‹ Les migrations des peuples et particulièrement celle des TouraniensChapitre 40 sur 61 · POINT DE VUE ETHNOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

POINT DE VUE ETHNOGRAPHIQUE

Si l’on examine attentivement une carte ethnographique, et qu'on y étudie les rencontres des peuples en migration et l'étendue des terres qu’ils ont occupées, il en résultera les déductions les plus intéressantes pour aider à connaître les habitants primitifs et ceux qui leur ont succédé aux différentes époques.

Les peuples choisissent instinctivement, dans leurs migrations, les chemins qui leur présentent le moins d'obstacles, les rives des fleuves, les défilés, etc. S'ils y rencontrent des habitants, ils les refoulent dans les montagnes, vers la mer, à l’entrée

ou dans l'intérieur d’un désert. Quelquefois aussi, on voit un peuple, après en avoir refoulé un autre, l’écarter ensuite pour se faire jour, et arriver à la mer, dont le voisinage présente de si grands avantages. |

La science relativement nouvelle de la philologie a prouvé d’une manière péremptoire que les racines des langues principales de l’Europe, — sauf le turc, le hongrois, le basque et les langues finnoises, — sont toutes d’origine âryenne. On a exposé aussi les différents progrès de perfectionnement par lesquels ces langues ont passé pour arriver au développement actuel qui les rend indépendantes les unes des autres. Il est également avéré que l'immense plateau de l’Asie centrale fut le premier séjour des peuples qui parlent aujourd’hui ces langues. Ils sont venus de l’Asie centrale et habitent maintenant non-seulement l’extrémité occidentale de l’Europe, mais encore une partie de l'Amérique. Le but des recherches a donc été de connaître les routes qu’ils ont pu prendre pour arriver dans les contrées qu’ils occupent de nos jours.

Le désir de répondre d’une manière efficace à cette question : Quelles routes ont suivies les peuples en migration? nous suggère la pensée de rechercher un ancien document sur lequel on puisse

s'appuyer pour avoir une description exacte de la position de tous ces peuples à une époque où ils occupaient l’une des stations intermédiaires de leurs migrations. Nous croyons que ce document existe : c'est le dixième chapitre du premier livre de Moïse, connu sous le titre de Tableau ethnographique, qui, déjà à maintes reprises, a provoqué de savantes études de géographie et d’ethnographie.

Pour arriver au but que nous nous proposons, afin de lire, saisir et comprendre ce document, il faut, avant tout, se rendre compte de la méthode géographique des anciens en général et en particulier de celle de l’auteur de ce tableau. On connaît l'esprit d'ordre et d’exactitude consciencieuse que les écrivains de l’Orient poussent quelquefois jusqu'au pédantisme, — malgré leurs allégories fréquentes, malgré même leurs obscurités mystiques; — aussi devra-t-on bien moins se préoccuper de la similitude des sons et des noms que du système d’énumération et de la suite qu'ils auront mise dans leurs descriptions. Ces descriptions font l'effet d’un panorama examiné d’un point élevé et pour lequel on à suivi la règle de marcher progressivement du plus éloigné au plus proche, en tournant sur solmême d’un côté déterminé‘.

4, Voir à ce sujet : Knobel, Vülkertafel, Einleitung, p. 44.

Après s'être rendu compte d’une manière logique d’un panorama semblable, il sera facile d'indiquer exactement le point où l’auteur s'était placé pour son travail et de cette façon retracer le panorama lui-même. Le résultat de ce procédé, appliqué au dixième chapitre du premier livre de Moïse, nous apprend que l’auteur se trouvait au bord de l’Euphrate, au 84° degré de latitude et au 97 1/2° degré de longitude à peu près.

Les anciens ne connaissaient pas la méthode dont nous nous servons pour représenter nos cartes en surface plane ou en perspective avec des rayons. visuels verticaux au-dessus decha que point. Ils supposaient leur point de vue très-haut et de là cherchaient à se rendre compte de l’image par une vue panoramique aidée de leur fantaisie. C’est pour cela qu’on rencontre chez tous les peuples de l'antiquité, ou chez ceux dont la civilisation est ancienne, l’idée d’un empire du milieu, d’un nombril de la terre, d’un disque rond nageant dans l’eau (comme preuve, la labula peutingeriana au moyen âge) ‘. Pour entrer autant que possible dans la manière de voir de l’auteur du dixième chapitre, il faudra donc se placer au point déjà indiqué, construire une pro-

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