CCCXXX* NUIT
' AtiÂPBiif qui attendait ce oioment avec inipM«^ tienoe^ he souffrit pas que le fits du grand véc^r demeurât oouohé avec la princesse. « Prends ce non*» YsA époux , dit-il au génie , enferme-le dans le prifé^ et reviens demain liiattn uil peu après la pointé 4ii jdur.^9 Le génie enleva aussitôt le fils du grand.' véf zyr hors du lit en ehemiae ^ et le transporta éààé lî Iwù qtt'Aladdin lui avait indiqué , et il le laissa \ki, après avoir jeté sur Jiii un souffle qu'il sentit depuis ht tête jusqu'aux jpieds , et qui l'empêcha tle feitmèr de toute k nuit.
. Quelque grande que- fôt là passion d*Alad«lifti pour' la princesse :Badroulbaudotir, il né lui' t^ttt pas^ -un lotig discours , iorsqu^il se vit seai av^ elle; jc-Ke craignet rien, adoi^abi^ princesse; iiii dit-il d'un air. tout pe^ionné ,vous êtes ici en sûi:eté ^ et quislquie- Tiotent -que soit l'attioifr qrue je Mèsséns potir votre beauté et pour vos charmes y il ne me fera jfrnsais sortit^ des bornes* du profond respect que je vous dois; Si j'ai été forcé , ajouta-«t-il , d^en v^if* h cette extrémité , oe ^n'a pais été dans la vpe de vousl
a8o LES UriLLE ET UNE IfUITS,'
offenser , mais j'ai voulu empêcher xju'ùn injuste jfi* val ne vous possédât contre la parole donnée par le flulthan votre père en ma faveiu*. »
loL princesse fit fort peu d'attention à tout ce qu'il lui put dire. Elle n'était nullement en état de lui répondre. La frayeur et l'étonnement oîi elle était d'une aventure si surprenante et si peu attendue, l'avaient mise dans un tel état, qu'Aladdin n'en put tirer aucune parole. Aladdin n'en demeura pas là ; il prit le parti de se déshabiller , et il se coucha à la place du fils du grand vczyr , le dos tourné du côté de Ja princesse , après avoir eu la précaution de mettre un sabre entre elle et lui , pour marquer qu'il mérite<rait d'en être puni s'il attentait ^ son honneur.
Aladdin content d'avoir ainsi privé son rival du bonheur dont il s'était flatté de jouir cette nuit -là , dormit tk^s&t tranquillement; U n'en fut pas de méiçe de la princtifsse Badroulboudour : de sa vre il né. lui étuit arrivé de passer une nuit aussi fâcheuse et aussi désagréable que celle-là ; et si l'on veut bien fciire réflexion au lieu et à l'état oii le génie avitit laissé le fils du. granil vézyr , on jugera que cevnouvel époulc la passa d'une manière beaucoup' plus affligeante.
Le lendemain , Aladdin n'eut pas besoin àé frottÊT là lampe pour appeler le génie. H revînt à l'heure qu'il lui' avait désignée, et dans le temps qu'il vchd" vait de s'habiller : - : r
« Me voici, tKt-il à Aladdin; Qu'à^^tu A'*è
COMJffÀNDIR ? »
ix Va reprendre ,. lui dit AUddin^ le fils du grand
CONTES ARABHS. a8 f,
yézyr où. tu J'a mis ; viens h ren^ttre dans ce lit , et reporte^le où tu l'as pris dans le palais du sulthan^ » Lie génie alla relever le fils du grand vézyr de senti* nelle,.et Âladdin reprenait son sabre quaqd il reparut Il mit le nouvel époux près de la princesse ^ et en un instant il reporta le lit nuptial dans la même cbambre du palais du sulthan d'où il l'avait apporté. . JEn tout ceci le génie ite fut aperçu ni de la princesse , ni du fils du grand vézyr. Sa forme hideuse eût été capable de les faire mourir de frayeur. Us n'entendirent même rien des discours eiltre Aladdin et lui ; et ils ne s'>s^rçurent que de l'ébranlement du lit et de leur transport d'un lieu à un autre: c'était bien assez pour leur donner une frayeur qu'il ett ai$é d'imaginer.
Le génie venait de poser le lit nuptial en sa place, quand le sulthan , curieux d'apprendre comment la princesse avait passé la première nuit de ses nocesr, entra dans la chambra pour lui souhaiter le bon jour. Ifi £\8 du grand vézyr morfondu du froid qu'il av^t souffert toute . la nuit , et qui n'avait pas encore eu le temps de se réchauffer , n'eut pas sitôt entendu qu'on ouvrait la porte , qu'il se leva , et passa dans une garderobe où il s'était déshabillé la veille. . Le sulthan approcha ' du lit de . la princesse , la baisà entre les deux yeux^ selon la coutume , en Jui souhaitant le bonjour , et lui demanda en souriant comment elle se trouvait de la nuit passée ; mais eo relevant la tête , et en la regardant avec plus d'atten* tion , il fut extrêmement surpris de la voir dans un^;,
382 LES MILL£ ET V Jf E NUITS,
grande tnékmcolie. Elle lui jeta seulement un regard des plus tristes ; et qui laissait voir une gVande afftictron , ou un grand mécontentement. Il lui dit encore quelques paroles ; mais comme il vit qu'il ne pouvait rien tirer d'elle, il s'imaginant qu'elle le faisait par pudeur , et il se retira. Il ne laissa pas néanmoins de soupçonner qu*il y avait quelque chose d'extraordinaire dans son silence ; ce qui Tobligea d'aller surle-champ à l'appartement de là sulthane , à qui il fit le récit de Télat où il avait trouvé la princesse , et de la «réception qu'elle lui avait faite. «Sire, lui dit la sulthane, cela ne doit pas surprendre votre majesté : il n'y a pas de nouvelle mariée qui n'ait la ttiéme retenue le lendemain de sei npcës. Ce ne sera pas la même chose dans deux ou trois jours : àldiri elle recevra' son père comme elle le doit. Je vais la voir, ajouta-t-elle , et je suis bien trompée, si ellfe me &it le même accueil. »
' Quand la sulthane lut habillée , elle se rendît à l'appartement de la princesse , qui n'était pas' encore levée : elle' s'approcha de son lit ; et elle lui donna le bonjour, en l'embrassant ; mais sa surpriise fut des plus grandes , non-seulement de ce qrfcHe ne lui répondait rien , mais m^me dé ce qu'enfla rfe^ gardant , elle s'aperçut qu'elle était dans' un grand abattement , qui lui fit juger qu'it lui était arrivé quelque chose qu'elle tie pénétrait" pas. crMà f!ftè', lui dit là stilthane , d'où vient que vous rëjjhindéz fA mal aux caresses que je vous fais ? Est-ée avec voi^è «mère que voas devez (aire toutes ces façons? Je veut
bieii' erbire quei^vous -n'ayez pas cette penfiëe , il faot dont xfa^iV vous aoit arrivé quelque autre cfacy^ ; avouez-le-ïnoi franchement,. et ne me laissez pas plus long-temps dans une inquiétude qui m'accable. » •
Là princesse Badroulboudour rompit enfin le silence par un grand soupir : a Ah , madame , s'écriat-ella, pardonnez - moi , si j'ai manqué au respect que je voiis dois! J'ai l'esprit si fortement occupé des choses extraordinaires qui me sont arrivées cette ntiit^ que je ne suis pas encore bien revenue de mon étonnemeiit ni de mes friayeurs , et que j'ai dé la "peine à me reconnaître moi-même. » Alors ellelûi peignit avec les couleurs les plus vive^ , de quelle matnère, nh inistant après qu'dle et son époux fùreftt MQtiié^,, le Ht ataît été enlevé et transporté éhMû moment dans une chambre màl*{^ropre et olrscûm, oh elle s'iétait vue seule et séparée de son épou^t , san^ flcatoil^ ce qu'il était devenu ; elle ajouta qu'elle "avait vu tiir jeune homme , lequel, après lui avoir dit quelques paroles que la frayeur l'avait empêchée d'en* tendre, s'était couché avec elle h lâ place de sort épôûl; âprêis âVoir mis^ son sabre entre elle- et lui* elte niconta qiie son époux lui avait été enfin rendu; ^ le Ht rapporté en sa place en aussi peu de temps, l^ Totrt cela venait d'être fait , ajouta-t-elle, quand lé siïlâian'. mort père est entré dans ma chambre; j'étais à dd^btée^de f ri^essc , que je n'ai pas eu la forcé' dé lui fépondfe une ëeule parole; Aussi, je ne dotitepaÉ qu'il ne sdît indigné de hr mahière dont j'ai reed Thùtmevtr qti^i! m^a fait ; mais j'éspèfe qtf il me par-î #
a84 LKS MILLE ET D Jf K HUITS,
donnera quand il saura ma bizarre aventure, et l'état pitoyable oà je me trouve encore en ce moment. li
CCCXXXr NUIT.
La sulthane écouta fort tranquillement tout ce que la princesse Voulut, bien lui raconter; mais elle ne voulut point y ajouter foi. a Ma fille , lui dit-çUe, vous avez bien fait de ne point parler de cela au sulthan votre père. Gardez -vous d'en rien dire à personne : on vous prendrait pour une folle ^ si on vous entendait parler de la sorte. » « Madame, r^rît la princesse, je puis Vous assurer que je vous parle dans mon bon sens ; vous pourrez vous en informer i^ mon époux, il vous dira la même chose. » çiie m'en iilformerai , repartit la sulthane ; mais quand il m'en parlerait comme vous , je n'en serais pas plus persuadée que je le suis. I.<evez - vous cependant , et otez-vous cette idée de l'esprit; il ferait beau voir que vous ti*oublassiez par une pareille vision les fêtes ordonnées par yos.nocçs , et qui doivent se continuer plusieurs jours dans ce palais et. dans tout le royaume! N'entendez - vous pas déjà les fan&rfi|s et les concerts de trompettes ,- de tymbales et de. tambours ? Tout cela vous doit inspirer la joie et^le p}ai^ sir , et vous faire oublier toutes les fantaisiesi. dont vous venez, de me parler. » £n même t^mps la sul- ^thane appela les femmes de la princesse; et après
qu'elle Teut fait lever, et qu'elle l'eut vue se mettre k SSL toilette , elle alla à l'appartement du sulthaq ; elle lui dit que quelque fentaisie avait passé yérksH blétaent par l'esprit de sa fille , mais que ce n'était rien. £Ue fit appeler le fiU du vézyr , pour savoir de lut quelque diose de ce que la princesse lui avait dit ; inais le* fils du^ vézyr qui s'estimait infiniment honoré de f alliance' du sulthan , avait pris le parti de dissimuler. « Mon gendre , lui dit la sulthane , dites-ikioi ^ étes-vous dans le même entêtement que voire épouse?» «6 Madame , reprit le fils du vézyr, osèrats^je vous demander à quel sujet' vous me faites cette demande ?» ce Gela suffit , repartit la sulthane ; je n'en veux pas savoir davantage : vous êtes phis sage qu'elle. »
Les , réjouissances ooiîtinuèrent toute -la journée dans le palais ; et la sulthane qui n'abandonna pas la princesse, n'oublia rien pour lui inspirer la joie, et pour lui faire prendre part aux divertissements qu'on lui donnait par différentes sortes de spectacles ; mais elle était tellement frappée des idées de ce qui lui ftait arrivé la nuit, qu'il était aisé de voir qu'elle en était toute occupée. Le- fils du grand vézyr n'était pas moins accablé de la mauvaise nuit^ qu'ir avait pasiée; mais son ambition le fit dissimuler; et à le vQÎr^ personne ne douta qu'il ne fut ui^ époux trè»» heureux.
Aladdin qui était bien informé de ce qui se passait ' au >pa}ais , ne douta pas que les nouveaux mariés ne dussent coucher encore ensemble, malgré U .,
u86 tES MILLE £T V9U NUITS5
^hease aventure qm leur était arrivée .la naît^d'i^u* (Viravant; il n'avait . point . envie de les laisserez repoft. Ainsi dès que.ianiiit j^ un peu avaooé^^.îl eut recours à la lainpe. Aussitôt .le. ^^iepanit, et fit à Aladdin le mêoie compliment qu^a les iTutre^ JcHSf •en lui offrant son service. <c L» fils du grand vé^yr et la princesse Badroulboudour , lui- dit Aladdin > doivent coucher encore. ensemble' cette nuit; vu., et du moment qu'ils seront couchés, appprte^iiioi le lit ici , comme hier. »
Le '^énie servit Aladdin avec autant de fidélité fit dexdctitiude que le jour précédent : le £1b du gitand vézyr passa la nuit au^si frpid^nent et aussi désagréa* blement qu'il l'avait dqa Êii^, et la prinoaase eut la même mortification d'avoir Aladdin pour oompagi|Wi de sa couche ,.le.sabre posé entre eHe et lui. Le gmie, suivant les ordres d' Aladdin, ré vint le lendemain ^ remit l'époux auprès de son épouse , enleva le-lit avec les nouveaux mariés ^ et fe reporta dans k GfaauBhre dii.pislais où il l'avait pris.
.Lesulthan après la réception que la princesse Bir ^roulboudour lui avait &ite le jour précédent y^ inquiet de sav(Mr comment die aurait passé la seconde nuit , jet sk die lui ferait une réception pareilleà oeUe qu'fllf lui.aMait dé>a Êûte, a& rendit. à: tte.dianibDe d^maeî bon maiiç, p#urVenin&Etper.Lefilsrdu gçàtd^véï^r-, plus honteux et plus mortifié du mauvais sncoès^ilè cette dernière nuit que de la première^ à peine eut entendu ^vienir le suldian ^ qu'il se ieva-avec f^rëctr |iitation$ et se jeta dans l^^gardecobe. .•:-
CONTAS ARABES. ^87
Le sulthai^$ avança jusqu'au lit de la princesse, en lui donnant le bon jour ; et après lui avoir fait les mêmes caresses que le jour précédent : ce Hé bien , ma 6)le^ loi di^-il , êtes-vous ce matin d'aussi mauvaise liumepr que vous l'étiez hier ? Me direi^yous comment vous ayez passé la nuit? » La princesse garda le mèofe silence , et le sulthan s'aperçut qu'elle avait l'esprit .beaucoup moins tranquille , et qu'elle était plus abattue que la première fois. Il ne douta pas que quelque chose d'exti'aprdinaire ne lui fût arrivé. Alors , irrité du mystèi^ qu'elle lui en faisait : a Ma fille , lui dit-il tout en colère et le sabre à la main, ou vous^ m^ direz ce que vous me cachez, ou je vais vous couper la tête tout à l'heure. »
La princesse , plus effrayée du ton et. de la menace du sulthan of][ensé que de la vue du sabre nu , rompit enfin le, silence : « Mon cher père et mon sulthan , s.'écria-t-elle les larmes aux yeux , je demande pardon à votre majesté , si je l'ai offensée. J'espère de sa bcmté. et de sa clémence qu'elle fera succéder la compassion à la colère , quand je lui aurai fait le récit fidèle du triste et pitoyable état où je me suis trouvée toute, cette nuit et toute la nuit passée. »
Après ce préambule qui apaisa et qui attendrit un pe^ .1^ sulthan , . elle lui raconta fidèlement tout^ ^ë qui hxi ét^it arrivé pendant ces deux, fâcheuses nuits , maïs, d'une manière si touchante qu'il en fiit pénétré de douleur. Elle finit par ces paroles : « Si votre majesté a le moindre doute sur le récit que je viens de lui faire , elle peut s'en informer de l'époux qu'elle
'VtSS LES MILLJE ET UNE NUITS,
m'a donné. Je sois persuadé qu'il eh rendra à U ré* rite le même témoignage que je lui rends. » '
Le sulthan entra tout de bon dans la peine extk'éme qu'une aventure aussi surprenante devoit avoir causée à la princesse : « Ma fille , lui dit-il ^ vous avez grand tort de ne vous être pas expliquée à moi dès hier sûr une affaire aussi étrange que celle que vous venez de m'apprendre , à laquelle je ne prends pas moins d'Intérêt que vous-même. Je ne vous ai pas mariée dans Fintention de vous rendre malheureuse, mais plutôt dans la vue de vous rendre contenté, et de vous faire joufa* de tout le bonheur que vous méritez , et que vous pouviez espérer avec un époux qui m'avait paru vous convenir. Effacez de votre esprit les idées fâcheuses de tout ce que vous venez de me raconter. Je vais mettre ordre à ce qu'il ne vous arrivé plus désormais des nuits aussi désagréables et aussi peu supportables que celles que vous avez passées.»
Dès que le sulthan fut rentré dans son appartement , il envoya appeler son grand vézyr : « Vézyr , lui dît-il , avez-vous vu votre fils , et- ne vouis a-t-îl rien dit ? a Comme le grand vézyr lui eut répondu qu'il ne l'avait pas vu , le sulthan lui fit le récit dé' tout ce <{ue la princesse Badroulbouddur venait de lui raconter. En achevant: «Je ne doute pas, ajouta-t-il , que ma fille ne m'ait dit la vérité ; je serai bien aise néanmoins d'en avoir la confirmation par le témoignage de notre fils : allez et demandez-lui ce qu'il en est. »
GOJTTES iLRABlïS. 289
Le grand vézyr alla aussitôt joindre soYi fils ; il lut fif pàH: de ce que \e sulthan venait de lui commu* ni^er, et il lui enjoignit de ne lui point déguiser 1^ vérité, et de \\A dire si tout cela était vrai? «Je ne Vous fa déguiserai pas , mon père , lui répondit le G]s\ tout fcé ^e la princesse a dit au sulthan est vrai; mais elle n^à pu lui dire les mauvais traitemens qui m'ont été^ faits en particulier , les voici : Depuis moii mariage j'ai pa^sé deux nuits les plus cruelles qu'on ptiîsse hnàglner, et je n'ai pas d'expression pour voua décrire au juste et avec toutes leurs circonstances leâ maux que' j'ai soufferts. Je ne vous parle pas de la frayèuir qUe j^ài eue de me sentir enlever quatre fois daias mûri lit, sans voir qui enlevait le lit et le'transportait d^uh!lîeu à un autre, et sans pouvoir imaginer comment cela s'est pu faire. Vous jugerez vousmêihedé Tétat fâcheux où je me suis trouvé lorsque je, vous dirai que j'ai passé deux nuits debout et nu en chemise dans une espèce de privé étroit, sans avoir là liberté de remuer de la place où j'étais posé, et saiièf pou^ir faire aucun mouvement, quoiqu'il ne parût devant moi aucun obstacle qui pût vraisemMàblémeiit m*en empêcher. Après cela, il n'est pasrbesbjn de 'm'étendre plus au long pour vous faire le détail «dfe' nies souffrances. Je ne vous cabherai paé qui^ delà *ne' m'a point empêché d'avoir pour la princesse inon épouse tous les sentimens d'amour, de résjieèt et de reconnaissance qu'elle mérite; mais je voxiÈ aVbué de bonne foi qu'avec tout l'honneur et tcmV. l'éclat qui rejsrillit sur moi d'avoir épousé la fîltê
de mon souverain , j'aimerais mieux mourir que de vivre plus long-temps dans une si haute alliance, s'il faut essuyer des traitemens aussi désagréables que ceux que j'ai déjà soufferts. Je ne doute point que la princesse ne soit dans les mêmes sentimens que moi; et elle conviendra aisément que notre séparation n'est pas moins nécessaire pour son repos que pour le mien. Ainsi, mon père, je vous supplie par la même tendresse qui vous a porté à ipe procurer un si grand honneur, de faire agréer au sulthan que notre mariage soit déclaré nul. »
Quelque grande que fut l'ambition du grand yézyr de voir son fils gendre du sulthan , néanmoins, la ferme résolution oîi il le vit de se séparer de la princesse , fit qu'il ne jugea pas à propos de lui proposer d'avoir encore patience ^u moins quelques jours pour éprouver si cette contrariété ne finirait point. Il le laissa, et il revint rendre réponse au sulthan, à qui il avoua de bonne foi que la chose n'était que trop vraie , d'après ce qu'il venait d'apprendre de son fils. Sans attendre ihême que le sulthan lui parlât de rompre le mariage , à quoi il voyait bien qu'il n^était que trop disposé , il le supplia de permettre que son fils se retirât du palais, et qu'il retournât auprès, de lui; en prenant poui' prétexte qu'il n'était pas juste que la princesse fut exposée un moment de plus à une persécution si terrible pour l'amour de son fils.
Le grand vézyr n'eut pas de peine à obtenir ce qu'il demandait. Dès ce moment le sulthan qui avait déjà pris la même résolution , donna ses ordres pour
CONTES ARABES. UQt
faire cesser les réjouissances dans son palais et dans la ville, et même dans toute l'étendue de son royaume , oii il fit expédier des ordres contraires aux premiers ; et en très-peu de temps toutes les marques de joie et de réjouissances publiques cessèrent.
CCCXXXir NUIT.
Ce changement subit et si peu attendu , donna occasion à bien des raisonnemens différens : on se demandait les uns aux autres d'où pouvait venir ce contre-temps ; et Ton n'en disoit autre chose , sinon qu'on avait vu le grand vézyr sortir du palais , et se retirer chez lui accompagné de son fils, l'un' et l'autre avec un air fort triste. Aladdin seul en savait le secret , et se réjouissait en lui-même de l'heureux succès que l'usage de la lampe lui procurait. Ainsi , conune il eut appris avec certitude que son rival avait abandonné le^palais , et que le mariage entre la princesse et. lui était rompu absolument, il n'eut pas besoin de frotter la lampe davantage , et d'appeler le génie pour empêcher qu'il ne se consommât. Ce qu'il y a de particulier , c'est que ni le sulthan, ni le grand vézyr , qui avaient oublié Aladdin et la demande qu'il, avait fait faire , n'eurent pas la moindre pensée qu'il pût avoir part à l'enchantement qui venait de causer la dissolutio'n du mariage de la princesse.
Aladdin cependant laissa écouler les trois mois que
29^ LES MILLE ET li JM K N li I T S ,
le sulthan avait marqués pour son mariage aYec la princesse Badroulboudour ; i\ en avait compté tous les jours avec grand soin ; et quand ils furent écoulés , dès le lendemain il ne manqua pas d'envoyer sa mère au palais , pour rappeler au sulthan la parole qu'il avait donnée.
La mère d'Aladdin alla au palais comme son fils lui avait dit , et elle se préseyAta à Feutrée du divan , au même endroit qu'auparavant. Le sulthan n'eut pas plutôt jeté la vue sur elle , qu'il la reconnut , et se souvint en même temps de la demande qu'elle lui. avait faite , et du, temps auquel il' l'avait remise. Le grand vézyr lui faisait alors le rapport d'une affaire : «Vézyr, lui dit le sulthan en l'interrompant , j'aperçois la bonne femme qui nous fit un si beau préseM il y a quelques mois ; faites-la venir; vous reprendrez votre rapport quand je l'aurai écoutée. »Le grand vézyr en jetant les yeux dû côté de Tentrée du divan,aperçut aussi la mère d'Aladdin* Aussitôt il appela le chef des huissiers, et en la lui montrant, il lui dbnna ordre de la faire avancer. > *
La mère d'Aladdin s'avança jusqu'au pied du trône, oîi elle se prosterna selon la coutume. Après qu'elle se fut relevée, le sulthan- lui demanda ce qu'elle sou*' hkitait.- « Sire , lui répondît-elle, je me présenté en-, core devant le trône de votre Majesté , pour lui rieprésehter -au nom d'Aladdin mon fils, ^ que les trois mois après lesquels elle l'a remis sur la demande que j'ai eu l'honneur de lui faire, sont expireis, et la su** plier de vouloir bien s'en souvenir. » . . :,
CONTES ARABE6. ^gS
Le sultbftn , en prenant an d^lai de trois moii pour répandre àja demande de cette bonne femme , Ift première 'ibi8 qu^îl l'avait vue, avait cru qu'il n'entefldrait plus -parler d'un mariage qu'il regardait comme peu convenable à la princesse sa fille , en consi» dérant seulement la bassesse et la pauvreté de la mère d'A'liddin qui paraissait devant lui ^lis un habillement fort commun. Cependant la sommation qu elle yéaaàt de lui faire de tenir sa parole , lui parut cM-' barrassanlé : il ne jugea pas à propos de lui répondre sur-de^-ehamp; il consulta son grand vézyr, et témoi-* gna la répugnance qu'il avait à conclure le mariage de Iff princesse avec un inconnu, dont il supposait que la fortune devait être beaucoup au-dessous de 1^plus médiocre.
'Le<fpranil véj^yr n'hésita pas à s'expliquer «a -sul^ tfatt sur ée qu'il eii pensait. « Sire, lui dit-il /^ il mé sendble tju'il y à Un moyen immanquable pour éluder un mariage si disproportionné, sans qu'Aladdin,»quand méme.il serait connu de votre Majesté , puisse s'en plaindre : c'eit de mettre la princesse à un si haut piix, que ses richesses , quelles qu'elles puissent être; ne puissent y. suffire. Oe sera le moyen* de le" fâilti desiister d'unei poursuite si hardie, pour ne. pas dire si téméraire*, à laquelle sans doute il n'a pas bien peiiserbvant des'y engager^»
Le sulthan approuva Je conseil du grand vézyr. Il se tourna du côté de la/ ittère d'Aladdin ; et après quelques momens- de réflexion r « Ma bonne femme , lui dit^-il , les suUhans doivent tenir leur parole ; 'je
suis prêt à tenir la mienne , et à rendre votre fils heureux par le mariage de la princesse ma fille ; mais comme, je ne puis la marier que je ne sache Favantage qu'elle y trouvera , vous direz à votre fils que j'accohiplirai ma parole , dès qu'il m'aura envoyé quarante grands bassins d'or massif, pleins à comble des mêmes choses. que vous m'avez déjà présentées de sa part , portés par un pareil nombre d'esclaves noirs , qui seront conduits par quarante autres esclaves blancs , jeunes , bien faits et de belle taille , et tous habillés très-magnifiquement : voilà les conditions auxquelles je suis prêt à lui donner la princesse ma fille. Allez, bonne femme ; j'attendrai que vous m-apportiez sa r^onse. »
La mère d'Aladdin se prosterna encore devant le trône du sulthan , et elle se retira* Dans le chemin , elle triait en elle-même de la folle imagination de scm fils. «Vraiment , disait-^le, où trouvera-t-il tant de bassins d'or, et une grande quantité de ces verres colorés pour les remplir ? Retoumera-t-il dans le souterrain dont l'entrée est bouchée, pour en cueillir aux aii)res ? £t tous ces esclaves tournés comme le sulthan les demande , où les prendra*t*il ? Le voilà bien éloigné de sa prétention ; et je crois qu'il ne sera jguère content de mon ambassade. 1» Quand elle - fut rentrée chez elle , l'esprit rempli de toutes ces pensées, qui lui fisiisaient croire qu'Aladdin n'avait plus rien à espérer : « Mon fils, lui dit-elle, je vous conseille de ne plus penser au mariage de la princesse Badroulboudour. ÏjC sulthan , à. la vérité , m'a reçue avec beaucoup de
CONTES ARABES. af)5
bonté , et je trois qu'il était bien "intentionné pour vous ; mais le grand vézyr , st je ne me trompe , l'a fait changer de sentiment , et vous pouvez le présumer comme moi sur ce que vous allez entendre. Après avoir représenté à sa majesté que les trois mois étaient expirés , et que je le priais de votre part de ^ souvenir de sa promesse , je remarquai qu'il ne me fit la réponse que je vais vous dire , qu'après avoir parlé bas quelque temps avec le grand vézyr. » La' mère d^Aladdin fît un récit très-exact à son fils de tout ce que sulthan lui avait dit , et des conditions auxquelles il consentirait au mariage de la princesse sa fille avec lui. En finissant : « Mon fils , lui dit-elle , il attend votre réponse ; maïs entre nous, continua-t' elle en souriant, je crois qu'il attendra long-temps. »
<x Pas si long - temps que vous croiriez bien , ma mère, reprit Aladdin; et le sulthan se trompe luimême s'il a cru , par ses demandes exorbitantes , me mettre hors d'état de songer à la princesse Badroul- Ixiudour. Je m'attendais à d'autres difficultés insurmontables , ou qu'il mettrait mon incomparable princesse; à un prix beaucoup plus haut ^ mais à présent je suis content, et ce qu'il me demande est peu de choie en comparaison de ce que je serais en état de lui donner pour en obtenir la possession. Pendant que je vais songer à le satisfaire , allez nous chercher de quoi dmer, et laissez-moi faire. »
Dès que là mère d' Aladdin fut sortie pour aller à la provision; Aladdrn prit la lampe , et il la frotta :
UgS LES MILLE ET UNE NUltS,
« dans l'instant le ginie se prés€tnta devant lui ; et dans les mêmes termes que nous avoi^ déjà rapportés , il lui demanda ce qu'il avait à lui com^iand^* Aladdin lui dit : « Le sulthan me donpe la princesse sa fille en mariage ; mais auparavant il me demande quarante grands bassins d'or massif et hien pesans , pleins à comble des fruits du jardin où j'ai pris la lampe dont tu es esclave. Il exige, aussi de moi que ce^ quarante bassins soient portés par autant d'enclaves noirs, précédés par quarante esclavcjs blancs; jeunes , bien faits , de belle taille , et habillés trèsrichement. Va, et amène-moi ce présent au plus tôt, afin que je l'envoie au sulthan avant qu'il .lève la séance du divan. » Le génie lui dit que son commandement allait être exécuté incessamment , et il disparut. Très-peu de temps £q)rès, le génie Siefît revoir accompagné des quarante esclaves noirs, chacun chargé d'un bassin d'or massif du poids de vingt jmarcs ^ur la tête, pleins jde perleç, de diamans, de rubis 'pt d'éjnéraudes mieux choisies, même pour la b^^té et pour la grosseur , que celles qui avaient déjà, été présentées . au sulthan ; chaque bassin était . qquvert. d'une toile d'açgent à fleurons d'or. Tous ces es-, claves , tant noirs que blancs , avec Iqs plats d'or , occupaient presque toute la ]a[iaisp3:i , qui éta[lt assez {petite, avec une petite cour isur le devant,^ p%. un petit jardin suiv le derrière. Le génip demand^^àv Aladdin s'il était content , et s'il avait çpqor^e qu^ que autre commandex^entàlui faire, ^ladjdija.lui dit qu'il ne lui demandait ri^n d^Ya^t^gey et il disparut aussitôt.
GOJNTES A.IIAB£S. HC^y
La mère d'Aladdin revint du marché ; et en entrai)t elle fut dans une grande surprise de voir tant demcinde et tant de richesses. Quand elle se fut déchargée, des provisions qu elle apportait , elle voulut ôter le voije qui lui cçuvrait le visage ; mais Aladdin l'en empêcha. « Ma mère, dit-il, il n'y a pas de temps à perdre : avant que le sulthan achève de tenir le divan , il est important que vous retourniez 911 palais, et que vous y conduisiez incessamment le présent et la dot de la princesse Badroulboudour qu'il m'a demandés , afin qu'il juge par ma diligence et par mon exactitude , du zèle ardent et sincère que j'ai de me procurer l'honneur d'entrer dans son alUance. »
CCCXXXIir NUIT.
.Sans attendre la réponse de sa mère, Aladdin ouvrit, la porte sur la rue ; et il fit défiler successivement tous ces esclaves , en faisant toujours marcher up esclave blanc s^uivi d'un esclave noir ,< chargé d'uQ bassin d'or sur la tête, e\. ainsi jusqu'au dernier. Et après que sa mère fut sortie en si^iy^nt le derqicr esclave noir , il ferma la port^ , et iljdein^ura trai^quillement (l^ns sa chambre avec l'espérance que le SM)th^9 ^.pi'ès ce présent .tel qu'il l'avait dei^andé, voudrait bien le recevoir enfin pour son gendre.
Le premier esclave blanc qqj ^tait sorti de la maison d'Aladdin , . avait fai|: ^f'r^ler ^ojus les passans
acfi LES KILLK ET UWF NUITS,
qui l'aperçurent ; et avant que les quatre - vingts esclaves , alternativement bhincs et noirs , eussent achevé de sortir, la rue se trouva pleine d'une grande foule de peuple qui accourut de toutes parts pour voir un spectacle si magnifique et si extraordinaire. L'habillement de chaque esclave était si riche en étoffe et en pierreries , que les meilleurs connaisseurs ne crurent pas se tromper en faisant monter chaque habit à plus d'un million. La grande propreté , l'ajustement bien entendu de chaque habillement , la bonne grâce , le bel air , la taille uniforme et avantageuse de chaque esclave , leur marche grave à une distance égale les uns des autres , et l'éclat des pieireries d'une grosseur excessive enchâssées autour de leurs ceintures d'or massif dans une belle symétrie, et les enseignes également en pierreries attachées à leurs bonnets qui étaient d'un goût tout particulier, mirent toute cette foule de spectateurs dans une admiration si grande , qu'ils ne pouvaient se lasser de les regarder et de les conduire des yieux aussi loin qu'il leur était possible. Mais les rues étaient tellement bordées de peuple , que chacun était contraint de rester dans là place oii il se trouvait.
Comme il fallait passer par plusieurs rues pour arriver au palais, cela fît qu'une bonne partie de la ville , gens dé toutes sortes d'états et de Cbilditiôtts, furent témoins d'une pompe si ravissante. Le premier des quatre-vingts esclaves arriva à làj)orte de la première cbùr du palais ;' et les portiers qui s'é-
COUTES ÀRA.BES. ^199
talent mis en haie 'dès qu'ils s'étaient aperçus que cette . file merveilleuse approchait , le prirent pour un roi , tant il était richement et magnifiquement hal^ilLé ; ils s'avancèrent pour lui baiser le bas de sa robe ; mais l'esclàye instruit par le génie , les arrêta , et il leur dit gravement : ce IN'ous ne sommes que des esclaves ; notre maître paraîtra quand il en- sera temps. »
liC premier esclave , suivi de tous les autres y avança jusqu'à la seconde cour qui était très-spacieuse , et oîi la maison dusulthan était rangée pendant la séance du divan. Les ofBciers à la tête de chaque troupe , étaient d'une grande magnificence ; mais elle fut effacée à la présence des quatre-vingts esclaves porteurs du présent d'Aladdin, et qui en faisaient eux-mêmes partie. Rien ne parut si beau ni si éclatant dans toute la maison du sulthan; et tout le brillant des seigneurs de sa cour qui l'environnaient , n'était rien en comparaison de ce qui se présentait alors à sa vue.
Comme le sulthan avait été averti de la marche et de l'arrivée de ces esclaves , il avait donné ses ordres pour les faire entrer. Ainsi , dès qu'ils se présentèrent , ils trouvèrent l'entrée du divan libre , et ils y entrèrent dans ' un ordre parfait , une partie à droite, et l'autre à gauche. Après qu'ils furent tous entrés, et qu'ils eurent formé un grand demi -cercle devant le trône du sulthan, les esclaves noir» posèrent chacun le bassin qu'ils portaient sur le tapis de pied. Ils se prosternèrent tous ensemble en frap-
3oO LES MILLE ET UNE NUITS,
pa^t d\x fropt jcontce 1^ Upis. Las» jesclav^s blai^iî» iirent 4a même chose en pnéme teiDp^. Ik se relevèrent }x>us .; et les noirs en le faisant , découvrirent adro^t^emenf, les bassins q,ui étaient devant eux , et toust .(^^meMrèr'^At debout, les maiijis proiséeç sur la pai,t,rij:^^..^vec une grande modestie.
La mère d'Aladdin , qui cependant s'était avancée jusqu'au pied du trône, dit au sulthan, après s'étpe prosternée, : «Sire , Aladdin mon fils n'ignore pas que ce présent qy'il epvoie à votre m^esl^ ^ ne soit beaucoup aurdessous de ce que mérite la princesse Qadroiilboudour ; ri espère n€^moi,ns que votre majesté l'^Uîii poui* agréable,, et qu'elle voudra bien le faire :9gré^ .au^si à I4 pfince^sç , avec d'aut^ifit plus c}^ GOD^^i^ce , qu'il a tâ^hé de se conformer à i9.ç<>Q* (li)ipp qu'^1 vous a plu de jui imppsert »
Le si|)tban n'était p^s en ^l^t de laire ^teiitioâ au coii^plint^t de la pière d'Al^ddin. Le premier coupd'œil jeté sur les quarante bassins d'or, pleins' à comble de joyaux les plus briUfin^ , les plus léclatans , le^ pins précieux quf l'on (SÛt jamais vus au monde, et. les qf^r^- vingts esclaves qyi paraissaient autant rie rpî^^tiMAt .par leur bofn?<eini^ que par la richesse et la magnificeoc^ ^urprmanUe de leur habilleni^ot 9 l'av^t frappé dQ j^fuiièr^ qu'il . ne . pou v^i t reyen ir de sou admÎK'^tiou. Au lieu de répondre au cpnipHm^fït de; 1m mèr<S' d'At^dip 9 il ^'^dressa 9U gr^ud vézyc, qu^ na pouvait comprendre: lui -même d'où une si grande profu^ipyidç lîches^^s pouvait êtf0 venues '( Hé bi^u ! wé;iyr , dit-il publiquem^ut j qm p«à3en-
CONTÉS ARABES. 30f
voos dé'cekrt, quel qu^il puisse être , qui trietisôiè un présent si riche et si eictraôrdinairé , et qiie ni moi', ni véus , ne connaissons pas ? Lé croyez-vons indigne d'épouser la princesse Badroulboudoar ma fille?»
Quelque jalousie et quelque douleur qu'eut le grai^l véayr dfe voir qtf un inconnu allait devenir le •gendre dit sulthan préférablement à son fils , il n -osa néammoins^ dissimuler son sentiment. Il était lirop visible que le présent d'Aladdin était plus que suffisain: pour mériter qu'il Ait reÇil dans une si haute allîamce. Il répondit donc au sqlthan, et en entrant dans son sentiment: « Siré , dit-il, bien- loi* d'avoir la penséfe que cèhli qîÉri fait à votre majesté un préseM si. dig=ne d'eHe , soit indigne de l'honneur qi»*eHe vêùtlui' faire , j'oserai*? dire qu'il mériteraSt davan^ tirge , w je n'étais persuadé qu'il n'y a pas de tréaibt sttt monde assez riche pour être mis dans la balance avec la princesse fille de votre majesté. » Les sei-^ giieuifs cte''ki cour qui éffaient de la séance du conseil , témoignèrent par leurs applaiidissemens que leurs afvis n'étaient pas diflTéren© âe celui du- gi^a'nd» vézyr.
Le sulthai^ né différa plus ^ il ne pensa pas même à s'inferrates' si- A-ladditi avait les autres qualité^' convenabfies à celwqwi pouvait aspirer à* de venir son g'(^*odre. La seule vue de tant de richesses imm<?iisess et Iftd^gence avec laquelle Aladdin venaitde satiisfeire à sa demande, sans avoir fortoélft moi^ldre difficulté sur des conditions aussi exorbitantes que celles qu^il Itin avait imposées^ lui p0t)suadèrent< gisement qu^il
3o2 LES MILLE ET UNE. NUITS,
ne lui manquait rien de tout ce qui pouvait le rendre accompli et tel qu'il le souhaitait* Ainsi , pour renvoyer ]a mère d'AJaddin avec la satisfaction quelle pouvait 4ésirer, il lui dit : <c Bonne femme, allez dire à votre fils que je l'attends pour le recevoir à bras ouverts et pour l'embrasser ; et que plus il fera de diligence pour venir recevoir de ma main le don que je lui fais de la princesse ma fille, plus il me fera plaisir. »
Dès que la mère d'Aladdin se fut retirée avec la joie dont une femme de sa condition peut être «capiable en voyant son fils parvenu à une si haute élévation contre .son attente , le sulthan mit fin à Taudience de ce jour ; et en. se levant de son trône , il ordonna que les eunuques attachés au service de la princesse vinssent enlever les bassins pour les porter à l'appartement de leur maîtresse , où il se rendit pour les examiner avec elle à loisir. Cet ordre fîit exécuté ^ur-le-champ par les soins du chef des çunuques«
Les quatre-vingts esclaves blancs et noirs ne furent pas oubliés : on les fit entrer dans l'intérieur du palais; et quelque temps après, le sultlmn qui venait de parler de leur magnificence à la princesse Badroulboudour , commanda qu'on les fit venir devant l'appartement , afin qu'elle les considérât au travers des jalousies , et qu'elle connût qij^e bien loin d'avoir rien exagéré danis le répit qu'il venait de lui dire , il lui en avait dit beaucoup moins que ce qui en était.
La mère d'Aladdin cependant arriva ehez elle avec un air qui annonçait assez la bonne nouvel^
CONTES A.RABES. 3o3
qu'elle apportait à son fils. « Mon fils , lui dit - elle , vous avez tout ^ujet d'être content : vojus êtes arrivé à l'acicomplissement de vos souhaits contre mon attente , et vous savez ce que je vous en avais dit. Afin de ne vous pas tenir trop long-temps en suspens , le sulthan , aux applaudissemens de toute sa cour , a déclaré que vous êtes digne de posséder la princesse Badro^lboudour. Il vous attend, pour, vous embrasser et pour conclure votre mariage. Cèst à vous de songer aux préparatifs de cette entrevue, afin qu'elle réponde à la haute opinion qu'il a conçue de votre personne ; mais, après ce que j'ai vu des merveilles que vous savez faire, je suis persuadée que ri^i n'y manquera. Je ne dois pas oublier de vous^ dire, encore que le sulthan vous attend avec impatience. Ainsi ne perdez pas de temps à vous rendre auprès de lui. »