‹ Les mille et une nuit,: contes arabesChapitre 8 sur 59 · FABLE · texte numérisé non relu

FABLE

L'Ane , le Bœuf, £f le Laboureur,

UN Marchand très - riche avoit plufieurs maifons à la campagne , où il faifoit nourrir une grande quantité de toute forte de bétail. Il le retira avec fa femme &ç fes enfans à une de fes terres pour la faire valoir par lui-même. 11 avoit le don d'entendre le langage des bêtes , mais avec cette condition , qu'il ne pouvoit l'interpréter à perfonne , fans s'expofer à perdre la vie. Ce qui Fempêchoit de communiquer les chofes qu'il avoit apprifes par le moyen de ce don.

Il avoit à une même auge un Bœuf & un Ane. Un jour qu'il étoit aflïs près d'eux , & qu'il le divertiflbit à voir jouer devant lui fes enfans , il entendit que le Bœuf difoit à l'Ane ; l'Eveillé j que je te trouve heureux , quand je confidere le repos dont tu jouis , & le peu de travail qu'on exige 4e toi* Un homme te panfe avec foin,

Bv

$% Tes' faîtte&Vné Nuit. a

te lave , te donne de Forge bien criblée & de l'eau fraîche oc nette. Xa plus grande oeine eft de porter le Marchand noti'e^maître , lorfqu'il a quelque petit voyage à faire. Sans cela, toute ta vie fe pafleroit dans foifiveté : La manière dont on me traite eft bien différente 9 & ma condition eft auffi ' malheureufe que là tienne eft agréable. Il eft à peine minuit qu'on m'attache à une charrue , 3ue 1 on me fait traîner tout le long u jour en fendant la terre , ce qui me fatigue à un point que les forces me manquent quelquefois; d'ailleurs le Laboureur qui eft toujours derrière moi 7 ne cefle de me frapper. A force de tirer la charrue , j'ai le cou tout • écorché. Enfin après avoir travaillé depuis le matin jufqu'au foir 5 quand je fuis de retour , on me donne à manger de méchantes fèves féches dont on ne s'eft pas mis en peine d'ôter la terre, ou d'autres chofes qui ne valent pas mieux. Pour comble de mifere, lorfque je me fuis repu d'un mets fi peu appétîffant-, je fuis obligé de palter la nuit couché

Contes 'AiâUt: " ^ 5

dans- mon ordure. Tu vois donc que j'ai raifon d'envier ton fort.

L'Ane n'interrompit pas le Bœuf, il lui laifla dire tout ce qu'il voulut ; mais quand il eut achevé de parler :

Vous ne démentez pas , lui dit- il , te nom d'Idiot qu'on vous a donné , vous êtes trop fimple , vous vous laiflez mener comme l'on veut , & vous ne pouvez prendre une bonne féfolution.

Cependant quel avantage vous revient-il de toutes les indignités que vous fouffrez ? Vous vous tuez vousmême pour le repos , le plaifir & le profit de ceux qui ne vous en favent point de gré. On ne vous traiteroit pas de la forte , fi vous aviez autant de courage crue de force.

Lorfqu on vient Vous attacher à l'auge , que ne faites-vous réfiftance ?

Que ne donnez-vous de bons coups de cornes ? Que ne marquez-vous votre colère en frappant du pied contre terre ? Pourquoi enfin n'infp irez -vous pas la terreur par des beuglemens effroyables ? La nature vous a donné les moyens de vous faire rèfpe&er, & vous ne vous en fervez pas. On vous

Bvj

36 Let wàltt & me Nuit.

apporte* de mauvaifes fèves 9 & 3e mauvaife paille, n'en mangez point!; fiairtf£-les feulement , & les laiflez.

Si vous fuivez les confeils que je vous • donne , vous verrez bientôt un chan-

fejnent dont vous me remercierez.

*e Bœuf prit en fort bonne part les avis de l'Ane } il lui témoigna conxbien il lui étoit obligé. Cher l'Eveillé, ajouta-t-il , je ne manquerai pas de faire tout ce que tu m'as dit, & tu verras de quelle manière je m'en acquitterai, ils fe turent après cet entretien , dont le Marchand ne perdit pas une parole.

Le lendemain de bon matin le Laboureur vint prendre le Bœuf, il l'attacha à la charrue , & le mena au travail ordinaire : Le Bœuf qui n'avoit pas oublié le confeil de l'Ane , fît fort le méchant ce jour- là , & le ibir, lorfque le Laboureur l'ayant ramené à l'auge , voulut l'attacher comme de coutume , le malicieux animal au lieu de préfenter fes cornes de lui-même , fe mit à faire le rétif, & à reculer en beuglant ; il baifla même .fes cornues , comme pour en frapper te La«

. Contes Jrabet. 37

ioureur. 11 fit enfin tout le riianege aue PAne lui avoit enfeigné. Le jour fuivant , le Laboureur vint le reprendre pour le ramener au labourage; mais trouvant l'auge encore remplie de fèves & de la paille qu'il y avoit mife le foir , & le Bœuf couché par terre , les pieds étendus , & haletant d'une étrange façon , il le crut malade ; il en eut pitié 9 & jugeant qu'il feroit inutile de le mener au travail , il alla auffi-tôt en avertir le Marchand.

Le Marchand vit bien que les mauvais confeils de l'Eveillé avoient été fuivis., & pour le punir comme il le méritoit : Va, dit-il au Laboureur, prend l'Ane à la place du Bœuf, & ne manque pas de lui donner bien de l'exercice. Le Laboureur obéit , l'Ane fut obligé de tirer la charrue tout ce jour-là , ce qui le fatigua d'autant plus qu'il étoit moins accoutumé à ce travail. Outre cela , il reçut tant de coups de bâton, qu'il ne pouvoit fe foutenir quand il fut de retour.

Cependant le Bœuf étoit très-content. Il avoit xnpngé tout ce qu'il j|

3? L es mille & une Nuit.

avoit dans fon auge , & s'étoit repofé toute la journée } il fe réjouiflbit en lui-même d'avoir fuivi les confeils de l'Eveillé , il lui donnoit mille bénédictions pour le bien qu'il lui avoit procuré , & il ne manqua pas de lui en faire un nouveau compliment lorsqu'il le vit arriver. L'Ane ne répondit rien au Bœuf , tant il avoit de dépit d'avoir été fi maltraité j c'eft par mon imprudence , fe difoit-il- à luimême , que je me fuis attiré ce mal* heur, je vivois heureux, tout me rioit , j'avois tout ce que je pouvois fouhaiter, c'eft ma faute , fi je fuis dans ce déplorable état *, & fi je ne trouve quelque rufe en mon efprit pour m'en tirer , ma perte eft certaine.

En difanteela, les forces fe trouvèrent tellement épuifées , qu'il fe laifTa tomber à demi -mort au pied de fon auge.

. En -cet endroit le Grand Vifir s'ad* dreflant à Scheherazade , lui dit : Ma fille , vous faites comme -cet Ane $ vous vous expofez à vous perdre par votre fauffe prudence. Croyez- moi , demeurez en repos , & ne cherchez

'Contes jfrdhtfi tf

point à prévenir votre mort. Mon père , répondit Scheherazade , l'exemple que vous venez de rapporter, n'eft pas capable de me faire changer de résolution, & je ne ceflerai point de vous importuner , que je n'aie obtenu de vous, que vous me préfenterez au Sultan pour être fon époufe. Le Vifir voyant qu'elle perfiftoit toujours dans fa demande , lui répliqua : Hé bien , puifque vous ne voulez pas quitter votre obftination , je ferai obligé de vous traiter de la même manière que le Marchand dont je viens de parler , traita fa femme peu de tems après :

& voici comment.

Ce Marchand ayant appris que l'Ane étoit dans un état pitoyable , fut curieux de favoir ce qui fe pafleroit entre lui & le Bœuf. C'eft pour-

Îuoi après le fouper il fortit au clair c la Lune , & alla s'affeoir auprès d'eux, accompagné de fa femme; en arrivant il entendit l'Ane qui difoit au Bœuf : compère , dites moi , je vous prie , ce que vous prétende»

faire quand le Laboureur vous apportera demain à manger ! Ce que j*

4* Les mille & une Nuit.

ferai , répondit le Boeuf ? Je coftti4l nue rai de faire ce que tu m'as en J feigne. Je m'éloignerai d'abord , jd présenterai mes cornes , comme hier r je ferai le malade , & feindrai d'être aux abois. Gardez-vous-en bien , interrompit l'Ane , ce feroit le moyen de vous perdre } car en arrivant > ce.

foir j'ai oui dire au Marchand notre, maître une chofe qui 'm'a fait trembler pour vous. Hé qu'avez-vous entendu, dit le Bœuf, ne me cachez rien de grâce, mon cher l'Eveillé.

Notre Maître , reprit l'Ane , a dit au Laboureur ces triites paroles : Puifque le Bœuf ne mange pas , & qu'il ne peut fe foutenir , je veux qu'il foit tué dès demain. Nous ferons pour l'amour de Dieu une aumône de fa chair aux pauvres ; 6c quant à fa peau qui pourra nous être utile , tu la donneras au Corroyeur , ne manque donc 6 as de faire venir le Boucher : voiï ce que j'avois à vous apprendre , ajouta l'Ane j l'intérêt que je prends à votre confervation , & l'amitié que j'ai pour vous , m'obligent à vous

en avertir , & à vous donner un nou-

Contes Araies* • \i

veau confeil : d'abord qu'on vous ap* portera vos fèves & votre paille, le»

vez-vous , & vous jeté? deiTus avec avidité ; le Maître jugera par-là que vous otes guéri, & révoquera fans doute l'arrêt de votre mort } au lieu que fi vous en ufez autrement , c'eft fait de vous.

Ce difcours produifit l'effet qu'en a voit attendu l'Ane. Le Bœuf en fut étrangement troublé , & en beugla d'effroi. Le Marchand qui les avoit écouté tous deux avec beaucoup d'attention , fit alors un fi grand éclat de rire 3 que fa femme en fut très-furprife. Apprenez-moi , lui ditelle y pourquoi vou§ riez fi fort , afin que j'en rie avec vous. Ma femme , lui répondit le Marchand, contentezvous de m'entendre rire. Non , repritelle , j'en veux favoir le iujet. Je ne puis vous donner cette fatisfaâion 9 repartit le mari; fâchez feulement que je ris de ce que notre Ane vient de dire à notre Bœuf, le refte eft un locret qu'il ne m'çft pas permis de vous révéler. Et qui vous empêche de me découvrir ce fecret , répliqua**

%t Les mille & Une Nuit.

t-elle ? Si je vous le difois,répoii<Kï-îî j apprenez qu'il m'en coûteroit la vie.

Vous vous moquez de moi , s'ëcria la femme , ce que vous me dites ne peut pas être vrai $ fi vous ne m'avouez tout à l'heure pourquoi vous avez ri , fi vous refufez de m'inftruire de ce que l'Ane & le Bœuf ont dit , je ♦jure par le Grand Dieu qui eft au ciel , que nous ne vivrons pas davantage enfemble.

** En achevant ces mots elle rentra dans la maifon , & fe mit dans un coin où elle paflà la nuit à pleurer de toute -fa force. Le mari coucha feul % & le lendemain voyant qu'elle ne difcontinuoit pas de lamenter : Vous n'êtes «pas fage , lui dit-il-, de vous affliger de la forte.. La chofe n'en vaut pas •la peine } 6c il vous eft aufli peu important de lafavoir, qu'il m'importe beaucoup, à moi, de la tenir fe- •crete. N*y penfez donc plus , je vous en conjure : j'y pehfe fi bien encore , Répondit la femme , que je ne Méfierai pas de pleurer , que vous payiez fatisfait ma curiôfité. Mais je vôùfc dis fort férieufement , repliqua-t-H ,

Contes Arabes. ^ %% Ju'il m'en coûtera la vie, fi je cède à vos indifcrettes inftances. Qu'il arrive tout ce qu'il plaira à Dieu , repartit-elle , je n*en démordrai pas.

Je vois bien , reprit le Marchand, qu'il n y a pas moyen de vous faire entendre raifon , & comme je prévois que voua vous ferez mourir vous-même par votre opiniâtreté , je vais appeller vos enfans , afin qu'ils aient la consolation de vous voir avant que vous mourriez. Il fit venir fes enfans, & envoya chercher auffi le père , la mère , & les parens de fa femme. Lorfqu'ils furent affemblés , & qu'il leur eut ex* pliqué de quoi il étoit queftion , ils employèrent leur éloquence à faire comprendre à la femme qu'elle avoit tort de ne vouloir pas revenir de fort entêtement : mais elle les rebuta tous , & dit qu'elle mourroit plutôt que de céder en cela à fon mari. Le père Se la mère eurent beau lui parler en particulier , & lui repréfenter que la chofe qu'elle fouhaitoit d'apprendre , ne lui étoit d'aucune importance ; ils ne gagnèrent rien fur fon efprit ni par leur autorité , ni par leurs difeour*

44 Les mille & une Nuit.

Quand fes enfans virent qu'elle s'tfbftinoit à rejeter toutes les bonnes jaifons dont on combattoit fon opiniâtreté , ils fe mirent à pleurer amèrement. Le Marchand lui-même ne favoit plus où il en étoit. Affis feul auprèsxle la porte de fa maifon , il délibérait déjà s'il facrifieroit fa vie pour fauver celle de fa femme qu'il aimoit Jbeaucoup.

Or , ma fille , continua le Vifir , en parlant toujours à Scheherazade , ce Marchand avoit cinquante poules & un coq , avec un chien qui faifoit tonne garde. Pendant qu'il étoit affis , comme je l'ai dit , & qu'il revoit profondement au parti qu il devoit prendre , il vit le chien courir vers le coq , qui s'étoit jeté fur une poule , & il entendit qu'il lui parla dans ces termes : O coq! Dieu ne permettra as que tu vives encore long-tems } 'as-tu pas honte de faire aujourd'hui ce que tu fais ? Le coq monta fur fes ergots , & fe tournant du côté du chien : Pourquoi , répondit-il fièrement , cela me feroit-il défendu aujourd'hui plutôt que les autres jours \

Contes AtAesi . %f

Poifque tu l'ignores, répliqua le chien 9 apprends que notre maître eft aujourd'hui dans un grand deuil. Sa femme veut qu'il lui révèle un fecret qui eft de telle nature , qu'il perdra la vie s'il le lui découvre. Les chofes font en cet état $ & il eft à craindre qu'il n'ait pas affez de fermeté pour réfifter à l'obftination de fa femme : car il l'aime , & il eft touché des larmes qu'elle répand fans cette. Il va peut-être périr : nous en fommea tous allarmés dans ce logis. Toi feul infultant à notre trifteffe , tu as l'imprudence de . te divertir avec tes poules.

Le coq- repartit de cette forte à la réprimande du chien : que notre maître eft infenfé ! Il n'a qu'une femme , & il n 9 en peut venir à bout , pendant que j'en ai cinquante qui ne font que ce que je veux. Qu'il rappelle fa raifon ; il trouvera bientôt moyen de fortir de l'embarras où il eft. Hé que veux-tu qu'il fafle , dit le' chien ? Qu'il entre dans la chambre où eft fa femme , répondit le coq j '& qu'après s'être enfermé avec elle , il prenne un boa

4$ les mille & une Naît.

bâton , & lui en donne mille coups £ je mets en fait qu'elle fera fage après:

cela , & qu'elle ne le prellera plus de lui dire ce qu'il ne doit pas lui révéler.

Le Marchand n'eut pas fi-tôt entendu ce que le coq venoit de dire, qu'il fe leva de fa place , prit un gros bâton , alla trouver fa femme qui pleuroit encore , s'enferma avec elle , & la battit fi bien qu'elle ne put s'empêcher de crier : C'eft affez, , mon mari, c*efi tffez, , laijfezé-moi. Je ne vous demanderai plus rien. A ces, paroles , & voyant qu'elle fe repentoit d'avoir été curieufe fi mal-à-propos , il cefla de la maltraiter ; il ouvrit la porte , toute la parenté entra , fe réjouit de trouver la femme revenue de fon entêtement 9 & fit r compliment au mari fur l'heureux expédient dont il s'étoit fervi pour la mettre à la raifon. Ma fille, rajouta le Grand Vifir, yous mériteriez d'êtrç traitée de la même manière que la femme de ce Marchand.

i Mon père , dit alors Scheherazade, "de grac€f ; , ne trouvez point mauvais que je perfifte dans mes fentimens.

'hiftoire de cette femme ne faurpit

Cmet AttUs. 47

d'ébranler. Je pourrois vous en raconter beaucoup d'autres qui vous per* fuaderoient que vous ne devez pas vous oppofer à mon deflein. D'ailleurs pardonnez-moi , fi j'ofe vous le déclarer , vous vous y oppoferiez vainement :

quand la tendreiïe paternelle refuferoit de foufcrire à la prière que je vous fais, j'irois me préfenter moi-même au Sultan. Enfin le père pouffé à bout par la fermeté de fa fille , fe rendit à Tes importun it es ; de quoique fort affligé de n'avoir pu la détourner d'une fi funefte réfolution , il alla dès ce moment trouver Schahriar , pour lui annoncer mie la nuit prochaine il lui meneroit

acheherazajde.

Le Sultan fut fort étonné du facri- £ce que fon Grand Vifir lui faifoit :

Comment avez-vous pu, lui dit-il, vous réfoudre à me livrer votre propre fille ? Sire , lui répondit le Vifir, elle s'eft offerte d'elle-même. La trifte deftinée qui l'attend, n'a pu l'épouvanter , & elle préfère à fa vie l'honneur d'être une feule nuit l'époufe de Votrç Majefté. Mais , ne vous trompez pas, Vifir, reprit le Sultan, demain ; eu

Les faille & me Nuit.

remettant Scheherazade entre VO!

mains , je prétends que vous lui ôtie^j la vie. Si vous y manquez , je vouîj jure que je vous ferai mourir vous^ même. Sire'j repartit le Vifir , moiij cœur gémira fans doute en vous ohéifi, fant - y mais la nature aura beau murmurer , quoique père , je vous réponds d'un bras fidèle. Schahriar accepta l'offre de fon Miniftre , & lut dit qu'il n'a voit qu'à lui amener fa filfe quand il lui plairoit. /

Le Grand Vifir alla porter cette * nouvelle à Scheherazade, qui là reçut avec autant de joie que fi elle eût été la plus agréable du monde. Elle remercia fon perç de l'avoi» fî fenfiblement obligée , & Voyant qu'il étoit accablé de douleur , elle lui dit pour le -confoler , qu'elle efoérdit : qu'il ' né fe xepentiroit pas de 1 avoir mariée avec Je Sultan , & qu'au contraire il auroit fujet de s'en réjouir le refte de fa vie.

• Elle ne longea plus qu'à fe mettre en état de paroître devant le Sultan ^ mais avant que de partîr , i elle prit fa fœur Dinarzade en particulier , & lui dit :

Ma chère fceuf > j'ai befoin de votre fe-

cours

Contes Artbef, A9,

cours dans une affaire très-importante , je vous prie de ne me. la pas réfuter. Mon père va me conduire chez le Sultan pour être fon époufe : que cette nouvelle ne vous épouvante pas.

Ecoutez - moi feulement avec patience. Dès que je ferai devant le Sultan , je le fupplierai de permettre que vous couchiez dans la chambre nuptiale ,, afin que je jouifTe cette nuit encore de votre compagnie. Si j'obtiens cette grâce , comme je l'efpere , fouvenezvous de m'éveiller demain matin une heure avant le jour, ôc de m'adrefler à peu près ces paroles : Ma Cœur , fi vous ne dormez, pas , je vous fupplie , tn attendant le jour qui pdtoîttd bientôt >de me raconter un de ces beaux contée que vous fdvez,. Aufli-tôt je vous en conterai un , & je me flatte de délivrer par ce moyen tout le peuple de la cont tentation où il eft. Dinarzade répondit à fa fœur, qu'elle feroit avec plaifir ce qu'elle exigeoit d'elle.

L'heure de fe coucher étant enfin

venue , le Grand Vifîr conduifit Sche-

herazade au Palais , & fe retira après

l'avoir introduite dans ^appartement

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