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Nous passons dans I'appartt^meiil de Zélica. 0 spectacle effroyable ! je vois Schapour t^t Calè-Cairî tous deux saus vie et noyés dans leur sang : j'appelle ma princesse, elle ne réfiond point à nja voix ; je parcours toute ma nudsoUj et n'y rencontrant [*oiïit celle que je cherche, je sens chanceler oion corps, je tombe sans sentiment eïUre les bras de mes voisins. Heureux, si Vange de la mort m'eiVt enlevé dans ce moment! mais non, le ciel voulait que je vécusse pour voir toute r horreur de ma destinée.
Lorsque mes voisins nf eurent rappelé a la vie par tetir cruel secours, je leur demandai comment il était possible qu'on ertt fait un si grand carnage dans ma maison sans qu*ils eussent ouï le moirtdre bruit. Us médirent qu*ils n'en étaient pas moins surpris que moi. Je courus aussitôt chez le cadi, qui mit son nayb riieuienami en campagne avec tousses asas (aichurs); mais leurs perquisitions furent inutiles, et chacun pensa ce qu'il voulut de ce tragique événement.
Pour moi je jugeai^ comme beaucoup d'autres, que mes associée pouvaient en être les auteurs; et j'en conçus tant de chagrin, que
8i6 LES MILLK ET UiN JOUKS.
je lui ai dit de me suivre, et je l'ai amené au palais. 11 est dans votre appartement, voulez- vous que je l'introduise dans votre cabinet? — Faites-le entrer, dit le roij il faut que je lui parle ici.
Aussitôt Seyf-Elmulouk sortit du cabinet de Bedreddin et y rentra dans le moment, suivi d'un jeune homme de très^ bonne mine qu'il présenta au roi. Le tisserand se prosterna devant le monarque, qui lui dit : — Levez-vous, Malek, et m'avouez franchement si vous êtes aussi content que vous semblez l'être ; on dit que vous ne faites que rire et chanter tous les jours en exerçant votre métier; vous passez pour le plus heureux de mes sujets, et l'on a lieu de penser que vous l'êtes en effet : apprenez-moi si l'on juge mal de vous et si vous êtes satisfait de votre condition; c'est une chose qu'il m'importe de savoir, et j'exige de vous surtout que vous parliez sans déguisement.
— Grand roi, répondit le tisserand après s'être relevé, puissent les jours de Votre Majesté durer autant que le monde, et être tissus de mille plaisirs qui ne soient mêlés d'aucune disgrâce! Dispensez votre esclave de satisfaire vos désirs curieux. S'il est défendu de mentir devant les rois, il faut avouer aussi qu'il y a des vérités qu'on n'ose révéler; je puis vous dire seulement qu'on a de moi une fausse opinion : malgré mes ris et mes chants, je suis peut-être le plus malheureux des hommes; contentez-vous de cet aveu, sire, et ne m'obligez point à vous faire un détail de mes infortunes. — Eh pourquoi, reprit Bedreddin , craignez-vous de me raconter vos aventures? est-ce qu'elles ne vous font point d'honneur? — Elles en feraient au plus grand prince, repartit le tisserand; mais j'ai résolu de les tenir secrètes. — Malek, dit le roi, vous irritez ma curiosité, et je vous ordonne de la contenter. Le tisserand n'osa répliquer à ces paroles, et commença de cette sorte l'histoire de sa vie.
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Je suis tils utiique criiii niHiclmnd ûm Surale; peu de letups apri>s la mort de mon j»tM*e, je dissipai la meilleure partie îles grands biens qu'il m'avait laissés. J'achevais d'eu consumer le reste eu di!^ baijches avec mes amis, lorsqu'un èiraugerj qui passait (lar Surale pour aller, disail-il, k l'île de Serendib, se trouva par basaid uu jour à ma table, La conversation roula sur les voyages; les uns vantaient leur utilité j leurs agréments, et les autres en représentaient les périls; quelques personiïes de la compagnie, qui avaient voyagé, nous tirent des relations ilc leurs voyages; les choses curieuses qu'ils disaient avoir vues inexcitaient en secret a voyager, et les dangers qu'ils disaient avoir courus nrenq*L^cbaieut d'en preïulre la résolutinn.
Après que je les eus tous écoutés, je leur dis : — Ou ue peul entendre parler du plaisir qu on prend à parcourir le monde siins se sentir un extrême désir de voyager; mais les périls où s'expose un voyageur m'ôtenl le goût des pays étrangers. Si Ton pouvait, ajoutai-je en souriant, aller d'un bout de la terre k l'autre sans faire de mauvaises rencontres en chemin , je sortirais dès demain de Surate. A ces paroles, qui firent rire toute la compagnie, l'étranger me dit : — Seigneur Malek , sj vous avez envie de voyager et que le seul danger de rencontrer des voleurs vous empêche de vous y déterminer, je vous enseignerai , quand vous voudrez, une manière d'aller impunément de royam^if^-^eQ royaume. Je crus qu'il plaisantait; mais après le repas, il me prit en particulier et me dit que le lendemain matin il se rendrait chez moi et me ferait voir quelque chose dassez singulier.
Il n'y manqua pas; il revint me trouver et me dit : — Je veux vous tenir parole ; mais vous ne verrez que dans quelques jours l'effet de ma promesse; car ce que j'ai à vous montrer est un ouvrage qui ne saurait être fait aujourd'hui ; envoyez chercher un menuisier par un de vos esclaves , et qu'ils reviennent tous deux chargés de plaiiches. Cela fut exécuté sur-le-champ.
Quand le menuisier et Tesclave furent arrivés, l'étranger dit au premier de faire un coffre en forme d'oiseau , long de six pieds et large de quatre , de laisser le dessus ouvert de manière a y placer un homme assis; l'ouvrier mit aussitôt la main à l'oeuvre. L'étranger de son côté ne demeura pas oisif; il fit ou apporta plusieurs pièces de la machine, comme des espèces d'ailes, des roues et des ressorts; ils travaillèrent l'un et l'autre plusieurs journées, après quoi le menuisier fut renvoyé. L'étranger passa un jour k placer les ressorts et à perfect ionner l'ouvrage.
Enfin le sixième jour le coffre se trouvant achevé , on le couvrit d'unf tapis de Perse et on le porta dans la campagne , où je me rendis avec l'étranger, qui me dit : — Renvoyez vos esclaves et demeurons ici seuls; je ne suis pas bien aise d'avoir d'autres personnes que vous pourtémoin de ce que je vais faire. J'ordonnai à mes esclaves de retourner au logis, et je restai soul avec l'tMrangcr. J'étais fort en peiiie