‹ Les migrations des peuples et particulièrement celle des TouraniensChapitre 6 sur 61 · Ptol:;-Géogr:, HG 5 LE · texte numérisé non relu

Ptol:;-Géogr:, HG 5 LE

dit: « L’Araxe est un fleuve plus grand, selon les uns, moins considérable, selon les autres, que l’Ister.. » et plus loin : « L’Araxe a sa source dans les monts Matiéniens, et se décharge par quarante embouchures, dont toutes, à l’exception d’une seule, se perdent dans des marais et des lagunes.… Laseule branche de l’Araxe, qui ne se confende point avec les marais, s'ouvre dans la mer Caspienne. Gette mer existe par elle-même et sans communications avec aucune autre; tandis que celle sur laquelle les Grecs naviguent, ainsi que l'Atlantique situé au delà des Colonnes d’'Hercule, et la mer Erythrée, se communiquent et n’en font réellement qu’une seule. »

Mais Hérodote avait beau répéter la vérité, il ne rencontrait que des incrédules; et, jusqu’à la tabula Peutingeriana , nous entendons toujours parler de ce fameux canal qui reliait la mer Caspienne et la mer Noire à la mer Baltique.

Le cent quinzième chapitre du IIl° livre d'Hérodote nous prouve que cet historien avait déjà entendu parler de l’ambre et d’un fleuve Eridan où l’on trouvait cette précieuse substance ; mais ne pouvant citer un témoin oculaire Hérodote nous en parle avec cette réserve qui caractérise toutes ses assertions.

Nous en concluons que de son temps le commerce d’ambre ne se faisait pas encore par la voie de terre en partant d’Olbie; et le passage où il parle de ces pays du Nord en fait foi : « Enfin, les Scythes assurent que lorsqu'on est parvenu aux confins de leur territoire vers le Nord, il est impossible de pénétrer ni même de rien voir au delà, à cause de la quantité innombrable de plumes qui voltigent. [ls prétendent que l’air et la terre en sont tellement remplis, que la vue même est interceptée !.» |

Mais Hérodote en connaît davantage. A la suite de ce désert, en inclinant un peu vers l'Orient, sont les Thyssagètes, nation nombreuse et indépendante, qui vit de la chasse.

Sur les confins de ce dernier peuple, et dans la même contrée, habitent les Jyrques.

... Au delà des Jyrques, en tournant vers l'Orient, habite une peuplade qui, après s'être séparée des Scythes royaux, est venue se fixer dans cette contrée *. Ensuite, un peuple, qui est connu

A. Hérodote, I. IV, vis. LÀ

2. « Au delà des Budins, en allant au nord, se trouve d’abord un désert, qui a sept journées de marche en profondeur. A la suite de ce désert, en inclinant un peu vers l’orient, sontles Thyssagètes, nation nombreuse et indépendante, qui vit de la chasse. Limitrophes à ce dernier peuple, et dans la même contrée, habitent les

sous le nom d’Argippéens', que Kruse assimile aux Bachekirs ou Kalmuks, et plus loin encore les * Ægypodes, d’après Kruse, les Ostiaks. Au delà de

Jyrques, qui vivent également de la chasse, mais qui la font d’une manière particulière. Le chasseur monte sur un arbre, où il se met à l'affût (les arbres abondent dans tout le pays); il tient près de lui un cheval instruit à se coucher sur le ventre, pour paraître le moins possible au-dessus du sol, et un chien dressé. Quand l'animal passe sous l'arbre, le chasseur lui décoche une flèche et saute promptement à cheval pour le poursuivre, tandis que le chien se met sur les voies. Au delà des Jyrques, en tournant vers l’orient, habite une peuplade qui, après s'être séparée des Scythes royaux, est venue, à la suite de sa défection, se fixer

dans cette contrée.» — Hérodote, 1. IV, xx1r. (Trad. Miot.)

1. « Jusqu'au territoire occupé par cette peuplade, tout le pays que nous avons successivement décrit est entièrement plat et très-uni ; mais, à partir de ce point, il devient pierreux et montueux. Lorsqu'on à voyagé pendant longtemps sur ce terrain difficile, on trouve une nation qui habite au pied d’un mont très-élevé. Tous les individus qui la composent, hommes ou femmes, sont chauves de naissance, ont le nez aplati et les joues épaisses. Ils s’habillent à la manière des Scythes, mais parlent une langue particulière, et tirent leur nourriture des arbres. Celui qui leur en fournit le plus abondamment se nomme Pontique ; il est à peu près de la grandeur d’un figuier, et porte un - fruit de la figure d’une fève, renfermant un noyau. Lorsque ce

fruit a atteint sa maturité, ils le mettent en presse, et en expri- | ment, à travers une étoffe, un suc visqueux, de couleur noire, qu’ils nomment Aschy. Ils sucent cet extrait ou le mêlent avec du lait pour le boire. De la partie épaisse, qui reste sous le pressoir, ils forment des gâteaux dont ils se nourrissent. Comme ils manquent de bons pâturages, ils ont peu de troupeaux. Chacun d’eux a sa demeure sous un arbre; l'hiver, il y suspend une cou-

ces peuples, qui appartiennent déjà un peu aux légendes, Hérodote nous parle d’un pays où l'air était rempli de plumes, c’est-à-dire de flocons de neige, et puis d’un autre où les habitants dormaient six mois de l’année; c’est certainement là une exagération du voyageur, et qui s'explique quand on songe aux longues nuits qui règnent dans le voisinage des pôles.

La description de l'hiver dans ces pays est

verture blanche de poils feutrés, et l’enlève en été. On les regarde tous comme des êtres sacrés, et personne n’oserait leur faire injure ; aussi l’on ne voit chez eux aucune arme de guerre. Ils sont même ordinairement pris pour juges des différends qui naissent entre leurs voisins ; et si un homme banni de sa patrie se réfugie sur leur territoire, son asile est respecté. Ils sont connus sous le nom d’Argippéens.

« Tout le pays jusqu’à celui qui est occupé par cette nation chauve, ainsi que les peuples placés sur la route, sont assez bien connus par les renseignements qu'il est facile de tirer des Scythes qui visitent la contrée, et même des Grecs qui s'y rendent du comptoir des Borysthénistes ou des autres ports du Pont-Euxin. Dans ces voyages, les Scythes, pour traiter de leurs affaires, sont obligés d’avoir jusqu’à sept différents interprêtes : on compte autant de langues en usage chez ces diverses nations.

« Mais la connaissance du pays s'arrête à ce point. Il n'y arien de certain à dire sur ce qui est au delà du peuple chauve : des montagnes élevées et impraticables ne permettent pas d'aller plus loin. Les Argippéens racontent cependant, mais je suis loin d’y ajouter foi, que des hommes qui ont des pieds de chèvre habitent ces montagnes; et que, après les avoir tra-

réellement remplie d’un charme poétique ‘. Les lignes suivantes du grand historien ne laissent enfin aucun doute sur la source authentique d’où il tirait ses précieux renseignements : « Tout le pays jusqu’à celui qui est occupé par cette nation chauve, ainsi que les peuples placés sur la route, sont assez bien connus par les renseignements qu'il est facile de tirer des Scythes qui visitent la contrée, et même des Grecs qui s’y rendent du comptoir des Borys-

versées, on trouve une autre race d'hommes qui dorment pendant six mois de l’année; pour moi, je n’admets rien de tous ces récits. Quant au pays situé à lorient, il est habité par les Issédons et bien connu. Mais il n’en est pas de même de celui qui est au nord : il n’est connu ni des Argippéens ni des Issédons, et l’on n’en sait que ce qu'ils rapportent sur des traditions

incertaines. » — Hérodote, 1, IV, xxr11-xxv.

(Trad. Miot.)

1. L’hiveresttrès-rude dans tousles pays dont nous venons de parler. Le froid yest même si rigoureux que pendanthuit mois de l’année l’eau que l’on jette sur la terre nela délaye pas, et que ce n'est qu’en allumant du feu que l’on peut amollir le sol. Comme la mer même gêle ainsi que tout le Bosphore Cimmérien, les Scythes qui habitent en deçà du fossé campent souvent sur la glace, et y font passer leurs chariots pour se transporter jusque chez les Sin- des. L'hiver dure ainsi huit mois, et pendant les quatre autres mois de l’année le froid est encore très-sensible. Cet hiver, comme on le voit, ne ressemble pas à celui qui s'observe partout ailleurs : les autres saisons ne diffèrent pas moins. Il pleut à peine pendant le printemps, et dans l'été il ne cesse de pleuvoir. A l’époque où le tonnerre se fait entendre ailleurs il ne tonne jamais, et dans l'été les coups de tonnerre se succèdent presque

thénistes ou des autres ports du Pont-Euxin. Dans ces voyages les Scythes, pour traiter de leurs affaires, sont obligés d’avoir jusqu’à sept interprètes différents. On compte autant de langues en usage chez ces diverses nations. »

Quelques chapitres plus haut, Hérodote dit au sujet des Melanchlænes : « Au delà de la Scythie royale, en allant vers le nord, on trouve les Melanchlænes, nation différente, qui n’est pas scythe.. ! » Plus loin : « Les Melanchlænes portent tous habi-

sans interruption; mais s’il vient à tonner pendant l’hiver, cet événement est regardé comme une sorte de miracle ; enfin, un tremblement de terre, soit en hiver, soit en été, est, dans l’opinion des Scythes, un prodige. Les chevaux supportent la longueur de l’hiver; les ânes et les mulets ne peuvent s’y accoutumer. Il est remarquable cependant que les chevaux qui vivent sur la glace y maigrissent promptement, tandis que les ânes et les mulets soutiennent mieux la gelée.» —Hérodote, L. IV, xxvrir. (Trad. Miot.)

1. Au delà du Gerrhus est le territoire royal. Le peuple qui l’habite forme la plus nobleetla plusnombreuse de toutes les nations scythes, et regarde les autres Scythes comme des sujets. Leur territoiretouche, au midi, la Tauride, et, à l’orient, s’avance d’un côté jusqu’au fossé que les enfants des esclaves aveugles avaient creusé, et de l’autre jusqu’au comptoir des Cremniens, situé sur le Palus-Méotide. Ils ont aussi des possessions sur le Tanaïs. Au delà de la Scythie royale, en allant vers le nord, on trouve les Melanchlænes, nation différente, qui n’est pas scythe. Enfin, au delà des Melanchlænes, on ne trouve, autant que nous le sachions, que des marais et un désert.» — Hérodote, I. IV, xx.

(Trad. Miot.)

tuellement des manteaux de couleur noire, et c’est de cet usage qu'ils ont tiré leur nom *. » Et à un autre endroit : « Ces divers peuples ont des coutumes particulières que je ne dois point taire... ? » De ces deux derniers passages d'Hérodote, Kruse conclut que les Melanchlænes avaient les mêmes

Page 1