‹ Les Mille et un jours (volume 2)Chapitre 14 sur 31 · I.A HOSOUI^:K I)K TIIKILOLLN. t9.i · texte numérisé non relu

I.A HOSOUI^:K I)K TIIKILOLLN. t9.i

honiie bêle : elle semble comprendre vos paroles et en èUv louchée: f»xpliqnez-moi, de grâce, ce mystère. — Hélas! ma fille, lui dit la vieille, voire question rappelle à mon souvenir un événement bien «Hranjçe et bien triste, un exemple vivant de la méchancelé des hommes et du pouvoir des génies. Celle chienne est ma sœur : on la citait dans sa jeunesse parmi les jolies filh»s; mais, d'un caraclére impérieux et dur, ellealtichait une vertu sauvage et repoussait les caresses des hommes. Un jour, Tuu d'eux s'éj)rit d'amour pour elle: présents, prières , il mit tout en usage pour s'en faire aimer. Désespéré de sa cruauté et favori d'un génie, il lui demanda de le venger. Sa prière ne fut que trop écoutée , et ma sœur fui , i»ar le génie, métamorphosée comme vous la voyez. I^i jeune femme, simple et crédule , soupira à ce récit, et dit en rougissant : — Un homme jeune et beau est passé aujourd'hui pendant que j'étais sur le seuil de ma porte et m'a p*irlé d'amour; moi , sans lui répondre , je suis rentrée brutalement rt lui ai fermé la porte au nez. L'exemple de votre sœur mtî glace d'effroi ; s'il allait m'en arriver autant! 0 bonne mère, je vous en prie, sauvez-moi d'un aussi grand nmlheur ; vous aurez cette pièce d'or et encore ma l)énédiclion , si vous retrouvez ce jeune homme et le priez de me i)ardonner; mais s'il persiste dans sa colère, amenez-le-moi, et je ferai l'impossible pour le fléchir. J'attendrai votre retour îivec anxiété.

La vieille messiigère, qui avait obtenu plus qu'elle n'espérait, courut chercher l'amoureux, et ne put le trouver. Grande fut son incertitude sur ce qu'elle devait faire ; elle avait aperçu une [)ièce d'or, et la jeune femme attendait un amant. — Ma foi, dit-elle , amoureux |K)ur amoureux, je lui conduirai le premier beau garçon que je vais rencontrer. Comme elle se parlait ainsi, un homme de bonne mine s'offrit à ses regards : c'était le mari de la jeune femme, de relourde voyage. La vieille l'ciborda, et lui dit: — 0 beau jeune honnne, voulezvous faire un repas agréable et voir une jolie femme? — Par Allah! volontiers, répondit le marchand.

— Suivez-nifM donc, dii la vieille en redoubfanl le pas. Le mari suivit, et parvint avec elle ii la porte île sa maison, en proie soupçons les plus fâcheux. La vieille le fit entrer dans sa chanil»re et asseoir sur le divan , puis elle courut chercher la jeune femme, et hii dit : — L'amant est là, venez le joindre et agissez si bien que vous lie craiiçniez plus d^^tre nietanior|ïhost'*e*

1^1 femme du mai'cliaud entra parée de ses plus beau\ habits; mai^ flùs qu'elle reconnut son mari , elle se ravisa et trouva de TespriL -^^ 0 traître ! ô perfide 1 ô parjure 1 s^ecria-t-elle , c'est dofic ainsi que vous me trahissez. Voila de vos passe-temps : vous suivez les conductrici rFintriiîues d*aniour; et moi, [>auvre crtSUile, i|ui rejetais les ave] tissenients (pje cliacun m'en ilormail : j'ai su voire arrivée et vous fait guetter par cette lionne femnu' . tiotr»* voisine, arm de vous convaincre et de nous séparer. Le mari , IVnl confus, dil s'en être douté. lialbutÎH des excuses, et se lit pardonner, it fnrctMh'raresses, iPélre arrivé a lemp^ pour n'Alre pas I rompe.

LA MOSOrfJ- I)K TIIKILOIN.

COBJTIBTUATIOBJ

îDa ii'îi:i!îi!ïi)ii\3 D'iij^iiiiiii^ju i^jiia-i^iijiia

lLk sixième jonr au malin, nous étions à l'entrée d'une plaine immense dont le sol brillant semblait formé de poussièred'argent; a^i milieu.s'élevail une haule colonne de granit ayant à son sommet une statue de. cuivre rouge représentant la figure d'un jeune homme; sa main droite était éleiuhn* el ouverte, et a chacun de ses doigts pendait une clef : la première était de plomb, la deuxième de fer, la troisième de bronze, la (pialrième dr» cuivre de (Ihine, et la cinipiième en or. Cette statue était ro'uvre d'un enchanteur, (»t chacpie clef un talisman; celui (pie le hasard ou sa volonté conduisait dans ce désert et qui parvenait à s'empanîr de C(»s clefs, devait subir le sort (pi'on y avîiil attaché. La première était la clef des misères, la sccondo^ celle des souflrances physicpnvs, la troisième ceHe (h? la mort , la quatrième, celle de la gloire , et la derniènî C(»lle de la sag(»sse et du bonheur.

J'ignorais toutes ces choses; mais mon maître les avait apprises d'un, savant indien, qui l'avait aussi instruit qu'on ne pouvait les obtenir qu'en les fîusanl tomber avec des llèclu^s, el que le hasard el non l'adresse en déterminerait le choix.

L'Arabe mit pied a terre auprès de la colonne. IJi, tirant de son éliii un arc d'une forme étrangère, il y |)la(;a une flèche et la lanf;a vers la statue. Par maladresse réelle ou teinte il n'atteignait pas à la moitié de la hauteur du but. — Hassan Abd-Allah, me dit-il alors, c'est. maintenant ([ne tu piMix l*acquitl(»r (miv(M's moi el racluîter ta liberté. ïu vs fort (M aiiroil ; |)nMi(ls cri arc (»t fais en sorte d'abattre ces clefs.

'.'jr.

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Je [H'is l'arc, cL jn reconnus qui! étuil do lahrii[ue |H*rsaue el d un ouvrier habite. Dans nia jeunesse je m'étais appliqué à cet exercice, et je m'y étais fait uni* grande réputation. Désireux de monirer mon savoir, je l^andai l'arc avec force, et de ma première lleclie je fis tond^er une clef: celait celle de fer. Tout joyeux, je la ramassai et la présenlai a mou maîire. — Garde-la, dit-il; c'est le (»rix de loti adresse. D'nu second coup, je décrochai encore une clef: elle était de plonib; c'était celle des soufrraiices;l'Aral*e ne voidul|ioint la toucher, et je la mis dans ma ceinture auprès delapromiére. De deux autres tiéches , je fis tomber deux clefs, la clef de cuivre de Chine et la clef d'or. Mou compagn<vn s'en empara en poussant des exclrunalions de joie. — 0 Hassan Abil-Alhxb , me dit-il , Dieu soit loué ! Iténi soit le seiti qui Va porté! béni soit celui qui a dressé lou bras el exercé ton coup d'œil ! Je marche heureusenietit v(*rs le but de mon entreprise, iv voulus di^ nouveuN bn rendre les deux ciels; mais il refus;*

LA MOSQUÉE 1)K TIIKILOIN. iOU

t'ii disiuil : — Ceci est h, loi. Kt comme je me mettais en mesure d'àbiittre la dernière, qui était celle de la mort, il s'y opposîi, sans doute |)aruiie fausse pitié; mais, en abaissant l'arc, il fit tomber sur mon pied une (lùche qui me le perça et y lit une douloureuse blessure. Lorsqu'il m'eut pansé le mieux qu'il put, mon mattre m'aida ii remonter sur ma chamelle , et nous continuâmes notre route.

Après trois jours et trois nuits d'une marche pénible, nous arrivâmes auprès d'un petit bois; nous nous y arrêtâmes pour y passer la nuit. Il y avait lii des arbres inconnus qui portaient des fruits dont l'apparence fraîche et charmante excitait à en cueillir. Pressé par la soif, je descendis en toute hâte et j'en pris un. 11 était d'une couleur roujîe dorée et d'un parfum délicieux ; je le portai à ma bouche et le mordis ; mais, hélas! mes dents s'y attachèrent avec tant de force, que mesnmchoiresne purent se desserrer. Je voulus crier : il ne sortit de ma bouche qu'un son inarticulé et sourd. J'étouffais horriblement. Je me mis alors à courir tie côté el d'autre, à me rouler par terre et à gesticuler comme un fou. Mon compagnon, me voyant ainsi, eut d'abord peur; puis, ayant reconnu la cause de mon tourment, il essaya en vain de me délivrer ; ses efforts ne servirent qu'a augmenter mon mal.

Les fruits dont j'avais goûté, et qui sur l'arbre paraissiiient stivoureux et pleins de suc , avaient la singulière propriété de se durcir et de devenir connne le marbre aussitôt qu'ils étaient cueillis. Mon compagnon en ramassa quelciucs-unsau pied des arbres; cpioiqu'ils fussent si durs qu'il ne pouvait les entamer avec son poignard, il vit avec étonnement que des insectes en faisaient leur nourriture et les minaient assez promptement. Comme c'était un homme d'expiVdienls, il vint vers moi et médit : — J'ai trouvé le remède k ton mal ; mais il faut du calme et de la patience. J'ai calculé , ajouta-t-il , qu'en posant sur le fruit fatal qui ferme ta bouche quelques-uns de ces insectes, ils se mettront à le ronger, et que dans deux ou trois jours tu seras délivré. Trois jours d'un pareil supplice! hélas! j'eusse préféré la mort. 11 fit ce qu'il avait dit : il me fit asseoir à l'ombre et posa sur le fruit maudit les insectes seconrables.

Après cela l'Arabe songea à lui; il se fit une petite tente, mit sa

^00 LKS MILIJ; 1:1 IN JOlltS.

selle pour lui servir «roreiller, et |ilaaint devant lui du pain, des daltesel de l'eau, il se mit à niaii^er. Il s'interrompait de temps en temps pour in'eiijçager a la patience. — Vois, disait-il, tafçourmandise m'arrôte en chemin et retarde Texécution de mes projets; mais je suissiige et ne men tourmente point. Cela dit, il s'arrangea pour dormir.

Je luissai la nuit et le jour suivant dans celte torture. Je mourais de faim ; mais TxVrabe m'assurait ({ue le travail des insectes avançait. Au malin du troisième jour, je sentis mes mâchoires se desserrer, et , en iHMiissimt le nom de Dieu, je rejetai le fruit maudit.

Je fouillai alors le s^ic aux provisions; mais mon conifiagnon les avait épuisées pendant les trois jours de mon supplice. Je me mis k pleurer et a Tinjurier. Sans s'émouvoir, il me dit avec douceur :

— Hassan Abd-Allah, es-tu juste? Devais-je me laisser périr pour te conserver ta nourriture? Sois donc confiant en Dieu et en son prophète.

Je me mis alors à chercher de l'eau ou quelques fruits rafraîchis sants, et surtout qui \nv fussent connus , mais il n'y avait laque les arbres aux fruits Ironjpeurs.

Je découvris enfin dans h» criMix d'un rocher une petite source dont Teau fraîche et brillante invitait à se désaltérer. Je me mettais k genoux pour en boire quand j'entendis la voix de mon compagnon qui me criait: — Arrête, Hassan Abd-Allah! cette eau est empoisonnée.

— Qu'iniporte. répondis-je , de mourir par le poison ou par la soif?

— Malheureux , conlinua-t-il , cetlt» eau vient de Tenfer; elle passe a travers les .iinas de soufn\ de bitume et de métaux qui alimentent son feu. Si tu w suc(*ond)es pas à Inn inqu'udence, tu en souffriras loni^temps.

yuoi(iue amère , Teau était si claire et si fraîche, que, sans me soucier de ce (|u'il disiiit, je bus de nouveau. Vu peu calmé, je consentis a me mettre en route ; mais je n'avais i)as fait cent pas, que je me sentis pris de coli([ues, si violentes que je crus avoir tians le ventre tous les feux de Tenfer. — 0 mon Dieu ! o ma mère ! disais-je k chaque pas en cherchant à modérer la vitesse de ma chamelle, qui suivait lestement sa conq)a|?ne. Mon supplice devint si grand, que j'applelai

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L\ MOSQLIÊK UK THRILOITN.

r Arabe a fçrands cris et le siijijjimi ilarr^lei\ Il y couseiilil, je descetidis, et mareijai tioelque leriips, ce qui nie soulagea.

Je remontai syr niachaiiielle en louant Dieu; mais île quart d'heure en quart dlieure une unuvelle soutlVance uie foreait île descendre. Mon com|mj^uou se contentait alors de dire : — Hassan Ahd^Allali, sois patient» Et ces paroles nifî transportaient decoli^re.

j^:^J^ yM^ ^ *

Vers le soii'^ nous arrivâmes aupn^s d'une iiaute montagne; nous nous y arrôtànn?s pour prendi'e *lu repos, 1/Arabe dit; — I)u*u soit loué ! nous ne jeûnerons pas aujonrdliui ; l'expérience me fera trouver une nourriture saine et rafraîchi.ssante la on tu ne croirais recueillir f[ue des puisons. Il alla vers un buisson formé de plantes aux feuilles épaisses, charnues et couvertes d'épiin.*s; avec son sabre il en coupa quelques-unes , et les ayant dépouillées de leurs enveloppes, il en lira une ctiair jaune et sucrée semblable pour le goût à celle des figues. J'en nmngeai jusqu'à ce que je fusse rassasié et rafraîchi. Je commenfais un peu a oublier mes souffrancesj et j'espérais passer tranquillement

Jê. fj i ■ À >/ni»t* : ':3A. •- %.j î-i-f >: ,è î'jr.-r . aj-.«fj înàiitr iikt till ; — J ;ïJVçj<)ii ij^ Uij i^fi ^f'jé.^ vrn»- ; t«j vi.^ ajii?r s*ir «Iti? iD«>nta$rDe: lAf'*'?»!* 4.*i V'r5ifr;r:. * - '• i'î*"' 'Jnt* !f :rvr-r du *«:4eil:ai-'ifs. te tenant ^S^Uf^kX. ^*-^«ï i ''r»^f;t . !.j frHi* u f-r •-re . pu;s tu «lescendias: mais '/junU^-u,, uiéru ,U: i#- M.*^r wjrï'r»-fi«lr»r p^r le s^^mmeil. car les émaruti'/'î*. d- r^tf»- t^rr»* ^>fjt rn^^u N4'itr-%. et ta sauté en souffrirait.

tjuhi'^nti HfXAiflr ii»* Uw^u*' t-i >i^ Vfïjffrai)r-»r^ . j'i4»'isaui ordres df i Araii»'. ^'fj (i^-r'ViTjt qtj'.l avàJ li'iiVfit^ du [lam a me> enfants, et qut' \9^'M\'^'\r** , H j<f lui r*-fij^ai<. »i rn'at^indonnerait dans ce>lieu\ sau-

h'. jffHM* U rriorjUi;rrie et j'arrivai au s«>mriiet %ers le milieu de la rifjiL \j* wil l'fi «'tait nu «t pirrr^iix : \fà> un arbuste, pas un hrin d'hi'rU' n'v pn'nait rarine. !>.' vent >?lacéf|ui s<»ufflait et la fatigue me jeUVrent dans un <*rijroijrdi<*s<*nifnl tel. que je ne pus m>mpéclier de me lajsvrr lonitiersur la terre et de mendrirniir. Je me réveillai juste au lever du vdeil |Kiiir remplir l»'s instriietions d«^ TArahe. Je me levai ave/r \h'aw. : mes jamiies endolories refu>aient de sfiutenir mon ventre 4|ui était (fros et enflé eonjnie une outre: ma léte me pesait plus sur W'S /'(laules que si é'Il»» eût Hi' de plomb, et je ne pouvais soulever mes bras paralvM'N. Je fis \i\\ effort douloureux, et, me tenant debout vers Torienl, j'irivor|uai le nom rie Dieu. J'essayai après de descendre la montii((ne; mais elle ébiit si rapide et j'étais si faible, qu'au premier pas mes jambes fléchirent , et je tombai et roulai avec une rapidité effrayant<;; les pierres et les épines cherchaient seules à retarder ma eoiuMî et gardaient les lambeaux de mes vêlements, des gouttes de mon win;f <*t (b*s parcelles de ma peau. Je m'arrêtai enfin vers l'endroit où se tnMivait mrm maître; il était piMiché sur la terre et y tnu;ait des lijçiies avec une si jurande alb'ntion, qu'il ne vit pas de quelle manière j'arrivais. — Dieu soit loué! cria-t-ilsansme voir; nous sonirii(»s nés sons une heuriMise étoile ; tout nous réussit. Grâce à toi , j'ai II rinslant, en mesurant l'ombre que projetait ta tôle du haut de la monlaKiie, découvert ce que je cherchais. Aide-moi k creuser là ou j'ai planté ma lance. Il le.va la tôle , et me voyant couché par terre presrpie sans moiivemeril, il vint vers moi : — Imprudent , s*écrial-il, désobéissant, tu as dormi sur la montapne, et les vapeurs mal-

LA MOSQlÉt: 1)K ilIKILOUN. 20.i

faisantes sont pass4*es dans ton s<ii)^ ; iH* (h'!ses[)(>n!! pourUiul pas, je le guérirai; et il tira de sa poche une sorte de couteau à la lame mince et tranchante , et avant (pie j'eusse pu nfopposer à ses desseins , il me fît au ventre, aux bras et aux cuisses, de |)elites ouvertures d'où, au lieu de sang, il sortit de Teau en al)ondan< e. Je dcsentlai aussitôt , mais ma peau llolUiil apn^s sur mes os comme un viMement trop lapjje. L'Arabe pansîi mes plaies avec soin, et je me sentis un peu soulagé.

Me voyant trop faible pour Tailler, TArabe se mit à creuser seul la terre à l'endroit (pi'il avait marqué. Il mit bientôt à découvert un cercueil de marbre blanc (ju'il ouvrit: il contenait quehpies ossements humains et un livre écrit en lettres (r<»r sur de la peau de gazelle. Mon maître se mit h le lire nwc attention: enlin son front {Mile devint coloré de plaisir et ses yeux brillèrent ib? joie.

— Hassan Abd-Allab , me dit-il , ce livre m'appren<l le chemin de la cité mystérieuse; bientôt nous entrerons dans Aram aux colonnes, où nul mortel n*est janiais entré; c'est là que nous trouverons le principe des richesses de la terre, le g(M*me des mines mélallicpies que Dieu a placées prés de l'enfer, le soufre rou;2:e cMilln.

i£n;.NEUK, répondis-je, je participe à votre joie; mais la richesse de ce trésor est peu profitable pour moi; j'aimerais mieux, je vous jure, être [)auvre et bien portant au Kaire, (pie riche et souffrant ton les les misères ici.

— Ingrat, s'écria-t-il , je travaille pour ton bonheur comme pour le mien; je veux partager avec toi le fruit de notre voyage, et jusqu'à présent j'ai toujours fait ainsi. — Cela est vrai; mais, hélas! j'ai eu la mauvaise part, et le sort est déchaîné contre moi.

Ce jour-la même, après avoir fait notre provision de fruits, nous

«Oi IsEH MILLK hi iJiN JOLIl.S.

remoiilàines sur nos ciminelles et contiiiuâincs notre route liu côté (io rorienl. Nous nuirchàmes pendant trois jours et trois nuits. Le quatrième jour au matin , nous aper^^ûmesà Thori/on comme un large miroir qui refU'tait !<; soleil. Vax approchant, nous vîmes que c'était un lleuve de mercure; il était Ira versé par un pont de cristal! sans balustrade, mais si étroit, si rapide et si glissant, (pfun homme dans la plénitude de sîi raison ne pouvait s'essayer d'y |>asser.

Mon mallre me dit <le desseller les chamelles et de les laisser brouter riierbe en liberté; il me fit ensuite chausser des souliers de laine avec des semelles épaisses et molles; il en prit lui-même de semblables, et m'ayant ordonné de le suivre s<uis regarder à droite ni à gauche, il passai le pont d'un pas ferme. Je le suivis en tremblant.

Après quelques heures de marche, nous nous trouvîimes à l'entrée d'un sombre vallon. Il était environné de tous côtés de rochers noil's et durs comme le fer brut : çk et là sur la terr<* gisaient des ossements humains blanchis par le lemps. Â travers le feuilhige noirâtre des arbustes qui y croissaient, on voyait glisser des serpents au corps onduleux et couverts d'écaillés. Je retournai sur mes pas pour fuir ce lieu d'horreur; mais je ne pus découvrir le cùlé pair où j'étais entré : partout les rochers semblant s'élever comme les pairois d*un puits.

Je me misa pleurer en disant à mon compaignon : — Tu m'ais conduit k la mort par la roule des souffrances et des misères; jaimais je ne reverrai ma fennne et mes enfants. I^ourquoi m'as-tu enlevé à ma vie pauvre, mais tranquille?

— Hassam Abd-Allah, me répondit-il , sois un homme; retrempe ton courage , nous sortirons de ces tristes lieux , et tu retourneras au Kaire riche comme un roi.

Cela dit, il s'assit par terre, ouvrit le livre mystérieux, se mit k le feuilleter et a y lire aussi tranquillement que s'il eût été dans son harem. Au bout de quelques moments, il m'appela et me dit : — Mon ami, si tu veux , avant une heure nous serons hors d'ici et près du but de notre voyage? — Si je le veux ! m'écriai-je, certainement. Que fantil faire pour cela? Faut-il répéter tous les noms saicrés de Dieu? *'autil promettre un pèlerina'^e aux villes saint<vs? Je promets d'en faire

dix. — Non , ropi^il-il, i^ela esl plus Facile: lu es adroit; prends cet arc el ces tlùehus , parcours le vallon jnsr|u'à ce que lu reiiconlres un

^rand serpen I u la iMe noire , Ui le i lieras et nrapporteras sa ItMe et sDUi vœui\

i il

— Ilélas! dis'je en pleurant, c*e.sl l;i celte chose si fiicile? I*(»uri|uoi lie la tailes-vous pas vuiis-inènie? Nous sommes Irop heureux ipje ces nintislies ne soient pas encore venus vers nous; u'alluus ]>as les houhler» Se levant alors avec ini air lerriitle et tiranl snu sal>re. mon maître jura (]u'il me tuerait si je u'obéissîiis à riiistant. — Voisin , me dit-il , truis ces os? ce sotit ceux des hommes qui oui résisté à mes ordres et que j'ai massacrés. Je pr-is eu tremblanl Tare et l»*s floches, et je me dirigeai vers les rochers où je voyais rouler les reptiles; j'en ajustai un qui It^vait sa tête notre et hideuse: puis, invnipiarrt h* nom de Dieu, je lançai la llérhe. Le serpenL l)lessé ninrtelhMueiit , Innulit , s'agita en se ttn'tiilaiit d'une mauiéie lerrihle, puis loiuha inuiinhile sur la li'iri». Quand Je fus assuré qu'il était hiru uiorl.

Li:s MiLLi: 1.1 v^ JotiLs.

je pris moil couteau et je lui coupai la tt^te, et ouvrant le corps, j'en tirai le cœur. Je portai cc»lte sanglante dépouille à mon mailre.

Il me reiHil irun air riant. — Pardonne, Hassan Âbd-Allah, me dit-il , si j'ai employé la menace vis-à-vis de toi. Je t'ai menti tout à riieure; ces hommes sont morts ici de faim , jmr leur faute ; ils ont man(|ué de c^eur, et j'ai été forcé malgré moi de lesalmndonner.

Jaintenant, reprit-il, viens m'aider à faire du feu. Je l'assemblai des herbes sèches et des menues branches, il en forma un petit bâcher; puis tournant vers le soleil , qui était, au plus haut point du ciel, un diamant enchanté , il en sortit un rayon de lumière qui alluma le feu ; ensuite il lira de dessous sa robe un petit vase de fer et trois fioles : la première, de rubis, contenait des germes de vents; la seconch», (|ui était (rémeraudcj renfermait un rayon de la lune , et dans la troisième , qui était d'or, se trouvait du sang de phénix; il mit le tout dans le vase, et y joignit le cœur et la cervelle du serpent, puis, ouvrant le livre, il approcha le vase du feu en prononçant des paroles ininlelligibles pour moi.

Quand il eut Uni, il se dépouilla les épaules comme le font les liadjes au départ, et trempant un bout de sa ceinture dans le mélange, il m'ordonna de lui en frotter le dos et les épaules. A l'instant même je vis la peau se gontler, et il sortit des ailes qui , grandissant à vue d'œil , descendirent bientôt jus(|u'à terre. L'Arabe les agiUi avec force et s'éleva dans Tair. I^ crainte de rester dans ce triste lieu me prêta du courage; je relins fortement le bout de la ceinture , il m'entraîna avec lui, et en peu d'insUuits nous eûmes dépassé les noirs rochers du vallon funesle.

\A MOSQUKK I)i: TIIKÏL01N. 207

Dans cetle course aérienne, nos yeux crurent voir les merveilles ilu sixième ciel. Nous nous trouvions au-dessus d'une plaine immense dont rhorizon était fermé par une enceinte de cristal coloré d'azur et de pourpre. La terre semblait de poussière d'or, et les cailloux des pierres précieuses. Devant nous étaient les hautes murailles d'une ville toute remplie de palais magnifiques et de jardins délicieux.

Dans son admiration ,. l'Arabe oublia de faire mouvoir les ailes, et nous descendîmes rapidement vers la terre ; j'y touchai le premier, et il tomba sur moi. Je vis alors ses ailes diminuer, puis disparaître. Je l'en avertis. — Hélas! me ré[)ondit-il , reconnais combien la science est bornée : j'ai su me construire ces ailes puissantes, et je ne puis les conserver; eh bien! pour me rendre possesseur des ingrédients que tu m'as vu employer pour les faire naître , j'ai dépensé trente années de ma vie; ils ont cortté le sang de bien des hommes, et de l'or de quoi payer la rançon d'un roi ; cela m'a servi un instant; mais il faut le dire aussi , ce moment m'a conduit à la gloire et à la fortune. Réjouistoi, Hassan Abd-Âllah, voici Aram aux colonnes, la ville mystérieuse !

Nous approchâmes alors des nnirs. Ils étaient construits de briques d'or mêlées de briques d'argent; les créneaux, formés de marbre, avaient été taillés et sculptés par les mains des génies. Huit portes, s'ouvraient dans ces remparts; c'est le nombre de celles du paradis : la première était d'argent , la deuxième d'or, la troisième d'agate , la quatrième de corail , la cinquième de perles , la sixième de topazes, la septième d'émeraudes , et la dernière de rubis.

L'Arabe m'apprit que cette ville avait été construite par le fameux enchanteur Tchedad , fils d'Aad , qui y vivait épuisé tous les trésors de la mer, de la terre et du ciel. 11 voulait , disait-il , rendre Dieu jaloux de son œuvre; mais Dieu , pour le punir, le frappa de la foudre lui et sa famille, au moment oii il entrait dans son palais. Depuis ces temps, aucun homme n'avait pu y pénétrer. Nous avançâmes en invoquant le nom de Dieu; les rues étaient bordées de palais ornés de colonnes de marbre, d'agate et de tontes les matières précieuses ; des ruisseaux d'eaux odorantes embaumaient et rafraîchissaient l'air; des arbres d'une forme merveilleuse garantissaient des rayons du

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