MILICES DE LA VILLE DE PARIS
Première levée en 1743. — Compte rendu des opérations. — Assemblée des trois bataiUoos. — A dater de 1744, le tirage est supprimé et la levée se fait par enrôlements. — Service à Tarmée de 1745 à 1748.^ Les trois bataillons réduits à un à la paix. — Peines disciplinaires spéciales aux miliciens de Paris.
La première levée de milices opérée dans la ville et les faubourgs de Paris fut prescrite le 10 janvier 1743. On demanda 1,800 hommes destinés à former 3 bataillons, et l'on fit tirer au sort les célibataires « de chaque corps et communauté des marchands et artisans, gens de peine et de travail, et autres habitans qui ne seront pas dans le cas d*étre exemptez par leur état, leurs charges ou emplois. » Le roi donne l'habillemenl et l'armement aux miliciens de Paris, mais les autres ordonnances leur sont applicables.
Feydeau de Marville* signa, à ce sujet, le 10 février, un mandement, qui fut affiché le 13. (1 prescrivit que le tirage serait fait par quartiers, et « l'opération eut lieu dans l'Hôtel des Invalides, pour se rendre maître de la populace. • »
On commença les opérations le 17 avril. Le 27, Marville ren-
^ Claude-Henry Feydeau de Marville, conseiller du roi en ses conseils, maître des requêtes ordinaire de son hôtel, lieutenant général de police de la ville, prévôté et vicomte de Paris.
s Mémoire cité de novemlire 1751.
dait au comte d'Argenson, minisire de la guerre, compte du point où elles en étalent :
« Monsieur, nos tirages de la milice continuent à se passer avec beaucoup de tranquillité, mais je ne vous cacherai pas que le quartier Saint-Honoré est prodigieusement affligé, et je doute que je puisse empêcher aux marchands des six corps de faire des représentations. Je ne doute pas qu'elles ne soient respectueuses, mais elles seront touchantes, et plus ces gens-là ont eu de facilité et plus je les crois dignes de faveur. Nous n'avons plus que six tirages et nous en avons fait onze qui nous ont produit en tout 1,240 miliciens, y compris 100 ou 110 étrangers; ainsi vous voyés que nous aurons bien de la peine à faire notre nombre. Il me tarde cependant que cela soit fini, étant excédé de fatigue, et encore plus de sollicitations et de représentations; mais une observation sur laquelle je vous demande. Monsieur, toute votre attention et votre appuy, c'est de vouloir bien faire le plutôt qu'il vous sera possible vos dispositions pour nous débarrasser promplement de nos miliciens qui sûrement nous causeront du trouble tant par la vivacité avec laquelle ils poursuivent les fuyards que par l'embarras où ils vont être pour vivre, la plus part des maistres de ceux sur lesquels le sort est tombé, les ayant mis dehors dechéseux; nous n'avons cependant eu, Dieu mercy, aucune mauvaise aventure. Nos prisons se remplissent de fuyards que l'on nous dénonce, et ceux qui les présentent craignent toujours que Ton ne leur refuse la justice qu'ils espèrent. »
« L'émotion avait été vive à Paris quand Tordre de tirer au sort avait été donné; dans toutes les classes astreintes à la milice, il y eut des murmures, et, chez les gens du peuple, dos apparences de révolte. « L'affaire de la milice, dit un rapport de « police, a fort diminué l'amour des Parisiens pour le roi. » Les miliciables ne répondirent pas à l'injonction d'aller se faire inscrire chez les commissaires du quartier; une partie des affiches qui convoquaient les miliciables furent déchirées; des placards manuscrits furent posés la nuit au coin des rues ; ils excitaient à l'incendie et à l'insurrection. Le bruit courut que les garçons du faubourg Saint -Antoine refuseraient de tirer. On les fit tirer les derniers et au château de Vincennes, tandis que les autres avaient été convoqués aux Invalides. L'émeute à laquelle s'attendait presque la police n'eut pas lieu. Les garçons marchèrent gaie-
ment au tirage, tambours et violons en tête; ceux que le sort avait désignés placèrent sur leur chapeau une cocarde hleu et blancs » et, ajoute Barbier, prirent cela avec patience et le tout but d'un côté et d'autre au retour».
i Gezeu^, Histoire des Milices^rovinciales (1688-1791); Paris, 1882, p. 162» d'après le Journal de Barbier, t. III, p. 423 et suiy. et le Journal de police, pubUé à la suite du JoM'nal de Barbier, t. YIIl.
* La milice fat mise en chanson. On en lit une inlitulée : Le Tirage de la milice à Paris :
Choisir au village Des miUciens, Blessait le courage Des Parisiens; Mais cetle injustice Va se réparer, Puisqu*à la milice L'on nous fait tirer.
Çà, point de faiblesse, Chassons la frayeur, Fringante jeunesse, Tirons de bon cneur ; Si le sort propice Peut tomber sur moi, Quel autre service Vaut celui du Roi?
Destin, prenez garde, Levez mon espoir ; Vite une cocarde J'ai un billet noir.
Que l'on m'enregistre :
Fortuné hasard, J'étois on béUlre Je suis un César.
Jadis mercenaire.
Quittons le travail.
Et de militaire Prenons l'atliiail ;
Porter le tonnerre.
Le noble métier ; Pour mon nom de guerre Je prens Sans-Quartier.
Déjà ma bravoure Brûle d'être au feu ; Ventrebleu, Pandoure, Nous verrons beau jeu ; Qu'un diable m'avale.
Si je ne vais pas Dans votre timbale Faire uu bon repas.
Louis nous rassemble.
Portons la terreur ; Que l'ennemi tremble Et n'ayons pas peur.
Partageons sa gloire Comme ses exploits.
Forçons la victoire Do suivre ses lois.
Buveur et bon drille.
Je suis un grivois, Mais j'aime la fille Moins que le pivois« Souvent la donzelle Fait, à notre endroit Qu'on se souvient d'elle Plus qu'on ne youdroit.
Le 8 mai fut ordonnée à Saint-Denis l'assemblée des milices de la ville de Paris, pour procéder à la formation des compagnies. Pendant le rassemblement, ces bataillons perçoivent la -solde des autres milices. Lorsqu'ils sont de service dans les places ou sur les frontières, les .tarife du 4" novembre 1742 leur ^5ont applicables*.
Une ordonnance rendue par Marville, le 14 mai, prescrivit que les bataillons devaient se trouver à Saint-Denis à 8 heures du matin, le l^r, le 20 mai; le 2», le 27 mai ; le 3% le 8 juin. A leur arrivée,, on délivra à chaque homme une veste blanche, deux