SUR LE CONTE D'HABIB
On ne prélend comparer ici un petit roman à des ouvrages de la plus haute réputation et du plus grand mérite , que pour en indiquer quelques rapports qu'ils peuvent avoir entr eux ; c'est une légère esquisse dont on se plaît à faire remarquer les heureux coups de crayon , et pour cela il faut la rapprocher des grands tableaux, avec lesquels elle peut être en quelque identité de dessin.
L'auteur arabe du conte d'Habib fut plutôt poète que conteur ; on voit qu'il s'arrête volontiers pour jouir de son talent : il avait plus de littérature que ceux qui ont concouru avec lui , et sans y penser, à grossir le recueil des Mille et une Nuits ; ses inventions ont une autre tournure , et on voit qu'il aspirait à être neuf parmi les siens, dans ses idées et dans ses images.
Sa démonographie , dont les détails répandent un peu de langueur dans son ouvrage , est différente de la leur : voici ce qu'on a pu saisir de son idée générale sur les esprits et les génies ; il faut pour que les démons puissent retourner vers Dieu , qu'ils finissent par devenir des hommes : il a aussi sa manière particulière à lui de manier la baguette magique. Du reste , ce n'est point à un éditeur à juger du mérite absolu de cette fable, quoiqu'il lui semble qu'elle ne puisse déparer aucun des recueils faits pour l'amusement du public.