CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
La désertion de nos campagnes est malheureusement devenue, depuis quelques années surtout, un fait de constatation banale. On y a consacré des études dans les livres, les revues et les thèses ; la Sociélé d'économie sociale a réuni un congrès en 1909, pour en examiner les causes et les remèdes; et la Société des Agriculteurs de France, d'accord avec le Musée Social, en a réuni un autre à Dijon en février 1914 pour étudier le même sujet. Ici et là on a comparé les statistiques. Les journaux eux-mêmes pério-
diquement poussent des cris d'alarme. Et il n’est plus besoin du cri des journaux ni de la statistique, des savants, — si peu que l’on séjourne chaque année dans quelque campagne française en s’intéressant à sa vie économique, — pour constater les progrès du phénomène. |
Les statistiques du dernier recensement ne le cèdent d’ailleurs en rien, en indications pessimistes, aux statistiques précédentes, dont s'étaient servis les membres du Congrès auquel j'ai fait allusion elles ne sont pas pour laisser espérer une diminution dans cette crise de l’abandon des campagnes, qui entraîne — entre autres conséquences — une crise, déjà grave dans certaines régions comme la Côted'Or, de la main d'œuvre agricole.
Les recensements de 1906 (1) et 1911 (2) comparés donnent les résultats suivants :
Le nombre des villes de 30.000 âmes et au-dessus augmente d’une façon continue. Bien mieux, entre 1906 et 1911 la proportion méme de cette augmentation, qui avait subi un léger fléchissement entre 1901 et 1906, s’est encore accélérée. Cette augmentation qui avait été de 458.376 personnes en 1901 et qui n’avait été que de 226.731 en 1906, est de 475.442 en 1911.
(1) Journal officiel de la République Française, n° du 6 janvier
190% (2) Journal officiel, n° du 10 janvier 1912.
Sans doute certaines villes contribuent pour une part considérable, par leur propre accroissement indigène, à l'accroissement constaté pour un département tout entier; mais le plus souvent c’est le département qui donne à la grande ville son accroissement, et, dans certains départements même, où la population est en décroissance, les centres urbains au contraire sont en progression : certains exemples, comme celui de lIlle-ei-Vilaine perdant 3.707 habitants quand Rennes en gagne 3.132, comme celui de la Sarthe perdant 2.100 habitants quand Le Mans en gagne 3.894, ou encore comme celui de la Haute-Vienne perdant 996 habitants quand Limoges en gagne 3.584, sont particulièrement instructifs.
Je ne voudrais pas m’étendre sur cette constatation indiscutable de la désertion rurale, — qui doit servir seulement de point de départ à notre étude, comme il est la principale cause du phénomène à étudier, — mais je ne puis pas ne pas citer ces deux exposés comparatiis de 1906 et 1941. Il y a sujet à une triste ironie, lorsqu'on lit parallèlement ces deux rédactions identiques, dans lesquelles on n'a qu’à changer les chiffres, parce que les phénomènes sont inexorablement les mêmes.
En 1906 :
Le nombre des communes dont la population ne dépasse pas boo habitants est de 18.714, soit un peu plus de la moitié du nombre total.
En y ajoutant les 14.781 communes dont la population est de 5or à 2.000 habitants, on arrive à un chiffre de 33.495, soit plus de onze douzièmes des communes de France. Ces proportions existaient déjà lors des recensements antérieurs, mais en
comparant les résultats du re-
censement de 1906 à ceux de 1911, On constate ici encore une fois la diminution de la population rurale au profit de la population urbaine. Ainsi le nombre des très petites communes, celles ayant moins de 4oo habitants, qui est de 15.360, comporte une augmentation de 373 communes de 1901 à 1906, et cette augmentation porte sur toutes les catégories indiquées dans cette limite du tableau ci-dessus. Par contre on constate une diminution, également constante pour toutes les catégories, du nombre des communes de 4or à 2.500 habi- bitants, qui est tombé de 19.230 à 18.878, soit une différence en moins de 352 communes. Or, comme le total des communes ne s’est accru que de 30 unités entre les deux dénombrements, l’augmentation du nombre des
En 1911 :
Le nombre des communes dont la population ne dépasse pas 5oo habitants est de 19.270, soit un peu plus dela moitié du nombre total.
En y ajoutant les 14.250 communes dont la population est de 5o1 à 2.000 habitants, on arrive à un chiffre de 33.520, soit plus de onze douzièmes des communes de France. Ces proportions existaient déjà lors des recensements antérieurs, mais en comparant les résultats du recensement de 1911 à ceux de 1906, on constate ici encore une fois la diminution de la population rurale au profit de la population urbaine. Ainsi le nombre des très petites communes, celles ayant moins de 400 habitants, qui est de 16.028, comporte une augmentation de 668 communes de 1906 à 1911, et cette augmentation porte sur toutes les catégories indiquées dans cette limite du tableau ci-dessus. Par contre, on constate uné diminution, également constante pour toutes les catégories, du nombre des communes de 4or à 2.500 habitants, qui est tombé de 18.878 à 18.211, soit une différence en moins de 667 communes. Or, comme le total des communes ne s’est accru que de 20 unités entre les deux dénombrements, l’augmentation du nombre des très peti-
très petiles communes, celles de moins de 4oo habitants, provient exclusivement de la diminution de leur population, c'est à la même cause qu’il convient d'attribuer la Giminution des communes de or à 2500 habitants, qui rentrent encore dans la catégorie des communes rurales et que la décroissance de leur population a fait passer dans une catégorie inférieure.
tes communes, celles de moins de 4oo habitants, provient exclusivement de la diminution de leur population, c’est à la même cause qu’il convient d'attribuer la diminution des communes de 4or à 2500 habitants, qui rentrent encore dans la catégorie des communes rurales et que la décroissance de leur popuiation a fait passer dans une catégorie inférieure.
Le nombre des communes de 2.504 à 4.000 habifants, qui, en 1906, était déjà descendu de 1094 à 1.072, s’est abaissé en 1911 à 1.057.
A partir de 4.001 habitants, on se trouve en présence d’augmentations : de 881 communes en 1901 et 912 en 1906, ces catégories montent, en 19414, à
Ainsi il n’y a pas de doute, le phénomène de la dépopulation rurale ne s'est même pas ralenti, et, fatalement, ses conséquences grandissent avec lui. Il en est ainsi de celle dont nous voulons nous occuper ici, je veux dire la nécessité des migrations temporaires interrurales, déversant, surtout à certaines saisons, dans les contrées qui manquent de bras, le trop-plein des travailleurs inemployés d’autres contrées, soit voisines et françaises, soit même et surtout étrangères, et parfois de pays déjà très éloignés : par exemple les Wallons allant jusqu’en Normandie
6 LES MIGRATIONS TEMPORAIRES i et surtout les Polonais allant jusqu’en Ile-de-France.
Le schéma des phénomènes étant ainsi indiqué, ES , nous devons en examiner d'abord les origines et à les précédents, ee do ne actuelles, € et enfin les Fo à
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