‹ Les migrations des peuples et particulièrement celle des TouraniensChapitre 7 sur 61 · Hérodote, Liv. IV, cvrr · texte numérisé non relu

Hérodote, Liv. IV, cvrr

2. Ces divers peuples ont descoutumes particulières que je ne dois point taire. Les Taures sacrifient à une vierge ceux que la tempête jette sur leurs rivages, ainsi que tous les Grecs qui tombent entre leurs mains. Voici de quelle manière ils procèdent à ces sacrifices. Après avoir pris les auspices, ils immolent la victime en lui portant sur la tête un coup de massue. Ensuite, selon les uns, ils en séparent la tête pour l’attacher à une croix, et précipitent le corps du haut du rocher sur lequel le temple est bâti. D’autres sont bien d'accord sur ce que l’on fait de la tête de la victime, mais prétendent qu’ils ne précipitent point le corps, et qu'ils l’enterrent. Les Taures disent que la divinité à laquelle ils offrent ces sacrifices est Iphigénie, fille d’Agamemnon. Leurs guerriers sont aussi dans l’usage de couper la tête aux ennemis qu’ils ont vaincus et la portent chez eux. Ils fixent ordinairement ces têtes sur un pieu très-élevé, qu'ils placent au-dessus de leur maison, particulièrèment sur les conduits de la fumée, et disent que ce sont les gardiens de leur habitation. Ce peuple ne vit, d’ailleurs, que de la guerre et du pillage.

« Les Agathyrses ont, au contraire, des mœurs très-effeminées, et portent beaucoup d’ornements en or. Les femmes sont communes parmi eux ; et, comme ce mélange établit entre tous les individus une fraternité et une parenté réciproque, ils vivent dans une parfaite union, sans jalousie et sans haine. Pour le reste, leurs coutumes sont assez semblables à celles des Thraces.

mœurs que les Scvthes. Il interprète même Hérodote de la manière suivante : « Les Melanchlænes portent tous des manteaux noirs, d’où ils ont tiré

« Les Neures vivent à la manière des Scythes, et ont les mêmes institutions. Une génération avant l’expédition de Darius, ils avaient été forcés de quitter la contrée qu’ils habitaient, pour fuir le grand nombre de serpents qui s’y étaient répandus. Ces animaux, venus des déserts qui sont au delà de leur pays, les avaient réduits à ‘un tel état de misère, qu’ils avaient abandonné entièrement leurs terres pour se retirer chez les Budins. Les Neures passent, d’ailleurs, pour être très-adonnés à la magie ; les Scythes et les Grecs établis en Scythie prétendent même que chaque individu de la nation prend, une fois tous les ans, la figure d’un loup, sous laquelle il demeure pendant quelques jours, et qu’il revient ensuite à sa première forme. Je suis loin d’ajouter foi à de teis récits, cependant ceux qui les font n’épargnent pas les serments pour les affirmer.

« Les Androphages sont de tous ces peuples celui qui a les mœurs les plus féroces. Ils n’ont point d'idée de justice ou d’obéissance à aucune loi. Ils sont nomades, et s’habillent comme les Scythes; mais ils ont un idiome qui leur est propre. Parmi ces diverses nations, seuls ils mangent dé la chair humaine.

« Les Mélanchlænes portent tous habituellement des manteaux de couleur noire; et c’est de cet usage qu’ils ont tiré leur nom.

« Les Budins forment une nation nombreuse et puissante. [ls se peignent le corps en bleu ou en rouge. On trouve chez eux une ville bâtie en bois, qui porte le nom de Gélonus. Chaque côté de la muraille qui l’enferme a trente stades de longueur, et cette enceinte fort élevée est entièrement construite en bois. Toutes les maisons sont également en bois ainsi que les temples. Ces temples sont consacrés à des divinités grecques,

leur nom; mais ils vivent d’après les mœurs scythiques. »

Cette interprétation nous paraît erronée, parce qu'elle ne se trouve nulle part dans Hérodote; et

les observations que Kruse y ajoute tombent d’ellesmêmes. Au contraire, on ne peut se méprendre sur le sens des paroles d'Hérodote.

L’historien grec fait bien la distinction entre les Scythes et les Melanchlænes, et si ces derniers sont les Esthoniens, comme Kruse le prouve avec tant

et ornés, à la manière des Grecs, de statues d’autel et de chapelles en bois. On y célèbre tous les trois ans des fêtes en l’honneur deBacchus et des Bacchanales; ce qui s'explique facilement, puisque les Gélons d’origine grecque sont d'anciens marchands qui, chassés des comptoirs de l’Euxin, sont venus habiter chez les Budins. Ils se servent d’une langue mêlée du scythe et du grec.

«CIX. Les Budins ne parlent pas la même langue que les Gélons et n’ont pas les mêmes mœurs. Originaires du pays, ils sont nomades.'et les seuls des habitants de ces contrées qui mangent des poux. Les Gélons, au contraire, travaillent la terre, se nourrissent de pain, cultivent des jardins, et n’ont rien de commun avec les Budins, ni par la figure, ni par la couleur. Cependant les Grecs donnent aux Budins le nom de Gélons, mais c’est à tort. Le pays abonde en forêts épaisses. Dans une des plus vastes on voit un grand lac très-profond, entouré d’un vaste marécage, couvert de roseaux. On y prend des loutres, des castors, et une autre espèce de bôte sauvage dont la face est carrée. Les peaux de ces animaux servent à doubler les manteaux, et leurs testicules sont employés utilement pour la guérison des maladies de. l'utérus.

d'autorité, les premiers ne pouvaient être un peuple de race touranienne. Ils étaient de même origine que les Sauromates; nul ne peut en douter en lisant attentivement les chapitres cx.-cxvir dans le IV° livre d'Hérodote ‘. Les raisons que Koskinen

1. « Quant aux Sauromates, dont il me reste à parler, voici ce que l’on en raconte. Au temps où les Grecs firent la guerre aux Amazones {les Scythes donnent aux Amazones le nom d'Oiorpata, qui peut se rendre par le mot tueur d'hommes, car dans leur langue le mot o1or signifie homme, et pata tuer), les Amazones ayant été vaincues dans la bataille donnée sur les bords du Thermodon, les Grecs revinrent dans leur patrie, ramenant avec eux, sur deux ou trois vaisseaux, toutes celles qu’ils purent faire prisonnières. Lorsqu'on fut en pleine mer, elles se révoltèrent, et parvinrent à tuer tous les hommes qui montaient les vaisseaux; mais, comme elles ne connaissaient point les manœuvres, et qu’elles ne savaient se servir ni du gouvernail ni des voiles, après s'être défaites de tous les matelots, elles furent obligées de s’abandonner aux vagues et au vent. Portées par les flots, elles entrèrent dans le Palus-Méotide, et vinrent aborder à un lieu nommé les Cremnes, dans la contrée habitée par les Scythes libres. Ces femmes y descendirent de leurs vaisseaux; puis, s'étant mises en chemin pour chercher quelque habitation, elles tombèrent sur le premier pâturage de chevaux qu’elles rencontrèrent, s’en emparèrent; et, montées sur ces chevaux, se mirent à dévaster les terres.

« Les Scythes ne savaient comment expliquer cet événement, et, ne connaissant ni la langue, ni l'habillement de ces nouveaux ennemis, ni à quelle nation ils appartenaient, ne pouvaient que s'étonner de les voir, sans deviner d’où ils venaient. Ils les prirent d’abord pour des hommes de même âge et de même taille, en vinrent aux mains, et ce fut seulement à la

LES TOURANIENS. ô1

donne à l'appui de cette dernière opinion nous ‘paraissent excellentes et nous allons y ajouter quelques preuves qui paraîitront sans doute concluantes.

suite du combat que les Scythes, en dépouillant les morts, connurent qu'ils avaient affaire à des femmes. Après cette découverte, ils convinrent de ne plus en tuer, et résolurent d'envoyer contre elles les plus jeunes d’entre eux, en nombre à peu près égal à celui auquel ils supposaient que la troupe des Amazones pouvait se monter. Ces jeunes gens eurent ordre de camper le plus près possible de ces femmes, et d’agir suivant ce qu’elles feraient ; si elles marchaient pour les attaquer, de ne point combattre et de se retirer; si elles s’arrêtaient, de s'arrêter eux-mêmes, et de camper encore plus près d'elles. Tel fut le résultat de la délibération des Scythes, qui voulaientse ménager les moyens d’avoir des enfants de ces femmes.

« Les jeunes gens se mirent en marche, et se conformèêrent aux instructions qu'ils avaient reçues. Lorsque les Amazones s’aperçurent que cette troupe ne venait point dans le dessein de les attaquer, elles la laissèrent faire ce qu’elle voudrait, et chaque jour les deux camps se rapprochaient de plus en plus. Les jeunes gens, comme les Amazones, n'avaient rien que leurs armes et leurs chevaux, et ne pouvaient par conséquent vivre qu’en fourrageant et en chassant.

« Dans leurs courses, les Scythes remarquèrent que les Amazones, vers l'heure de midi, se retiraient, ou séparément, ou au plus deux ensemble, dans des lieux ombragés, pour satisà faire quelques besoins naturels. Sur cette observation, l’un . d’eux se basarda d'aborder une des Amazones qu’il vit tout à fait seule; elle ne le repoussa pas et s’abandonna à lui. Ensuite, comme elle ne pouvait point lui parler, puisque ni l’un ni l’autre n’entendaient réciproquement leurs langues, elle fit comprendre par ses gestes qu’elle désirait qu'il revint le lendemain à la même place, et amenât avec lui un de ses compagnons, lui in-

Koskinen est persuadé que les Scythes et les Sauromates étaient Slaves. Voici ses raisons : la parenté

diquant, de la même façon, qu'elle amènerait de son côté une de ses compagnes, et qu’elles seraient deux. Quand le jeune homme fut de retour, il raconta aux autres son aventure, et le jour suivant il revint, avec un second, au lieu désigné, où il trouva l’Amazone et sa compagne qui les attendaient. Le reste de la troupe, instruit de leur succès, suivit cet exemple, et parvint à apprivoiser toutes les Amazones.

« — Enfin, les deux camps se confondirent et habitèrent en commun, chaque homme conservant la femme avec laquelle il avait eu commerce le premier; mais les Scythes ne purent jamais apprendre la langue des Amazones, tandis que celles-ci se familiarisèrent promptement avec celle des Scythes. Lorsqu'ils furent parvenus à s’entendre ainsi réciproquement, les Scythes firent aux Amazones celte proposition : « Nous « avons, leur dirent-ils, des parents et des biens; cessons donc « de vivre comme nous vivons, et allons nous établir chez nos « concitoyens. Vous serez nos épouses, et nous vous promettons « de ne point en prendre d’autres. » — « Nous ne pourrons « jamais, répondirent les Amazones, vivre avec les femmes de « Votre nation ; ns mœurs sont trop différentes des leurs. « Nous Sommes accoutumées à nous servir de l’arc, à lancer le « javelot, à monter à cheval; les ouvrages ordinaires à notre « sexe nous sont inconnus. Vos femmes, au contraire, s’occu- « pent uniquement de ces sortes d'ouvrages, et demeurent « assises dans un chariot, sans aller à la chasse et sans se mon- «trer ailleurs. Nous ne saurons jamais prendre de telles habi- «tudes; mais si vous désirez nous conserver pour épouses el « agir en même temps avec équité, allez près de vos parents, « demandez-leur la part qui vous appartient dans ce qu'ils pos- « Sèdent, et revenez ensuite habiter avec nous et loin d’eux.

« Les jeunes gens, persuadés, firent ce qu'on leur demandait ; et, après avoir reçu la part qui leur revenait dans

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des Scythes et des Sarmates est prouvée dans Hérodote même; qu'on lise avec attention la fable qu’il raconte sur l’origine de ces derniers. Ces deux peuples se sont longtemps fait la guerre; plus tard ils se sont confondus ; le vaincu a probablement été absorbé par le vainqueur, et le nom de Sarmate a remplacé dans l’histoire celui de Scythe.

les biens de leur famille, rejoignirent les Amazones, qui, à leur tour, leur firent une autre proposition : « Nous ne pouvons, « leur dirent-elles, sans danger, continuer à vivre dans la con- « trée où nous sommes, après vous avoir enlevés à vos parents «et dévasté tant de fois vos campagnes; mais puisque vous « mettez du prix à nous avoir pour femmes, voici le partiqu'il « nous convient de prendre en commun. Quittons le pays, passons « le Tanaïs, et allons nous établir au delà de ce fleuve.

« Cette nouvelle proposition fut également accueillie, et les Scythes, unis aux Amazones, passèrent le Tanaïs. Ils marchèrent ensuite pendant trois jours au delà de ce fleuve, se dirigeant vers l’orient, puis trois autres jours à partir du Palus- Méotide vers le nord, et vinrent se fixer dans la contrée qu'ils habitent encore maintenant. Les femmes des Sauromates {c’est le nom que prit ce nouveau peuple) ont conservé leur manière de vivre. Elles montent à cheval, vont à la chasse avec les hommes et même sans eux, les accompagnent à la guerre et portent le même vêtement.

«Le fond de la langue des Sauromates est scythe, mais c’estun -Scythe ancien et mêlé de solécismes, parce que les Amazones n'avaient jamais appris parfaitement le scythe. Une loi particulière ne permet chez eux à une fille de se marier que lorsqu’elle a tué un ennemi. Aussi, beaucoup de filles vieillissent avant de trouver un mari, parce qu’elles n’ont point eu l’occasion de

remplir les conditions de la loi. » (Trad. Miot.)

Pendant deux cents ans, ils se montrent sur les bords du Danube pour inquiéter l’empire romain, mais à l’époque des invasions des Huns ils disparaissent. Cependant les Huns sont à peine refoulés qu'on revoit les Sarmates ; on les trouve en 488 en compagnie des Goths, et quatre-vingts ans plus tard, en compagnie des Longobards, envahissant l'Italie ; puis leur nom disparaît de nouveau. Se sont-ils retirés vers l’est? Se sont-ils confondus avec un autre peuple? Koskinen ne partage pas ces opinions. Il fait remarquer qu'en Europe de nouveaux noms paraissent : Slaves, Slovères, Scabènes, Antes, Vendes, etc. Comme autrefois les Sarmates, ils vont en avant, au bord du Danube, et Koskinen croit qu’à cette époque ils ne sont point venus de l’Asie, mais que c’étaient les anciens Sarmates. D’après Procope ‘ les Slaves et les Antes se seraient eux-mêmes appelés jadis Spores; et ce nom n’est qu’une autre forme, produite par interversion des consonnes, du mot Sorb, Serb, Sorab, dont la racine est S KR B. Koskinen pense que le SR M est identique auS RB, et que les auteurs grecs et latins ont formé de cette racine le mot Sa R M — ata de même qu'ils ont fait de Kel, Gal, Gal — ata. Le célèbre savant slave Schaffarik est du même avis.

A. Bellum Goth., LI, x1v.

Ajoutons à cela que, même en admettant dans ses traits principaux le récit d'Hérodote, il résulte que les Sauromates étaient aussi bien des Scythes que les Romains sont restés Romains après l’enlèvement des Sabines. Donc les Scythes et les Sauromates d'Hérodote n'étaient point de race touranienne. |

Quant aux autres peuples dont parle Hérodote. voici ce qu'en dit Koskinen :

A° Les Agathyrses qui habitaient la Transylvanie étaient, d’après Vivien de Saint-Martin, les pères des Khazars *. Koskinen croit cela possible, mais il attend des preuves;

2° Les Androphages et Melanchlænes sont certainement, d’après Schaffarik, des peuples finnois. Le nom des premiers s'accorde avec le nom des Samoïèdes (sam, homme, et jed, manger, ce qui ne serait qu'une plaisanterie, d’après Hunfalvi), et la terminaison læn, lain, est tout à fait finnoise (p. e. Sumalainen, Savolainen). Koskinen partage cette manière de voir. Nous adoptons aussi cette opinion pour les Melanchlænes.

Quant aux Androphages, ils peuvent être de race finnoise, mais nous ne croyons pas qu'ils aient jamais été Samoïèdes; car le peuple des Samoïèdes,

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