

Dans le chapitre suivant, le dernier de son livre, Tacite continue : « Les Peucins, les Venèdes, ont les usages et l'habillement des Suèves; eux et les Fennes, sont-ils des nations germaniques ou sarmates? Je ne saurais le dire. Toutefois les Peucins, que quelques-uns nomment Bastarnes, ont le langage, l'habillement, les habitations fixes des

elle durcit, par y rester emprisonnés. Il serait donc vrai que, s’il est au fond de l'Orient des végétaux qui distillent le baume et l’encens, il existe aussi, dans les îles et les terres de l’Occident, des forêts et des arbres d’une fécondité inconnue, dont le suc, exprimé par les rayons d’un soleil si rapproché de ces climats, s'écoule et tombe dans la mer voisine, et vient, apporté par les vents et les flots, se décharger sur les côtes opposées. Si l’on éprouve la nature du succin en l’approchant du feu, il s'allume comme un flambeau et jette une flamme grasse et odorante ; bientôt il s’amollit comme la poix ou la résine. Après les Suiones viennent immédiatement les Sitones. Semblables en tout le reste, ils diffèrent d’eux en un point : c’est qu'ils obéissent à une femme, tant ils sont tombés au-dessous, je ne dirai. pas de la liberté, mais de la servitude elle-même. Là finit la Suévie. (Trad. Burnouf.)

Germains.. Les Venèdes ont pris beaucoup de leurs mœurs... Quant aux Fennes, ils étonnent par leur état sauvage et leur affreuse pauvreté. Chez eux point d'armes, ni de chevaux, ni de foyer domestique. Ils ont pour nourriture de l'herbe, des peaux pour vêtement, la terre pour lit', etc.

A. Tacite. Germanie, ch. xxxxvI.

« Les Peucins, les Vénèdes et les Fennes sont-ils des nations germaniques ou sarmates ? Je ne saurais le dire. Toutefois les Peucins, que quelques-uns nomment Bastarnes, ont le langage, l'habillement, les habitations fixes des Germains. Tous végètent dans l’inertie et la malpropreté; les principaux, en se mêlant par le mariage avec les Sarmates, ont contracté quelque chose de leurs formes hideuses. Les Vénèdes ont pris beaucoup de leurs mœurs. En effet, tout ce qui s’élève de montagnes et de forêts entre les Peucins et les Fennes, les Vénèdes l’infestent de leurs brigandages. On incline cependant à les compter parmi les Germains, parce qu’ils se construisent des cabanes, portent des boucliers, aiment à se servir de leurs pieds et même se piquent de vitesse, différents en tout cela des Sarmates, qui passent leur vie à cheval ou en chariot. Quant aux Fennes, ils étonnent par leur état sauvage et leur affreuse pauvreté. Chez eux, point d'armes, ni de chevaux, ni de foyer domestique. Ils ont pour nourriture de l'herbe, des peaux pour vêtement, la terre pour lit. Toute leur ressource est dans leurs flèches, qu'ils arment, n'ayant pas de fer, avec des os pointus. La même chasse nourrit également les hommes et les femmes, car cellesci accompagrent partout leurs maris et réclament la moitié de la proie. Les enfants n’ont d'autre abri contre la pluie et les bêtes féroces que les branches entrelacées de quelque arbre, où leurs mères les cachent. C’est là que les jeunes gens se rallient, que se retirent les vieillards. Ils trouvent cette condition plus heu-

Nous voyons dans ces paroles de Tacite, qui s’appliquent si parfaitement aux Lapons d’aujourd’hui, qu’à cette époque les Lapons occupaient encore Ja majeure partie de la Finlande.

Tacite termine ainsi son livre : « Tout ce que l’on ajoute encore tient de la fable, par exemple, que les Helluses et les Oxiones ont la tête et le visage de l’homme, le corps et les membres de la bête. Je laisserai dans leur incertitude ces faits mal éclaircis. » Les Helluses, que Tacite place en dehors de l’histoire et de la géographie certaine, sont probablement des habitants d’origine finnoise, qui habitaient les Kiæles les plus élevés, et un savant, nommé Zeus, explique ingénieusement que ces animaux à face humaine n'étaient autre chose que des hommes couverts de fourrures. Les Oxions seraient, d'après Kruse, les Ostiaks, qui se vêtissent de la même manière; mais, cette supposition nous paraît peu fondée.

reuse que de peiner à cultiver les champs, d'élever laborieusement des maisons, d’être occupés sans cesse à trembler pour leur fortune et à convoiter celle d'autrui. Ne redoutant rien des hommes, ne redoutant rien des dieux, ils sont arrivés à ce point si difficile de n’avoir pas même besoin de former un vœu. Tout ce qu’on ajoute encore tient de la fable, par exemple, que les Helluses et les Oxiones ont la tête et le visage de l’homme, le

corps et les membres de la bête. Je laisserai dans leur incertitude ces faits mal éclaircis. (Trad. Burnouf.)

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Il résulte de tous ces détails, dit Kruse, que les connaissances géographiques des pays au nord et au nord-est, s'étaient considérablement accrues à cette époque ; et nous en saurions certainement plus long, si les ouvrages de Ménippe de Pergame, de Philos de Byblos, et les ouvrages géographiques de Sénèque, n'étaient point perdus.

C’est à cette même époque que nous entendons parler pour la première fois du peuple des Sères, sur les frontières occidentales de la Chine; ce peuple fournissait , paraît-il, même des renseignements sur la Sibérie t.

Peu de temps après Marinus de Tyr (141), Ptolémée (180) s’occupait tout particulièrement du perfectionnement de la science géographique; Agathodémon dessinait de nombreuses cartes pour l'intelligence et l'explication de Ptolémée; et Marcianus d’'Héraclée, nous fournit un résumé de la géographie de Ptolémée, mais avec des changements et des augmentations.

Jusqu’à Ptolémée, on ne s’était nullement préoc- . cupé de la forme ronde dela terre; et c’est ce célèbre mathématicien qui le premier corrigea les cartes du Tyrien Marinus, et inventa le système de projections qui porte encore aujourd'hui son nom. Sur

A. Arrian, periplus Maris Erythraei. Ed. Huds., p. 32-38.

ces cartes, les frontières de l’Asie commencent, comme chez ses devanciers, sur Îles bords du Don et du Volga.

Chez Ptolémée, nous remarquons tout d’abord que les Scythes se sont complétement confondus avec les Sarmates ; car le nom Scythe ne se rencontre plus que joint au nom des Alains (Alauni- Scythæ), que Marcian désigne comme un peuple sarmate f.

Quant aux autres peuples désignés par Ptolémée, les Jazyges, les Roxolanes, près du Palus-Mœotis, les Venèdes, les Phinnes et les Agathyrses méritent surtout notre attention.

Examinons brièvement les différents peuples indiqués sur la carte de Ptolémée :

1° Les Venèdes, qui s’étendaient depuis Dantzik jusqu’en Courlande, étaient certainement d’origine slave; c’étaient probablement les Vendes.

Il est également probable que les Suèves, peuple germanique qui habitait à ce même endroit, du : temps de Tacite, quittèrent les parages de la mer Baltique à la suite des guerres contre les Marcomans (98 à 180), et s’avancèrent jusque dans l’intérieur de l'Allemagne. Les Vénèdes les remplacèrent sans exterminer et sans chasser entièrement

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