Hérodote, L. I, ch. Lxxr
comme le paraît être Alyatte, d'après le récit qu'Hérodote nous en fait, pouvait bien leur confier des enfants Mèdes pour leur enseigner leur langue et l’art de tirer de l’arc, art dans lequel ils ont pu passer maîtres; mais leur degré de civilisation se révèle dans la manière qu'ils emploient pour se venger des insultes du roi. Non, ces Scythes n’ont rien de commun avec les Touraniens de Sumir; ce sont les vrais Scythes d’Hérodote.
Si ces preuves ne suffisent pas on n'aura qu’à lire attentivement les chapitres cu1, IV, cv et avi du livre [, pour se convaincre que les Scythes, qui ont envahi la Médie sous le règne de Cyaxare pendant que ce roi était en train de faire le siége de Ninive, ne pouvaient pas être les Touraniens inventeurs de l'écriture cunéiforme qui ont précédé les Chaldéens dans ces pays. Nous pensons aussi, d'accord avec M. de Volney, que les Scythes chasseurs qui sont venus implorer l'hospitalité de Cyaxare étaient venus avant la grande invasion scythique, en renvoyant nos contradicteurs aux arguments présentés par Volney; nous ajouterons seulement que cette version paraît aussi bien plus naturelle. Les chasseurs scythes rentrés chez eux ont probablement raconté à leurs compatriotes les merveilleuses richesses que contenait la Médie et ont facilement excité leur con-
voitise; tandis que d’un autre côté il est peu probable que le même Cyaxare, qui a failli perdre son empire par suite de l'invasion des Scythes, aurait recueilli favorablement des fuyards appartenant à ce peuple barbare! |
Dans son histoire, Hérodote ne parle nulle part des Touraniens, ce qui prouve qu’il ne les connaissait pas; la chose s'explique quand on pense que les Touraniens ont dû occuper la Médie à une époque très-reculée. Il est certain que si nous possédions l'histoire des Assyriens par ce même écrivain, bien des doutes seraient dissipés et bien des questions délicates éclaircies.
Nous pensons qu'une partie de ces Touraniens de la Médie, après avoir quitté leur seconde patrie, sont venus en Europe en franchissant le Caucase. Nul doute qu'il y ait des traces de peuples finnois dans ces montagnes; Thumann, Arndt, Klapproth et Rask en ont trouvé.
Comme nous le faisions remarquer dans la partie précédente de ce travail, les Mélanchlænes d'Hérodote se trouvent échelonnés depuis le Caucase jusqu'au golfe de Finlande. Pline en parle près de Dioscurius, au bord du Pont-Euxin ; Pomponius Méla les place lout près de la Colchide
ainsi que l’Anonyme de Ravenne; dans le Pé-
riple de Scylax, nous les trouvons au nord de la Colchide séparés de leur ancienne demeure par les Gélons; Ptolémée les place au sud-ouest de l'embouchure du Volga, près des montagnes Hippiques ; Hécatée, dans ses fragments, au nord de la Tauride, Denys Périégète près des Alains, audessus des Hippemolges et Strabon encore plus au nord, plus près de la mer Baltique. Il n’y a aucun doute que tous ces points reliés par une ligne représentent parfaitement un courant de migration depuis le Caucase jusqu’au golfe de Finlande. Seulement il est difficile de dire si ce courant est venu du Caucase par l’Asie en Europe ou s’il y est allé en partant du séjour des Mélanchlænes d'Hérodote, c’est-à-dire des rives de la mer Baltique. Nous inclinons vers la première manière de voir et nous pensons que ces Mélanchlænes, débris des Touraniens de la Médie, ont suivi la direction nordouest et ont passé par tous ces endroits avant d'arriver au bord de la mer Baltique. Ils ont laissé partout des traces de leur passage, et leur costume particulier, qui d’ailleurs leur à valu leur nom, à attiré l’attention des historiens sur eux; ce qui fait que Pline, Méla, Scylax, Ptolémée, etc. : en parlent. Si l’on juge d’après la direction générale des migrations, il est probable que les Mélanch-
lænes ont été refoulés du Caucase vers le golfe de Finlande et non du golfe de Finlande vers le Caucase.
Et les Syginnes d’Hérodote?
Hérodote dit dans le 1x° chapitre de son livre V : « Personne ne connaît positivement quels sont les peuples qui habitent les pays situés au nord de la Thrace, et il paraît qu'on n’y trouve, après avoir passé l’Ister, qu’une contrée déserte, dont les limites sont inconnues. J’ai pu seulement apprendre qu’il existait par delà le fleuve un peuple qui porte le nom de Syginnes, et s’habillent à la manière des ARS LOC SES OR ONE LME EE ITTIQE PA Bee UT ER E Ce peuple confine aux Vénètes, qui habitent les bords de l’Adriatique. Il se dit une colonie mède; mais j'avoue que j'ai peine à comprendre comment cela peut être : Cependant il ne faut pas se hâter de prononcer, le temps peut amener bien des choses...» Pourquoi ces Syginnes, qui se disaient eux-mêmes originaires de Médie, ne seraient-ils pas les frères des Mélanchlænes?
= Les aïeux des Magyares ont-ils fait partie de ces Touraniens, comme Kruse le suppose? Personne ne saurait l’aflirmer; nous pensons que les Magyares sont venus en Asie entre l’Oural ét la . mer Caspienne et non par le Caucase.
C’est donc la première grande migration des Touraniens finnois-ougoures dont on puisse suivre les traces depuis l’Altaï jusqu’au golfe de la Finlande, en passant par la Médie.
Les Finnois ont envahi l’Europe par la grande porte de l’Oural au nord du lac d’Aral et de la mer Caspienne.
Tous ces pays, depuis les frontières occidentales de la Chine jusqu'au delà du Volga sont couverts de collines funèbres (tumulus) qui datent du temps de la domination des Finnois ou Tchoudes. On y trouve aussi des fortifications et même des ruines d’édifices. Ces contrées ne sont malheureusement pas encore assez explorées. Néanmoins on a pu diviser ces monuments en deux catégories : les uns, dit Müller, appartiennent aux temps des Tartares et datent du moyen âge; les autres, certainement de provenance finnoise ou tchoude, datent de la plus haute antiquité. L'Asie Mineure en est également remplie”, ce qui viendrait à l’appui de ce que nous avons dit plus haut sur les Mélanchlænes.
Ainsi on trouve près d’Ufa, la vieille capitale des khans de Nogaï, maintenant chef-lieu du pays :
A. Voir Hartley, Researches in Greece and the Levant, London, 1831.
des Bachkirs, plusieurs de ces tertres où les ossements sont renfermés dans une espèce de crypte en brique; les flèches et autres armes et ustensiles qu’on a pu retirer de ces fouilles sont en cuivre, ce qui prouve que ce sont des monuments tchoudes ou finnois, car ce peuple, qui a habité en premier lieu les monts Oural, avait atteint un degré de civilisation assez prononcé. Des voyageurs prétendent même qu'on à trouvé des bijoux en or dans ces monuments antiques. Ces mêmes contrées sont riches en blocs de pierre qui ont tantôt la forme d’une tête, tantôt celle d’un corps humain; les Slaves appellent ces blocs balvani; le célèbre voyageur russe Pallas attribue la confection de ces monuments aux khans de Nogaï et aux Kirghises. Nous pensons, quoique Müller ne soit pas de notre avis, que ce sont les mêmes blocs de pierre qui se trouvent en Esthonie et que Kruse a décrits longuement. Les Kirghises d’ailleurs n’ont jamais dû être à même de construire de pareils monuments, si grossiers qu'ils puissent être,
Quant aux fortifications, qui sont sans contredit d’une origine bien plus récente, elles ont été construites probablement par les ordres des khans de Nogaï pour protéger leur empire contre les invasions des hordes barbares.
On trouve aussi dans les bassins du Volga et de la Kama des mines construites par les Finnois ou Tchoudes, ce qui prouve que déjà dans les temps antiques ce peuple explorait les mines de l’Oural, riches en métaux précieux.
Ce sont les Finnois qui, les premiers des Touraniens, ont envahi l’Europe.
Les Lapons de race finnoise ont précédé leurs frères; ils se sont établis d’abord sur les bords de la mer Glaciale, en face de la Nouvelle-Zemble, dans le pays où se rencontrent aujourd'hui les Samoïèdes. Sous ce rapport, aucun doute n’est possible, car beaucoup de noms de rivière et même de ville, dans ces contrées, sont d’origine laponne. Les Finnois sont restés pendant ce temps sur les versants occidentaux du mont Oural, où les Slaves ont rencontré bien plus tard leurs débris, les Tchoudes.
Mais bientôt les Lapons, chassés par les Samoïèdes, ont dù quitter leurs habitations et prendre une direction sud-ouest; là, de nouveau chassés par les Biarmiens © ils se sont retirés dans la Finlande d'aujourd'hui, et leurs avant-coureurs ont occupé peu à peu la Suède, la Norvége, même le Danemark. Le peuple avec lequel Pythéas s'était
A. Une branche des Tchoudes qui s'était établie près de l'embouchure de la Dwina.
entretenu dans le royaume de Thulé, ce peuple gouverné par des amazones, c’étaient des Lapons; ce peuple que Tacite appelle Sitones, qui obéit à une femme, « tant ils sont tombés au-dessous, je ne dirai pas de la liberté, mais de la servitude ellemême * », c'étaient encore des Lapons; ainsi que les Fennes, de la pauvreté desquels Tacite nous trace un tableau si émouvant ?.
Sur la présence des Lapons en Finlande, bien avant les Finnois, il n’y à pas de doute*; pas de doute sur leur présence près des bords de la mer Glaciale, dans le pays des Samoïèdes où un grand nombre de noms de rivières, de lacs et de villes prouvent le séjour des Lapons. Sjogrén et Castrén nous en sont de sûrs garants. Le nom de Fennes que nous trouvons dans Tacite n’a pas lieu de nous surprendre si nous savons que les Norvégiens appellent encore aujourd’hui les Lapons Finnes, probablement à cause de la configuration du pays dont ils sont venus. (Fennen-land, pays des lacs.) Les premières traditions norvégiennes parlent également d’un peuple
À. Mœurs aes Germains, 45.