‹ Les mille et une nuit,: contes arabesChapitre 21 sur 59 · XIV. NUIT · texte numérisé non relu

XIV. NUIT

MA fœur , s'écria Dinarzade , ht la fin de la quatorzième nuit 9 fi vous ne dormez pas, je vous fupplie, en attendant le jour qui paroîtra bientôt y de reprendre l'hiftoire dû Pêcheur } vous en êtes demeurée à l'endroit où le Roi Grec foutient l'innocence du Médecin Douban, & prend fi fortement fon parti. Je m'en fou* viens , répondit Schefrerazade , vous en allez entendre la fuite.

Sire , continua-t-elle 9 en adreffant toujours la parole à Schahriar , ce que le Roi Grec venoit de dire touchant le Roi Sindbad , piqua la curiofité du Vifir , cpii lui dit : Sire , je fupplie Votre Majefté de me pardonner u j'ai la hardiefle de lui demander ce que le Vifir du Roi Sindbad dit à fon Maître pour le détourner de faire mourir le Prince fon fils. Le Roi Grec eut la complaifance de le fatirfaire. Ce Vifir,.

lui répondit-il > après avoir repréfenté

4 16 L es ihïlle & nni Nu it.

au Roi Sindbad , que fur Paccufatioiî d'une belle -mère, il devoit craindre de faire une a&ion dont il pût fe repentir, Un conta cette hiftoire.

HISTOIRE

Du Mari Ô du Perroquet.

UN bon homme avoit une belle femme qu'il aimoit avec tant de paffion qu'il ne la perdoit de vue que le moins qu'il pouvoit. Un jour que des affaires prenantes l'obligeoient à s'éloigner d'elle > il alla dans un endroit où l'on vendoit toute forte d'oifeaux •, il y acheta un Perroquet , qui non-feulement parloit fort bien , mais qui a^oit même le don de rendre compte de tout ce qui avoit été fait x devant lui. Il l'apporta dans une cage au logis , pria fa femme de le mettre dans (a chambre & d'en prendre foin pendant le voyage qu'il alloit faire *, après quoi il partit. »

A fon retour , il ne manqua pas d'interroger le Perroquet fur ce qui s'étoit paiTé durant fon abfence, & là-

deffus

Contes Arabes. rar

êeffus l'oifeau lui apprit des chofes qui lui donnèrent lieu de faire de grands reproches à fa femme. Elle crut que quelqu'une de fes efclaves l'avoit trahie j mais elles lui jurèrent toutes qu'elles lui avoient été fidèles , & elles convinrent qu'il falloit que ce fût le Perroquet qui eût fait ces mauvais rapports.

Prévenue de cette opinion , la femme chercha dans fon efprit un moyen, de détruire les foupçons de fon mari , & de fe venger en même tems du Perroquet. Elle le trouva : fon mari étant parti pour faire un voyage d'une journée , elle commanda à une efclave de tourner pendant la nuit fous la cage de l'oifeau un moulin à bras; à une autre , de jetter de l'eau en forme de pluie par le haut de la cage } & à une troifieme, de prendre un miroir & de le tourner devant les yeux du Perroquet, à droite & à gauche à la clarté aune chandelle. Les Efclaves employèrent une grande partie de la nuit à faire ce que leur avoit ordonné leur maîtrefie, & elles s'en acquittèrent fort adroitement.

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