‹ Les Mille et un jours (volume 5)Chapitre 14 sur 16 · HISTOIRE D'AB0U[.FA0U\RIS · texte numérisé non relu

HISTOIRE D'AB0U[.FA0U\RIS

VOUS y accompagner tous quatre ; le gendre de Mahomet nous dira ce que nous devons penser du récit surprenant que je viens d'entendre.

Nous allâmes avec Omar au Raouzé , où nous trouvâmes Aly qui faisait sa prière sur le tombeau du prophète. O Abalhuseyn , lui dit le commandeur des croyans, je vous amène un homme qui m'a conté des choses si peu dignes de foi , que je ne saurais les croire. Aly me demanda mon nom, et dès que je lui eus dis que je me nommais Aboulfaouaris de Basra , il leva les yeux au ciel , et s'écria avec transport : O prophète de Dieu! Mahomet mon beaupère vous a dit vrai. Seigneur, ajouta-t-il en s'adressant à Omar, il faut , s'il vous plaît , que j'entende le récit de ses aventures. Cet homme-là n'est point un imposteur, car Mahomet m'a donné de ses nouvelles depuis long-tems , et m'a lui-même averti qu'un homme appelé Aboulfaouaris viendrait un jour au Raouzé , et me raconterait des choses aussi véritables qu'extraordinaires. Ce jour est donc enfin arrivé, et Aboulfaouaris va satisfaire ma curiosité.

Après avoir ainsi parlé , il pria le commandeur des croyans de me permettre de conter mon histoire. Qu'il la raconte , dit Omar, je l'entendrai volontiers une seconde fois. Alors je commençai le récit de mes aventures souterraines ; je m'étendis particulièrement sur les génies musulmans , et sur ce que II. 28

leur roi m^avait chargé de dire de sa part au commandeur des croyans et au gendre du prophète. Omar et Aly furent charmés de ce que je leur dis. Ils m'embrassèrent tour à tour en me disant qu'ils me regardaient comme le plus heureux de tous les hommes, puisque j'avais vu avant ma mort le séjour destiné aux parens et aux amis de Mahomet après cette vie mortelle.

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Le résultat de mon voyage à Médine fut qu'Omar, persuadé que j'étais en effet Aboulfaouaris, renvoya le jeune homme , et me rendit Canzade. Ensuite il fit tirer de ses trésors deux cent mille sequins d'or qu'il me donna , avec cent esclaves et cent chameaux. Je retournai à Basra, où j'achetai un hôtel magnifique. Je vécus avec Canzade comme un homme qui en était toujours amoureux : je ne lui fis point de reproches sur l'impatience qu'elle avait eue de se remarier; il est vrai qu'elle m'en témoigna beaucoup

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de regrets, et qu'elle me parut même fort excusable. Hour, pendant mon absence, avait mal ménagé mon bien , ou, pour mieux dire, l'avait entièrement dissipé : de manière que pour se mettre à l'abri de la nécessité , et procurer en méme-tems à Canzade un sort plus doux , il l'avait fait épouser à un riche jeune homme de ses amis.

Je n'en usai pas plus mal avec mon frère qu'avec ma femme 5 j'oubliai le passé , et nous commençâmes à vivre comme auparavant dans la meilleure intelligence du monde. Outre les bienfaits d'Omar, qui seuls me mettaient en état de mener une vie commode , j'eus le bonheur de découvrir un trésor dans la maison que j'avais achetée. Je m'en suis fait un revenu si considérable , qu'à peine puis-je le dépenser, avec quelque profusion que je vive.

FIN DE l'histoire DE BEDREDDtN- LOLO , DE SON VISIR ET DE SON FAVORI.

Le voyageur Aboulfaouaris ayant achevé en cet endroit le récit de ses aventures, Bedreddin et ses compagnons lui dirent qu'ils n'en avaient jamais entendu de si singulières. Mais , seigneur Aboulfaouaris , lui dit le roi de Damas , après bien des fatigues et des chagrins, vous êtes enfin satisfait. Vous jouissez d'une parfaite félicité. Il y a loug-tcms que

je cherche un homme heureux. Je suis d'autant plus ravi d'en avoir trouvé un , que j'avais perdu l'espérance de le rencontrer. Mes deux associés , poursuivit - il , sont persuadés qu'il n'y a point d'homme sur la terre auquel il ne manque quelque chose pour pouvoir dire avec raison qu'il est content. Pour moi je leur ai toujours soutenu le contraire, et je rends grâces au ciel qui les a désabusés ; car, après tout ce que vous venez de nous dire , ils ne sauraient douter que vous ne soyez trèsheureux.

Pardonnez -moi , répondit le voyageur, ils en peuvent douter justement , et c'est vous-même qui vous trompez , lorsque vous me croyez si satisfait. Une circonstance que j'ai supprimée dans mon récit ne vous le fera que trop connaître. Canzade aime le jeune homme avec qui je la trouvai mariée à mon retour. J'avoue que , fidèle à son devoir, elle ne cherche pas les moyens de parler à son amant 5 mais elle en est occupée malgré elle. Je m'en suis aperçu plus d'une fois, et cette découverte m'a percé le cœur. Comme je suis plus amoureux que jamais, et que je n'ai pas moins de délicatesse que d'amour, JTigez du chagrin que j'ai de n'être plus aimé, et combien je suis éloigné de ce bonheur parfait dont vous croyez que je goûte les charmes.

Le roi de Damas n'eut rien à répliquer à ce dis-

cours , qui lui fit penser que son visir et son favori n'avaient en effet pas tort de douter qu'il y eût des hommes parfaitement contens.

Après plusieurs journées la caravane arriva k Bagdad. Comme Aboulfaouaris avait affaire dans cette grande ville, Bedreddin-Lolo , Atalmulc et Séyf-el-Mulouk l'y laissèrent et continuèrent leur chemin vers Damas , où ils se rendirent heureusement. Le visir qui avait été chargé de la conduite de l'état, l'avait si bien gouverné qu'il n'y eut aucune plainte contre lui. Le roi récompensa son zèle et sa fidélité : ensuite il dit au prince Séyf-el-Mulouk et au visir Atalmulc : Reprenez dans ma cour le rang que vous y teniez avant notre départ. Je suis à présent de votre sentiment. Je suis persuadé qu'il n'y a point d'homme qui n'ait ses chagrins. Les personnes les plus heureuses sont celles dont les peines sont les plus supportables. Demeurons désormais tranquilles. Si nous ne sommes pas tous trois pleinement satisfaits , songeons qu'il y en a de plus malheureux.

Oui , sire , dit Séyf-el-Mulouk , on en voit sans doute de plus infortunés ; nous n'avons pas besoin d'un grand courage pour soutenir nos malheurs. Pour inoi je me consolerai de ne pas posséder Bedyal- Jemal , et vous devez aussi , poursuivit-il en souriant , vous consoler l'un et l'autre de la perle de vos maîtresses. Si elles vivent encore , leur vue ne

doit plus être si dangereuse pour les cadis et pour les pages.

Ce fut ainsi que Sutlumemé acheva l'histoire du roi de Damas et de son visir. Les femmes de Farmknaz à leur ordinaire lui donnèrent des applaudissemens. Elles louèrent fort la constance des amans dont elles venaient d'entendre les aventures 5 et la princesse , selon sa coutume , ne manqua pas de trouver à redire à leur fidélité. Cela ne rebuta point la nourrice , qui demanda la permission de conter de nouvelles histoires. Elle l'obtint , et le jour suivant elle reprit la parole de cette manière.

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