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I. — l'homme en PRÉSENCE DES FAITS GÉOLOGIQUES

EN OGÉANIE.

Dans l'étude ethnographique des peuples de TOcéanie, on ne s'est peut-être pas assez bien préoccupé de la question qui se rattache aux mouvements considérables que le sol a subis depuis et pendant l'existence de l'homme dans o cette partie du monde; chacune des opinions si diverses ^ qui se sont prononcées sur les migrations polynésiennes y aurait certainement trouvé des arguments péremptoires, et peut-être Texamen de la donnée géologique aurait-il rendu le problème soluble, pendant que, jusqu'ici, il n'était qu'indéterminé. Je n'ai cependant pomt la pensée que la géologie ait joué le seul rôle dans la question, mais seu- 'lement qu'elle y a pris une part très-importante.

L'examen de Técorce terrestre autour de la Polynésie proprement dite fait ressortir jusqu^à l'évidence que, pendant l'époque tertiaire et jusqu'au quaternaire, un continent plus ou moins vaste se montrait en Océanie; en s'affaissant au commencement de la période géologique

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que nous traversons, il a dû laisser le relief de cette partie du monde à peu près comme nous le voyons aujourd'hui, si toutefois nous en sortons les îles volcaniques ; le Pacifique formait donc alors un désert d'eau plus immense encore que de nos jours, bordé au nord par les continents de rAmérique et de l'Asie, à l'ouest par l'Asie et l'Australie, au sud par les terres de l'océan Glacial antarctique, à l'est par les deux Amériques ; mais, avant sa disparition, ce continent océanien était certainement habité par l'homme, puisque la science, fixée aujourd'hui par un grand nombre de faits, ne met plus en doute l'homme quaternaire et même tertiaire. En Californie, par exemple, près de Columbio, dans des alluvions recouvertes par un banc de grès, surroonté lui-môpe de coulées de basaltes, on a trouvé des objets façonnés par la main des hommes, associée à des ossements d'espèces éteintes (1).

Ces habitants anciens ne durent point suivre le sort du sol qui les supportait, et leurs débris se réfugièrent sur les îles ou les continents voisins. L'Australasie — ces terres si isolées des autres — avec sa race humaine la plus dégradée de toutes, nous a peut-être conservé le type de ces peuples primitifs ; nous les avons trouvés là tels que les siècles écoulés les avaient vus, ils n'avaient rien fait pour améliorer leur sort ; ils ne savaient compter que jusqu'à trois, ne construisaient pas de maisons et encore moins de villages ; ils erraient çà et là par petites troupes, portant avec eux leurs grossiers ustensiles de chasse ou de pêche qui formaient tout leqr bagage, et, comme le fauve, ils n'avaient de souci que la recherche de leur nourriture, pour laquelle encore tout était bon, car on les voyait, triste spectacle, dévorer les gros pous qui fourmillent dans leurs

(1) Tout récemment encore, 4aQ8 desroohes tertiaires de la Californie^ des restes de Thomme et des traces de son travail ont été vus par M. Wbitney, géologue en clief de la Californie. {Société de géologie^ 2* 8érie, t. 26, p. 676.)

têtes laineuses, les fourmis, les vers et jusqu'à leurs semblables. Il faut avoir vu, au milieu de cette bizarre et grandiose végétation australienne, ces êtres mal bâtis, aux bras longs et grêles, au corps étroit, à Téchine souple comme celle du singe, au front bas, à la tête cachée sous une laineuse et abondante chevelure ; à la physionomie grimaçante, bestiale ; à la voix aux notes rauques et inimitables ; au langage mal formé, semblable au grognement d'un animal, pour comprendre que certains voyageurs aient pu les prendre pour les parents, les dérivés des chimpanzés qui peuplent, h une faible distance de ces contrées, les forêts de Sumatra. Un fait qui rapproche encore de la brute ces tristes spécimens de notre espèce, c'est la difficulté qu'ils ont à s'apprivoiser avec le blanc; à notre contact, ils disparaissent avec une si grande rapi^ dite, que déjà de nos jours il n'en reste plus qu^un trè&^ petit nombr^ ; paais un point de ressemblance epcore plus frappant, qu'un Darwipiste exploiterait avec succès et considérerait comme un des derniers vestiges de notre origine, c'est la singulière habitude qu'ont les Papous et les Polynésiens de se frotter réciproquerpent le nez lorsqu'ils se rencontrent; cet acte n'est pas un simple salut comme on le pense généralement, ce sont deux êtres qui se flairent, ils ne se sont pas vus depuis longtemps ou bien sont tout à fait étrangers l'un à l'autre, et ils se sen^^ tent comme le feraient deux singes ; mais écoutoâs c^ que dit Dumont d'Urville à cet égard :

c Comme tous les voyageurs, je pensais d'abord que ce salut bizarre se bornait à l'attouchement du nez; mais M. Kendall m'expliqua que ce contact n'était qu'un simple accessoire extérieur, et que la base du salut consistait, de la part des deux personnes, à exhaler doucement leur haleine et à la confondre. » — D'un autre côté, le mot par lequel ces peuples désignent cet acte, signifie sentir^ flaû rer, et nous trouvons l'équivalent chez tous les peuples

primitifs, ainsi qu'Alexandre de Humboldt lefait remarquer dans son ouvrage, Ueber die Kawi sprache :

< Le sanscrit, dit-il, a hérité de l'Inde la trace de ce mode particulier de salutation qui consiste à se toucher mutuellement le nez avec le nez, car il est indiqué par le mot upaghrâ qui, avec l'addition de deux prépositions, dérive du verbe ghrâ^ sentir. De même, en javanais, nhambung veut dire à la fois baiser et sentir. Le mot malais chium a le même double sens ; en madécasse, le baiser se dit orouche et l'odorat orouc;... ongi en nouveau-zélandais, honi aux Sandwich, hoï à Tahiti, ont la

double signification de saluer et de sentir Frecyenet

rapporte qu'à Timor, et, ce qui est plus remarquable encore, chez les Papous, ce mode de salutation existe. Ainsi toute rOcéanie, depuis Madagascar jusqu'à la mer du Sud, paraît posséder cette coutume, entièrement étrangère à l'Asie occidentale ainsi qu'à l'Europe. // n*e9t nullement croyable qu'elle Fait tirée de l'Inde. Des faits de cette nature tiennent trop profondément au caractère original d'un peuple pour qu'ils puissent résulter d'une simple influence de colonisation. ..-.. »

Enfin, l'usage de donner [e salut par le frottement du nez a encore été retrouvé chez les habitants de l'île Saint- Laurent, à l'entrée du détroit de Behring (1). Il est vrai que la langue des Kouriles, dans ces mêmes parages, a, paraît-il, des analogies avec le polynésien oriental.

Mais, à mesure que l'on s'avance de la Polynésie vers le nord-ouest, cette singulière coutume disparaît; dans le Tagale, le baiser se dit halic^ mot analogue à orouc de Madagascar, mais n'ayant plus déjà la double signification.

Il résulte des faits précédents que, chez les peuples primitifs, l'acte de se saluer en s' embrassant se confondait, comme chez la brute, avec celui de se sentir.

(1) Choris, Voyage pittoresque autour du monde y article Kamtscbatka^ page 5.

Je désigne par Autstralasie les terres géologiquement anciennes qui bornent la Polynésie à l'ouest, et dont le noyau est la Nouvelle-Hollande; les Auslralasiens deviennent donc pour moi les habitants de ces contrées anciennés, et ils y vivaient déjà pendant que la Polynésie, exclusivement formée de roches nouvelles, volcaniques ou coralligènes, était en voie de formation.

Ce vaste archipel australasien, par sa flore d'une richesse et d'une variété sans exemple, retrace parfois si bien les flores anciennes, que Ton est porté à admettre que cette terre est une de celles qui, malgré les siècles et les bouleversements géologiques qui ont passé sur elle, a su le mieux conserver les types primitifs ; ses fougères arborescentes ont tout à fait rappelé aux paléontologues les familles qui vivaient à l'époque si reculée du carbonifère ; la faune actuelle s'y distingue aussi par son originalité, c'est le cygne et les cacatoès noirs, les émus, l'étrange ornithorynque et surtout les marsupiaux, que les naturalistes de l'Europe connaissent seulement pour les avoir trouvésàrétatfossile,àpartir du trias, oùlem2cro/es^e5 antiquus non-seulement est un marsupiau, mais encore, le premier vivipare commençant cette série mammologique qui s'est éteinte partout ailleurs que sur le continent australasien. Le marsupiau ne sq retrouve pas à la Nouvelle-Zélande et à la Nouvelle-Calédonie, soit que ces terres ne leur présentent pas des conditions d'existence suffisantes, soit que leurs habitants, qui livrent à tous les animaux une guerre acharnée, aient pu les détruire sur ces îles relativement petites. La Nouvelle-Zélande nous offi'e encore ses bizarres Apterix; la Nouvelle-Calédonie, le Rhynochœtos jubatus et le N'dio^ oiseaux d'assez forte taille, et qui, semblables à l'Autruche, se servent surtout de leurs ailes pour la défense, mais jamais pour s'élever dans les airs.

Si je m'appesantis sur ces faits, c'est que, concordant

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avec la géologie, ils indiquent bien T ancienneté des terres australasiennes ; par contre, les jeunes îles de la Polynésie, bien loin de posséder des plantes et des animaux de genres nombreux et spéciaux, n'ont qu'une faune et une flore ordinairement pauvres, qui ne présentent que des genres semblables à ceux des continents anciens environnants ou qui en sont dérivés.

Je signalerai encore, dans ces pays, qui se trouvaient vierges de cultures, un fait que Ton peut considérer comme indiquant, jusqu'à un certain point, l'ancienneté d'un pays, je veux parler de la relation constante qui existe entre la végétation et la nature du sol qu'elle recouvre ; en Australasie, les lois relatives de la flore et de la nature des terrains sont si bien observées, qu'un œil exercé peut bientôt, à la seule inspection des arbres et des plantes qui recouvrent une colline, ou une étendue de pays plus ou moins vaste, dire sûrement la nature géologique du terrain sous-jacent. En serait-il de même si, depuis de longs siècles, ces terrains n'avaient pu faire sélection des végétaux qui leur conviennent le mieux, permettant ensuite à ces arbres gigantesques de croître les uns après les autres, et d'élever à des hauteurs prodigieuses ces troncs immenses, dont Tâge égale peut-être celui de quelquesunes des îles volcaniques qui vont nous occuper. Ainsi, les faits géologiques nous démontrent qu'un continent tertiaire ou quaternaire s'est effondré sous les flots du Pacifique, Les causes qui ont pu y contribuer, séparément ou simultanément, sont : l"" un affaissement graduel, çomsie nous en avons encore tant d'exemples dans ces parages ; 2° une série de secousses volcaniques abaissant le niveau des terres ; 3° l'usure à la longue sous les influences réunies du soleil, des pluies et des courants marins qui corrodent les rivages.

Mais si, dans cette partie du monde l'équilibre semble pour un moment détruit, il ne pouvait tarder à se rétablir ;

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les feqx souterrains et les zoopbytes s'en chargèrent; les premiers, en créant ces pitons élevés qui, dominant de plusieurs milliers de mètres les plaines liquides, ont dû souvent servir de phares sauveurs pour les pirogues égarées des émigrants polynésiens ; les seconds, en créant ces surfaces que la mer bat de toutes parts et recouvre parfois dans sa colère, tristes abris où la fatigue, les privations attendaient ceux que le sort y jetait. C'est ainsi que se forma et que se forme encore cet ensemble de pics volcaniques ou de plateaux coralligènes que nous appelons rOcéanie ; de sorte que, dans ces parages, Thomme, après avoir assisté à la disparition d'un continent, en voit un autre se dresser sur ses débris submergés. Au reste, cet exemple ne serait pas le seul cataclysme important auquel l'homme ait assisté, la tradition d'un déluge chez tons les pepples en est un témoignage; l'Atlantide, cette terre disparue aujourd'hui et que les prêtres égyptiens décrivirent à Solon, n'est-elle pas une nouvelle preuve de ces puissantes oscillations du sol qui faisaient dire au poëte :

Vidi ego quod fuerat qaondam solidissima tellus Esse fretum ; vidi factas ex squore terras ;

Mais si c'est à notre époque géologique que les terres qui dominaient l'océan Pacifique se sont effondrées et si le continent nouveau poursuit encore sa formation, il ne faudrait point croire que le moment de sa naissance soit proche de nous; j'ai parcouru en Océanie plusieurs de ces terres récentes, et j*ai pu constater que nos unités de temps employées pour dire leur âge seraient bien près de n'être que des infiniment petits ^ des îles volcaniques telles que les Fidji, par exemple, conservent à peine les traces de leur origine, bien qu'elles soient exclusivement formées de tufs, de basaltes, de scories,... les courants de lave et les cendres n'existent nulle part à la surface, les

seuls cratères que ron remarque ne sont plus que des ruines informes; il m'a été, en outre, assuré que des couches de combustibles se trouvent sur Tune de ces îles, dont tous les matériaux sont cependant venus liquides des profondeurs d'un cratère ; ce fait, tout extraordinaire qu'il soit, ne serait point nouveau en Océanie où j'ai pu m'assurer par des échantillons et divers témoignages qu'un fait semblable existe à Râpa ; dans cette île, située par 27° 38' de latitude sud et 146° 30' de longitude ouest du méridien de Paris, qui sert de dépôt de charbon aux navires de la Compagnie des paquebots de la côte américaine à Wellington (Nouvelle-Zélande), on a rencontré, reposant sur une coulée de basaltes, une couche de lignites de l'",50 d'épaisseur; une éruption nouvelle ou un mouvement du sol semble avoir mis fin à la formation de ce combustible, et cependant ici, comme aux Fidji, on ne trouve plus ni cratères, ni courants de lave superficiels. Si nous additionnons maintenant le temps qu'il a fallu pour créer cette épaisse couche de combustible, les roches volcaniques qui l'ont précédée et l'ont suivie, et enfin la dénudation complète des cratères friables qui accompagnaient les dernières éruptions, nous arrivons à un total immense, et pourtant il est démontré que ces roches sont contemporaines de celles qui forment la base des îles polynésiennes, qui n'en diffèrent habituellement qu'en ce que chez elles les volcans se sont éteints beaucoup plus tard et même parfois sont encore actifs.

Si nous arrivons maintenant aux îles coralligènes, nous trouvons que plusieurs d'entre elles remontent aussi aune très-haute antiquité, puisqu'elles ont pu assister à plusieurs séries de mouvements du sol qui les ont élevées, inclinées, etc.; telles sont, par exemple, les trois îles Loyalty, dont la surface est de 200000 hectares et que trois mouvements successifs ont exhaussées verticalement de plus de 80 mètres au-dessus du niveau de la mer, pen-

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dant que leur surface s'est recouverte d'un humus assez épais et que des arbres immenses s'y dressent au milieu d'antiques forêts ! Mais s'il nous est permis par les études qui précèdent de nous rendre compte de l'antiquité des lies polynésiennes, la tâche devient plus ardue si l'on veut en faire de même pour les peuples qui les habitent aujourd'hui; aussi, à cet égard, les ethnographes sont-ils beaucoup moins d'accord que les géologues ; ceux-ci cependant jettent un peu de jour sur la question, en apprenant que l'homme était antérieur à la formation de ces lies et qu'il habitait même sur le continent qui les a précédés, d'où nous pouvons déjà conclure avec certitude : Que tes habitants actuels de la Polynésie y sont arrivés par migrations.

Ce premier fait étant acquis , nous allons rapidement rechercher quelles sont les conditions les plus logiques qui ont pu présider à la marche de ces migrations en Polynésie, nous basant sur les phénomènes physiques que présente actuellement l'Océanie et qui n'ont pas dû subir de variations importantes depuis que Tarchipel polynésien a pris le relief que nous lui connaissons.

IL — LES PREMIERS ÊMIGRANTS EN POLYNÉSIE. — TENDAN- CES AUX MIGRATIONS OE l'eST A l'oUEST. — GRANDE EXPANSION DE LA MIGRATION AMÉRICAINE.

Les lies de la Polynésie qui sont situées dans le voisinage des grands continents anciens, tels que l'Amérique, l'Australasie, l'archipel Indien, ont servi à recueillir les navigateurs qui en arrivaient chassés par les vents ou des circonstances particulières. C'est ainsi que se peuplèrent d'abord les contours de la Polynésie, le mouvement se continua 'ensuite vers l'intérieur du cercle, mais alors dans des conditions différentes, car, les premiers habitants des lies orientales se portèrent rapidement vers

Touest avec les vents et les courants, tandis que ceux de ' Toccident et du nord-ouest, n'opéraient vers Test qu'une marche très-lente, aussi les points de rencontre des peupies qui habitaient les trois continents signalés sont-ils, saui de rares exceptions, situés à Touest et le plus sou* vent sur les limites mêmes des anciens continents et des îles nouvelles; de plus, à partir de cette époque, les Polynésiens, toujours lavorisés par les vents d'est, se sont beaucoup avancés à Touest, s implantant à la iNouvelie- Zélande, jusqu'aux îles King's mill et laissaut des traces plus ou moins profondes de leui* passage en Australasie et même à Madagascar.

Tous les Polynésiens, à cause Ue leur bomogénéitôi doivent nécessairement descendre d' une même souche el cela est, en effet ; sur des milliers de pirogues chassées par la tempête au large de la côte américaine, qu'une seule ait pu iranchir les cinq cents lieues qui la séparent des premières îles du Pacifique, qu'après plusieurs semaines de mer cet équipage égaré ait atterri sur ces îles si heureusement douées de la nature, il y devint le principe du peuple polynésien; cette famille souche fut bientôt à Tétroit sur son premier abri, et dut avoir recours à de nouvelles migrations.

Ceux qui ont vu les côtes de T Amérique au voisinage de Téquateur, ainsi que 'les iles polynésiennes qui en sont le plus rapprochées, constatent une similitude extraordinaire des flores ; à Panama et à Tahiti, la végétation est identique, ce sont les mêmes fourrés impénétrables, les mômes forêts de cocotiers et surtout d'arbres à pain. Les naturalistes, les géologues surtout, noteront, je Tes^ père, l'importance de ces faits. A Tahiti, dont on connaît aujourd'hui toute la flore, il n'est pas une seule plante qui ne se trouve sur la côte d'Amérique à Test et à la Nouvelle-Calédonie, à l'ouest; d'autre part, cette flore tahitienne est peu^variée, ce qui, sur un sol auss^^

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riche, favorisé par un si beau climat, indique bien la jeunesse relative de cette terre.

Il est certaines plantes qui semblent se développer spontanément sur les coraux de l'Océanie au moment où ils font leur apparition au-dessus des eaux et sont suffis samment bien défendus par de petites dunes de sables et débris, pour ne plus être constamment assaillis par la mer; c'est alors que Ton voit apparaître successivement des végétaux, non-seulement identiques entre eux, mais dans un ordre semblable ; les choses doivent se passer de même sur les lies volcaniques; cependant certains végétaux, tels que les cocotiers, Tarbre à pain, etc...., y durent être apportés et, à Tahiti, la tradition le confirme; elle rapporte qu'après une grande disette, un vieillard conduisit sa tribu sur une montagne, s'enterra jusqu'à la ceinture dans le sol, le lendemain son corps était devenu un arbre à pain recouvert de fruits, — Il est probable que des pirogues venant parfois s'échouer sur ces rivages, leur équipage était mort le plus souvent, mais il restait des graines que les hommes intelligents plantaient et propageaient dans les îles.

La difficulté même que les Américains avaient pour se rendre en Polynésie explique l'homogénéité polynésienne, car de nouvelle^ immigrations ne venaient pas à chaque instant apporter de nouveaux éléments et si, de loin en loin, une pirogue égarée pouvait encore échouer en Polynésie, les nouveaux venus, se fondaient bientôt dans la masse des autres, à moins que dès leur arrivée on ne les massacrât pour servir à ces repas odieux qui étaient dans les usages de ces peuples : une grave exception à la règle générale se présente cependant aux îles Pomotou, où l'on sait que la moitié de l'archipel parle un langage qui offre avec le polynésien des variations importantes; ainsi, dans les noms de nombre, qui sont toujours identi- (jues en Océanie, nous voyons là que deux et cinq se

disent koïko et epikoj au lieu de aroua et arima {Moer renhout^ vol. 1, p. 158). — En outre, ces peuples ont encore un génie tout autre : constructeurs de pirogues vastes et solides ; excellents et hardis navigateurs ; braves et guerriers redoutés, telles sont les qualités les plus saillantes qui les distinguent : d'autre part, leur physique s'éloigne beaucoup du type polynésien, leur taille est moyenne, leur peau est noire, leurs cheveux sont crépus; le capitaine Beechy et avec lui, M. de Quatrefages voient dans ces insulaires des nègres erratiques que les hasards de la navigation auraient amenés là de r Australie ; mais, ce dernier auteur, s'arrête ici à la difficulté qu'il y aurait à ce que ces nègres eussent traversé toute la Polynésie, sans qu'ils aient laissé sur leur route plus de trace de leur passage. — Moerenhout pense qu'ils ne sont autres que des Polynésiens dégénérés par la misère et les fatigues, à la peau noircie par une exposition constante au soleil. Pour moi je serais porté à admettre cette hypothèse, si elle expliquait en même temps les variations du langage ; cette race noircie ne viendrait-elle pas plutôt d'une migration des nègres américains que Ton trouve en Californie et au Brésil ; partis de la côte orientale du nouveau monde, ils seraient venus s'échouer sur l'archipel de Pomotou , où , se mélangeant avec les Polynésiens, ils auraient produit cette race de type et de langage mixtes. — Ce changement du type sous l'influence du climat et de la nourriture dont parle Moerenhout, a dû a fortiori se produire sur les Américains qui formèrent la souche polynésienne, car ils trouvèrent sur ces îles des conditions bien différentes de celles qu'ils venaient de quitter sur le grand

continent.

Pour quelques auteurs, Moerenhout particulièrement, l'Américain et le Polynésien présentent des différences considérables, mais, malgré le respect que je professe

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pour Tauteur des Voyages aux îles du Grand océan^ je dois reconnaître qu'il avait peu vu ou mal étudié les Américains; j'ai été à même d'en voir quelques-uns, j'ai surtout pu comparer bon nombre de photographies d' Araucaniens surtout et de Polynésiens, et je suis resté convaincu que ce sont à très-peu près les mêmes hommes. Pour le lecteur il suffira encore de lire les pages 130 et 131 que Vail^ dans sa note sur les Indiens de

l'Amérique, consacre à la question : c La couleur de

la peau des Indiens de l'Amérique du Nord a été trouvée chez les Malais, à Timor.... sur les îles Gambier

(Polynésie)... . aux Garolines et dans la Nouvelle-Hollande.

« Des voyageurs, familiers avec la vue des Indiens de l'Amérique du Nord, tels que Dampierre, Byron, Mean et le Commodore Porter ont trouvé une ressemblance frappante entre nos Indiens et ceux de rocéan Pacifique et Indien, n — De Humboldt ajoute encore : « L'analogie existante entre les races américaines et celles du Mongol est évidente dans la couleur de la peau et des cheveux, dans le peu de barbe, dans la grande élévation de l'os jugal et dans la direction des yeux. ]» *

Au sujet de la direction des yeux, j'ai été frappé de Tinclinaison que présentait l'œil de certains habitants des îles de la Société , et surpris qu'on ne l'eût pas mentionné plus souvent; quant à cette dernière phrase de Humboldt elle se rapporte tout entière aux Polynésiens.

Ainsi, les légères différences qui existent entre l'Américain et le Polynésien ont bien pu provenir, chez le premier d'une transformation du type initial sous l'influence des mélanges constants qui s'opèrent sur l'immense continent qu'il habite; chez le second du changement de milieu. L'homme, semblable en cela à tous les êtres du règne animal et végétal, meurt ou se transforme lorsqu'on le transplante, cette faculté même de se métamorphoser en changeant de milieu n'est-elle pas

18 L9S mCrllTIONS POLTirtSISVlIBS.

précisément la c^use qui permet à certûnes races de changer de climat et de régime, pendant que d'autres, étant moins malléables ou mobiles, ne sauraient supporter tous les expatriements ? Qui s'étonnera donc que le typ0 se soit ainsi amélioré dans ces îles généreuses de la Polynésie, ou la vie s'écoulait sans alarme, sans craintes de l'aveiiir, au milieu de jeux et d'exercices salutaires? C'est ainsi que ce peuple est devenu un des plus beaux de la terre, mais, que, par sa négligence même des facultés morales, nous le trouvâmes doué des instincts les plus pervers et adonné à des coutumes que nos siècles les plus dépravés n'avaient même jamais inventées 1 Le Polynésien des îles basses, qui n'a pour nourriture que le poisson et le fruit coriace du pandanus, ignorait ces pratiques odieuses des ArioiSy auxquelles je viens de faire allusion, c'est qu'il s'épuisait aux travaux de la poche et que daqs cette lutte constante contre la mort;^ il perdait la beauté, l'ampleur qui caractérisent ses congénères.

Moer^nbout qui veut faire des Polynésiens des autbpchtones, débris d'un continent englouti, s'appuie, sur ce que leurs traditions ne parlent point ni des serpents çt bêtes

fauves de l'Amérique'» ni des tigres, éléphants, etc

de l'Asie. Cette objection est sérieuse et serait irréfutable chez un pepple possédant une histoire, mais ici, comment d'âge en âge, ces peuplades prinûtives auraientelles pu garder un souvenir et une description précise de seRiblables animaux, ils se sont contentés de leur substituer dans la légende les êtres nuisibles qu'ils connaiss^ent, le requin, qui joue un si grand rôle dans toutes leurs légendes, les poissons venimeux, si abondants, autour d^ certaines Iles coralligènes, qu'elles sont inhabitables; cette tradition dans laquelle un de leurs dieux iu^e contre un simple cochon sauvage, doit avoir comme «rïgis^ I9 fiOttv^nir 4e cojuhats plus glorieux cpatre des

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adversaires plu^ terribles» les jagu£^*St lea poumaa, les ours de F Amérique, peut-être ^ mais ces insulaires ayant ou})Iié ces redoutables quadrupèdes, leur substituèrent le triyial cochon sauvage, bien qu'ils dussent comprendre le ridicule de la chose ; fidèles aux tradiiionsi ils faisaient intervenir daps la lutte le seul anims^t qui» à leur connaissance, avait pu être acteur dans T affaire.

On oppose encore que le chien et le cochon que Ton trouva en Polynésie n'étaient poipt de même race que cçux des contiqents voisins, mais n'est-il pas aujourd'hui démontré et admis que ces animaux^ compagnons ordinaires de l'homme, subissent des variations presque infinies et rapides avec les milieux où op les place ?

III. r- PREUVES NATURELLES DES MIGRATIONS AMÉRICAINES DANS LE PAGIFIQUB SODS L^INFLUENOB DES VENTS ET DES GOURANTS.

Si je passe maintenant à la recherche des auxiliaires naturels qui sont venus favoriser les migrations américhines en Polynésie, ma tache devient facile i ce sont d'abord les éléments qui prêtèrent leur concours le plus énergique; les alizés sont, il est vrai, moins réguliers sur la côte américaine; ainsi, d'après Maury, dans l'hémisphère sud ils y sont établis du ô"" au 30'' degré de lati* tude ; dans l'hémisphère nord, ils ne sont réguliers que du 15^ au 30'' degré de latitude, la mousson intervenant ici entre et 1& degrés* Il faut ajouter cependant que, dans l'un comme dans Tautre hémisphère, la mousson ne se poursuit que d'avril h septembre et jusqu'à une dis-» tance de SO degrés environ des eûtes ; au delà, les alizés et les calmes habituels repreun^nt leurs allures das^ siques.

Mais pour gagner les ali^éSi on avait non^seulement les cqupa de veqt) piMs enoore lea eourants qui, dans ces ré^

gioDS, chassent vers l'ouest avec une si grande impétuosité, et, comme le disent Mœrenbout et Maury, en cela contraires à M. Kerhallet qu'invoque M. de Quatrefages dans son ouvrage si connu sur les migrations polynésiennes, partout sous les tropiques, dans le Pacifique, les courants portent à l'ouest, et cela avec une telle violence près de la ligne, que par les légers vents d'ouest qui souvent y régnent, les navires ne peuvent avancer vers l'est et dérivent fréquemment de 20 à 60 milles à l'ouest dans les vingt-quatre heures (Mœrenhout, t. II, p. 231). De nos jours encore, les baleiniers qui croisent sur la côte d'Amérique, aux Gallapagos, ne peuvent que difficilement se maintenir dans ces parages, car les courants les portent vigoureusement à l'ouest, et Ton en cite qui, deux fois dans la même année, ont été obligés de courir au sud jusqu'aux vents variables, afin de voyager à Test. Avec une semblable dérive et une forte brise de la région de l'est, il ne faudrait guère plus de quinze jours à une pirogue pour franchir les ôOO lieues qui séparent la côte occidentale d'Amérique des premières îles polynésiennes; nous n'aurions qu'une vitesse moyenne de 33 lieues par vingt-quatre heures, ce qui est peu, si l'on a, dans le même temps, le courant de 20 à 60 milles dont parle Mœrenhout. On m'objectera encore que ces peuples ayant une connaissance suffisante des étoiles pour s'apercevoir qu'ils tournaient le dos à leur patrie, auraient cherché à louvoyer ou à tenir tête à la brise ; mais il est reconnu que les alizés de nord-est et de sud-est ont parfois une telle violence, que les pirogues ne peuvent que s'y abandonner et fuir devant eux sous peine d'être chavirées.

Ces faits, au point de vue de la possibilité physique d'une migration américaine en Polynésie, semblent déjà suffisamment concluants; mais à ceux qui croient ce trajet impossible, j'objecterai qu'il est moindre que plusieurs de ceux que les Polynésiens ont accomplis en d'autres cir-

constances et que je citerai plus tard ; cette hypothèse, en tous cas, est moins exagérée que celle d'Ellis qui, faisant venir les Polynésiens directement de l'Inde, leur fait suivre dans l'hémisphère nord la région des vents variables, les fait passer par les îles Kouriles et Aloutiennes jusqu'à la côte d'Amérique ; là, au moyen des alizés du nord-est, ils reviennent en Océanie. Le Rev. docteur EUis, qui passa six années à une étude attentive de l'Océanie, avait reconnu que le Polynésien, non-seulement ne pouvait avoir effectué ses migrations que de Test à l'ouest, mais encore qu'il avait dû passer en Amérique, il avait donc cherché une solution qui pût tout arranger; aussi, malgré les énormes difficultés qu'elle présente, c'est encore une des opinions les moins improbables, car elle s'accorde avec ce grand principe^ c'est que les hommes dans leurs migrations ont dû, tout d'abord, suivre comme les épaves le gré des vents et des courants ; forces dont ils savaient déjà se servir, mais contre lesquelles ils ne pouvaient point lutter.

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