‹ Les mille et une nuit,: contes arabesChapitre 53 sur 59 · LU- NUIT · texte numérisé non relu

LU- NUIT

QUelque tems avant le jour , Dinarzade éveillée appella la Sultane : Ma chère fœur y lui dit-elle, fi vous ne dormez pas , je vous fupplie d'achever l'hiftoire du fécond Calender. Scheherazade prit auffi-tôt la parole , & pourfuivit ainfi fon conte.

Le Calender parlant toujours^ Zo*

Contes Aral et. $3 f

beïde , lui dit : Madame , le Sultaa laiffa la Princefie Dame de Beauté , achever le récit de fon combat j & quand elle l'eut fini, il lui dit d'un ton qui marquoit la vive douleur dont il étoit pénétré : Ma fille , vous voyez en quel état eft votre père. Hélas , je m'étonne que je fois encore en vie !

L'Eunuque votre Gouverneur eft mort, & le Prince que vous venez de délivrer de fon enchantement , a perdu un œil. Il n'en put dire davantage 5 car les larmes , les foupirs , & les ian- >glots lui coupèrent la parole. Nous fûmes extrêmement touchés de fon affli£Hon , fa fille & moi , & nous pleurâmes avec lui.

Pendant que nous nous affligions comme à l'envi l'un de l'autre , la PrincefTe fe mit à crier : Je brûle , je brûle* Elle fentit que le feu qui la confumoit , s'étoit enfin emparé de tout fon corps, & elle ne cefla de crier , je brûle , que la mort n'eût mis fin à fes douleurs infupportables. L'effet de ce feu fut fi extraordinaire , qu'en peu de momens elle fut réduite toute en cendres »

Comme le Génie*

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Je île vous dirai pas, Madame, jufqu'àquel point je fus touché d'un fpectacle fi funefte. J'aurois mieux aimé être toute ma vie finge ou chien , que de voir ma bienfaitrice périr fi miférablement. De fon côté le Sultan affligé au delà de tout ce qu'on peut s'imaginer , pouffa des cris pitoyables en fe donnant de grands coups à la tête & iiir la poitrine , jufqu'à ce que fuccombant à fon défefpoir , il s'évanouit & me fit craindre pour fa vie.

Cependant les Eunuques & les Officiers accoururent aux cris du Sultan , qu'ils n'eurent pas peu de peine à faire revenir de fa foiblefle. Ce Prince &' moi n'eûmes pas befoin de leur faire un long récit de cette aventure pour les periuader de la douleur que nous en avions : les deux monceaux de cendres en quoi la Pririceffe & le Génie avoient été réduits , la leur firent aflez concevoir. Comme le Sultan pouvoit à peine fe foutenir, il fut obligé de s'appuyer fur eux pour gagner fon appartement.

Dès que le bruit d'un événement fi tragique fe fut répandu dans le Palais ,

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& dans la Ville , tout le monde plaignit le malheur de la Princefle Dame de Beauté , & prit part à Paffli&ion du Sultan. On mena grand deuil durant fept jours : on fit beaucoup de cérémonies :

on jetta au vent les cendres du Génie:

on recueillit celles delà Princefle dans un vafe précieux,pour y être confervées; & ce vafe fut dépofé dans un fuperbe Maufolée que Ton bâtitau même endroit où les cendres avoient été recueillies.

Le chagrin que conçut le Sultan de la perte de fa fille , lui caufa une maladie qui l'obligea de garder le lit un mois ' entier. Il n'avoit pas encore entièrement recouvré fa fanté , qu'il me fit appeller :

Prince, me dit-il, écoutez Tordre que j'ai à vous donner : Il y va dé votre vie , ii vous ne l'exécutez. Je l'a Aurai que j'obéirois exadement : après quoi reprenant la parole : J'avois toujours vécu, pourfui vit-il , dans une parfaite félicité}. & jamais aucun accident ne l'avoit traverfée v votre arrivée a fait évanouir le bonheur dont je jouiflbis : ma fille eft morte , fon Gouverneur n'eft plus , & ce n'eft que par un miracle que je fuis en vie. Vous êtes donc la carçfe détour

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ces malheurs , dont il n'eft pas poffibfë que je puifle me confoler. Ceft pourquoi retirez- vous en paix ; mais retirez- Vous inceflamment , je périrois moi- ' même fi vous demeuriez ici davantage; car je fuis perfuadé que votre préfence / porte malheur: c'eft tout ce quej'avois à vous dire : Partez , & prenez garde de paroître jamais dans mes Etats : aucune confidération ne m'empêcheroitde vous en faire repentir. Je voulus parler ; mais il me ferma la bouche par des paroles remplies de colère > & je fus obligé de ta'éloigner de fon Palais.

Rebuté , chaffé , abandonné de tout ie monde & ne fâchant ce que je deviendrais 9 avant que de fortir de la Ville , j'entrai dans un bain , je me & 'rafer la barbe & les fourcils > & pris l'habit de Calender. Je me mis en che- -min en pleurant moins ma mifere qup ;la mort des belles Priftcefles que j'avois ■caufée. Je traverfai plusieurs pays fans me faire connoître; enfin je réfolusde venir à Bagdad , dans l'efpérance de me faire préfenter au Commandeur des Croyans , & d'exciter là compaffion <f ar le reck d'une hiftoire fi étrange}

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Py (uk arrivé ce foir, & la première" perfonne que j'ai rencontrée en arrivant, c^eft leCalender notre frère, qui vient de parler avant moi. Vous favez le refte , Madame , & pourquoi f ai l'honneur de nie trouver dans votre HôteL

Quand le fécond Calender eut achevé Ton hiftoire , Zobeïde , à qui il avoit adrede la parole, lui dit : Voilà qui eft bien } allez , retirez-vous où il vous -plaira , je vous en donne la permiflïon.

Mais au lieu de fortir, il fupplia aufll la Dame de lui faire la même grâce qu'au premier Calender, auprès de qui il alla prendre place . . . Mais Sire , dit Scheherazade, en achevant ces derniers mots , il eft jour, & il ne m'eft pas permis de continuer. J'ofe affureT néanmoins, que' quelque agréable que foit l'hiftoire du fécond Calender, celle du troisième n'efl pas moins belle ; que votre Majefté fe confulte j qu'elle voie fi elle veut avoir la patience de l'entendre. Le Sultan curieux de favoir fi elle étoit auffi merveil* îeufe que la dernière , fe leva , réfolude prolonger encore la vie de Scheherazade , quoique le délai qu'il avoit accordé fût fini depuis plufieurs jours. '

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