‹ Les mille et une nuit,: contes arabesChapitre 23 sur 59 · XV- NUIT · texte numérisé non relu

XV- NUIT

Dinarzade ne fut pas moins exacte cette nuit que les précédentes à réveiller Scheherazade. Ma chère fœur , lui dit-elle , fi vous ne dormez pas , je vous fupplie , en attendant le jour qui paraîtra bientôt , de me conter un de ces beaux contes que vous favez. Ma fœur , répondit la Sultane , je vais vous donner cette fatisfaâion. Attendez , interrompit le Sultan , achevez l'entretien du Roi Grec avec fon Vifir , au fujet du Médecin Douban , & puis vous continue-* reZ Phiftoire du Pécheur & du Génie.

Sire , répartit Scheherazade , vous allez être obéi. En même tems elle pourfuivit de cette manière.

1 2 4 tes mille & une Nuit.

Quand le Roi Grec , dit le Pêcheur au Génie , eut achevé l'histoire du Perroquet : Et vousVifir, ajouta-til , par l'envie que vous avez conçue contre te Médecin Douban , qui ne vous a fait aucun mal , vous voulez que je le faffe mourir \ mais je m'en garderai bien de peur de m'en repentir , comme ce mari d'avoir tué ion Perroquet,

Le pernicieux Vifir étoit trop intérefle à la perte du Médecin Douban pouT en demeurer. là : Sire , répliquat-il , la mort du Perroquet étoit peu importante , & je ne crois pas que fon Maître l'ait regretté long-tems. Mais pourquoi faut-il que la crainte d'opprimer l'innocence vous empêche de faire mourir ce Médecin? ne fuffit-il pas qu'on l'accufe de vouloir attenter à votre vie , pour vous autorifer à lui faire perdre la fienne ? Quand il . s'agit d'affurer les jours d'un Roi , un îîmple foupçon doit pafler pour une certitude } & il vaut mieux facrifier l'innocent , que fauver le coupable.

Mais , Sire , ce n'eft point ici une chofe incertaine. Le Médecin Douban

Contes Artbes. nj

veut vous afTaffiner.Ce n'eft point l'enyie qui m'arme contre lui , c'eft l'intérêt feul que je prends à la confervation de votre Majefté , c'eft mon zèle

3ui me porte à vous donner un avis 'une fi grande importance. S'il eft faux , je mérite qu'on me punifle de la même manière qu'on punit autrefois un Vifir. Qu'avoit fait ce Vifir , dit le Roi Grec 9 pour être digne de ce châtiment? Je vais l'apprendre à votre Majefté : Sire , répondit le Viiir, qu'elle ait, s'il lui plait , la bonté de m'écouter.

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HISTOIRE

Du Vifir puni.

IL étoit autrefois un Roi 9 pourfuivit-il 9 qui avoit un fils qui aiinoit paffionnément la chaffe. Il lui permettoit de prendre fouvent ce divertiflement ; mais il avoit donné ordre à fon Grand Vifir de l'accompagner toujours, & de ne le perdre jamais de vue.

Un jour de chaffe , les Piqueur*

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îï6 Les mille & une Nuit.

ayant lancé un cerf, le Prince qui crut que le Vifir le fuivoit , fe mit après la bête. Il courut fi long-tems, ik fon ardeur l'emporta fi loin , qu'il fe trouva feul. Il s'arrêta , & reniar-

quant qu'il avoit perdu la voie , il voulut retourner fur.fes pas pour aller rejoindre le Vifir, qui n avoit pas été affez diligent pour le fuivre de près 5 mais il s'égara.

Pendant qu'il couroit de tous côtés fans tenir de route aflurée , il rencontra au bord d'un chemin une Dame affez bien faite , qui pleuroit amèrement. Il retint -la bride de fon cheval, demanda à cette femme qui elle étôit , ce qu'elle faifoit feule en cet endroit, & fi elle avoit befoin de fecours. Je fuis , lui répondit - elle > la fille d'un Roi des Indes. En me promenant à cheval dans la campagne , je me fuis endormie, & je fuis tombéç.

-Mon cheval s'eft échappé , & je ne fais ce qu'il eft devenu. Le jeune Prince eut pitié d'elle, & lui propofa delà prendre en croupe ', ce qu elle accepta.

Comme ils paiToient près d'une mafure ; la Dame ayant témoigné qu'elle

feroit bien aife de mettre pied à terrç pour quelque néceffité,le rrince s'arrêta, oc la laifla defeendre. Il defeendit auffi , & s'approcha de la mafure en tenant fon cheval par la bride. Jugez quelle fut fa furprife, lorfqu'il entendit la Dame en dedans prononcer ces paroles : Rejowffcz,-vous , mes enfans 9 je vous amené un garçon bien fait & fort gras : & d'autres voix qui lui répondirent auffi-tôt : Maman , où ejtil , que nous le mangions touu&-Vheure \ car nous avons bon appétit*

Le Prince n'eut pas befoin d'en entendre davantage , pour concevoir le danger où il fe trouvoit. Il vit bien

Sie la Dame qui fe difoit fille d'un oi des Indes, était une HogreiTe, femme de ces démons fauvages, appellés Hogres • qui fe retirent dans des lieux abandonnes , & fe fervent de mille rufes pour furprendre & dévorer les paffans. Il fut faifi de frayeur , &: fe jetta au plus vite fur fon cheval* La prétendue PrinceiTe parut dans le moment , & voyant, qu'elle avoit manqué fon coup : Ne craignez rien , cria-t»ellç au Prince j qui êtes-vous ?

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que cherchez-vous ? Je fuis égaré , répondit-il y & je cherche mon chemin* Si vous êtes égaré , dit- elle , recommandez-vous à Dieu, il vous délivrera de Tembarras où vous vous trouvez.

Alors le Prince leva les yeux au ciel . . .

TVlais, Sire, dit Scheherazade en cet endroit, je fuis obligée d'interrompre jnon difcours) le jour qui paroît m'impofe fïlence.

Je fuis fort en peine , ma fbeur , dît Dinarzade , de favoir ce que deviendra ce jeune Prince \ je tremble pour lui. Je vous tirerai demain d'inquiétude , répondit la Sultane , fi le Sultan veut bien que je^ive jufqu'à ce temslà. Schahriar/ curieux d'apprendre le dénouement dç cette hiftoire , prolongea encore la vie de Scheherazade.

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