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voyé h seize ans dans le Levant par le grand Colbert. 11 y étudia avec attention les mœurs et les coutumes de l'Orient. 11 demeura près de quatre ans dans Alep , traduisit le traité que Louis XIV venait de conclure avec la Porte , rassembla des manuscrits précieux pour la Bibliothèque du Roi, et se rendit a Ispahan dans sa vingt-deuxième année. Il habita deux ans cette ville, et ne revint a Paris qu'en 1680. Il partit deux ans après pour Maroc , et ne cessa d'être employé dans les rapports politiques delà France avec les puissances de l'Orient.
Nous ne pouvons oublier un trait qui honore Petis-de-la-Croix. La régence de Tripoli ayant été forcée de demander grâce a Louis XIY, Petis négocia la paix, et obtint le remboursement de six cent mille francs au profit du roi. Les Tripolitains lui offrirent alors une grosse somme d'argent , pour qu'il stipulât dans le marché écus de France , au lieu Récits de Tripoli:, ce qui fusait une différence de plus de cent mille francs. Quoiqu'il fût certain que la chose dût rester ignorée, et que Petis-de-la-Croix fût loin d'être riche, il rejeta cette proposition et resta fidèle à des devoirs de probité qui sont observés trop rarement pour n'être pas l'objet de notre admiration.
11 poursuivit avec honneur diverses négocia-
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lions, et, s'ctant fîxd a Paris en 1692, il fut nommé, par Louis XIV, professeur d'arabe au Collège royal de France. Du reste, il n'eut ni pension ni re'compense, quoiqu'il fit beaucoup pour la gloire de son roi , puisqu'il le fit connaître dans rOrient par son Histoire de Louis XIV en arabe et en persan.
Il publia les Mille et un Jours en 1 7 10 ; comme il se défiait un peu de son stjle, ayant plus vécu dans l'Orient que dans sa patrie , il fit retoucher ces contes délicieux par Lesage , que les Aveutures de Gilblas avaient mis au premier rang dans l'art de conter; et cette publication eut dès-lors un succès presqu'égal à celui des Mille et une Nuits.
Petis mourut à soixante ans, en 17 13, laissant un grand nombre d'ouvrages traduits ou compilés dans l'Orient. Il est probable que si tous les contes des Mille et un Jours ne sont pas traduits de manuscrits connus des orientalistes, ils ont tous une source populaire dans les pays que Petis parcourut ; et qu'il les recueillit dans ses voyages.
On sait qu'Antoine Galland , immortel par ses Mille et une Nuits, se donna également des licences qu'un génie étroit peut seul se refuser; cl qu'il rassembla , sous le titre de son célèbre recueil , tous les plus beaux contes qu'il put dccou-
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vrir dans la litlcrnUire arabe. Il n'y a qn'nn interprète juré ou un écolier de cinquième qui traduisent avec une fidélité servile ; et, s'il est permis d'orner ses originaux, c'est surtout dans des littératures comme celles de TOrient , qui ne sont pas encore classiques.
Sans parler des nombreux ouvrages de Galland, après les Mille et une Nuits (publiées en 1704)7 ce savant a traduit encore les Contes et Fables indiennes de Bidpai et de Lokman. Nous j avons trouvé quelques histoires qu'il nous a semblé utile de joindre aux contes de Petis. Galiand étant mort a soixante-neuf ans, en i^iS , et n'ayant donné qu'une partie des Contes indiens, un autre orientaliste, Dominique Cardonne, né en 1720, mort en 1783, en acheva la traduction. Il publia aussi, en 1770, ses Mélanges de Littérature orientale^ où nous avons recueilli de jolis contes.
Enfin, nous avons complété notre édition en y joignant tous ceux des contes de Jacques Cazotte qui ne sont pas compris sous une autre version dans notre édition des Mille et une Nuits. Ce littérateur était né, comme Cardonne, en 1720. On sait qu'un moine arabe, dom Chawis, s'était amusé a traduire, en un mauvais langage moitié italien et moitié français, une collection de contes arabes qu'il donna à Cazotte. Celui-ci, âgé alors de
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soixante-dix ans , les mit en français avec assez de liberté, et intercala , parmi ces chroniques orientales^ quelques morceaux de sa composition. Telle est, par exemple, l'histoire de Maugrabi, onle magicien. Les contes de Cazotte ont été publiés dans les tomes xxxvn , xxxviii , rxxix et xl du Cabinet des Fées.
Si on nous reproche d"avoir donné une édition trop volumineuse, notre excuse est dans le goût du public pour les ouvrages de ce genre , et dans le désir de former, avec notre réimpression des Mille et une Nuits , une collection complète de tout ce que les littératures orientales nous ont laissé de chefs-d'œuvre.
Nous pourrions terminer cette notice par l'indication des pièces de théâtre , et des imitations diverses qu'on a puisées dans les Mille et un Jours. Nous nous contenterons de répéter que Lesage y puisa la plupart de ses opéra-comiques qu'il fit jouer a la Foire. C'est de là que viennent aussi le Cadi dupé àe Lemonnier, le Gulistan de M. Etienne , etc. , etc. On y trouvera sans doute encore les sujets de beaucoup de pièces 5 et, pour les lecteurs qui aiment les émotions et les surprises, les Mille et un Jours seront toujours une source de nouveaux plaisirs.