‹ Les migrations des peuples et particulièrement celle des TouraniensChapitre 36 sur 61 · PAT (\\RE · texte numérisé non relu

PAT (\\RE

ciale qu'Hérodote, Strabon et Ptolémée connaissent et qui fut la prolongation de la grande route royale de la Bactriane. ;

Karamsin dit des Biarmiens que, grâce à la mer Glaciale au nord, grâce à de vastes forêts au sud et au sud-est, les Biarmiens jouirent longtemps de leur indépendance et faisaient un grand commerce, surtout avec les Normands, jusqu’à ce que les audacieux Novgorodiens les eurent rencontrés et bientôt subjugués*.

On pourra nous faire l’objection suivante : comment se fait-il que ni Hérodote ni même Aristée n’eurent la connaissance de ces peuples qui paraissent avoir joui d’une civilisation au moins relative?

Nous répondrons qu’'Hérodote parle de l’Oural, qu'il dit riche en mines d’or, ce qui prouve jusqu’à l'évidence que des hommes l’exploraient ; ensuite la grande masse de ce peuple remarquable pouvait bien, encore à cette époque, être au delà de l’Oural, peut-être même dans le pays où l’on rencontre au moyen âge l’intelligent peuple des Sères, sur le compte duquel Müller s'exprime de la manière

A. D’après Lônnrot, les admirables chants du Kalevala auraient pris naissance dans ce même pays. Castrén ne partage pas cette manière de voir, et il attribue à ce poëme une origine asiatique.

suivante : « Vingt-trois ans avant Jésus-Christ, lorsque la dynastie Han gouvernait l'empire du Milieu, il y avait donc trois grandes puissances sur l’ancien continent : les Hans en Chine, les Arsacides chez les Parthes (Asi chez les Chinois*), les empereurs à Rome. Tant que la dynastie slave se maintint sur le trône à Lojang, la domination chinoise se maintint sur le plateau de l’Asie centrale ; et les Romains avaient tout interêt à être en bons termes avec le

peuple chinois à cause de leurs ennemis communs, les Arsacides de l'Iran; cette bonneintelligence entre

Rome et le Céleste Empire exerça certainement une

salutaire influence sur le commerce de ces pays, qui à cette époque était surtout entre les mains des Sères (Sartes), peuple qui cultivait le ver à soie avec beaucoup de succès.» Aïnsi s'exprime Müller; il en fait des Germains ; d’autres après lui ont voulu les assimiler aux Slaves; nous pensons que c'étaient des Finnois ou Tchoudes, frères des Biarmiens qui sont restés dans la Bocharie d'aujourd'hui, lieu qu’on pourrait regarder comme station intermédiaire dans la migration des Touraniens *. Certes nous ne voulons pas

A. Klaproth, Tabl. hist.

2. Les riverains même du lac de Baïcale, d’origine slave, ont une tradition qui fait mention de ce peuple. Voir Bastian, Ethnologische Bilder. Berlin, 4873.

prétendre que les Finnois ou Tchoudes sont restés là longtemps après Hérodote; au contraire, une grande partie d’entre eux avait déjà envahi les vallées fertiles de l’Oural, et des peuples de la même race ont parcouru la plaine de la Russie centrale en compagnie des Scythes et des Sauromates; seulement nous pensons que ces Tchoudes ou Finnois proprement dits ont été un peuple riche, industriel, possédant une certaine civilisation, qui est venu en Europe après avoir abandonné l’état nomade, degré de développement par lequel chaque peuple doit passer en Asie. C’est peut-être ce même peuple dont Aristée avait entendu parler comme d’une race douce, juste et aimée des dieux. Quant à l’aisance dans laquelle 1l vivait, ne trouvons-nous pas dans le Kalevala le riche et abondant pays de Kaléva en opposition avec la terre froide et aride de Pohjola ?

Mais le moyen âge parle d’un troisième peuple finnois qu’il appelle Ougriens. C’est la branche des Ougoures, qui, venus en même temps que les Finnois pour occuper lesmonts Ourals, ont les derniers quitté ces hauteurs boisées. Nous en parlerons tout à l'heure.

Les Touraniens ont donc occupé à une certaine époque, et bien avant l’arrivée des Aryens, des Sémites et des Chamites, l’Europe orientale ainsi que

le nord et le nord-est de ce continent ; mais je me refuse absolument à croire qu’ils aient poussé plus loin jusqu'aux dernières limites de l’Europe, et que le peuple basque soit le dernier vestige de leur présence en Occident.

Les Ibériens, dont nous parlerons longuement dans notre tableau des migrations des Noachides, les Ibériens de la race de Cham ont envahi l’Europe occidentale par l’Asie Mineure ou par les colonnes d’Hercule, et ce sont eux qui ont été rencontrés par les Celtes-Aryens et qui ont fini par se mélanger avec eux. La ressemblance du basque avec les langues touraniennes n’est pas encore établie, et rien n'autorise ceux qui croient à une communauté d’origine de s'appuyer sur l’autorité de M. de Humboldt. Dans son remarquable travail, M. de Humboldt ne parle nulle part de cette parenté, et ses recherches sur la présence de la racine BR dans le basque et dans la langue que les habitants primitifs de l'Espagne ont dû parler, nous autorisent plutôt à croire que les Ibériens étaient des Chamites.

On n'a donc pas le droit de citer Humboldt quand on veut prouver que les Finnois ont habité le centre et l’ouest de notre continent. Toutes les preuves ingénieuses que Koskinen cite à

l'appui de son argumentation nous paraissent insuffisantes, et même les Allophiles de M. de Quatrefages ne peuvent nous convaincre.

Les Finnois ont donc envahi l’est et le nord de l’Europe, et nous fixerons volontiers cet envahissement à une époque où la mer Noire et la mer Caspienne étaient encore unies avec la mer Baltique. Müller dit : « Sans aucun doute les environs du lac d’Aral et de la mer Caspienne étaient autrefois une vaste mer, ce que prouvent le terrain sablonneux et les coquillages qu’on trouve dans ces contrées. »

L'Oural était donc, à une certaine époque, le bord de cet Océan qui nécessairement devait communiquer avec la mer Baltique et la mer Noire. Ce fait a subsisté longtemps comme tradition dans la bouche des peuples qui habitaient ces contrées. Il explique comment, après Hérodote jusqu’au temps de Théodose le Grand, les géographes et les historiens qui ont été moins bien renseignés que le citoyen d'Halicarnasse ont pu se tromper si gravement sur la configuration du nord et de l’est de J’ancienne Europe‘.

Les Ougoures, qui ont quitté l’Altaï probable-

Page 1