‹ Les milices et les troupes provincialesChapitre 7 sur 41 · GUERRE DE LA. SUCCESSION D'AUTRICHE · texte numérisé non relu

GUERRE DE LA. SUCCESSION D'AUTRICHE

Ordonnances des 1*' juillet et 30 octobre 1742. — Levées de 174Î à 174T. — Leur destination. — Exemption d'impôts. — Leyée dans les pays conquis en 1746. — Insoumis et déserteurs. — Uniforme. — Mobilisation des bataillons en 1741. — Bataillons de campagne aux armées de Bohême et de Bavière. — Ils sont incorporés. — Recrues pour les armées de Bavière, de Bohème et d'Italie. — Service en campagne des bataillons. — > BataiUons de garnison et bataillons de campagne. — Brigades. — Leurs services.

Avec l'ordonnance du 20 novembre 1736, les bases de l'établissement de la milice demeurent pour ainsi dire fixes.

Pendant la guerre de la Succession d'Autriche, les ordonnances p.e prescrivent que des levées à effectuer selon les principes posés en 1736. Ces appels servent à augmenter les bataillons ou à fournir des recrues aux régiments de troupes réglées : infanterie, cavalerie et dragons.

Deux ordonnances, cependant, sont à noter. La première, du ler juillet 1742, donne aux milices rang dans l'infanterie de la date de leur création. Elles suivent les régiments établis avant le 2S février 1726, et précèdent ceux mis sur pied depuis celte époque. A grade égal, les officiers de ces derniers corps doivent obéissance aux officiers miliciens. Les milices occupent alors le

numéro 120 parmi les corps de rinfanterie ^ Comme les autres troupes, elles portent leur numéro sur les boutons.

La seconde ordonnance est celle du 30 octobre 1742. Elle a une grande importance au point de vue du recrutement. L'appel doit être fait premièrement et de préférence dans les villes capitales et autres jusqu'alors exemptes^et subsidiairement dans le reste des villes et paroisses du plat pays. Les miliciens que les villes ne pourront fournir sont seuls à prélever sur les habitants des campagnes.

Ces dispositions furent répétées dans l'ordonnance du 10 juillet 1743.

L'empereur Charles VI était mort le 20 octobre 1740. Au mois de janvier précédent, le cardinal de Fleury lui garantissait encore a la plus exacte et la plus inviolable fidélité » avec laquelle la France observerait la Pragmatique sanction.

Après bien des pourparlers, le cardinal décernait à Marie- Thérèse le titre de reine. Pendant ce'temps, il s'alliait, p'our la combattre, avec Charles -Albert, électeur de Bavière, qui ambitionnait la couronne impériale. Dès 1738, du reste, le concours des armes françaises lui avait été promis pour appuyer ses revendications.

Frédéric le Grand envahit la Silésieaumoisde décembre 1740. Poussé par le maréchal de Belle-Isle, Fleury se prépara à la guerre et signa avec le roi de Prusse le traité du 6 juin 1741 *.

Grâce à Tappui de Frédéric, l'électeur de Bavière fut élu empereur au mois de janvier 1742, sous le nom de Charles VIL II fallut le soutenir.

Dès le 24 mars 1742, on remit les bataillons à 600 hommes. C'était une levée de 30,000 miliciens. Pour former les six compagnies d'augmentation, on prit les hommes de la nouvelle levée, mais les cadres subalternes furent remplis par des sergents et miliciens des compagnies déjà sur pied.

i Les réformes de 1748 et de i762 leur firent prendre le n» 86. Le dédoablement des i8 premiers régiments d*infanterie, eflfectué en 1775 et 1776, les fit redescendre au n» 08. Elles remontèrent d'un rang par la réforme deRoyal- ItaUen en 1788 et conservèrent le n« 97 jusqu'à leor licenciement.

« Doc DE Bpoglie, Frédéric II et Marie-Thérèse, d'awèt des doeumenU nouveaux (1740-1742); Pans, 1883.

Nouvel appel de 30,000 hommes le 30 octobre 1742. Comme il a été dit, l'appel dut se faire de préférence dans les villes.

A cet effet, les intendants dressèrent un rôle des célibataires, artisans ou fils d'artisans, petits marchands et gens de travail âgés de 16 à 40 ans. Ce rôle leur servit à fixer le nombre de miliciens à fournir par chaque ville. La répartition dans la ville en fut faite par paroisse. En cas de nombre insuffisant degarçons^ on faisait tirer hs hommes mariés.

Sont miliciens de droit les garçons qui ne se présentent pas, les habitants des campagnes retirés dans les villes pour ne pas tirer, et les vagabonds et gens sans profession ou sans aveu. On les inscrit à la décharge de la paroisse de la ville ou de la campagne où ils se trouvent, et. ils ne peuvent être admis à tirer concuremment avec les autres miliciables.

La durée du service reste fixée à six ans. Cette ordonnance et celles rendues ens^uite jusqu'à la paix , remettent en vigueur les prescriptions de l'ordonnance du 12 novembre 1733, imposant aux paroisses la fourniture d'un chapeau, d^ine veste, d'une paire de souliers, de guêtres, de chemises et d'un havresac. Les paroisses doivent également de nouveau verser 8 livres pour les frais de la levée ; 3 livres sont remises au milicien.

On destine primitivement cette levée de 30,000 hommes à rétablir à 300 hommes 7 bataillons déjà incorporés et 40 autres que Ton voulait faire servir à recruter Tinfanterie de l'armée de Bohême (14,100 hommes). Le restant (15,900) devait être envoyé à Strasbourg, puis passer le Rhin et être versé dans les corps de l'armée de Bavière *. Mais une ordonnance du 25 janvier 1743 en fit servir une partie à mettre 38 bataillons à l'effectif de 900 hommes.

Le troisième appel important est celui du 10 juillet 1743 : 36,000 hommes, à assembler du 15 octobre au 1er novembre. Les hommes mariés de 20 ans et au«dessous tirent de nouveau comme les garçons. Jusqu'au moment de l'assemblée, les miliciens peuvent, en avertissant du lieu de leur résidence, aller travailler dans les paroisses voisines.

1 Mémoire au roi du 92 décembre 1742.

Léon Hennet. ♦ ^' ^

Les exemptions de taille pour le milicien et de collecte pour son père sont rétablies telles que les avait prescrites l'ordonnance de 1734. Comme nouveaux avantages, si le milicien, dans les deux années qui suivaient sa libération, prenait une ferme ou une exploitation étrangère, il était d'office taxé modérément. Le milicien marié marchant pour sa paroisse voyait sa cote personnelle diminuée de 10 livres pour chacune de ses années de service. Enfin, un arrêt du Conseil d'État du roi du 4 août 1743 décida que, pourraient être reçus marchands ou maîtres des communautés, après leurs six années de service, les miliciens qui auparavant auraient été apprentis ou compagnons chez des marchands des six corps ou des maîtres des communautés, si le temps de leur apprentissage ou de leur compagnonage était expiré. On comptait les années passées dans la milice comme si elles l'avaient été chez les maîtres.

Des 36,000 hommes, on prit d'abord le nombre nécessaire pour compléter les bataillons qui avaient fourni les recrues. Avec le surplus et à proportion, on augmenta les autres. L'ordonnance du 5 octobre, qui prescrit ces dispositions, forme 11 bataillons de 600 hommes, compagnies de 50 hommes; 4 de 720, compagnies de 60; 38 de 900, compagnies de 75; 47 de 960, compagnies de 80.

Dans toiis les bataillons le nombre des compagnies reste établi à 12 ; il n'est pas non plus apporté de modifications dans le nombre des gradés. Ainsi composés, les 100 bataillons forment un total de 88,600 miliciens. 11 convient d'ajouter les 1,600 hommes de Paris qui sont tenus en dehors de cette ordonnance. Ils avaient, du reste, une manière spéciale de se recruter.

Tous les bataillons, même ceux de Paris, sont portés à 610 hommes par ordonnance du 15 septembre 1744. Chaque bataillon est formé de 9 compagnies : 8 de 70 fusiliers et 1 de 30 grenadiers. Les miliciens nécessaires pour effectuer cette augmentation, ainsi que les remplaçants des hommes manquants à l'effectif, doivent être levés incessamment. Ce fut la manière d'opérer adoptée dans la suite *.

Ordonnances des 30 septembre 1745 et 25 norembre i747.

Nouvelle augmentation de reffeclif des bataillons le 30 septembre 1745. Elle est de 5 soldats par compagnie de fusiliers dans chacun des 103 bataillons, qui sont mis à 650 hommes. La levée se fit en novembre. Les nouveaux miliciens durent être assemblés et équipés en février 1746.

En 1746, on leva exclusivement dans les pays conquis. Une ordonnance du 25 décembre demanda 4,928 hommes dans le Brabant, la Flandre, la seigneurie de Malines, la ville de Tournai et le Tournaisis, les villes et châtellenies de Fumes et d'Ypres, les ville et verge de Menin, à Poperinghe, à Warneton-Nord, à Werwick-Nord, dans le comté de Hainaul, à Gharleroi et dans le comté de Namur.

Ces hommes sont astreints à six années de service, -mais peuvent être congédiés auparavant, si la paix vient à se conclure. On les destine à porter à 694 hommes les 100 bataillons de milices, les 3 de Paris et les 9 de Lorraine. A dater du 1»' mars, les compagnies de grenadiers postiches (créées le 25 janvier) doivent se trouver à 60 hommes et celles de fusiliers à 73. La levée fut faite d'urgence, pour que ces miliciens pussent être assemblés à la fin de février 1747,

Une ordonnance du 22 novembre de la même année avait déjà prescrit le remplacement des manquants au complet.

On augmente encore les bataillons le 25 novembre 1747. Ils sont portés à 710 hommes. L'assemblée doit être faite au plus tard dans les premiers jours de février 1748 et durer cinq jours. On envoya aux quartiers d'.issemblée des commissaires des guerres prendre la police des détachements. Us eurent à pourvoir au logement et à la subsistance des nouveaux miliciens, ainsi que des cadres de conduite chargés de mener les recrues à destination. Pour éviter « la grande désertion qu'il y a eue dans les remplacements des années précédentes, » des brigades de maréchaussée escortèrent les détachements *.

Une ordonnance fut, le l»' janvier 1748, rendue au sujet des déserteurs de milice. Les miliciables insoumis doivent 12 ans de service dans la milice; ils marchent à la décharge de ceux à qui le sort est échu ou des communautés qui auront des remplaçants

i lostruclion du 1«^ janvier 1748.

à fournir. Sont condamnés h rester dans la milice leur vie durant les miliciens qui ne joignent pas le quartier d'assemblée; s'ils en désertent, ils deviennent passibles des galères perpétuelles. Le milicien déserteur qui s'enrôlerait dans les troupes est puni de mort.

On appliqua de suite ces peines aux miliciens alors détenus. Néanmoins, les déserteurs du quartier d'assemblée ne furent, pour cette fois seulement, condamnés qu'à servir toute leur vie dans la milice.

Enfin, une ordonnance du 25 novembre 1746 donna comme uniforme aux milices un justaucorps de drap gris blanc à parements blancs et boutons d*étain jusqu'aux poches. Quatre boutons sont placés sur les poches et sur les manches; celles-ci auparavant n'en avaient que trois. Les parements des manches des sergents portent des galons d'argent en bordé et les boutons de leurs parements sont d'un modèle différent de ceux de la troupe.

Les tambours conservent leur ancien uniforme : bleu à parements et doublure rouges, avec agréments de la livrée royale.

Dès juin 1741, les bataillons furent mobilisés. Ils arrivent à destination en juin et juillet. Les places de la frontière du Nord,, de l'Est, des Alpes, du Var et des Pyrénées sont leurs garnisons- Des bataillons servent également en Languedoc, sur les côtes et à l'île de Ré. Les bataillons de Verdun et de Metz restent respectivement dans ces deux places.

Le !«' août, on régla le traitement quotidien des bataillons de milices pendant qu'ils seraient sur les frontières. Il est de 30 sous par jour pour le commandant de bataillon, outre sa solde de capitaine; de 45 pour le major, de 3 livres pour le capitame, de- 20 sous pour le lieutenant, de 11 pour les sergents, 7 sous 6 deniers pour les caporaux et tambours, 6 sous 6 deniers pour les^ anspessades et 5 sous 6 deniers pour les fusiliers. Ce traitement,, acquitté du jour de l'arrivée dans la place, cesse d'être payé à celui de la sortie.

Une retenue quotidienne sur la solde des caporaux, anspessades, fusiliers et tambours est de nouveau exercée h l'effet d'en former une masse pour l'entretien journalier du linge et de la chaussure. Fixée à 1 sou le l®' aotlt, cette retenue es*t abaissée à 6 deniers par circulaire du 7 septembre et établie à Ijsou pour les.

■sergents. Tous les mois, le montant doit en être remis h l'aidemajor du bataillon, comme cela se pratiquait pour les troupes réglées, et non demeurer entre les mains des commis de l'extraordinaire des guerres *.

Les bataillons restent corps séparés. Il ne fut fait d'exception cpie pour les bataillons de Châlons et Chalon-sur-Saône, que Ton réunit en régiment le 19 mai 1742. On les plaça sous les ordres du colonel de milice Bergeret. Ils tenaient alors garnison à Lauterbourg et au Fort-Louis. En mai et juin 1742, ils passent en Bavière. Le bataillon de Chàlons se distingue à la défense de Braunau; celui de Chalon-sur-Saône fut enfermé dans Ingolstadt.

Les commandants des provinces peuvent, aux « miliciens mariés, travaillés de la maladie du pays ou qui auraient besoin de se rendre chez eux pour mettre ordre à leurs affaires, » donner des congés à raison de deux, trois au plus par compagnie, et au fur et à mesure du retour des absents K On ne doit accorder de congés que pendant Thiver ».

15 bataillons sont envoyés à l'armée de Bohême au printemps de 1742 : Dôle, Salins, Lons-le-Saunier, Verdun, Metz, Strasbourg, Colmar, l^'etâ* d'Arras, Lille, Valenciennes, Saint-Denis, Vesoul, Ornans et Saint-Dizier. Ils quittèrent successivement leurs garnisons respectives pour se rendre à Landau, quartier général de rassemblement. Dirigés ensuite sur Âmberg, ils arrivèrent à destination du 27 mai au 17 juin. Les bataillons d'Ornans, de Vesoul et de Saint-Dizier étaient en garnison à Landau; ils furent rendus à Amberg les 25 et 27 mai.

7 bataillons purent atteindre Prague. Pendant le siège, on attacha de ces miliciens aux batteries de la place. Le commandement et les fonctions de major et d'aides-majors de la citadelle furent confiées par Belle-Isle à des officiers de milices *. On brûla à Prague les drapeaux du bataillon de Verdun.

1 Lettre ministérieUe du 23 septembre i74i.

* Circalaire du 26 novembre 1741.

» Circulaire du 17 juillet 1743.

* Biaise, commandant le bataillon de Metz; Monsen et Blondeau, capitaines an bataiUon d'Ornans; de La Borde, aide- major du bataillon de Salins.

Les autres bataillons ne purent dépasser Egra et tentèrent en vain de percer les lignes autrichiennes. Les milices souffrirent tellement à Egra que les 8 bataillons se trouvèrent réduits à 1,600 hommes.

« Les lo bataillons qui avoientété envoyés en Bohême en 1742 étoient destinés à être incorporés. Mais cette façon d'envoyer des recrues aux armées n'avoit pas encore été pratiquée. Les miliciens se trouvoient suivre leurs officiers et leurs anciens drapeaux sans avoir à craindre les mauvais traitements de leurs nouveaux capitaines et d'en être quelquefois abandonnés dans des traversées*. »

En effet, un « état du partage des bataillons de milices qui doivent servir à rendre complets les régimens françois d'infanterie, cavalerie et dragons qui servent dans l'armée de Bohême, » état joint à une ordonnance du 25 avril 1742, donne les noms de 12 bataillons à incorporer, plus 40 cavaliers à prendre pour le régiment de Levis dans un bataillon non désigné, et qui devait rester à 860 hommes. Les miliciens sont incorporés avec leurs officiers.

Le bataillon de Strasbourg doit être en entier versé dans Navarre; celui de Golmar dans Piémont; de Verdun dans La Marine; de Saint-Denis dans le régiment du Roi; les bataillons de Vesoui, Ornans, Salins, Dôle, l®' et 2® d'Arras, Lons-le-Saunier et Metz,, entrent par fractions dans les autres régiments «.

i Mémoire cité de novembre 1751.

s Vesoui : 200 hommes dans Navarre et Beauce ; 60 aux régiments du Colonel Général et du Mestre de Camp Générai ; 40 dans Fouequet et Heudicourt (cavalerie).

Ornans : 200 dans Piémont; 60 dans Royal et du Roi; 40 dans Fienues et Pons (cavalerie).

Salins : 200 dans La Marine et Berry; 60 dans La Reine et Orléans ; 40 dans Fleury et Andlau (cavalerie).

Dôle: 200 dans Luxembourg et du Roi; 60 dans Penthièvre et Sabran; 40 dans Vogué et Brissac (cavalerie).

1" d'Arras : 500 dans La Reine ; 80 dans le r^iment du Mestre de Camp Général des dragons; 60 dans Glermont-Tonnerre et Ghabriilan (cavalerie).

2« d'Arras : 400 dans Anjou ; 80 dans Royal (dragons) ; 60 dans Egmont et Grammont (cavalerie).

Lons-le-Saunier : 400 dans Penthièvre; 80 dans Dauphin (dragons) et Armenonville (cavalerie), et 40 dans Asfeld (cavalerie).

Metz : 200 dans Rochechouart, Rosnyvinenet Marsan.

C'étaient 7,800 recrues : 5,800 pour Tinfanterie; 1,120 pour la cavalerie et 684 pour les dragons. De ces 684 miliciens, 384 devaient servir à augmenter de 6 hommes les compagnies. 176 recrues restent disponibles.

10 bataillons de milices servaient à l*armée de Bavière en décembre 1742. Ils combattent à Dettingen le 27 juin 1743.

Le 23 janvier 1743, on recruta Tarmée ^e Bavière et Ton en augmenta les escadrons de cavalerie et de dragons*. Pour cette opération, 16,278 hommes furent reconnus nécessaires. On prit 16,600 miliciens, dont 7,320 de nouvelle levée, qui, avec 2,000 recrues ou déserteurs alors à Strasbourg, faisaient un total de 18,600 hommes. L'excédent, 2,322 soldats, était destiné à combler les vides qui se produiraient en route. A l'arrivée, on les incorpora. 49 bataillons et les 8 encore à Egra et à Amberg fournirent les recrues.

Ces recrues sont, selon leurs aptitudes présumées, incorporées dans l'infanterie (11,600), la cavalerie (3,270) et les dragons (1,408). Elles ne doivent accomplir que le temps de service qui leur restait encore à faire dans la milice. Les hommes de troupe reçoivent une gratification de 10 livres. Sergents, caporaux et anspessades conservent leur traitement de milicien.

Ce traitement conservé fut supprimé à dater du 1*' septembre 1745 par ordonnance du 10 août. Une gratification de 10 livres fut payée, à titre de dédommagement, à ceux qui y pouvaient prétendre encore. Un certain nombre des gradés incorporés, par suite de leur ancienneté, jouissaient, en effet, de la haute paye dans leurs nouvelles compagnies.

i Infanterie (56 bntaiUons) : Picardie, Champagne, Normandie, Marsan, Royal, Bourbonnois, Poitou, Lyonnois, Montmorin, Limosin, La Couronne, Bretagne, Beauvoisis^ Rouergue, Bourgogne, Vermandois, Revel, Médoc, Duras, Royal-Comtois, Provence, Guyenne, Boulonnois, Angouraois, Périgord, Saintonge, Brie, Luxembourg, Ponthieu, Guise, Blaisois, Agénois, Santerre et JCiighien.

Royal-Artillerie (2 bataillons) : Valenceau et La Bachellerie.

Cavalerie (54 escadrons et demi) : Colonel Général, Royal-Etranger, Royal- Roussillon, Royal- Piémont, Dauphin-Etranger, Bretagne, Berry, Condé, Bourbon, Conli, Saint-Simon, Rohan, Beaucaire, Beauvilliers, Maugiron, Broglie, Chépy, Barbanson, Puisieux.

Dragons (32 escadrons) : Colonel Général, La Reine, Orléans, Vibraye, Harcourt, Nicolaï, La Suze, Languedoc.

Les recrues furent, par détachements de 200, 300 et 400 hommes, menées h Strasbourg. Arrivées là, on les passa en revue. On préleva d'abord le contingent destiné à la cavalerie et aux dragons, en le prenant parmi les hommes qui y avaient servi déjà ou parmi les miliciens des provinces où on labourait avec des chevaux.

Des armes neuves furent remises h tous. Ainsi que leur armement, les cavaliers reçurent des cuirasses. On habilla de neuf les miliciens destinés à Tmfanterie; les vieux uniformes qu'ils quittèrent servirent provisoirement aux recrues de la cavalerie. Une distribution de souliers fut faite aussi aux recrues qui en avaient besoin, et chaque division en emporta, à cet effet, 150 à 200 paires.

Ces diverses opérations terminées, poup passer le Rhin, on forma des divisions de 1000 à 1200 hommes. Elles quittèrent Strasbourg à dater du 6 février, et marchèrent à un jour, d'intervalle. L'infanterie sortit de Strasbourg la première. Les cavaliers et dragons devaient attendre que leurs chevaux, leur habillement et leurs équipages fussent parvenus dans celte place.

Donauwert était le lieu de rassemblement à l'arrivée *.

L'année 1743 fut, pendant la guerre de la Succession d'Autriche, presque la seule où la milice servit de dépôt de recrues. On en usa largement, il est vrai.

Les régiments d'infanterie, de cavalerie et de dragons rentrés de Prague et destinés à servir pendant la campagne de 1743 furent, par ordonnance du 22 février, mis au complet, et les escadrons augmentés par l'incorporation de détachements de milices.

9,250 hommes d'anciennes levées furent demandés h cet usage. On les rassembla à Verdun, et Ton procéda comme pour les recrues de l'armée de Bavière K

Au mois de mai, on donna encore 1,280 miliciens aux régiments revenus de Bohême.

Il fallut ensuite rétablir Tinfanlerie rentrée de Bavière après

i Instnictions aux inspect«;urs généraux des 25 janvier et 3 février 1743. s Instruction du 25 février 1743.

Dellingen. H,144 miliciens sont incorporés *. Sur ce nombre, on versa 536 hommes dans Royal-Artillerie *.

Des miliciens se présentèrent d'eux-mêmes. « Les 416 hommes de milice qui dévoient être fournis par les bataillons d'Orléans et d'Angers, qui sont dans cette place (Valenciennes),ont été incorporés hier dans le régiment de Bourbonnois. Tous ces miliciens y sont entrés de bonne volonté ». »

Par ordonnance du i^^ novembre 1743, un bataillon fut formé au moyen des officiers, sergents et 200 soldats du régiment de Bourgogne alors rassemblés en Alsace. Ces 200 hommes formèrent les têtes de 16 compagnies. On les renforça avec 200 miliciens. Pareille opération eut lieu le i^ décembre 1743 pour le régiment de Limosin, et pour celui de Ponlhieu le 6 janvier 1744.

Enfin, les milices fournissent 2,225 recrues à l'infanterie de l'armée d'Italie le 10 juin 1744; 3,050 le 16 avril et 2,900 le 16 octobre 1745; 1,020 le 16 mai 1746, pour reformer les régiments fait prisonniers à Asti; 4,000 le 1«' septembre et 6,000 le 5 novembre 1746; 1,780 le 18 avril 1747, pour les piquets envoyés à Gènes; 1,200 en fèviner et 780 en mars 1748, destinés aux régiments qui combattaient avec les troupes de Gènes*.

Mais à dater de 1744, les troupes de Flandre et d'Allemagne ne reçurent plus de recrues de milices. Du reste, Louis XV avait, dans l'ordonnance du 25 octobre 1743, déclaré que « les motifs qui Tavoient déterminé à faire fournir des recrues de milices à ses troupes ayant cessé par leur rentrée dans le royaume, son intention étoit que doresnavant les capitaines restassent chargés du rétablissement entier de leurs compagnies. »

Les milices sont comprises dans le traité d'échange conclu le 18 juillet 1743 entre le comte de Ségur et le duc de Picquigny et les comtes de Chanclos et d'Albermale ».

i Ordonnance du 25 octobre 1743.

Normandie, 832 recrues; Picardie, Champagne, Boarbonnois, Bonzols, Royal, Poitou, Lyonnois, La Ck)uronne, 624 chacun; Montmorin et Enghien, 416 chacun; Bretagne, Beauvoisis, Rouergue, Vermandois, Brogiie, fionnac, Royal- Comtois, Provence, Guyenne, Bouionnois, Angoumois, Périgord, Saintonge, Brie, Luxembourg, Guise, Blaisois, Agénois et Santerra, 208 chacun.

' BataiUon de Valenceau, 208 ; de Pumbecqae, 208; de Vareix, 120.

< Saint-Maurice, lieutenant de roi, 16 décembre 1743.

« Mémoire cité de novembre 1751.

s Colonel, 600 florins d*AUemagne; lieutenant-colonel, 300; major, 120;

En> 1744, le service des miliciens, redevient celui de troupes auxiliaires. Il y'â les bataillons de garnison et les bataillons de campagne. Les premiers, plus nombreux, gardent d'abord les places frontières; au fur et à mesure des progrès des armes françaises, on les met en garnison dans les forteresses de la Flandre.

10 bataillons, sous le titre de bataillons de campagne, sont placés le 13 avril 1745 sous les ordres et Tinspection du comte d'Hérouville *. Il a avec lui un major, le chevalier de Grossolles *, qui le 19 mai devint commandant en second. A la même date, on nomma deux aides-majors «. Ces places furent donnés à des officiers de troupes réglées. Grossolles devint commandant titulaire le 1«' juillet.

Les bataillons de campagne étaient : 3® de Paris, Manies, Blois, Saint-Maixenl, Dinan, Rennes, Vannes, Saint-Brieuc, Redon et Garhaix.

D'Hérouville se plaignit des officiers. Quant aux hommes de troupe, il trouva que ces bataillons ne péchaient ni par la bonté ni par la bonne volonté des soldats qui les composaient, et prétendait au contraire, qu'on en pouvait tirer le même service que des autres troupes, et qu'on pourrait compter sur eux en toutes occasions *.

Les 10 bataillons prennent part aux sièges de la ville et de la citadelle de Tournai; 6 miliciens sont tués, 28 blessés. Pendant la bataille de Fonlenoy, 3 bataillons renforcent les postes du pont de Galonné, pour assurer la retraite du roi et du dauphin. On trouve le bataillon de Saint-Brieuc au siège d'Ostende au mois d'août. Les milices forment la moitié du corps de siège de-

capitaine, 70; aide-major, 30; Ueutenant, 24; enseigne ou sous-lieutenant, 20 ; sergent, 10 ; caporal, anspessade et miUcien, 4.

Chacun paye sa ronçon.

1 Comte d'Hérouville {Antoine de Ricouart), né en 1713. — Enseigne au régiment d'infanterie de Bourgogne le 20 o.^tobre 1728; colonel du régiment le 10 mars 1734 ; brigadier le 20 février 1 743 ; maréchal de camp le 1*' mai 1745 ; lieutenant général le 10 mai 1748. Décédé en 1782.

« Chevalier de Grossolles (Jean-François), né en 1708. — Lieutenant au régiment d'infanterie de Languedoc le 17 décembre 1726; breveté colonel le 6 janvier 1746; brigadier le 10 mai 1748; maréchal de camp le 20 février 1761 ; lieutenant général le !•' mars 1780. Décédé en 1788.

8 De Brinon et le chevalier d'Hérouville.

« Mémoire au roi du 19 mai 1745.

vanl Ath en octobre; elles concourent à l'investissement de Bruxelles en janvier 1746.

12 bataillons de milices servent sur les Alpes. En 1743, ils prennent possession de la Savoie; ils gardent la Provence et le Dauphiné en 1744, et occupent le comté de Nice. Le bataillon de Strasbourrç quitte cette année le Fort-Louis du Rhin pour se rendre à Hyères; 50 hommes aux ordres du capitaine Falckenhoffen forment la garnison de l'île de Porquerolles. Le balaillonde Saint- Jean-d'Angély subit sept mois de blocus à Monaco en 1745.

Pour la campagne de 1746, on porta à 12 le nombre des bataillons de campagne. Les compagnies de grenadiers leur sont laissées, et on les partage en trois brigades de 4 bataillons le 28 mars 1746, savoir :

MicaulL — Mantes, Senlis, Rennes et Redon.

Chevalier d'Hérouville. — Orléans, Blois, Saint-Maixent et 2® de- Paris.

Pandrau, — Saint-Brieuc, Carhaix, Vannes et Dinan.

A chacune d'elles est attaché un major de brigade *.

Les bataillons de Corbeil, de Monlargis, de Neufchâtel, du Mans et de Nantes tiennent garnison à Bruxelles. «Tout le monde a vu avec admiration, » dit un mémoire du 23 septembre 1746, « la beauté de ces bataillons et la manière dont ils sont tenus,^ surtout ceux de Corbeil, Neufchâtel et Montargis. Le premier de ces trois bataillons est surprenant pour Tégalité des hommes dont il est composé, et il n'y en a peut-être pas au-dessus dans toutes les troupes du roy. Ces bataillons font un service de place plus dur et plus pénible qu'aucun de ceux qui servent en campagne...» Depuis qu'ils étaient à Bruxelles, ces bataillons fournissaient 1,000 hommes de garde par jour ou en détachement pour les es-

i Campagne de 1746. — Brigade Pandrau : Raonlx ; — Micault : chevaUer de Ponlac ; — d'Hérouville : de Surlaville.

Campagnes de 1747 et 1748. — Brigade Pandrau : de Maux; — Solar : de Surlaville; — Bergeret : de Banaston.

Les chefs de brigade étaient pourvus de la commission de colonel ; on prit les majors parmi des capitaines des troupes.

De Surlaville (Michel Le Courtois de Biais), né en 1714. — Lieutenant en second au régiment de La Couronne le 16 mars 1735 ; breveté colonel le i" avril 1751 ; brigadier le 20 février 1761 ; maréchal de camp le 25 juillet 1762, Ueutenant général le 5 décembre 1781. Pensionné en 1792.

cortes des camps^ et les officiers n'avaient pas eu deux nuits de repos. Aussi, comme « il n'y avoit point de bataillons dans l'armée qui fatiguassent davantage, » avait-on, à titre de gratification, distribué du riz aux hommes de ces bataillons.

En Dauphiné, les milices servent à mettre les frontières en deçà de la Durance à Tahri des partis ennemis. On les emploie encore à un service de police et à contenir les religionnaires *. Le bataillon de Béziers subit le blocus d*Antibes en 1746-1747.

Les bataillons de Fontenay et de Saumur étaient à Belle-Ile et Port-Louis. On les embarqua sur l'escadre du duc d'Anville. Placés avec le régiment de Ponthieu le 25 avril sous les ordres de Méric, brigadier, capitaine au régiment de Piémont, ils firent la campagne de Chibouctou.

Pour la défense de Belle-Ile, on nomma le 6 janvier 1746, sous le titre à' état-major de deux bataillons de milice, deux colonels chargés chacun du commandement d'un bataillon, « qui sont ou seront à Belle-Ile. » Â chaque bataillon on attacha deux majors, et un aide-major *, et le 24 octobre 1746 on adjoignit au chevalier de Grossolles^ commandant à Belle-Ile et commandant supérieur des bataillons, un commandant en second *.

Les deux bataillons furent d'abord ceux de Fontenay-le-Comte et de Saumur. Remplacés parles milices de Mayenne et d'Angers, ils relevèrent ces bataillons à leur retour de la campagne de Chibouctou. Deux mois d'apppointements aux officiers et quinze

i Trois détachements de iOO hommes des mUices d'Aix concourent, en dé- <:embre 1746, à l'arrestation de M. et M"« de Montrond, < après avoir bien osé leurs souliers. »

Les bataillons de Marmande et de YiUeneaye-d'Agen furent employés au même service.

Si®' bataillon. — Prugne, commandant ; d*Argont, premier major ; Mondenard de Bière, second major; Beauvoisin, aide- major.

2® bataillon. — De La Badie, commandant; du Broca, premier major; chevalier de MontreuU, second major ; Degy, aide-major.

Le chevalier de GrosboUes fut remplacé au commandement supérieur des bataillons à BeUe-Ue par le comte de Narbonne le 8 janvier 1748.

Dac de Narbonne (Jean, comte puis), né en 1718. — Lieutenant au régiment d'infanterie de Tallard le 1" décembre 1733; colonel réformé le ^ janvier 1748; brigadier le 20 février 1761; maréchal de camp le 25 juillet 1762; pensionné en 1792. Décédé en 1806.

s De Montastrnc, capitaine au régiment de Languedoc; U reçut à cet effet un brevet de lieutenant-colonel.

jours de solde pour les soldats furent accordés par an, en 1748, aux bataillons qui avaient tenu garnison à Belle-Ile ^

Le !«' mars 1747, on reconstitue les brigades. Elles sont confiées à Pandrau (bataillons de Neufchâtel, Montargis, Nantes et 2» de Paris), au marquis de Solar (Soissons, Redon, Rennes et Mantes), et à Bergeret * (Senlis, Corbeil, Orléans et Saint- Brieuc).

Nombre de bataillons servent dans les places flamandes. Ceux de Provins et Saint-Maixent sont à Anvers, où viennent les rejoindre les bataillons de Pont-Audemer, Saint-Lô, Gisors et Verdun, partis de Louvain le 18 juin. Hulst est gardé par le bataillon de Joigny; Axel, par les milices de Troyes et du Mans. Le bataillon de Saint-Denis tient garnison à Bruges, puis au Sasde-Gand. Ainsi que celui de Blois,il détache quatre compagnies à Philippines, où le lieutenant Reinquet fait fonctions de major. On trouve les bataillons de Vannes à Malines; de Mortagne et Falaise à Bruxelles; de Salins à Namur.

Comme opérations de guerre, le bataillon de Mantes est employé aux sièges du fort l'Ecluse et du Sas-de-Gand. Les deux brigades Solar et Bergeret font partie du corps de siège de Bergop-Zoom. Les milices s'y distinguent et ont 18 officiers hors de combat. Au siège du château de Namur, auquel sa brigade prit part, le marquis de Solar est frappé au pied par un éclat de bombe.

Le 25 février 1748, rétablissement des brigades. Elles sont laissées aux ordres des mêmes officiers. Les bataillons de Senlis, Semur, Mortagne et Metz forment la brigade Bergeret; celle do Solar est composée des bataillons de Redon, Rennes, Vernon et Abbeville. La brigade Pandrau reste constituée comme pendant la campagne précédente.

Les milices d' Abbeville servent au siège de Maëstricht. On em-^ ploie dans les convois les bataillons de garnison.

i Mémoire du 20 juillet i76i.

s Bergeret (Jacques-Antoine), né en 1698. — Enseigne aux gardes walonnes> le 1" juin 171 i; breveté colonel le 1" mars 1747; brigadier le 27 octobre 1747; maréchal de camp le 10 février 1759; lieutenant général le 1"^' mars 1780. Décédé en 1788.

En 1747 et 1748, des bataillons font un service actif en Dauphiné et en Italie.

Une ordonnance du 6 août 1748 annonça le renvoi prochain des bataillons dans les provinces. Avant d'exposer la situation des milices pendant la période de paix qui suivit le traité d'Aix-Ia- €hapelle, il convient de faire connaître la constitution des milices de Lorraine et de la ville de Paris, ainsi que l'organisation des grenadiers royaux.

Ces trois parties du corps des milices avaient, soit une façon spéciale de se recruter, soit un modus vivendi propre.

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