Bor-Sippa. Tour des langues (Oppert
Koskinen prétend que les Assyriens ont dû à ces Touraniens non-seulement l'écriture cunéiforme, mais aussi la base de leur civilisation et de leur instruction ; 1l va encore plus loin, il explique le titre que portaient les rois assyriens « Sar Sumiri au Akkadi », c’est-à-dire roi de Sumir et d’Akkad de la manière suivante : Accade est connue comme une des quatre villes occupées dans le pays de Sinéar par Nemrod, tandis que le nom Sumir est complétement inconnu. Oppert l'explique comme il suit : r est un suffixe et 2 le signe du pluriel, donc la racine du mot est sum. « Ici, s’écrie Koskinen, nous retrouvons enfin l’origine du nom Suomi; le peuple de ce nom était-il à cette époque, sur les bords de l’Euphrate et du Tigre, soumis aux Sémites? La chose nous paraît à nous-même si étonnante qu'un critique judicieux ne la trouvera même pas vraisemblable ! Mais n'oublions pas que la dénominalion Suomi, Same, nom que les Finnois se donnent aujourd’hui, pouvait être autrefois la désignation de toute la race! » Eh bien, nous pensons que Koskinen à prononcé non sans raison le mot d’Archimède et que les Sumi de l’Altaï de Castrén, les Sumir d'Oppert et les Suomi de la Finlande ‘pourraient bien être une seule et même race, absolument comme le peuple blond à yeux clairs que les Tar-
iares des sources de l’Obi et de l’Irtiche appellent Akkerak pourrait bien être de la même souche que le peuple d’Akkad. La ressemblance de toutes ces racines est trop frappante pour être fortuite, et nous pensons donc que Koskinen a parfaitement raison de se réjouir de sa découverte.
Seulement quand lui et Hunfalvi parlent de la grande civilisation de ces Touraniens, et s’appuient sur Hérodote, nous pensons qu’ils ont tort et nous allons essayer de prouver pourquoi.
D'abord Koskinen, qui, dans la première partie de son remarquable travail, a prouvé avec tant d’évidence que les Scythes d'Hérodote n'étaient pas des Touraniens, mais un seul et même peuple que les Sauromates, c’est-à-dire des Slaves, revient sur ses paroles; pourquoi des Touraniens veut-il faire tout d’un coup des Scythes? Nous ne reprendrons pas les preuves citées dans la première partie de notre travail ; nous ajoutons seulement que la circonstance dont parle Hérodote, la domination de la Médie par les Scythes qui n’a duré que vingtsix ans et le retour d’une partie de ces Scythes sous le règne de Cyaxare, prouve jusqu'à l'évidence que ces Scythes d’Hérodote n'étaient pas les anciens Touraniens, inventeurs de l'écriture cunéiforme, que les Sémites ont dû trouver dans le pays. À ceux
qui nous objecteront que ces Touraniens n’ont régné effectivement que vingt-six ans sur les autres peuples, mais qu'ils ont pu rester dans le pays sous la domination des Chaldéens, Assyriens, etc., nous répondrons qu'Hérodote précise l’époque où ces Scythes ont envahi l’Asie chassant devant eux les Cimmériens et celle où ils sont venus en Médie trouvant là les Assyriens qu’ils ont subjugués; ensuite Hérodote parle du départ de ces Touraniens avec tant de détails qu'il est impossible de supposer qu’une grande fraction de ce peuple y soit restée.
Nous ne partageons pas la manière de voir de Hunfalvi sur la grande civilisation de ces Scythes qu’il croit reconnaître dans le passage d’'Hérodote sur les Scythes réfugiés auprès de Cyaxare... « Mais ensuite, les ayant pris en affection, il finit par leur confier divers enfants, à qui ils devaient enseigner leur langue et l’art de manier l’arc. » Pour bien comprendre la pensée d'Hérodote, nous rétablirons ici le passage dans son intégrité. « Une troupe de Scythes nomades, chassée de son pays à la suite de quelque tumulte, s’était réfugiée dans la Médie, où régnait alors Cyaxare, fils de Phraorte et petit-fils de Dejocès, Cyaxare se borna d’abord à accueillir ces réfugiés comme de simples suppliants; mais
ensuite, les ayant pris en affection, il finit par leur confier divers enfants, à qui ils devaient enseigner leur langue et l’art de manier l’arc. Après un certain temps, il arriva que ces Scythes, qui allaient fréquemment à la chasse, rentrèrent un soir sans avoir rien tué, et que Cyaxare, d’un naturel emporté, les voyant revenir les mains vides, les maltraita rudement. Indignés d’une injure que leur orgueil ne put tolérer, les Scythes, après s'être concertés, s’en vengèrent d’une manière barbare. Ils coupèrent en morceaux un des enfants qu'ils étaient chargés d'élever, et, le préparant ensuite, ainsi qu’ils avaient coutume de faire pour le gibier qu'ils rapportaient, le présentèrent à Cyaxare comme leur chasse. Dès qu'ils eurent servi cet affreux repas, ils s’enfuirent et se réfugièrent à SardeS, près Alyatte, fils de Sadyatte. Du reste, leur vengeance s’accomplit : Cyaxare et ses convives se nourrirent de l’horrible mets qui leur avait été offert. Cependant les auteurs du crime étaient près d’Alyatte, dont ils s'étaient rendus les suppliants® ».
Ce passage d’Hérodote prouve d’abord que les Scythes étaient peu nombreux, ensuite que leur civilisation n’était pas grande; un rol capricieux