‹ Les migrations des peuples et particulièrement celle des TouraniensChapitre 5 sur 61 · CA · texte numérisé non relu

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fait mention dans aucun autre historien ou géographe.

Néanmoins il ne faut pas oublier que l'habitude des Romains qui consistait à modifier les noms barbares pour satisfaire à l’exigence de leur oreille délicate, se remarque également chez les Grecs : la préoccupation de l’euphonie les portait à faire subir de notables modifications aux noms barbares de leurs contemporains *.

Hérodote ne connaît pas encore toutes les villes citées plus tard par Ptolémée, mais il parle d’une manière bien précise, de Gélonos, ville qu’il décrit dans ses moindres détails. Nous pensons que les Budins, dans le pays desquels se trouvait cette ville, étaient les anciens Finnois, c’est-à-dire ceux qui habitent aujourd'hui la Finlande proprement dite. Quant aux Sauromates, sur l’origine desquels Hérodote raconte une fable ingénieuse, c’étaient des peuples slaves. Les savants modernes en conviennent, mais 1ls ne sont pas du même avis quant aux Scythes. Pourtant Hérodote dit : « Le fond de la langue des Sauromates est scythe, mais c’est un scythe ancien et mêlé de solécismes, etc., » ce

1. Voir l'ouvrage de Humboldt : Prüfung der Untersuchungen über die Urbewohner Hispaniens vermiltelst der vaskischen Sprache. Berlin, 1821. F. Dümmler.

qui indiquerait que les Scythes et les Sauromates étaient proches parents, sinon le même peuple.

Où les récits d'Hérodote sont surtout précieux au point de vue de nos recherches, c'est quand il décrit l’expédition de Darius contre les Scythes. Le roi des Perses, après avoir franchi l'Ister, suivit les côtes du Pont-Euxin, et traversa ensuite le Tanaïs. Il arriva dans le pays des Budins, où il brüla la fameuse ville de Gélonos, ville qui pourrait bien être le Jelenskaja d'aujourd'hui. Darius, toujours à la poursuite des Scythes, sans pouvoir jamais les atteindre, se dirige vers le nord-ouest, et rencontre le peuple des Melanchlænes, que Kruse assimile aux Esthoniens, ce qui nous parait parfaitement vraisemblable.

Il est certainement étrange que cette population porte encore aujourd’hui de préférence des manteaux et des vêtements noirs, usage qui lui a valu son nom de Melanchlænes. Le peuple des Esthoniens n'a pas encore aujourd'hui de nom proprement dit;

il s'appelle lui-même Maa-mees ou hommes du pays. Les Germains les appellent Esthoniens, et

les Russes Tchoudes ; le lac de Peipus porte encore aujourd'hui le nom de Tschudskæ osero ou mer Tchoude.

Après les Melanchlænes, Darius rencontre les

Androphages, les Neures et les Agathyoses, qui, protégés par les montagnes de la Transylvanie, ont pu lui résister et défendre l’accès de leur pays. Darius se dirige enfin vers le Danube, où il cherche à retrouver le pont qu'il avait fait construire pour son armée, et qu'il avait confié pendant son absence à la garde des auxiliaires grecs.

Kruse, suivant la marche de Darius et arrivant aux Melanchlænes, entre dans de nombreux et intéressants détails. Hérodote dit lui-même que les Melanchlænes n'étaient pas une population scythique, et il ajoute qu'au nord de leur pays il n’y avait que des lacs et un désert inhabité. C'était donc là la Finlande d’aujourd’hui, Fennen- (ou Seen-) Land, en allemand, et Suoma (pays des lacs) en finnois ; mais cette dernière étymologie n’est pas suffisamment prouvée.

Pendant que Darius envahissait leur pays, une partie des Melanchlænes s’est retirée dans cette contrée couverte de lacs, et Lünnrôth trouve encore aujourd’hui une confirmation de ce fait dans cette circonstance que les Esthoniens de nos Jours sont bien plus proches parents des Finnois du Sud que de ceux du Nord et des Livoniens.

Il est certain qu’'Hérodote connaissait les frontières septentrionales du pays des Melanchlænes,

c'est-à-dire, il savait qu'il y avait là une mer (le golfe de Finlande) ; témoin le passage suivant : «Au surplus, Aristéas de Proconèse, fils de Caustrobius, et poëte épique, rapporte dans ses vers que, cédant aux inspirations d’Apollon, il s'était rendu chez les Issédons, et qu’il y avait appris qu’au delà de leur pays habitaient les Arimaspes ; qu’au delà de ces derniers on trouvait les Gryphons, gardiens des mines d’or, et qu'enfin au delà du pays des Gryphons vivaient les Hyperboréens, qui touchent à la mer ‘, qu’enfin les Cimmériens, habitant sur les bords de la mer méridionale, poussés par les Scythes, avaient abandonné leur patrie..., etc. » Ces détails nous prouvent suffisamment qu’Hérodote connaissait la mer dont Ptolémée parle plus tard d’une manière précise *.

À un autre endroit, parlant de l’Araxe, Hérodote

1. «Il ajoute que ces peuples divers, à l’exception des Hyperboréens, sont continuellement en guerre avec les nations qui leur sont limitrophes, et que cesont les Arimaspes qui ont commencé les hostilités ; qu’à la suite de ces guerres, les Issédons avaient été chassés de leur pays par les Arimaspes, et qu’à leur tour les Issédons avaient chassé les Scythes de celui qu’ils occupaient ; qu'enfin, les Cimmériens, habitant sur les bords de la mer méridionale, poussé par les Scythes, avaient abandonné leur patrie ; mais sur ces faits, et sur le pays même, Aristée n’est pas d'accord avec les Scythes.» — Hérodote, I. IV, xur. (Trad. Miot.)

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