LX NUIT
DInarzade le lendemain, ne craignit pas d'interrompre le fommeil de la Sultane. Si vous ne dormez pas ? mafœur, lui dit-elle, je vous prie de «prendre le fil de cette merveilleufeTiiftoire , que vous ne pûtes achever hier. Je fuis curieufe d'entendre la fuite de toutes ces métamorphoses. Scheherazade rappella dans
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£a mémoire l'endroit où elle en étoit demeurée j. & puis adreflant la parole au Sultan : Sire , dit-elle , le fécond Calender continua de cette forte fon hiftoire.
Le Coq fe jetta dans le canal , & fe changea en un brochet qui pourluivit le petit poiflbn. Ils furent l'un & l'autre deux heures entières fous l'eau & nous ne favions ce qu'ils étoient devenus , lorfque nous entendîmes des cris horribles qui nous firent frémir. Peu de tems après nous vîmes le Génie & la Princefle tout en feu. Ils fe lancèrent l'un contre l'autre des flammes parla bouche jufquesà ce qu'ils vinrent à fe prendre corps à corps. Alors les deux feux s'augmentèrent, & jettérent une fumée épaifle ôc enflammée qui s'éleva fort haut* Nous craignîmes avec raifon qu'elle n'embrafât tout le Palais j mais nous eûmes bientôt* un fujet de crainte beaucoup plus preflant : car le Génie s'étant débarrafle de la Princefle , vint jufqu'à la galerie où nous étions , & nous foufHa des tourbillons de feu.
C'étoit fait de nous , fi la Prkceife
3 3 2 % Les mille & une Nuit.
accourant à notre fecours , ne l'eut obligé par fes cri9 à s'éloigner & à fe garder d'elle. Néanmoins quelque diligence qu'elle fît , elle ne put em-
Eêcher que le Sultan n'eût la Barbe rûlée & le vifage gâté } que le chef des Eunuques ne fût étouffé & confumé fur le champ , Se qu'une étincelle n'entrât dans mon œil droit , & ne me rendît borgne. Le Sultan & moi nous nous attendions à périr ; mais bientôt nous ouïmes crier : victoire , vi&oire j & nous vîmes tout à coup paroître la Princefle fous fa forme naturelle, & le Génie réduit en un monceau de cendres,
La Princefle s'approcha de nous , & pour ne pas perdre de tems, elle demanda une tafle pleine d'eau , qui lui fut apportée par le jeune Efclave à qui le feu n'avoit fait aucun mal. Elle la prit , & après quelques paroles prononcées deflus , elle jetta l'eau fur moi en difant : fi tu es Singe par enchantement , change de figure , & prens celle d'homme , que tu ayois auparavant. A peine eut-elle achevé ces mots, que je redevins homme tel que
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Vétois avant ma métamorphofe , à un oeil près.
Je me préparois à remercier la Princefle y mais elle ne m'en donna pas le tems. Elle s'adrefïa au Sultan fon père , & lui dit : Sire , j'ai remporté la victoire fur le Génie , comme Votre Majefté le peut voir : mais c'eft une viâoire qui me coûte cher. 11 me refte peu de momens à vivre , Se vous n'aurez pas la fatisfa&ion de faire le mariage que vous méditiez. Le feu m'a pénétré dans ce combat terrible , & je fens qu'il me confume peu à peu.
Cela ne feroit point arrivé , fi je m'étois apperçue du dernier grain de la Grenade, fie que je l'euffe avalé comme les autres • lorfque j'étois changée en Coq. Le Génie s'y étoit réfugié comme en fon dernier retranchement ; & de-là dépendoit le fuccès du combat , qui auroit été heureux & fans danger pour moi. Cette faute m'a obligée de recourir au feu , & de combattre avec ces puiffantes armes , .comme je l'ai fait entre le Ciel & la Terre , & en votre Tpréfence. Malgré Je pouvoir de fon Art redoutable , 8ç
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Ion expérience , j'ai fait connoître au
Génie que j'en favois plus que lui $ je l'ai vaincu , & réduit en cendres. Mais je ne puis échappera la mort qui s'approche.
Scheherazade interrompit en cet endroit l'hiftoire du fécond Calender , & dit au Sultan ; Sire , le jour qui paroît m'avertit de n^n pas dire davantage j mais fi Votre Majefté veut bien encore j&e laiirer vivre jufqu'à demain , elle entendra la fin de cette hiftoire. Schahriar y confentit , & fe leva fuivant fa coutume , pour aller vaquer aux affaires de fon Empire.