FAR M. SAINTE^ CROIX F A JOT
l.t'Jô^l.l^lJt^a
PKÊ[F/a©[E
crest tie I'Orit^iit que ruius soul veims ces apologues, ces Cables sj riches, si paljuluritesd'espnt, de seiitiiiienl, el parfois de sagesse el de raison; ces coules qui ont lierce tiolre eofanee, instruit notre âge uiùr, el qui doivent charmer nos vieux jours. Pour des [leiiples pasleurs qu'uïi ciel d*^ feu retient sous la tente, entendn* tonler fut toujours un plaisir dtMicieux. Aujourd'hui encore TAialïe est eonleur: celui que la nature a doué d'une riante imagination est le bienvenu dans toutes les tribus; vous rencontrez le conteur dans le canqi du soldat , sous la tente du bédouin , an feu de la halte des caravanes, au earrefour des villes, îi la poile des cafés; partout vous Tentende/ avec ses inlerniinaltles récils. Mal velu, înal nourri, souvent espél'anl de ranuione sou n^pîLs du soir, il vous déenl uii testiii soinj»tueux : it^s rneis les plus exrpns, les boissons les plus savoui-euses , \
^11 1 !iervi$ dans Tor el le cnslal; ée^ eséêw^k éemâ «a» eonTnit les seus par leurs danses voluplueu^es^ an ion «1 une ninsii|ue el de \oit (lotit rinurmotiir ^emil dif^ d» dieu* Il ptric d^wmttr, ée rirliei»5e, de bonheur; il ^me à iMnei flnuns, dbns en ricils. les lleurn. les perles, les dimoanb; il faAUt de ïïidbm pibb. pirate des jardîitH enchantés dans lesquek jaiUsaenl des can linimde^ et tnU*mnles
A m %oii deacendeaidu ciel les rois, les sages, lesgéiues : il fait sortir de ta terre et des mers les monstres, les géants; il évmjne les ilcinonN, î>e livrant à la fougue de son Iranî^port, il invente un NuJeL le briide. reniliellit de détails nouveau I, nhlicnl s^niveiii un eflel inaUentluel
I'flKF\<X
parfois n'ayant aucinu^ alliiiiié avrr \v runiinenceintMit rlu n'-nt. Qu1(Mi)orie à son auditeur, savourant en silenre le «lélicpile son kiot", s'eiiivrant (loureuRMiL du tabac de latakir v\ dn rate moka? il voit romnie dans un n^ve leslesliusdes califes, les danses dt^s lionris; il s'endorl heureux : ti'eîsl-ce \ms mieux que larealilé?
Dans sa brillaule disserlation sur l'orifïfine des Mifh' pI Ktœ Nuits. M. le baron Sylvestre
i-^-'Iir-
de Sacy a dit (fu^iu lieu de recherches dénuéi^s ^^=1^^%''-^^-- d'intérêt, qu'au lieu de citations el de pren- '-^ ^^ ves Iiasardfes , il préférerait pouvoir mon-
h*er un vohime iuédil des Mi/te et tme Ntiils. Uue des jt^^loii-es à venir de la France nouvelle, un jeune orientaliste, M. Sainte-Croix Pajot, a eu le Iwnlieur de rapporter de ses voyaj^es le jurcieux Irésoi' envié
l«r 1 lUtitlff iamut *'* II a retmuve une pigt* i^gari'n* He c I't imuu^iiso nmui^ ée €m fifwcmix mira^rt* fl'iiii pavsoiï les ctHjIiiiin's. les iiifFum^ IncOitiinMSiy nediâu^tHil jainai^s.
M. Sande^-Crois Pajot a tradua le jnamistrit maiigrabitn <|ui dale lia plusietin iièclen. Pariiii iiue foult* de ituiles ineoniius, i»ti y lit *lueUiues contes des Mille et une ynits, i|ui \ieiitietil tpoioijnui de rorigimlili^ de ceui (radutUet de la bniitie fui deitallaiHl.
M. SainU'^>oix l*ajnl niMJs |»erriiel de puiser dans son niaiiusent ♦«It ifes coute:^ luédils qui (■r»ri\ieimeul le mieux |K)ur eiinelur les MiuJt ET tn lovus que udus publions. N(tus lui eu léiiioi^^noiiH iei Mire reconnatfliaiice ; gmee a lui, nos Mule et i!^ loeRs $K?roril nu Ittn; POU veau*
yoii% mettfoustousfiossojus k dlustrer di^iieiueut res Miue et vh Joca$; Im dessinateurs les plus eonnus <!*• la Fraiu r eï de Irtmtiger I prMeroiil leur eoncoui^s, et rien ne sera êpaigiie [M)ur tjue la gravure , le (lapier el rimpression ne laissenl rien à désirer.
m im mÊmmÊrt^mÊÊÊgflÈlm «profit par V. Sctnlr-Cnni l^;ijin lu» 3 t*\v Autmv par l«* «clit-ik KHI^jh réf réeoltdei ItOfiMi m Cilrc, uvani ili«Uiigiit\ i^ni iirfirnil, tUnt %» ^enealoitk'. ill Hie du l*ro|ilfèie ; U ^tait, tU\4i » ilffiuii» |iliiiiirur« ^inclc^ ilan«^ m rAinllIi*, Ci" mAiiuMrH «^•■r giwifccmiii ; It j pour lilrv Irt C«iil ei une A'wiJi If «-n^lrr fti li< ni«^mr ^]ue celui 4f« Miife et miu Itmiêê^ «sit k« d^Uil» «il •nul liHil S fail «Hflrrf^nU
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Lo loyaunic de Cachomire était aHtrntbis gouverné par un roi nomniK^ Tngrul-bcy. 11 avait un filsi^t nnofil!(>f|ui faisaipiil Tadmiration de leur Icmps. Le prince, a[>pel«'* Farnikhrouz (jmir i.ciimn)y (Mail un jeune \mv% (fue mille vertus rendaienl reeoniinaiidable, el Far-
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elle princesse était si belle el en iiiéme temps si jMi|uaiite iprelle iiispirail de Tamour à tous les hoiiitiies qui osîiieul la regarder ; uiais cet amour li^ur flevenail ruiiesle» car la plujxirt en perdaieui la raison ou loiiibaietil dans une luiigueur qui les cofisumait insensihIemcnK
Lorstju'elle sortait ilu palais pour aller à la chasse, elle n'avait poim de voile. Le peuple la suivait en foule el téinoignail par ses acclamatiotisleplaisir qu'il prenait a la voir. Elle iiionlait ordinairenienl nu cheval tartare blatjc à taches rousses, et marcliait au milieu de ceiil esclaves magnintpicment vt^tues et moulées sur des chevaux noirs. Ces esclaves étaient aussi sans voile, mais, bien qu elles fussent presque Joules d'une beauté clvarnmnte , leur mailresse s'altirail seulo^j tous les regards. Chacun sefforçait de s'approcher d'elle malgré la garde iiouibreuse qui renvironnail. Vainement les soldats avaient le sabre a la main pour tenu- le peuple éluigné; ils avaient beau môme frapper et tuer tous ceux qui s'avauçaieut trop, il se trouvait toujours des nialheurcnx qui, loui (le cramdre un si iléplorable sort, semblaient se taire un plaisir de mourir aux yeux <le la princesse.
l.e roi, louché des malheurs que causaient les charmes de sa lîlie, résolut de la soustraire aux yeux des lionmies. Il lui défeudil desortii du palais, de mauiéi'i; que le peuple cessa de la voir. Cependant la réputation de sa l>eauté se répandit dans rOrient* Plusieurs rois st* laissèrent endammer sur la foi de la renommée, et bientôt on apprit à Cachemire que des ambassadeurs, partis de toutes les cours de FAsie, vcuaicnl demander la main de la princesse. Mais avant qu*ils arrivassent, elle flt nu mn^e qui lui rerulil tous les hommes
iNTnoDUcrroîv, ii
mlieux- Elle rAva i|u^iii cerf Alant arrAh'^ dans un piège, une biche ravâit délivra, et qtrensiiile la biche, èlant loînbée dans W même piège, le cerf, au heu de la secourir, l'avail abandonnée. Farrukhnaz, à son réveil, fnt frappée de ce songe. Elle ne le regarda point comme nne illusion de la rmlaisie agilée ; elle erul que le grand Kesaya fidok- adorée à cachemin? j slntéressaîl à sa destinée, et qu'il avail voulu par rrs images lui fïiire com prendre que tous les hommes élaient des traîtres, r|ui ne pnuviiient payer que d'ingralitiute la teiuiresse des remnn*s.
Prévenue d*^ cette élninge <q)inion,el dans la erainte d'éti'c sacriliée à quelqu'un des princes dont les ambassadeurs devaient incessamment arriver, elle alla Ironver le roi son père. Sans lui dire quelle fiU révoUée contre les hommes, elle le conjura, les larn>es aux yeux, de ne la point marier mnl^ré elle. Ses pleurs allendrirriU Togrul-hey.
LES MIJJ.K 11 IX lOLRS.
Null, iiiaBlk\ luiiiit'iL je neioiilraiiidrai |*uîiitvus mulniatiuns. Itifii qu'on dispose ordinairement de vos jiareilles sans lescoiisiiller, jejuro par Kesaya qu'aucun pnuce^ fùl ce l'IiérUier même du sultan des Indes, ne vous épousera jamais si vous n'j consentez, La princesse , rassurée parce serment ilont elle cunuaissail la force^ se retira trèî*satisfaite, et bien résolue de refuser son aveu à luns les princes qui la rechercheraient.
Peu de jours après, il arriva des amimssadenrs de plusieurs cours dtBeretîtes; ils eun^iit audirne*' luur k tour. (Chacun vanta ralHancr de soti mailre el U^ nuM'iU^ du priure qu il venait projM>ser. Le un leur Ht à tons beaucoup dlionnételés, mais il leur déclara que salille était maîtresse de sa utain, pai're tpril avait juré par Kesuya qu'il m* la livrerait poini eontre son penchanl. Ainsi, la princesse m* viailant se donner à personne, les ambassadeurs s'en retournéhvnt fort confus de n'avoir pas réussi dans leur ambassade.
Le sage Togrul-bey vit leur départ aver douleur. Il craignit que leurs maîtres, iriités de ses relus, ne sungeasseïit à s'en venger, i*l, fâché d'avoir fait un serment qui pouvait lui altirer une guerre cruelle, il fit venir la nuurricc de Farrukiinaz. Sutlumenié i i^or^e iie i«ir , lui dit-il, je vous avoue que la conduite de la princesse nfétonne* Qui peut causer la répugnance qu'elle a pour le nmriîige? Parlez, ir est-ce point vous' qui la lui avez inspirée? — Non, seigneur, répondit la nourrice, je ne suis point ennemie *les hommes, et celte répugiuinct* esi l'effet d'un songe. — D'un songe! s'écria le roi, fort surpris. Ah! que m'apprenez-vous î Non , non, ajouta-t-il un moment après, je ne puis croire ce que vous me dites. Quel songe pourrait avoir fait sur ma tîlîe une si forte impression?
Sutluiuemé le lui raconta, et après lui en avrur dit toutes les circonstances: Voilà, seigneur, conlinua-t elle, mmIîi le smige ilonl la
IMIiOlJlO'lOX. IS
princesse ill' iuiîîginalîuii fnippre. Eliivjiii^c des hommes (xir cecevr, et, persuadée ipie ee sunt tous des ingrats et des perfides, elle rejette e*(alenient tousles partis qui se préseiitenl.
Ce discours uug^uieuta lY^onneoienl du roi, qui ne concevait pas comment ce songe pouvait avoir mis la princesse dans la disposition où elle 6tait. Eh bien! ma chtire Sutiumemé*, dit-il à la nourrice, que ferons-nous pour détruire les dt^*flances dont Tesprit de ma fille s'est armé contre les hommes? Crois-tu c[iie nous puissions la ramener à la raison? — Seigtieur. répondil-ellt% si Voli'c Majesté veut bien m<* charger de ce soin -là. je ne désespér'e pas dv men acquitter heureusement. — Hé! comment vous y iirendrez-vous? reprit Togrul-bey. — ^ Je sais, reprit la nourrice^ une infini lé d'histoires curieuses^ dont le récit pt»ul, en divertissant la princesse, lui Alei' la mauvaise opinion qu'elle a des hommes. En lui taisarit vtiir quM va eu des amants fidèles, je la disposerai stins doute insensdjlt*înent à croire qu'd y en a eitcore. Erdiii . seigneur^ ajoula-t-elle, liUss(*z-nioi combattre soti erreur, je me Ilidte que je pourrai la dissiper. 1j* r^n a|iprnuvii le dessein de la nourrice , qui ne songea plus qu'à trouver îles niouients luvorables pour Texécuter,
Comme Farrufchnaz passait ordinairement Taiirés-dînée avec le roi, le prince de Cachemire et les princesses de la cour, à entendre les esclaves du palais chanter et Jouer de toutes sortes d*instrunients, le matin parut plus commode à Sutlumemé, qui résolut de prendre 1*^ temps que ta princesse em|iloyail à se baignei'. Ainsi, dés le jour suivant, aussitôt que Farrukhnaz tut dans le bain, la nourrice lui dil ; Je sais des histoires rem[ihes d*«Wénenients singuliers; si ma princesse veut me permettre de les lui conter pour Taînuser, je ne doute poini *ju*elle n'y prenne beaucoup de plaisii".
La princesse de Caebennie. niuins ]ienl éti'c jiour ssitisfaire sa
I» M I LU-: I I I \ iOlllS.
propre uurioMlr ipir |HHjr (Hiiiti*nler ( (*lli' ili* sos Iriiitncs, ipii la ]ire^ saictit tiV*iileii*lre cos histoires, pennil à Sulluiiiiiiir Avn (ominentx*r le itciI , ce iprelli* til duns ces hrines I :
lie riH^iiulolin I?) dc fasiidicux Ic^ t^tfriH*!» m» chère «^vr, «• roya ne dmmrz fttit. ,.. ili?s ViLtK it i-uiilf^ilc 5^titUiiiiriiic hniv ii lit litt |itir Furruktiiiax* i|m iry volt iiiiiwii% i)iie tn iimiII«h* H lii |iprlitl«i*
|("^ Insloiri's varui*s iliii rimlrtir.
ritEUlÈBK SnUË
Le Calife et les cinij PrisocDiers
C^'îUiit la fête de rArajiha. Ihnw célébrer tligtioment iiu jour aussi sajnl par taclénience, le prince des croyants, Haroini-al-Rascliild, sortit de son palais, accompagné de Giafar le Barmecide, son grandvizir, et d'une nomhrense suite de coiirlisans. Il se rendil à la prison de Bagdadj en iil ouvrir les [juries, et ayant rlotmé Furdrcfle lui cunener les ipi'ison mers, il s'assura en les inlei'rogeanl, ou ([ua leurs laules étaient légères, ou rpie le temps qu'ils avaient passé en prison était
t.KH mtAM n I % iui Its,
sulKsJiiil pour liMir rhAtitiH'iiL i^l iii lit iiirlln* si\ itiiIs \*n lilierh**. En snrlaiil» rlianiii <l imj\ nuiil uur Mumih' Jar^^rril pi isi^ iIhiis li* wvsor rovaL p(uij'Mil»\priir aii\ Ik^soiiis lic la Mr, »*t ii'availh^r liunluMniH^nl à ravrnir.
Ij^ ralitt* allait si* rol urr lorstpi il a|H*rrul mhjs luji» vnrtte riiM| liotiiincs qui, siTH's lt»s uns roiiln» 1rs aiilrev I'f prosIcniïiVs vermin teriv. foriiiaunU coininr un ikimhI , ou rriii'uv f*iii'ort* reîisemblaietit à la ImîssimIi* rliarnraux rMiJ<*h»'^s. (!es |vnsoiini<*r> ptian'ul vu sileiier. Le pi'iiitT s'appnuiiairpiix. ol Iriinlil :■ — ^S» |'**ii rrdis \es a|)paiTiie«'H, \Hhv plai'e spruit plutôt <laiis iiiir iiinsipipc t|iriru TniinpiiM \ Hî^svous? QiiPcliacHii iiîi' rat-nul** mui hislninr, maisp' vimj\ fouit* la
L un irpiix prit la pimile, vi «hf, a[vivs s'plri' [»n>s!eru»Miti\ pirJn ttu ralitV :
Î233îr!)3ajl 3V mAJM\^AÎÏD
b:^o«MA\niJ R ilrscroyarils. mou pvrr, rirtir uiaiiliaiiil ilr Haiiilatl. iiip laissîi il sa TUfuI rtt posiliou d'i^lrp |r plus Iunn'iHJX ilis lioinnics. lOstuur ilr rues cnufivres, jeune el lieau. j«' hme trouvais k \nvj;\ ans poss*^>i- W\Vj /^seur «Vune ^ranil** Tortune; j'avais [/jf r'pousé tua rouîiiue . jeune el belle vitn'fi^e aux jiçraces attrayantes, qui nravail rendu père d'un jçros «^nirrtMu
Je ne IVêquentais lînère le bazar que pnur me dislraîi'e et voir mes anciens amis, el jMiabilaisavec ma taunlltHlans une mîij^mfique maison donL les terrasses el tes jardins étaient posés au Um] du
Vn de mes amis viiil uii jnur s'asseoir près de mui ïi ma boutii]in% el me oioiilraiii une boîte venue des |>ays élraiigfers , remplie rie eonserves el de bonbons, il mv dît en plaisaolant qu'il la destinait il une femme qiril aimait, et (]u*elle avait la verlu le rendre amoureux de celui «{ni 1 ofTraiL
l*(Midant nnh'e eou versa-
LIB mr.tr kt \\ joi ns.
tiuti, ijo lie niC!» esclaves, ili* cjiii r*i*lail W (levmi jininialirr. iti a|i- |Mjrta mon fib, que j»^ rireiii pressai i)*eriil)ra.<%Her. Monaiiii, |N>ur jileire au petit garj^on, Un glissa h mon insu la l»otle dans les manches lie sa n>t>e.
Vers la fin du jour, ronfanl retourna prt*s tie s-i nier**, el vouliii cii»rmir; cellc-t'i, en le couchant, ai»eriiil la boite, la prit et la cacha sous les coussins du divan.
Le soir, en rentrant, lorsiiue je m assis, je sentis sous moi un corps étranger, et ayant Irnyve la hotte, possinlr du ilrnion dr la jaloirsie^ i|ui me troubla Tespril, jtr me misa douter de liifideldé ileum fernmo. el résolus de la faire mourir, (jiuimo je rr/ivais [msde preuves sulRsaules conlre elle el que mon lieau-pt^re était puissant, j'employai la ruse pour consoimner cette friauvaise arlion.
Ap|>elant ma rousine. je lui ilis : — l^i rhnb^ur me tourmeoU^lieau^ coupen ce lieu; fartes, je vous prie, muii ht sur la teriiisse. Ma femnn* nrotïéil, el commp elle se]ieiiibail pour regarder dans le Titrre, ji» la saisis par derrière, et I y précipitai*
la pauvre femme, étourdie de sa rliiile, lut hienlAt entraînée |mi le courant fin fleuve; la nuit étant noire, personne ne pouvait voir son danger ni lui porter secours. Heureusemenl que le hasard la cou duisit *lans les Rlels d'un pécheur, nu elle s'arréia. et, de lumue fortune, il vint les lever à ce moment. Ce brave homme lut |M-oiligua tous ses soins et la rappela h la vie ; mais comme elle ne pouvait encorr répondre k ses «piestions, il la conduisit a sîi maison, qui se trouvait éloignée de Hatîtlad d'environ Irois lieiies.
Le lendemain inaiin, a son réveil, incm lilss étant mis a pleurer, je lui en demandai la cause. — 0 mon père, medit-d, voire ami m'avait dontîé hier une boite de bonbons, ma mère me la Atée p<»ndanl mon sommeil, et je voudrais la ravoir. Je compris à ces paroles que ma malheureuse femmi* était irtnocenle, et je m abandonnai a la douleur la plus vive.
Remise d*^ son Iroulile |t;ir uin* înnt de rc|ï0S chez le péciieur, ma lemine, en se rappelant ceqnisélait [lassé, se rendit compleipie mon mtention avait été de me défaire d'elle; mais, comme j avais jusque l:i toujotirs été bon et juste a son égard, jugeant que (pirlqne évéïie*
IllSTOlUb bl MvmAÏXM),
luefil oxlraoiilitiaii'i! lu'avail trouble l'esprit el |mussè à vu ciiuie* tille donna ses habits au pécheur pour. les porter au crieur du l^azar, avec ordre de uie les uioutrer; ce qu'il OL A celte vue, saisi d'clFroi, je me hâtai d*y mettre une euclière qui nreii ix^odil le maître.
Lorsque le pêcheur viul pour recevoir le prix convenu avec le crieur Je lui dis : — Au nom de Dieu ! réponds la vérité. Doù el comment es-tu devenu possesseur de ces habits? Le pùcheui\ après avoir reçu la promesse il une Forte l'éconipense, répondit selon Tordre qu'il eu avait reçu, quVil les avail ti^ouvéssur le corps d'une femme noyée, vi sortie par lui des eaux du Tij^re.
En entendant CCS paroles, je me mis a [deurcrde telle sorte, que ïv pôclieur^ touché de mon désespoir, m'apprit enlîn que ma lemnic était vivante et en sûreté chez lui. Charmé tie cette nouvelie, j*cml>rassai le pêcheur et le citinbhii de présents; puis, ayant fait amener ma
mule, je nie dirigeai en toute hâte au lieu où ma cousine était cachée. Mu la revoyant je la pris dans mes bras, Faccahlai de caresses, et lu suppliai d'oublier le passé. — L amour, lut dis-jc, m'a poussé à la jalousie, etla jalousie au crime: pardonnez-moi, parer* que je vous ;ii trn|i
tjv8 MiLLK rr vn iour^
iiuie« NuUii pass^iutf!» le i e»le ilu jour a iiuus rt^juuii avec la fatniile «lu |»4^cbeur.
A rappnx'hc de la nuil, ayttnl lUt Htheu k uub li«>U*s, nous |nimas, iiitt femrue ct niui , Ic clieujin do la ville. Comme nuus uii ap« (jrocbion» , nous reiicuiilnimes des Arabes btîdouiijs , f[ui, upresi m'avoir dépouille, me laissèrent bur la place îi moilié morl de roiijis, ( t eniiiietièreni ma fi*iiim«' el ma \nuU\
Le^ vuleurs|iarlts, nnuhi k la vie |Nir la fraleiu'ur de Tay , je riiP Irîiliiai ju><|u a Bajjdad. el, rentré «lie^ moi, je me mi%iiji lit, bien malade de euijjs et irespnl.
A r|uelt|ue tefiips lU* là, ii peu prés guéri des cou|is que j avais re^*ust iwais miu eousulé île la perli* de ma lenmie , je me promeimiH dans le bazar. Iursi]ue je vis au:^ nmus du erieur publie un ihàle qui in'avajt appartenu, et «pi»' je pi^rlais le juur même ou j'avais i*|f baitti et Viilépar les Iti'domiis. J'appelai le trieur, v{ \v. priai de iiio dire a qui appartenait lecliàle, — C'est, lépuudit-il, la pn*pnéléd*uii Arabe delà montagne. — Faites-le-moi venir, et vous aurez le bacehis pour boire.
Ij' ciieur (larul bieiUAl, aeeompa^né du Bédouin. En le voyant, H marchai \ers lui d'un air de cuii naissance : — Seigneur scheik, lui dis-je, soyei^ le Inenveiiu ; j*ai élé privé longtemps de vHlre présenee» el TOUS n'avez [kis reparu chez moi depuis le jour où vous m'avejç remis en dépôt trois tiiillf milkalsdor, — Venez-vous pour que je vous les rende? Séilnitpar ces paroles» rtionune diuléserl répondit que je ne me Ironq^iiLs pas et ((u'il élait bien le maître dn dépôL
Après avMir eans*: de diverses choses, je demandai au LW^doiun d'où lui venait letvhàle, — Seigneur inareliatHL me dil-il, il v a peu de jiHirs que, lorïgiMiit les l>oïdsdii Tigre ave*- qiieli[iies Arabes île ma Iribn, nous reneontràrnes un homme moulé sur une mule, on compagnie de sa remme. Nous tuâmes le mari , et ce chàle devint ma part dn bu tin.
Bien sur de tenir' en mes mains l*un des ravisseurs de ma feinme^ je dissimulai mon émotion, et, sons prétexte de lui remettre ledépôK je Fennuenai chez moi, A peine entré, je le Us saisir [*ar mes dotties* tiques, et bniire de roups de Inm^t, en lui disani : — Je suis celui que
lltSTOlHR DU MARCHAISD ?l
Vous croyiez avHji lué, chluiil voiisaveit volé la ietnmc i*l la iiiuie. Si vous u'rcnuv. ile hinloaiix gcn^i tte \otrc rribu tie rciulrc l'y tie et l'autre, je vous ierai eluique jour frapper ainsi , iioo pas assez pour vous doiJiier la tnort do suite, uiais de manière à vous taii'e iHourir leiitemeiïL Le voleur, pris au piége^ demanda du papier, un roseau liullé, de reucrCj et il écrivit : a iMes frères, aussitôt que celle-ei vous |iar viendra, reu voyez sans délai la jeune fennne enlevée, ainsi que la nmie; je suis (ïrisuiuiier. et si vyus tardez, ou uiVMera la vie*» Pui>, ayanl plarésun taehel au bas de cette leltre, il la remit a mon esclave de conliance, avee I indication précise du lieu où cam]iail sa tribu.
Les Voleurs ayant lu la missive de leur camarade, senquesséreni de faire revêtir ma feninie de ses habits, et, l'ayanl placée sur la mule, ils me renvoyèrent. Je revis ma cousine avec joie, et «inand jVus appris par elle les bons Irailemeius qu'elle avilit reçus de^ Arabes, y lis sortir leHédouin deprisun, je lui remis des présents pour lui et ses compagnons, et le congédiai fori content de moi.
Je résolus à ravenir de dormir confiant en la vertu de ma femme; maisj hélas! qui peut ecliap|ier a sa destinée? J'avais un esclave tavon. (eune et beau, qui possédait tonte ma confiance. Il s'épril (rune latnle passion pour elle; dans la persuasion que son amour était parlagé, y lui plongeai mon poignard dans le cœur. Il était eliéri de mes autres esclaves, qui résolurent de le venger. Une nuit, je fus réveillé par une lu niée é (laisse el une grande clarté. Je sautai k bas de mon lit, et, certain que le feu était à ma tnaisou^ je courus chez ma femme pour la sauver. L'incendie avait commencé au-dessous de son appartement, et, malgré mes eflbrts, elle y fut consumée- Ma maison et celles de plusieurs di^ mes voisins furent brûlées. La justice recherclia les causes de ce sinistre. Mes esclaves furent interrogés; ils déposèrent de ma jalousie, citèrent Taccès qui uravait fait précipiter ma femme dans le Tigre, et la mort récente de mon esolave favori. Us affirmèrent tous ne pas douter que je ireusse mis le feu à ma maison pour me venger et faire ]>érir ma femme. Qm^^ vousdirai-je, seigneur? le juge fut convaincu. malgré mes dénégations. Par indulgence pour ma passion, qu*il traila de folie, il ne me condamna qu'à dix ans de luison. J'y suis depuis cinq ans, et je bénirai élerneltemcnt voiip bouté si vous m'en faites
llfSTOJfïK m <:(>l lîTIKIl. 11
t'm|ue()tfU les iMuars, jt- sus nie lîure aimer des Miai'cliîiiitls [mv lua l>rnl>ili% el en me reuclatit iilile a leurs transaclions eomme coiJi"tie!\ |€ réussis k amasse i^lrach me pai' drachme une sonmie assez forte. Dès que j'eus Ragné Fargeut nécessciirn pour n'avoir plus la crainte (|ue raumône fît mi jour rougir mou front, j'abaodouuai mon étal, el résolus de m'expalrier pour vivre ineonnu , mais h ma guise.
Je partis pour venir mVtahlir en celle ville. Le jour de mon arrivée, eomme la chaleur était grande, j'entrai dans une mosfjuée , où , me croyant seul , je m'assis en un coin , el sortant ma bourse, je me mis à compter mes pièces d'or. Je savais avoir cinq cents dinars; ne les trouvant pas complets dans mon premier calcul , je les comptai de nouveau; ayant reconnu ma somme exacte, je la serrai sous ma robe, et, ma prière achevée, je sortis de la mosqu/e.
Un vieillard à Tair dévot el vénérable, qui se trouvait aussi, pour mon malheur, dans celte mosquée, m'avait vu compter mes pièces d'or. 11 en savait le nombre et la valeur A peine élais-je ilans la iue^qy^il vint en hâte derrière moi, et, poussant un grand cri , il dit : — t) mes frères, aidez-mot à ari'ètiM* ce voleur! il rn^i pris mon bien, el s il ne mêle rend, je serai l'éduitiila misère. Je me vis aussitôt entouré de tous ciiiés par les passants, el les gardes de la police étant survenus, sur la dénonciation de ce fourbe, qu'on croyait honnèle, ils me conduisirent devant leur clief. Cet officier cotmaissait le vieillard, il le recul avec politesse, et lui demanda . —Comment cet étranger a-t-il pris votre argent? Il ré|ïnridit : — ^ Je suis entré dans la mosquée, cl me croyant seul , j'ai sorti ma bourse pour compter ce (pielle contenait. Cet honmie iïtjuste, que je n'avais pas vu venir se [îtacer près de moi , avec cet air de lionne foi et de douceur que vous lui voyez, m'a captivé, et m'a dit : — ^Omon père, vous ave/, fait erreur en comptant vos pièces d'or, voulez-vous que je vous aide a les vérifier? Trop confiant que je suis, j'ai remis ma bourse en ses m:iins, el ce malfaiteur Ta aussiUM cacbéc sous sa robe, el s*est enfui. Seigneur officier, au nom de Dieu ! faites-moi rendre mescinf] cents dirrars,
Par Tordre dr* leur chef, les gardes me fouillèrent, el la bourse el les cinq cents dinars s'étanl trouvés sur moi. malgré mes prières
Il U:% MIIJJ Rt l \ JIM lis.
el mes ex|»litaliuiis, 4»ii n?init l** tout ii I îiililme viitllani* Qiianl ti moi, malheureux spoln^, sur I «irclre du rUeï ilr la pohcf, je veçun lfoiscerils( oui»sde foucl^el, nprAsni avoir fail faiiele tout di» la ville, cutoun^ des js^anles r|ui criaieiil : Voici la pumtiou tltiri voleur! on me jeta eu prisou , où je suis depuis deux uns*
llarouo-al-^Raseliild avait ^^coule ee récit avec iiitérêL II dil h riMraiiger: — Dieu Ta éprouvr jmr le malheur; loti imprudence Ta tail penlre deux fois la fortune ; reods-toi di^m* truii meilleur avenir jiar la iMHiae condiule; tu es libre, luforme-lui si Ion \oleiir c*sl ciieort* liaos celte vdle, el je le rendrai Justice. Il cinifédia le priîionuier, apr^s lui avoir fait doiaier vin^^t pr*^ces d'or.
Le vieillard était uiorK mais il avail laissé a snii tils nue graiiiir fortune. Le calife le cotidamiia à |Kuei an prisonnier di\ fois la soinnio ijiie son pérc Ini avait volée.
Sur î'orilrç du prince, un anfre prisonnier conimeni;a son réciU
îfiassûsaa as SDiiSsas^jfisai
cJ hXEKÇAlS Tè-
lat de mai* ctiand ami Ml laiit ^ j'allais ,de |mvî?^ PU pays et tli* ville en viIIb pour vendre el acheter
des marchandise^. In jour j'arrivai ii Ba^^dad, avec nu Ane porleni de mon t)a}?age. Il faisail nuit; les l>ouln|ucs et les maisons éfaieni armées, el moi, pauvre étranger^ je ne savais où frapper pour avoir un
HISTOIttE DIT COLPORTEUK. li
glte. Itiqiiieldece conlnvtemps, j*entrais dans une rue qui longeait les bords du Tigre, lorsqu'une femmej assise sur le seuil de sa porte, me vit passer et m'appela, — Étranger, me dit-elle , la nuit est noire ^ les okels soul fermés, tout le monde dort, la police et les voleurs seuls veillent; si les gardes vous rencontrent^ ils vous mettront en prison , et si les coureurs vous arrêtent, ils voleront vos marchandises, et vous tueront; si vous voulez loger chex moi, vous n'avez qu à fiiire entrer votre àne. — 0 femme charitable, répondis-je, merci de votre hospitahlé; mais je ne puis m'arrèter chez vous si vous y ^tes seule. — Soyez donc sans crainte, reprit-elle, j'ai mon mari avec moi; il dort , mais il sera charmé de vous voir a son réveil. Je touchai mon :inc dans le vestibule, et je suivis la femme dans Tintérieur de la maison. Elle me présenta de quoi boire et manger, ce que je fis à la
hâte, puis je retournai où j avais laissé mon àne et mes marchandises, et ne les y trouvai plus. Je demandai a mon hôtesse ce qu*ils «Haieut devenus. Elle me répondit : — Je vous le dirai plus tard, mais
Ir
LES mUJE tT m JOURflL
inaioleiiaol ]V'\tge de vous !e secrel ,Htrr ce que vous allez savoir el sur le service que vous allez me reudie. Jurez-moi de faire ce que je vais %*ous ordonner, aiitrenierit vous perdrez non seulement votre bien * mais encore la vie. — Union Dieu! nrecriat-je , que voulezvous donc de moi? — Il y a ici le cor|js d'une esclave; elle [tlaisait à mon mari; pouss/»e par la jalousie, je lai luce; vous allez preiirfro le cadavre sur vos épiudes, et vous irez le jeter dans le lleuve*
Comme je résistais, cette rcniine al>ominable ajouta, d'un ton de voix dont je IVis pcnclre : — ie vous en cortjure, failes ce que je vous ilemantie, et niîi reconnaiss'incc pour vous natirapasde liorncs : je vous recevrai dans mon lit, je vous trailerai comme un amant hien-aimé; si vous avez quehpio passion au cœur, si vous aimex le plaisir, j'espère que mes comirlaisîinces et mes charmes voussîilisferont*
Ses caresses el !a ciainte de perdre mon bum me forcèrent à fiiire ce qu'elle désirait. Elle me tnonlra un objet volumineux et pesant roulé dans une natte, uraida a le charger sur mes épaules, et j'allai aussilùtle jeter dans le Tigrre*
Au retour, je trouvai mon hôtesse auprès d'une autre nalte de la même forme que la première. — Nous nous sommes trompés , me dit-elle; vous venez de Jeter datis le fleuve un simple rouleau de nattes^ et vous ave/Jaissé ici le corps. Sans croire ce qu'elle me disait. je chargeai ce nouveau fardeau sur mes épaules, et j'allai aussi le jeter dans le Tigre. Quand je revins, cette femme me dit en mVmbiussant avec une feinte tendresse: — ^0 mon amant! mettez-vous au lit, je vais me parer pour vous rejoindre. Fasciné par ses cajoleries et à moitié mort de fraveur, j'obéis, et me couchai. Quel fut mon effroi lorsqu*eu me mettant au lit ma main renconha quelque chose de chaud et d'humide, et crus toucher un corps humain ! J appelai mon tiôtesse, et la priai d'apporter de la lunuére; mais, a ma voix^ elle courut vers la porte de la rue, et se mit a pousser des cris si perçants, que les voisins, éveillés, arriveront aussitAt avrT des armes et des lumières à la main. Us demandèrent les motifs de ces cris, et cette méchante femme répondit: — îl y a un voleur et nii asïiassin dans ma maison* Les voisins entrèrent en tumulte, et lors-
mSTOniE DU COLPORTEUn. 47
qu'ils ftireiUdauslu chambre k couchiii % ils virent sur le Ht le tor|ïs d'un houHiie assassiné et moi auprès, lout sanglant, et quasi mort de trayeur.
Quand la maîtresse de la maison fut en face de moi, elle redoubla ses cris : — Tuez cet homme, c'est Tassassiu de mon mari. J'avais peine à me croire éveillé, en présence de tant d'horreur, et je ne pus que dire: — ^O mou Dieu ! sauvez-moi de Tesprit du mal Lu femme se frappait le visage, s'arrachait les cheveux , et ue cessait de m^aecabler (ritrqirécalions. — Mou mari re[>osait, j'allais entrer dans la chambre pour uie mettre près de lui, lorsque j'ai aperçu ce scélérat, qui, un couteau à la main, se tenait tapi au coin du lit; alors, dans mon effioi mortel , j'ai couru vers la porte de la rue, et j'ai appelé du secours. Quel malheur qu'un tel monstre ait trouvé notre maison mal fermée, et pénétré chez nous pour nous voler et nous assassiner ! J'essayais en vain de me détendre et de dij'e : — Je ne connais pas cet liomme, ce u'csl pas moi qui lui ai donné la mort ; personne ne voulut nrécouter; les voisins, mêlant leurs larmes et leurs cris à ceux de cette femme, m'interpellaient parleurs exclamalions: — Maudit, p(uii"4iuoi as -tu lue son mari? Voici le couteau, instrument de ton ci'une, que nous trouvons prés du lit, et le sang dont tu es couvert témoigne encore contre toi. Puis ils se ruèrent tous sur moi , et m'assommèrent de coups. Les gardes de unit intervinrent et me conduisirent devant le chef de la (lolice, qui, snr runatiiine témoignaiçe des assistants, me comlanuia a recevoir cini| cents coups de fouet, et me fit jeter en prison en m'ainionf;ant que je paraîtrais devant vous, et subirais Tan'ét que vous dicterait votre justice.
0 prince des croyants! voici deux ans que celte terrible aventure m'est arrivée 5 depuis ce temps, je n'ai pas cessé de prier et d'esjïérer, car vous êtes le représentant de Dieu sur la terre, et Dieu sait que je suis innocenl.
Le calife donna Tordre de chercher la femme qui avait causé tous ces malheurs. Elle iThabitait plus la ville, et avait disparu quelque troips après la mortdeson inai'i , inculpée qu'elle était dans Tassassinatd'un marchand dont le carps fut trouvé dans le Tigre* Ne poii*
•. LES MILLE ET m 1000^
vaut découvrir U %érité pftr ce moyeo, Haraun al RaM:bild Gt appel aui bazan ém élnogers et des marchands; les témoignages furent unanimes pour le prisonnier; il avait toujours été réputé un homme honnête y incapable de commettre un tel crime*
Le prince ditquon mil le colporteur en liberté, lui lit compter' vingt pièces d'or, el ordonna au quatrième prisonnier de parler à !ion Umr.
m^mms^^ 2>5j a^is^samâ
Jo suis né k Bagdad, H ma jeunesse u été Ibit orageuse. Mou [lôro, man hand de celle ville, que ses atlaires avaient mis en relation avec des honinies au-dessus de lui , s\Hanl engoué dun savoir que lion i^rnorariee Tempéetiail tl tqiprécier ce qu'il valait, tue fir
HISTOIRE DU DÊBÂUCflfi. ti\
doDDcr une éducation coilleuse et iuipropre h Tétat auquel il me destinait. J'appris riiistoire, laphilosopliii^, les langues, l'astrologie, lu danse, la musique; mais de Farithniéliqne pas un brin, et du commerce, si Ton nven entretenait j c'était pour me le peindre comme un vil trafic , indigne d'un homme bien né et an peu haut placé; ' aussi, à mon retour des écoles, arrivai-je chez moi avec la résolution de vivre à ma guise, de résister à tout travail de boutique, de fréquenter les condisciples de choix que j'appelais mes amis , et de m»! livrer au plaisir. Mon père, heureusement pour lui, ne vécut pas assez pour voir TeiTet lunesle de celte éducation déplacée; il me laissa en mourant, non jms une grande , mais une fortune honnête, A peine ses funérailles étîiient-elles terinmées, que j'avais re|»iis ma vie accoutumée. Au rclfnir du cimehére. un ami sVnqmru de moi, et me conduisit dans un okel, où ntius attendait un repas splendideet des vins exquis, iv rnedélV-ndis iVy preudre part, mais mon amphitryon jura par son divorce que je ferais trêve à mes chagriîis et que je demeurerais et boirais avec ses amis. Je dus céder, et jr passai cette première imit a nrenivrer.
Le lendemain, le sentiment du devoir me fit partir de bonne heure pour aller prier sur le tombeau de mon père; mon mauvais destin me fit rencontrer un antre ami , qui niVmtralna dans un jardin enchanté, où se trouvait nombreuse comj)agnie de femmes équivoques et de libertins dignes d'elles- Le caprice les avait dispersés dans les bosquets témoins de leurs [daisirs. 11 régnait ïk une licence de mœurs qui eût àù me faire rougir, afUigé connne je Tétais; mais une fausse honte me re t m t, j'acceptai une de leurs faciles beautés, jem'assis k leur festin , et nrenivrai encore aux sons d*une musique délicieuse. Une telle vie de dissipation et de bruit m'eut bien vite consolé de la mort de mon père , mais elle eut promplement dissipé ma forlune , et avec elle s éclipsèrent Ions ces amis, qui n'espéraient plus rien de moi.
Néanmoins, m'étourdissant sur ma position , je continuai à chercher le plaisir, et le prenais partout où je le trouvais* Un soir que je venais de souper en ville, cheminant pour me rendre chez moi , je vis une lenniic galamment vêtue qui marchait légèrement, et dé- Inurnail la tète pour s'assurer si je la suivais. Je nriq^prochai. et lui
ÈM HILLE UX Lï« lOCItS
ilcijiaiidai si elle voukiliiic [ieiineUre d'aller chez elle. M'ayjuil exiiiiiiue Miusson voile, elle répoiulit : — Vous tie|>yovez venir chez mai, niais j'irai chez vtuis. (lu est votre nmison? l/espril troublé \»ar
rivresse <» je lui dis, en lui montrant nue oiaisou étraugere : — C'est celle (\u\ est pies île vous; mais mann'^re, artuellenienl an biiiu, en a ein[>yrLé la clef. — Cela n'est pas, répondit la jeune teiiinie, car la porte est ouverte. En effet, Tayanl poussée avec force, elle entra, et je l*y suivis, après toutefois avoir mis les verrous intérieurs,
Nous arrivîVtïies ainsi dans une cliauibre richement ornée, cl dont les meubles élaieiit couverts d'étoffe de soie, I^ jeune femme 6ia ses bottines, se découvrit comme si elle eût été chez elle, et me dit ; — Mon ami, voyez s'il n'y a rien à manger. J'allai ny hasard, et je trouvai dans un buffet les restes dun repas; je les a[)[»orlaK >Ia compagne me dit encore: — Je sens l'odeur du vin , cherchez donc si vous en trouverez. Je décrnivris bientôt une grande jarre pleine d'un viu excellent , qui avait l'odeur du musc; j'en pris dans un vase de cristal, et. Tayaut posé prés du lil, nous nous mimes k boire et a manger, et enstnte, cédant aux agaceries de la jeune remoie, j'ofd>iiai enliéremenl<|ue j^élais dans une maison étrangère,
La unit était fort avancée lorsque le maître ^lu logis revint puur se coucher. Ne pouvant ouvrir s^l porte, qui était hîrmée inlérieun*ment, ii passa par la maison d un voisin , et, avec sou aide, il rentra par sa terrasse. Quand il vint dans 1 appartemenl où nous étions, loin de paraître ému par la crainte ou la colère, il se mit k sourire el me dit: — Conmietitî est-il honnête de boire, de manger et de se divcriir sans sou hôte? IVjur moi, je le regardais Scius pouvoir lui répondre. C était un beau jeune homme, aux traits réguliers et gracieux, dont la ligure douce et blanche conimeucaitàpeine às'onier d'un léger duvet brun. Sa taille était haute et flexible, et sa déuiarche noble et aisée. ]| s'approcha ilii meuble où il serrait ses habtis, quitta sa robe, et^ après avoir pris un vêlement plus couimode, il vint s'asseoir près de nous, en disant : — Je jure Dieu que je suU content de vous, et que vous êtes les bienvenus cheï uuji. Puis, Stuisuous interroger davantage, il prit un verre el s^* uni a bt^ire avec ufHts. iMibarrlis par cette conduite, nous nous livmniesii hi jui*»
ÎÎISTOinE BU VA ME h. S!
comme avail Isa vernie. Mon liùto me veisiuMViV|iiemmern îi Imire; mais, malgré mon ivresse , je remarqutii qu'il tîxaii souvent ma compagne, et que celle-ci le reg«inlait avec des yeux brillants d'amour. Je compris avec dépit que, sans ma présence , elle se serait livrée a lui avec plaisir. Je feigtnis de dormir, et, au moment où notre hôte se levait pour Fembrasser, je me jetai sur lui avec fureur ^ armé d*un couteau tranebaut, et lui coupai la gorge sans aucune pitié.
A la vue de cet acte de cruauté, la jeune femme se sauva vers la porte de la rue eu poussanL les tiauts cris. Les voisins accoururent, et nV ayant arrêté, ils me livrèrent aux mains des gardes de la police. La femme raconta notre aventure, et comme elle était connue et qu'elle payait Timpôt, on la mit en liberté.
Pour moi, un peu revenu de mon ivresse, je tremblai de Ténormité de mon crime* Amené devant le chef de la police, je lui contai la vérité tout entière; mais, au lieu de décider de mon sort, il ordonna qu'on me conduisît en prison pour y attendre votre auguste volonté.^ 0 commandeur des croyants, que mes remords obtiennent mon pardon ; accorder ma grâce à mon repentir.
Le califë répondit: — L'ivresse n'excuse point le crime; celui qui a tué périra. Etaussitùt il lui iittraïicher la léle.
Le prisonnier baisa la terre devant le prince des fidèles , et dit : — Je suis né de parents pauvres et bonnéles; mon père, vanier de son état, m'apprit à tresser toutes sortes de paniem. Seul, je vivais pîvssa-
It LES MILLE HT UN JOtJBS.
hliMiient itu piiHliul ilt* iiitm (nivail; iimis lnrsi|u<' j'eus virigl uns, je ino mariai, cl en peu danni'os, ma fcmun' <n\;nit mis au inoude plu— sieurs eufants, mon travjul ne sullil plus ii uniirrir tnn ratnillr, l/tMal ile vaoier gagne si peu : aiijounriiui une dracluue, le leiidernaiu deux^ vi quelquefois seuleuienl une deiuie; aussi mes entrailles el celles de tnes enfants rcsscntaienl souvent les ilouleurs ûe la faim<
Un jour, je terminai une grande corbeille; rouvrageen élaitsolidr
el propre, et j'estR^rais en lirer au ninins trois dnichnnvs. Je la (>orlai au bazar el dans les rues sans que personne se présentai pour Tacht^tei'; la mjit étant venne, je rentrai cbez uiol Lorsque jiia letnme iM mes enfiinls me virent revenir sans provisions, ils se mirent à pleurf*r en demandani dn pain; comme je iren avais pas, Je ne pus que pleurer avec eux; la nuit fut longue et hisle* Au point du jour, ma femme, en m'*H'eillant , me dit : — Aile/ et vendi'/ cette corbeille a tout prix, fut-ce pour une demi-riracinne Je rourns vainement les rues et les carrefours, et la nuit vint encore sans que j eusse trouvé rnarctiand, Wa femme se mit dans une grande colèn*. — (Jnoi , sV*eria-
niSTornr: du vaamkh.
t-elle, vous rapportez encore celle coil>eille! Voulez-vous nous voir mourir de faioi à côt*'*? Je jurai DicLi et le Proplu'^ie que j'avais fait vaiiieiiieiit lout ce qui ùlaiL eu luui pour m'en détaire; elle prit quelques objets qui lui apparteuaieul, et rue dit : — Allez, veudez cela, et a]»portez du pain pour nos enfants. Je fusaussilôt chez un marchand
el ayaut ireu uue demi-drachme, j'achetai de quoi faire faire à ma famille uiTiLîuée un cluHif repas que mon ennui m'euipèchade partager» Je dormis bien peu. Dès le point du jour, ayant fait mes ablutions et supplié Dieu de me veuir eu aule , Je pris celte invendable corbeille, et courus encore vaiuement toute !a ville. Â l'heure de midi, accablé de fatigue et extéune de besoin , je uiassis à la i»oitc d'une mosquée.
La voix du muezzim appelait les musulmans à la prière; j'entrai inqilorer la bon lé de Dieu, pour <pi'il m'aidai a vendre ce panier. La prière achevée, les fidèles sortis de la mosquée, j^'y restai seul avec un Persan vénérable, que j'ai su depuis se nommer Saadi, et qui semblait absorlié par la ccititemphition. Lorsqull se leva pour s'en aller, il passa prés de moi , et considérant ma pAleur, il me dit: — Ami , vous vous livrez trop à la passion du vin , et votre sauté en est altérée. ^ — Seigneur, m écriai-je, ne croyez point cela; je u'ai jamais gortté du vin ; je suis failde et pab* parce que depuis deux jours il n'est entré aucune nourriture dans mou eslomac. Je lui contai ma vie, mon état et ma uiisère; eu écoutant mon récit, r et ranger versa des larmes, et lorsque j'eus achevé de parler, il me dit : — Dieu soit loué , ô mon frère! car je puis mettre uu terme h tes peines; prends ceci, ajouta-t-il eu me mctlant uue bourse dans la nuiîu ; cours au
LtS Mil LK KT US JOURS,
marché, et acliAtiMle hi viaml*', du pin *•! Aes friiiis pour nis^isiier la raniillc. (a* t|ue je \e *Ioiiir* \uni{ ie siitlir<^ prndaiil un an ; eii échange, jo ne le demande fprnne tliuse : c'est <|Ui* ehaque unnre, a pareil jour et à [itireille heure , tu viennes m utlendre à celte infime place. Et aussitôt ii disparut
Resté seul, je crus que je venais de faire un rêve; mais la hoiirae nie prou vai|ije j'étais bien éveillé; je Touvrif^, ^^ï) ^Vi*u\n\ cent pièces d'or» Plein de joie, je e^ninis an baziir, et suivajjl les <n'dres i)ti bienlaisant vieillard, j achetai , non-senlenient de tpioi apaiser la faim , mais encore des viandes sncctilentes connue jamais il n'en était entré chez moi ; je nns tout cela dans ma corlieiHe, et inc liAlai de revenir à ma maison*
Arrivé à la porte, j^écontai , curieux île savoir ce qui s'y passait. Mes eîifants se désolaient, et leur mère lâchait de les aitaiser en leur répétant pour la centième fois : — Soyez sages, ne pleurez pas, votre père va revenir avec ce qu'il faut pour vous faire dîner* J*eritrai en m'écriatit : — Dieu vous a entendue, et nous envoie l'atïniidance pour longïemps. Mais quand j'eus montré la bourse et tout ce que contenait la corbeilh*. ma compajjne s'écria: — Avez-vous lui' et dépouillé quelqu'un? allons-naus être eu butlc aux recherches et aux rigueurs de la justice? Je lui racontai llieureuse rencontre que j'avais faite; elle membmssa en pleurant de joie, et, la conscience tranquille, nous nous mimes à lioire et à matiger en bénissant notre lïieidaitcur.
Pendant nu an, je vécus ainsi dans raisance. Le jour lixé par l'étranger étant arrivé, après avoir lait nnîs ablutions et métré revêtu d'un habit hounète, je m<* rendis à la mosquée; le Peisciu vint s'asseoir prés de moi. Après la prière, tout le monde étant sorti, il se tourna de mon côté d*un air souriant, et me dit : — 0 mon frère I comment tes jours se sotit-ils passés depuis notre dernière entrevue? — Seigneur, grâce ii votre générosité, ma vie a été douce et heureuse* L'étranger m'ayant questionné sur mon courage, sur mon adresse et sur mon goût pour les voyages, je répondis a tout de manière à le satisfaire , et lui demandai à mou tour h quoi je pouvais lui être bon. — Abd-Allah , reprit-il , je projette un voyage , et je dé*
HISTOIRE DU VAÎ¥MER, as
sire que vous m'accompagniez comme uioii seivilt^ui'; je vous emploierai honui^temeot, e( si vous vous montrez obeissuiileLdrvoué, vous cotiservei'ez de moi uti hou souvenir. Ce voyage dnit liurer deux mois; voici trente dinars, acIitM^^z des jn'ovisious afin que voti'e (amille ne juauque de rien durant votre abseiice. Dans huit jours, vous ferez vos adieux a voire femme et à vos enfants, et vous me rejoindrez ici , en vous précaulionuaiitde \ri et de dattes, et vousarmant d'un yatagan, pour vous défcTidi't^ si nous étions attaqnrs.
J'allai trouver ma tV^mtne, et je [ta rejii'lai ce que i étranj<er exigeait de moi. — C'est, reprit-elle, notre liienlVdleur; votredevoirestd'obéir* Je passai ces huil jours à lain* des provisions pour ma fanulle et pour le voyage, et au terme Hxt'\ ayanl embrassé ma femme et mes enfants, je me rendis à la inos(|ui'e; mon maître s'y trouvait déjà. Le muezzim annoueant la prière, nous priâmes ensemble; ensuite je le suivis jusqu'à un cndruil désert, uù deux ebevaux de bouïie race et bien harnaeliés se ti-ouvaienl entrav/»s; nous les détucliâmes, et étant montés d<îssus, nous nous mimes en route.
Après avoir traversé durant nn mois des déserts et des montagnes, nous arrivâmes dans une rirbe plaine, ai rosée par une lielle rivière, dont les eaux, tranquilles et firnpides, faisaient une presqu'île d*une épaisse forôt; un pavillon a coupole doi'ée semblait surgir de celle masse de verdure, et brillait aux rayons du soleil comme s il eût été eullammé.
Le Persan me dit : — Alid-Allab, entrez dans cette forêt, et venez me rendre conrpte de ce que vous aurez remarqué. J'obéis, mais à peine eus-je marcbé durant une beure^ que je vis venir à moi deux énormes lions a la crinière hérissée; saisi de crainte, je reculai , et m'élant misa courir, j'arrivai hors d'haleine vers mon maître, qui ne fit que rire de ma frayeur , et m'assura que j'avais eu peur de monstres qui n'étaient pas k redouter; il voulait me faire retourner sur mes pas^ mais je nry refusai, el force lui fut d^' venir avec moi. Arrivés près des lions, le IVrsati les conjura par des paroles magiques; soumis à son pouvoir, ils restèrent immobiles et nous laissèrent passer. Nous cheminâmes plusieurs heures dans les détours de la forèl, rencontrant avec effroi des troupes de cavaliers le s^ihn* a la
LES WILLK KT l N iOLUS,
maiii , tl«^î^ géatîb armés de toassues, jinMs à iiuus rrH[ï|HM\ Tdus ( êtres fanlasliques disparaissjiieiit dcvaiil le vieillard , et nous parvînmes enfiïi auprt^s dti pavîltoii qui eoiiroiuiail ceili^ IVinM.
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Mon inattre me dit: — Marche/ vivrs ce pavillon, détachez la ceiiilurede chahies de Ter qui en arréle lospoites, [leiidaiil que je vais prier le grand Sah>irioii détre propice à noire entreprise. Je Ils ainsi qu1l ni'élail ordonné, mais lorstjne je IcLissai tomber les chaînes, un effroyable bruit se fit entendre et la terre trendiia sons mes pieds. Plus mort (pie vit", je revitis vers le Persan, qui, ayant lini sa prière, entra dans le pavillon. An bout d'une heure, il eu sortit en rapportant iiti hvre écrit dans la langue sacrée ; il se mil aussitôt à le lire, et lorsqu'il Teut achevé, son visage rayonnait de plaisir , et il s'écria : — O
HISTOIRE BU VAIVMER. 37
trois fois heureux Saudi, lu ]iosst\les donc enfin ce livre sacn^, recueil de la sagesse, miroir ties lions et terreur des nit^chants! Puisse la lecture de ce jardin des roses ramener les ciitaiits d'Adam à cette iuuoeeiice primitive dont ils se sont si fatalement éloignés! Ecoute ces maximes et ces sentences , disques de régenter depuis le pâtre jusqu'aux rois :
n Celui qui apprend les règles de la sagesse sans y conformer sa « vie est semblable à Ttiomme qui labourerait son champ et ne le «< sèmerait jamais-
ft La verlu ne consiste pas à acquérir les richesses de ce monde , " mais a s attacher les cœurs par ses hieufîiits et par ses services.
« Si tn es insensible aux peines dn malliemeux, tn ne mérites pas « le nom d'homme.
« Il vaut mieux être mis dans les fers pour avoir dit la vérité, que u de s*en tirer à la faveur d'un mensouge-
« Un méchant taccnse de libertinage : lais-le rougir à son tour par « tes vertus et ton innocence.
(( l/homuH? devrait se souvenir (|u il est ne tie la terre , et que c'est « à la terre que doit un jour aboutir stut orgtu'iL
« Le verre se rencontre partout, rien de plus rare que le diamant; ce tie là la différence de leur prix.
« L'instruction ne porte du fruit qn 'au tant que la uature Ta se- « condèe. Quand même vous mèneriez Tàue du Christ à la Mecque, « de retour il serait tuujuui's un âne.
« Iji sévérité du maître vaut mieux pour 1 enfant que rindulgence « lin père.
«Tant que l'ariire est jeune, il est lacibMle h* tliriger romnic on
it LES MILLE ET Ifi JOURS
« veut ; quand on Fa hiisst» cmitre, il n'y i\ (»lus que le feu qui piiisi^ m le reda^ssiT.
« Malheur k riiouiiiH* puissant qui dt'*voi<3 la suhstaiui' «In |ieij|ile ! « mr il s y Iriuneratoujnurs ii la lin uu m \nnn' l «'^Initij^lrr.
« IjC plus triste s|)eclacle qui [laraltra au jour du juj^ement , a dit li- « Pru|>litM«\ sera de voir vn paradis les esclaves jiieux, et en enfer les n niait res durs et i tu pitoyables,
<t Vous deinamle^ si la ruiirini qui est sous vos pieds a itroit de h* « plaindre? Oui , (lu vous n'avez pas liroil de vuus plaiudn! lorsque « vous êtes éerasés par lelépliant.
fl 1^ e(Mii|mssion pour les niéehanisesl une injure |K)ur les haiis, « el rien ne porte plus d alleiide ii ta vertu que I iniinl«îenrp paorle
• crime.
n L*auteur de l'injustice passe, îiiais sa ineTiioire est livrée a une
• éternelle exécmlioti.
« Ne fais que de bofuies iruvres» sois sûr de t4i nconipense, i\uc « lu portes lliabil de derviche ou la mitre «les rois*
« Un roi veut-il n'avoir rien à craindre de ses ennemis, qu'il soil « eu paix avec ses sujets
m O uion frère! h* monde ne reste à personne: altarh»* ton etpur au « eré^lleur de r univers, et c'est assez. Qu importe de mourir sur lu n lerr^ ou sur le Irùne ?
• Que ta priùix' du matin et du soir soit celle ci : Grand Dieu . dai- H gtie le souvenir de ton serviteur, qui ne ta jamais oublié! >»
^DB muu
Moniuuliitioa est satisfiute , luais une telle fortune u eu seratl pu m pour lot « AtHl-Allali: il le faut uu trésor matériel, el le livre lappremloù niHis devons le rhertiier: vite a cheval, et niar-
insToiRE m: vannieii.
chonspciulaïil que Salomon nous itivorise. Nous uoiis nnmes cmi selle, ety partîinl au pilop, uous entrâmes dans fe deserl, et voyageâmes |)enilatit *li*ux jours et une nuiL
Le soir du second jour , nous arrivâmes auprès d*uno ville adossée k une haute mouttignc; elle était enlourée de murailles blanches et brillantes comme de Farj^eut, Nous passâmes la nuit sous des arbres, et te lendemain, ayant fait nos prières, nous nous occupâmes des moyens d'y entrer; les portes de cette ville étaient termées, et uous n'entendîmes aucun bruit venant de l'intérieur. Mon maître lit le lourdes murailles^clson examen lui fit découvrir, prés d'une tour, une table de pierre dans laquelle était scellé uu anneau de fer; nous essayâmes de la soulever, mais nous ne pûmes y parvenir.
Le Persan m'ordonna de prendre les chevaux, et de me servir de nos ceintures pour les atteler à cet anneau; j'obéis^ et bientôt la pierre, déplacée , laissa voir lentrée d'un souterrain. Mon mattre me dit : — ^Abd-Allah ^ suis-moi; c'est par ce passage que nous pénétrerons dans la ville. En sortant du souterrain, nous entendîmes un bruit seml>lahle à cehii que pourraient produire de grands soufflets de forge; nouscnlmes un instant la ville tiabitée. (jH étrange bruit
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LES muM UT i\ lovm,
ii'etail autre que le siflU^inenl île deux serpents ail^*^4, (]ui !t*iivaiU'aîeiH vers nous en rampant el [Kir bonds effrayants. I.e livre sacré à la maifi^ le Persan alla k leur rencoiilre, les loucha avec ce lalisîiuinrl tes r<*iiversa par terre. Cet ohsliiele vaincu , nous parconirtnies la ville ^ iiflmirant ses places, ses maisons, ses inosi|uees, ses palais. Qu\>laieiit devenus ses habilantst parquet fléau avaient-ils disparu, ou quelle puissance avait pu les conlrairHlre d abandonner imQ aussi belle cité? depuis combien de temps étail-elle inhabitée? Man esprit s'égarait a chercher les raisons tic choses fort au-dessus île ma portée, vl mon maître ne répondait pas aux qneshons que je lui l'aisais. Nous nous arrêtâmes a la grdie onverle de jardojs qui enlonraietd un vaste palais; leur richesse surpassait tout ce que TinKigination peut créer: on y voyait des bosquets toufTiis, des vergers couverts de Heurs et de fruits, des prairies émaillées qu'arrosJiient des ruisseaux aux eaux murmurantes, des parterres plantés des ll(»urs les plus rares et les plus variées. Le Persan sassil sous nu ûndna;^'e frais, ouvrit le livre sacré, et après avoir lu , il m'ordonna dentrer dans le palais. J'y arrivai par un escalier que les génies seuls pouvaient avoir fait; les marches j les statues qui le bordaient , étaient (h? marbre rare et précieux. Après avoir parcouru plusieurs pièces s[»acieuses et nm<(iiinquement ornées, ]e pénétrai dans une salle soult^rrairie plus vaste et plus riche encore. Cent lustres briliaulsd^>r et tie pierrurui^s, garnis de mille bougies , y donnaient une lumière plus érlatante que le jour* Ses murs étaient couverts de peinhires dans lesquelles Tesprit du mal luttait en vain contre Tesprit ilu Inen, et une longue sude de statues des princes morts juslernenl célèbres, était rangée tout autour. Des piédestaux non occupés attendaient {-lîlles îles rois encore vivants; leurs noms étaient sur les piédestaux. Je remarquai celle de votre père , et près de sa statue, sur un piédestal vide , votre auguste nom. Puissiez- vous, grand roi, |îonr le bonheur du momie, occuper bien tard votre place datis ce temple de la gloire ci de Tiin— mortalité !
Au milieu de ce souterrain, sélevad un trône ilt^v, incrusté de perles et rie rubis; sur ce tr5ne était couché un vieillarri au visage pâle comme celui d'un mort, mais dont les yeux ouverts brillaient