‹ Les mille et une nuits: contes arabes (volume 2)Chapitre 15 sur 23 · CCCXX* NUIT · texte numérisé non relu

CCCXX* NUIT

khktiêin sauta légèremeiit dans le caveau , et il descendit jusqu'au bas dés degrés : il trouva les tt^is mWts dont le magicien africain lui avait ifeil la description. Il passa au travers avec d'autant plus de précaution , qu4I appréhendait de mourir a^il mantfiiait à observer soigneusement oe qui lui avait été prescrit. Il traversa le jardin sans s'arrêter^ monta sur la terrasse, prit la lampe allumée dans la^^niche, jeta la mécbe et la liqueur ; et en la voyant sans-hu^ nudité comaie le magicien le lui avait dit , il la mit clans son > sein ; il descendit de la terrasse , et cil 9'arrêta dans-le jardin pour en considérer les fruits qu'il n'avait vus qu'en passant. Les ari>res de ce jardin étaient tous chargés ^ fruits extraordinaires^ Ghakpxé arbre en portait de diffét^enfes couleurs : il y en avait de blancs ,^ de luisans et transparens comme le cristal , de rouges ^ les uns plus chargés, les autres

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moins; de verts, de bleus, de violets, jaunâtres, et de plusieurs autres sortes de couleurs. Les blancs étaient des perles; les luisans et transparens , des dîamans ; les rouges les plus foncés , de^ rubis ; letf autres moins foncés, des rubis balais; les > verts, des éméraudes ; les bleus , des turquoises ; les violets ; des. améthystes; ceux qui tiraient sur lé jaune, desl saphirs ; et ainsi des autres. Ces fruits étaient tomi d'une grosseur et d'une perfection au-dessus* de tout ce qu'on avait encore vu dans le monde. Aladdin qui n'ei^ connaissait ni le mérite ni la valeur , ne fut pas touché de la vue de ces fruits qui n'étaient pas* de son goût , comme l'eussent été des figues , des raisins, et les autres fruits excellens qui sont communs dans la Chine. Il n'était pas encore dans un âgé à en connaître le prix ; il s'imagina que tous ces fruits n'étaient que du verre coloré , et qu'ils ne; valaient pas davantage. Néanmoins la diversité dâ tant de belles couleurs, la beauté et la grosseur extraordinaire de chaqudt:J[ruit , lui donnèrent envie* d'en c^ueiltir. Il en prit plusieurs de chaque couleur , et il en emplit ses deux poches , et deux bourses toutes neuves que le magicien lui avait achetées avec l'habit dont il lui avait fart présent, afin qu'il n'eût rien que de neuf;' et comme les deux bourses ne pouvaient tenir dans ses poches qui étaient déjà pleines, i) les attacha de chaque coté à sa ceinturé;il' en enveloppa même dans les plis de sa ceinture , qui était d'une étoffe dé soie ample , et il les accbfti-' moda de manière qu'ils ne pouvaient pas tomber;

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il Q^oublia pas aussi ^en fourrer dans son sein , en-* tre sa roBe et sa chemise.

: Aladdin chargédelant de richesses, dont il ne ^connaissait .pas la valeur', reprit en diligence le cheinin des trob salles , pour ne pas bire attendre trop long -temps le magicien africain ; et après avoir passé à travers avec la même précaution qu'auparavant , il remonta par où il était descendu , et se présenta à Tentrée du caveau où le magicien africain Tjittendait avec impatience. Ai»sitôt qu Aladdin l'aperçut .: « Mon oncle , lui dit-il , je vous prie de Qie donner la main pour m'aider à monter. » Le magicien africain lui dit : « Mon fils, donnez -moi la lampe auparavant, elle pourrait vous embarrasser. » « Pardonnez-moi , mon oncle , reprit Aladdin , elle ne m'embarrasse pas; je vous la donnerai dès que je sersû monté. » Le magicien africain s'opiniâtra à vouloir qu' Aladdin lui mit la lampe ehtre les mains avant de le tirer du caveau; et Aladdin qui avait embarrassé cette lampe aVjOD tous œs fruits dont il s'était garni de tout côté, refusa absolument de là donner, qu'il ne fut dehors. Alors le magicien africain au désespoir de la résistance de ce jeune homme , entra dans une fureur épouvantable : il jeta un peu de son parfum sur le feu qu'il avait eu soin d'entretenir; et à peine eut-il prononcé deux paroles magiques, que la pierre qui servait à fermer l'entrée du caveau, se remit d'elle-même à sa place, avec la terre par-dessus , dans l'état oi^ elle était à l'arrivée du magicien africain et d' Aladdin.

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Il est certain que le magicien africain n'était pag frère de Mustafa te tailleur , comme il s'en était vanté, ni l'oncle d'Aladdin. Il était véritablement né en Afrique, et comme l'Afrique est un pays où l'oà est plus entêté de la magie que partout ailleurs,*- il s'y était appliqué dès sa jeunesse ; et après s'être occupé pendant plus de quarante années d'enchantémens , d'opérations de géomance , de fumigations et de lectures de livres de magie , il était en6n parvenu à découvrir qu'il y ^vait dans le monde une lampe fherveilleuse , dont la possession le rendrait plus puissant qu'aucun monarque de l'univers , s'il pouvait en devenir le possesseur. Par une dernière opération de géomance , il avait connu que cette lampe était dans un endroit souterrain au milieu de la Chine , aux lieux et avec «toutes les circonstances que nous venons de voir. Bien persuadé de la vérité de cette découverte, il était parti de l'extrémité de l'Afrique; et j après un voyage long et pénible , il était arrivé à la ville qui était voisine du trésor; mais, quoique la lampe fut certainement dans le lieu dont il avait connaissance , il ne lui était pas permis de l'enlever lui-même , ni d'entrer en personne dans le souterrain oïl elle était. Il fallait qu'un autre y descendît, l'allât prendre, et la lui mit entre les mains. C'est pour*

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quoi il s'était adressé à Aladdin qui lui avait paru un jeune enfant sans conséquence , et très-propre à lui rendre le service qu'il attendait de lui , bien résolu , dès qu'il aurait la lampe dans ses mains , de faire la dernière fumigation dont nous avons parlé, 4e prononcer les deux paroles magiques qui devaient faire Felfet que nous avons vu , et sacrifier le pauvre Aladdin à son avarice et à sa méchanceté , afin de n'en avoijr pas de témoin. Le soufflet donné à Aladdin , et l'autorité qu'il avait prise sur lui , n'avaient pour but que de l'accoutumer à le craindre et à lui xjhéir exactement, afin que, lorsqu'il lui demanderait cette fameuse lampe magique , il la lui donnât aussitôt ; mais il lui arriva tout le contraire de ce qu'il s'était proposé. Enfin, il n'usa de sa méchanceté avec tant de précipitation, pour perdre le pauvre Aladjim , que parce qu'il craignit que s'il contestait plus long - temps avec lui , quelqu'un ne vînt à les entendre, et ne rendît ^public ce qu'il voulait tenir très-caché.

Quand le magicien africain vit ses grandes et iielles espérances évanouies pour jamais, il n'eut pas -d'autre parti à prendre que celui de retourner en Afrique ; c'est ce qu'il fit dès le méiïie jour. Il prit sa route par des détours , pour ne pas rentrer dans la ville d'pù il était sorti avec Aladdin. U avait à craindre en effet d'être observé par plusieurs per- < sonnes qui pouvaient l'avoir vu se promener avec cet enfant , et le voir revenir sans lui.

Selon toutes les apparences , on ne devait plus en-

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tendre parler d'Ataddin ; niais cçlui-]à mèn^ qui avait cru le perdre pour Jamais, n avait pas faltatteor tion qu'il lui avait mis au doigt un anneau qui pouvait servir à le sauver. En e£fet , oç fut cet anneau qui fut cause du salut du jeune, homme , qui n'en savait nullement la vertu ; et il est étonnant que cette perte , jointe à celle de la lampe , n'ait pas jeté ce magicien dans le dernier désespoir. Mais les magiciens sont si accoutumés aux disgrâces et aux évènemens contraires à leurs souhaits , qu'ils ne cessent tant qu'ils vivent , de se repaître de fumée , de chimères et de visions.

Aladdin qui ne's'attendaitr«pas à la méchanceté de son faux oncle ^ après les (^a^e^^t le ^iep qu'il liii avjait fait , fut dans un étpunea^oent qu'il ^t plus ;ii^ d'iipagiqer que de décrire. Quand il se yit.eateri^ tout vif, il appela mille fois son oncle, e» criwBt 'qu'il était prêt à lui donner la lampe ; mais «^ m$ étaient inutiles , et il n'y avait pa^ moyen d'être ^n* tendu ; ainsi il demeura dans les ténèbres et dans r<^curité. Enfin, après avoir séché se^s JarpA^s,^ il descendit jusqu'au bas de l'escaliçr du caveai^^^Qur aller chercher la lumière dans le jardio où il avait d^a passé ; mais le mur qui s'était Ouvert d'abord , s'était refermé et rejoint .ff^r. lua aulre enckmtemmti. U tâtonne devant lui à droite et à gauche pap plusi^^rs fois , et il ne trouve plus de por|^ : H r^do^ble sm cris, et ^s pleurs , et il s'assagit ^r les degfés islu cayeau , sans espoir de revoir jumais la lumière , et avec la triste certitude d'wie mort prochaine.

a'3â LES MILLE ET UITE NUITS,

.Aladdin demeura deux jours en cet état, sans manger et sans boire : le troisième jour enfin, en regardant la mort comme inévitable , il éleva lés mfiins en les joignant ; et avec une résignation entière à la volonté de Dieu , il s'écria :

« Il n'y a de force et de Jouissance qu'en Dieu ,

LE très-haut , LE TRÈS-GRAND !»

CCCXXir NUIT.

Dans cette action, il frotta, sans y penser, Panneau qUe le tnagici en africain lui avait mis au doigt , et dont il ne connaissait pas encore la vertu. Aussitôt un génie d'une figure énorme et d'un regard épouvantable â'éleva devant lui comme de dessous la terre, jusqu'à ce qu'il atteignit de la tête à la voûte , et dit à Aladdin ces paroles :

« Que veux-tu? Me voici prêt a t'obêir comme

TON ESCLAVE , ET l'eSCLAVE DE TOUS CEUX QUI ONT l'anneau au DOIGT, MOI ET LES AUTRES ESCLAVES DE l'anneau. »

En tout autre temps et en toute autre occasion , Aladdin qui n'était pas accoutumé à de pareilles visions , eût pu être saisi de frayeur, et perdre la parole à la vue d'une figure si^ extraordinaire ; mais occupé Uniquement du danger présent oii il était, il répondit sans hésiter : k Qui que tu sois, fais-moi sortir de ce lieu , si tu en as le pouvoir. » A peine

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eut-il prononcé ces paroles , qae la terre s'ouvrit , et qu'il se trouva hors du caveau , et justement à l'endroit où le magicien l'avait amené.

On ne trouvera pas étrange qu'Aladdin , qui était demeuré si long-temps dans les ténèbres les plus épaisses, ait eu d'abord de la peine à soutenir le grand jour ; il y accoutuma ses yeux peu à peu ; et en regardant autour de lui , il fut fort surpris de ne pas voir d'ouverture sur la terre. Il ne put comprendre de quelle manière il se trouvait si subitement hors de ses entrailles ; il n'y eut que la place où les broussailles avaient été allumées , qui lui fit reconnaître à peu près où était le caveau. Ensuite en se tournant du côté de la ville, il l'aperçut au milieu des jardins qui l'environnaient ;'il reconnut le chemin par où le magicien* africain l'avait amené. Il le reprit en rendant grâces à Dieu de se revoir une autrefois au monde après avoir désespéré d'y revenir jamais. Il arriva jusqu'à la ville, et se traîna chez lui avec bien de la peine. En entrant chez sa mère , la joie de la revoir , jointe à la faiblesse dans laquelle il était de n'avoir pas mangé depuis près de trois jours , lui causèrent un évanouissement qui dura quelque temps. Sa mère qui l'avait déjà pleuré , le croyant perdu ou mort, en le voyant en cet état , n'oublia aucun de ses soins pour le faire revenir. Il revint enfin de son évanouissement; et les premières paroles qu'il prononça, furent celles-ci : <c Ma mère , avant toute chose , je vous prie de me donner à manger ; il y a trois jours que je n'ai pris quoi que ce soit. » Sa mère lui apporta ce qu'elle

avait , et en le. mettant devant lui : «Mon fils , lui dit -elle, ne vous pressez pas; cela est dangereux; mangez peu à. peu et à votre aise , et ménagez-vous dans le grand besoin que vous en avez. Je ne veux pas même que vous me parliez ; vous aurez assez de temps pour me raconter ce qui vous est arrivé , quand vous serez bien rétabli. Je suis toute consolée de vous revoir , après l'-af&iction où je me suis trouvée depuis vendredi , et toutes les peines que je me suis données pour apprendre ce que vous étiez devenu y dès que j'eus vu qu'il était nuit , et que vous n'étiez pas revenu à la maison: »

Aladdin suivit le conseil de sa ^ère., il mangea tranquillement et peu à. peu, et il but à proportion. Quand il eut achevé : a Ma mère , dit-il , J'aurais de grandes plaintes à vous ùàre sur ce que vous m'avez abandonné avec tant de. facilité à la discrétion d'un homme qui avait le dessein de me perdre , et qitii tient ,^ à l'heure que je vous parle , ma mort si certaine, qu'il ne doute pas, ou que je ne suis plus en vie , ou que je ne doive la perdre au premier jour; mais vous avez cru qu'il était mon. onde, et je l'ai cru comme vous. £h! pouvions-nous avoir d'autre pensée sur un homme qui m'accablait de caresses et. de bieps , et qui me faisait tant de promesses avantageuses ? Sachez , ma mère , que ce n'est qu'un traître , un méchant , un fourbe ! Il ne m'a fkii tant-4e bien et tant de promesses , qu'afin d'arriver au but qu'il s'était proposé de me perdre , comme je l'ai dit , sans<que ni vous ni moi nous puissions en deviner

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la cause. De mon eôté , je puis assurer que je ne lui ai donné aucun sujet qui méritât le moindre mauvais traitement. Vous, le comprendrez vous - même par le récit fidèle que vous allez entendre de tout ce qui s'est passé depuis que je me suis séparé de vous, jusqu^à l'eKécution de son pernicieux dessein. » . Aladdin commença à raconter à sa mère tout ce qui lui était arrivé avec le magicien, depuis . le vendredi qu'il était venu le prendre pour le mener avec lui voir 1q3 palais et les jardins qui étaient hors de la ville ; ce qui lui arriva dans le chemin , jusqu'à l'endroit oii se devait opérer le grand prodige du magicien; il lui dit comment avec un parfum jeté dans le feu et quelques paroles magiques , la terre s'était ouverte en un instant • et avait laissé voir l'etitrée d'un caveau qui conduisait à un trésor inestimable. U n'oublia pas le souffltt qu'il avait reçu du magicien , et de quelle manière , après ^'étre un peu radouci, ce fourbe l'avait engagé par de grandes promesses , et en lui mettant son anneau - au doigt , à descendre d^ns le caveau. Il n'omit aucune circonstànoe de tout ce qu'il avait vu en passant et en re- {)assant dans les trois salles , dans le jardin et sur la terrasse oii il avait pris la lampe merveilleuse , qu'il montra aussi bien que les fruits transparens et de différentes couleurs qu'il avait cueillis dans le jardin en «'en retournant. U y joignit deuï bourses pleines qu'il donna à sa mère, et dont elle fit peu de cas. Ces fruits étaient cependant des pierres précieuses. L'éclat, brillant comme le soleih, qu'ils rendaient à

la faveur d'une lampe qui éclairait la chambre , devait faire juger de leur grand prix ; mais la mère d'Aladdin n^avait pas sur cela plus de connaissances que son fils. Elle avait été élevée dans une condition très-médiocre , et son mari n'avait pas eu assez de biens pour lui donner de ces sortes de pierreries. D'ailleurs, elle n'en avait jamais vu à aucune de ses parentes ni de ses voisines. Ainsi, il ne faut pas s'étonner si ' elle ne les regarda que comme des choses de peutde valeur , et bonnes tout au plus à récréer la vue par la variété de leurs couleurs ; ce qui fit qu'Aladdin les mit derrière un des coussins du sofa sur lequel il était assis. Il acheva le récit de son aventure , en lui disant , que quand il fut revenu , et qu'il se fût présenté à l'entrée du daveau , prêt à en sortir , sur le refbs qu'il avait fait au magicien de lui donner la lampe qu'il voulait avoir , l'entrée du caveau s'était refermée en un instant , par la force du parfum que le magicien avait jeté sur le feu qu'il n'avait pas laissé éteindre , et des paroles qu'il avait prononcées. Mais il n'en put dire davantage sans verser des larmes , en lui représentant Tétat malheuretix . où il s'était trouvé lorsqu'il s'était vu enterré tout vivant daiis le fatal caveau , jusqu'au moment où il en était sorti, et où, pour ainsi dire, il était revenu au monde par l'attouchement de son anneau , dont il ne connaissait pas encore la vertu. Quand il eut fini- ce récit : « H n'est p'îas nécessaire de vous en dire* davantage , dit-il à sa mère, le reste vous est connu. Voilà quelle a été mon aventure, et quel est

le danger que j'ai couru depuis que vous ne m'avez vu. »

La mère d'Àladdin eut la patience d'entendre , sans l'interrompre, ce récit merveilleux, et surprenant, et en même temps si affligeant pour une mère qui aimait son fil^ tendrement, malgré ses défauts. Néanmoins , dans les endroits les plus touchans , et qui montraient davantage la perfidie du magicien africain, elle. ne put contenir son indignation; mais dès qu'Aladdin. eut achevé, elle se déchaîna en mille injures contre cet imposteur : elle l'appela traître , perfide, barbare, assassin, trompeur, magicien, ennemi et destructeur du genre humain. « Oui , mon fils, ajouta- t-elle, c'est un magicien, et les magiciens sont des pestes publiques : ils ont commerce avec les démons parleurs enchanteHens et par leurs sorcelleries. Béni soit Dieu , qui n'a pas voulu que sa méchanceté insigne eût son. entier effet contre vous ! Vous devez bien le ren^ercier de la grâce qu'il vous a faitei "^otre mort était inévitable, si vous ne vous fussiez souvenu de lui, et si vous n'eussiez imploré son secours, n £lle dit encore beaucoup de choses , en rappelant toujours la trahison que le magicien avait faite à son fils; mais en parlant, elle s'aperçut qu'Aladdin, qui n'avait pas dormi Hepuis trois jours, avait besoin de repos. Elle le fit coucher; et peu de temps après elle se coucha aussi.-

a38 LES MILLE ET UNE NHITS,

CCCXXIir NUIT.

Alàdjdin, c[ui n'avait pris aucun repos lians le lieu souterrain où il avait été enseveli, dormit toute la nuit d'un profond sommeil, et ne se réveilla le lendemain que fort tard. Il se leva; et la première chose qu il dit à sa mère y ce fut qu'il avait besoin de mander, et qu'elle ne pouvait lui faire un plus grand plaisir que de lui donner à déjeuner^ » Hélas , mon fils, lui répondît-elle, je n'ai pas seulement un morceau de pain à vous donner, vous mangeâtes hier au soir le. peu de provisions qu'il y avait dans Ul maison ; mais donnez- vims un peu de patience , je ne serai pas long- temps à vous en apporter. J'ai un peu de fil de coton de mon travail ; je vais le vendre, afin de vous acheter du pain et quelque chose pour notre dîner. ».« Ma' mère, reprit Aladdin, réservez votre fil de coton pour une autre fois v et donnezmoi la lampe que j'apportai hier; j'irai la vendre^ et' l'argent que j'en aurai servira- à nous avoir de quoi déjeuner et dîner, et peut-être de quoi souper.^

La mère d' Aladdin prit la lampe où elle l'avait mise, a La voilà ^ dit-elle à son fils, mais elle est bien sale, pour peu qu'eUosoit nettoyée, je crois qu^elle en vaudra quelque chose davantage.» Elle prit de l'eau et un peu de sable fin pour- la nettoyer; mais à peine eut-elle commencé à frotter cette lampe ,

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qu'eii un instant, en présence* de son fils, un génie hideux et d'une grandeur gigantesque s'éleva, parut devant elle, et lui dit d'une voix tonnante :

« Qms VETTX-TTT ? ME VOICI PRÊT A t'oBIÉIR COMME TON ESCLAVE, ET CELtTI DE TOUS CETTX QUI ONT LA LAMPlS A LA MAIir , MOI AVEC LES AUTRES ESCLAVES DE LA LAMPE ! »

La mère d'Âladdin n'était pas en état de répondre: sa vue n'avait pu soutenir la figure hideuse et épou^ vantable du génie ; et sa frayeur avait été si grande dès les premières paroles qu'il avait prononcées , qu'eUe était tombée évanouie.

Aladdin qui avait déjà eu une apparition à peu près semblable dans le caveau, sans perdre de temps ni le jugement, se saisit promptement de la lampe, et en suppléant au silence m sa mère, il répondit pour elle d'un ton ferme. «J'ai faim, apportez-moi de quoi manger. » Le génie disparut, et un instant après il revint chargé d'un grand bassin d'argent quMl portait sut sa tête , avec douze plats couverts de même métal, pleins d'excellens mets, avec six grands pains blancs comme neige sur les plats , deux bouteilles de vin exquis, et deux tasses d'argent à la main. Il posa le tout sur le sofa , et aussitôt il dis* . parut.

Gela se fit en si peu de temps, que la mère d'Aladdin n'était pas encore revenue de son évanouissement quand le génie disparut pour la seconde fois. Afaddin qui avait déjà commencé inutilement à lui jeter de l'eau sur le visage, se mit en devoir de re-

a4« lks mille et une nuits,

commencer pour la faire revenir ; mais soit qoe les esprits qui s'étaient dissipés , se fussent enfin réunis , ou que l'odeur des mets que le génie venait d'apporter y eût contribué pour quelque chose, elle revint dans le moment. «Ma. mère, lui dit Aladdin, cela n'est rien ; levez-vous et venez manger j voici de quoi vous remettre le cœur , et en même temps de quoi satisfaire au grand besoin que j'ai de manger. Ne laissons pas refroidir de si bons mets, et

mangeons. »

La mère d'Aladdin fut octrémement surprise quand elle vit le grand bassin, les douze plats, les six pains, les deux bouteilles et les deux tasses, et qu'elle sentit l'odeur délicieuse exhalée par tous ces plats. <c Mon fils , demanda-t-elle à Aladdin , d'où nous vient cette abondance, et àlUljui sommes-nous redevables d'une si grande libéralité ? Le sulthan aurait - il eu connaissance de notre pauvreté, et aurait-il eu compassion de. nous? » « Ma mère , reprit Aladdin, mettons-nous à table et mangeons, vous en avez besoin aussi bien que moi. Je vous dirai ce que vous me demandez , quand nous aurons déjeuné. » Us se mirent à table ^ et ils mangèrent avec d'autant plus d'appétit, que la mère et le fils ne s'étaient jamais

trouvés à une table si bien fournie.

Pendant le repas, la mère d'Aladdin ne pouvait se lasser de regarder et 4'admirer le bassin et les plats , quoiqu'elle ne sût pas trop s'ils étaient d'ar'gent ou d'une autre matière, tant elle était peu accoutumée à en voir de pareils ; et, à proprement

CONTES A^RABES. '2^V

parier , il n'y avait que la nouveauté qui la tenait en admiration , et son fils Aladdin n'avait pas plus de connaissance qu'elle sur le prix de ces objets précieux.

Aladdin et sa mère , qui ne croyaient faire qu'un simple déjeuner , se trouvèrent encore à table à l'heure da dîner : des mets si excellens les avaient mis en appétit ; et pendant qu'ils étaient t;hauds , ils crurent qu'ils ne fixaient pas mal de joindre les deuit repas ensemble , et de n'en pas faire à deux fois. Le double repas étant fini , il leur resta non-setilement de quoi souper, mais même assez encore pour en faire deux antres repas aussi forts le lendemain.

X^and la mère d' Aladdin eut desservi et mis à part les viandes ai^quelles ils n'avaient pas touche , elle vint s'asseoir sur le sofa auprès de son fils. « Alad-* ' din , lui dit-elle , j'attends que vous satis&ssiéz à Pimpatience où je suis d'entendre le récit que vous m'avez promis. » Aladdin hii raconta exactement tout ce qui s'était passé entre le génie et lui pendant son évanouissement , jusqu'à ce qu'elle fut revenue à elle.

La mère d' Aladdin était dans un grand étonnement du discours de son fils et de l'apparitioh du génie : <c Mais, mon fils , reprit-elle, que voulez-vous dire avec vos génies? Jamais , depuis que je suis au monde,* je n'ai entendu dire que- personne de ma connaissance en eût vu. Par quelle aventure ce vilain génie est-il venu se présenter à moi ? Pourquoi s'est-il adressé à moi et non pas à vous, h qui il a déjà apparu dans le caveau du trésor ? »

ir. i6

1^2 LKS MILLE ET UJTE NUITS,

. tf Ma mère, repartit Aladdin , le génie qui vient de vous apparaître , n'est pas le même qui m'est apparu : ils se ressemblent en quelque manière par leur- grandeur de géant , mais ils sont entièrement différens par leur mine et par leur habillement; aussi sont-ils à différens maîtres. Si vous vous en souvenez , celui que j'ai vu s'est dit esclave de l'anneau que j'ai au doigt , e^ celui, que vous venez de voir s'est dit esclave de la lampe que vous aviez à la main. Mais je ne crois pas que vous l'ayez entendu : il me semble en effet que vous vous êtes^ évanouie dès qu'il a commencé à parler. »

d Quoi ! s'écria la mère d' Aladdin , c'est donc votre lampe qui est cause que ce mauvais génie s'est adressé à moi plutôt qu'à tous ? Ah! mon fils, ôtezla de devant mes. yeux et la mettez où il vous plaira, je ne veux plus y toucher. Je consens qu'elle soit jetée ou vendue^ plutôt que de courir le risque de mou* rir de frayeur en la touchant. Si vous me croyez , vous vous déferez aussi de l'anneau. Il ne faut pas avoir commerce avec des génies : ce sont des- démons ; et notre prophète l'a. dit. »

<c Ma mère , avec votre permission , reprit Aladdin , je me garderai bien présentement de vendre , comme j'étais près de le faire tantôt , une lampe qui va nous être si utile à vous et à moi. Ne voyez «vous pas ce qu'elle< vient de nous procurer ? Il faut qu'elle epntinue de nous fournir de quoi nous nourrir et nous entretenir. Vous devez juger comme moi que ce n'était pas sans raison que mon faux et méchant

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oncle s^était donné tant de peine , et avait entrepris un si long et si pénible voyage, puisque c'était pour parvenir à la possession de cette lampe merveilleuse , qu'il avait préférée à tout l'or et l'argent qu'il savait être dans les salles, et que j'ai vu moi-même, comme il m'en avait averti. Il savait trop bien le mérite et la valeur de cette lampe, pour ne rien demander autre chose d'un trésor si riehe. Puisque le hasard nous en a fait découvrir la vertu , faisons - en un usage qui nous soit profitable ^ mais sans éclat , et de manière à ne pas nous attirer l'envie et la jalou^ sie de nos voisins. Je veux bien l'ôter de devant vos yeux, et la mettre dans un lieu oîi je la trouverai quand il en sera besoin , puisque les géhies vous font tant de frayeur. Pour ce qui est de l'anneau , je ne saurais aussi me résoudre à le jeter : sans cet anneau vous ne m'eussiez jamais revu ; et je ne vivrais peut-être pas à l'heure qu'il est , ou du moins , ce ne serait sans doute que pour peu de momens. Vous me permettrez donc de ie gtirder, et de le porter toujours au doigt bien précieusement. Qui sait s'il ne m'arrivera pas quelque autre danger que nous ne pouvons prévoir ni vous ni moi, dont il pourra me délivrer ? » Gemmé le raisonnement d'Aladdin paraissait assez juste , sa mère n'eut rien à lui répliquer. « Mon fils , lui dit-elle , vous pouvez faire comme vous l'entendez ; pour moi je ne Voudrais pas avoir affaire aVec des génies. Je vous déclare que je m'en lave les mains , et que je ne Vous en parlerai pas davantage. »

a44 ^'^'^ MILLE ET UNE NUITS,

CCCXXIV NUIT.

Le lendemain au soir après le souper , II ne resta rien de la bonne provision que le génie avait apportée. Le jour suivant , Aladdin qui ne voulait pas attendre que la faim le pressât, prit un des plats d^argent sous sa robe, et sortit du matin pour l'aller vendre. Il s'adressa à un juif qu'il rencontra dans son chemin ; il le tira à l'écart ; et , en lui montrant le plat , il lui demanda s'il voulait l'acheter.

Le juif rusé et adroit , prend le plat , l'examine ; et il n'eut pas plutôt connu qu'il était de bon argent , qu'il demanda à Aladdin combien il l'estimait. Aladdin qui n'en connaissait pas la valeur , et qui n'avait jamais fait commerce de cette marchandise , s^ contenta de lui dire qu'U savait bien lui-même ce •que ce plaît pouvait valoir , et qa'il s'en rapportait à sa bonne foi. Le juif se trouva èndbarrassé de l'ingénuité d' Aladdin. Dans l'incertitude où il était de savoir si Aladdin en connaissait la matière et la valeur ^ il tira de sa bourse une pièce d'or qui ne faisait au plus que la soixante-deuxième partie de la valeur du plat , et il la lui présenta. Aladdin prit la pièce avec un grand empressement , et dès qu'il l'eut dans la main, il se retira si prùmptement, que le juif, non content du gain exorbitant qu'il faisait par cet achats fut bien fâché de n'avoir pas deviné qu'Alad-

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din ignorait le prix de ce qu'il lui avait, vendu, et qu'il aurait pu lui en donner beaucoup moins. Jl fut sur le point de courir après le jeune homme , pour tâcher de retirer quelque chose de sa pièce d'or ; mais Aladdin courait, et il était déjà si. loin, qu'il aurait eu de la peine à le joindre.

Aladdin s'en retournant chez sa mère , s'arrêta à la boutique d'un boulanger, chez qui il fit la provision de pam , et qu'il paya sur sa pièce d'or , que le boulanger lui changea. En arrivant il donna lé reste à sa mère , qui alla au marché acheter les^ provisions nécessaires pour vivre tous les deux pendant quelques jours.

Ils continuèrent à vivre ainsi, c'est-à-dire qu'Aladdin vendit tous les plats au juif- l'un après l'autre jusqu'au douzième , k mesure que l'argent venait à manquer dans la maison. Le juif qui avait donné une pièce d'or du premier, n'osa lui offrir, moins des autres , de crainte de perdre une si bonn^ aubaine: il les paya tous sur le m^me pied. Quand l'afgent du dernier plat fut dépensé, Aladdin eut recours au bassin, qui pesait lui seul dix fois autant qtie chaque plat. Il voulut le porter à son marchand ordhiaire ,, mais son grand poids l'en empêcha. Il fut donc obligé d'aller chercher le juif qu'il amena chez sa n^ère ; et le juif, après avoir examiné le poids du bassin , lui compta sur - le - champ dix pièces d'or , dont Aladdin se contenta.

Tant que les dix pièces d'or durèrent , elles furent employées à la dépense journalière de la maison. Alad-

%tfi LES MILLES 1£T Ulf£ ITUITS,

4in cependant, accoutumé à une vie oisive, s'était abstenu de jouer avec les jeunes gens de «on âge , depuis son aventure avec le magicien africain. Il passait les journées à se promener , ou à s'entretenir avec des gens dont il avait fait la connaissance* Quelquefois il s'arrêtait dans les boutiques de gros marchands , où il prétait Foreille aux entretiens de gens de distinction qui s'y arrêtaient, ou qui, s'y trouvaient comme à une espèce de rendez-vous ; et ces entretiens lui donnèrent peu à peu quelque Connaissance dn monde.

Quand il ne resta plus rien -des dix pièces d'or , Aladdin eut recours à la lampe : il la prit à la main , chercha le même endroit que sa mère avait touché; et commpe il Peut reconnu à l'impression que le sable y avait laissée, il la frotta comme elle avait fait; aussitôt le même génie qui s'était déjà fait voir.,^ se présenta devant lui ; mais comme Aladdin avait frotté la lampe plus légèrement que sa mère , il lui parla aussi d'un, ton plus radouci :

. « Que veux-tu , lui dit-il dans les mêmes termes qu'atÉparavant ? Me voici prêt a t'obéir gomme tok

JEISGLAVE , ET CELUI DE TOUS CEUX <^Vl GITT LA LAMPS A LA HA1I9: , MOI ET lES AUTRES ESCLAVES DE LA HaMA , COBOIË MOI !»

Aladdin lui dit : <c ï'ai faim , apporte-moi de quoi ifianger. )> Le géant disparut, et peu de temps après il reparut , chargé d'un service de table pareil à celui qu'il avait apporté la première fois ; il le posa sur le sofa , et dans le moment il disparut, >

COKT£S ARABES. %^'J

La.mère d'Aladdin , avertie du 'dessein de son fils, était sortie exprès pour quelque affaire , afin de tm se pajs trouver dans la maison dans le temps de l'apparition du génie. Elle rentra pen de temps aprèa^ vit la table ejt le buffet très^bien garnis, et (iemeura presqu'aussi surprise de Te&àt prodigieux de la lampe , qu'elle l'avait été la première fois. A]|^n et sa mère se mirent à table; et après le repas il leur re^ta encore de quoi vivre largement les deux joiu^ snivans. >

Dès qu'Aladdin vit qu'il n'y avait plus dans la maison ni pain , ni autres provisions , ni argent pour en avoir , il prit un plat d'argent , et alla chercher le juif qu'il connaissait, pqttr le luf vendre; En y allant il passa devant la boutique d'un orfèvre resi> pectable par sa vieillesse^ honnête homme , et d'une grande probité. L'orfeVre qui l'aperçut , l'appela et le fit entrer : <cMon fils, lui dit - il , }e vous ai déjà vu passer plusieurs fois , chargé comme vous fêtes à présent^ ailler trouver tel juif, et repasser peu de temps- après sans être chargé. Je me suis imaginé que 'VOUS lui vendez 'ce que vous portez. Mais votis ne savez peut-être pas que ce juif est tm trompeur ^ et même plus trompeur quû les autrds jui& , et qxi^ personne de ceux qui le connaissent ne veut avoir àf&ire à lui. Au reste, ce que je vous dis ici n'esè que pour vous faire {Saisir ; si vous voulez me mon^ trer ce que vous portez présentement , et que cela 8(Mt k vendre , je vous en donnerai fidèlenient son prix j si cela me convient , sinon je vous adres*

a48 LES MILLE ET U DTE . If U ITS ,

serai à d'autres marchands qui ne vous tromperont pas. »

, L'espérance de faire plus d'argent du plat fit qu'Aladdin le tira de dessous sa robe , et le montra à Forfevre. Le vieillard qui connut d'abord que le plat était d'argent fin , lui demanda s'il en avait vendu de semij^lables au juif, et combien celui-ci lés lui avait payés? Aladdin lui dit naïvement qu'il en avait vendu doji^e ^ et qu'il n'avait reçu du juif qu'une pièce d'or pour chacun. «Ah, Iç voleur, s'écria l'orfèvre! Mon fils, ajouta-t-il, ce qui est fait est fait : il. n'y faut plus penser ; mais quand vous saurez ce que vaut votre plat , qui est du meilleur argent dont nous nous servions dans nos boutiques , vous connaîtrez, combien le juif vous a trompé. »

L'orfèvre prit la balance, pesa le plat; et après avoir expliqué, à Aladdin ce que c'était qu'un, m^rc d'argent , combien il valait , et ses subdivisions , il lui fit remarquer que,, suivant le poids du plat, il valait soixante-douze pièces d'or , qu'il lui compta sur-le-champ en espèces, a Voilà , dit-il , la juste valeur de votre plat. Si vous en doutez , vous pouvez vous adresser à celui de nos orfèvres qu'il vous plaira ; et s'il vous dit qu'il vaut davantage , je vous promets de vous en payer le double. Nous ne gagnons que la façon dç l'argenterie que nous achetons, et c'est ce que les juifs les plus équitables ne font pas. »

.' Aladdin remercia bien l'orfèvre du bon conseil qu'il venait de lui donner , et dont il tirait déjà un

CONTES ARABES. H^i^

$i grand avantage. Dans la suite il ne s^adressa plus; qaà lui pour vendre les autres plats , aussi bien que lé bassin , dont la juste valeur lui fut toujours payée à proportion - de son poids. Quoiqu'Aladdin et sa mère eussent une source intarissable d'argent en leur lampe , ils continuèrent néanmoins de vivre toujours avec la même frugalité qu'auparavant , à U^serve de ce qu'Aladdin en mettait à piart pour s'entretenir honnêtement et pour se pourvoir des choses né»cessaires dans leur petit ménage. Sa mère de son coté ne prenait la dépense de ses habits, que sur ce que lui valait le coton qu'elle filait. Avec une conduite si régulière , il est aisé de juger combien de temps l'argent des douze plats et du bassin , selon lé prix qu'Aladdin les avait vendus, à l'orfèvre , devait leur avoir duré. Ils vécurent de la sorte pendant quelques années , avec le secours de la lampe qu'A* laddiû frottait de temps en temps.

• CCCXXV NUIT.

Dans cet intervalle, Aladdin qui ne manquait pas de se trouver avec beaucoup d'assiduité au ren4ezvous des personnes de distinction , dans les boutiques des phis gros, marchands de draps d'or et d'argçnt, d'étoffes de soie , de toiles les plus fines , et de joailleries, et qui se mêlait quelquefois dans leurs conversations, acheva de se former , et prit insensible-

a5o L£S MILLE £T VUE HUITS,

ment toates les manières du beau monde. Ce fût particulièrement chez les joailliers qu'il fut détronïpé de la pensée qu'il avait que les fruits transparens qu'il avait cueillis dans le jardin où il était allé prendre la lampe, n'étaient que du verre coloré : il y apprit que c'étaient des pierres de grand prix. A force df voir vendre et acheter de toutes sortes de ces pierreries dans leurs boutiques , il parvint à les connaître et à les apprécier ; et comme il n'en voyait pas de pareilles aux siennes, ni en beauté ni en grosseur , il comprit qu'au lieu de morceaux de verre qu'il avait regardés comme des bagatelles , il possédait up trésor inestimable. Il eut la prudence de n'en parler à personne, pas -même à sa mère; et il n'y a pas de doute que son silence ne lui ait valu la haute fortune où nous verrons qu'il s'éleva dans la suite.

Un jour en se. promenant dans un quartier de la ville, Aladdin entendit publier à haute voix un ordre du sulthan , de fermer les boutiques et les portes des maisons , et de se renfermer chacun chez soi , jusqu'à ce que la princesse Badroulboudour(E) , fille du sulthan , fût passée pour aller au bain , et qu'elle en fût revenue. '

Ce cri public fit naître à Aladdin la curiosité de voir la princesse à découvert ; mais il ne le pouvait qu'en se mettant dans quelque maison -de connaissance, et au travers d'une jalousie , ce qui ne le contentait pas , parce que la princesse , selon la coutume ,

(i) C/cst-à-dire , pleine luke des pleines lunes.

GONTK8 akabjëh; !ibl

(kvait avoir un voile sur le visage ^n allant au bain. Pour sati^aire sa curiosité , il s'avisa d'un înoyen qui lui réussit : il alla se placer derrière la porte du bain ', qui était disposée de manière qu'il ne pouvait manquer de la voir venir en face.

Aladdîn n'attendit pas long^ temps: la princesse parut, et, illa regarda au travers d'une feq|^ assez grande pour qu'il pût voir sans être vu. Elle était ac-' coimpagnée d'une grantte foule de ses femm^ et d'eu* nuques qui marchaient sur les cotés et à sa suite. Quand elle fut à trois ou quatre pas de la porte du bain , elle ota le voile qui lui couvrait le visage , et qui la gênait beaucoup; et de la sorte, Aladdip la vit d^u^ tant plus à son aise , qu'elle venait droit à lui.

Jusqu'à ce moment , Aladdin n'atvait vu d^autres femmes le visage découvert, que sa mère. La bonne femme était âgée , et n'avait jamais eu d'assez beaux traits pour lui faire juger que les autres femmes fussent plus belles: Il pouvait bien avoir entendu dire qu'il y en avait d'une beauté surprenante ; mais quelques paroles qu'on emploie pour, relever le mérite d'une beauté, jamais elles lie font l'impression que la beauté fait elle-même.

Lorsqu' Aladdin eut vu la princesse Badroulbou-^ dour, il perdit la pensée qu'il avait que toutes les femmes dussent ressembler à peu près à sa mère; ses sentimens se trouvèrent bien différens^ et son cœiir ne put refuser toutes ses inclinations à l'objet qui venait de le charmer. En effet , la princesse était la plus belle brune que Ton pût- voir au Inonde : eW^

avait les yeux grands, à fleur de tête, vifs et brillans, le regard doux et modeste, le nez d'un€ juste proportion et sans défaut, la bouche petite, les lèvres vermeilles et toutes charmantes par leur agréable symétrie; en un mot, tous les traits de son visage étaient d'une régularité accomplie. On i^e doit donc pas »'éionn^r si Aladdin fut ébloui et presque hors de lui-même à la vue de l'assemblage de tant de merveilles qui lui étaient inconnues. Avec toutes ces perfections, la princesse avait encore une riche taille, un port et un air majestueux, dont IVspect seul commandait le respect.

Quand la princesse fut entrée dans le bain, Aladdin demeura quelque temps interdit, et comme en extase , en se retraçant un objet dont il était charmé; il rentra enfin en lui-même; et en considérant que la princesse était passée, et qu'il garderait inutilement son poste pour la revoir à la sortie du bain, puisqu'elle devait lui tourner le dos et être voilée , il prit. le parti de l'abandonner et de se retirer.

Aladdin , en rentrant chez lui , ne put si bien cacher son trouble et son inquiétude, que sa mère ne s'en aperçût. Elle fut surprise de le voir ainsi triste et rêveur contre son ordinaire; elle lui demanda s'il lui était arrivé quelque chose, ou s'il se trouvait indisposé? Mais Aladdin ne lui fit aucune réponse, et il s'assit négligemment sur le sofa, où il demeura dans la même situation, toujours occupé à se retracer l'image de la charmante princesse BadroulboudouF. S^ mère qui préparait le soupe, ne le

CONTKS ARABES. a53

pressa pas davantage. Quand il fut prêt, elle le servit près de lui sur le sofa, et se mit à table ; mais oomme elle s'aperçut que son fils n'y faisait aucune attention, elle l'avertit de manger, et ce ne fut qu'avec bien de la peine qu'il changea de situation. 11 mangea beaucoup moins qu'à l'ordinaire , les yeux toujours baissés, et avec un silence si profond qu'il ne fut pas possible à sa mère de tirer de lui la moindre parole sur toutes les demandes qu'elle lui fit pour tâcher d'apprendre le sujet d'un changement si extraordinaire.

Après, le soupe elle voulut recommencer à lui demander d'oîi venait une si grande mélancolie; mais elle ne put en rien savoir, et Aladdin prit le parti de s'aller coucher, plutôt que de donner à sa mère la moindre satisfaction.

Le lendemain, comme il était assis sur le sofa visà-vis de sa mère qui filait du coton à son ordinaire, il lui parla en ces termes : « Je romps, lui dit-il , le silence que j'ai gardé depuis hier à mon retour de la ville; il vous a fait de la peine, et je m'en suis bien aperçu. Je n'étais pas malade, comme vous l'avez cru , et je ne le 'suis pas encore; mais je ne puis vous dire ce que je sentais ; ce que je ne cesse encore de sentir, est quelque chose de pire qu'une maladie. Je ne sais pas bien quel est ce mal , mais je ne doute pas que ce que vous allez entendre, ne vous le fasse connaître. On n'a pas su dans ce quartier, et ainsi vous n'avez pu le savoir , qu'hier la princesse Badroulboudour, fille du sulthan, alla au bain l'après-dînëe.

a54 t.ES IkXILLE ET UNE NUITS,

J'appris cette nouvelle en me promenant par la ville. On publia un ordre de fermer les boutiques et. de se retirer chacun chez soi , pour rendre à cette priii« cesse l'honneur qui lui est dû, et lui laisser les chemins libres dans les rues par où elle devait passer* Comme je n'étais pas éloigné du bain, la curiosité de la voir le visage découvert, me fit naître la pensée d'aller me placer derrière la porte du bain , en faisant réflexion qu'il pouvait arriver qu'elle ôterait son voile quand elle serait près d'y éntrer.Vous connaissez la disposition de la porte, et vous pouvez juger vous* ïnéme que je devais la voir à mon aise , si ce que je m'étais imaginé arrivait. ^ effet, elle ôta son voile, en entrant , et j'eus le bonheur de voir cette aimable princesse, avec la plus grande satisfaction du monde. Voilà , ma mère , la cause de l'état où vous me vîtes hier quand je rentrai, et le sujet du silence que j'ai gardé jusqu'à présent. Taime la princesse d'un amour dont la violence est telle que je ne saurais vous l'e^Lprimer; et comme ma passion augmente à tout moment, je sens qu'elle ne peut être satisfaite que par la possession de l'aimable princesse Badroulboudour; c'est ce qui fait que j'ai pris la ré^ solution de la faire demander en mariage au ^ulthan. i>

CONTES ARABF.S» ^55

CCCXXVFNUIT.

La. mère d*Aladdîn avait écouté le discours de son (ils avec assez d'attention jusqu'à ces dernières paroles;, mais quand elle eut entendu que son dessein était de faire demander la princesse Bradoulboudour en mariafge, elle ne put s'empêcher de l'interrompre par un grand éclat de rire. Aladdin voulut pour* suivre , mais en l'interrompant encore : a £h , mon Bis, lui dit-elle, à quoi pensez-vous? II faut que voi^s ayez perdu l'esprit, pour me tenir un pareil discours ! »

<cMa mère, reprit Aladdin, je puis vous assurer que je n'ai pas perdu l'esprit , je suis dans mon bon sens. J'ai prévu les reproches de folie et d'extravagance que vous me faites, et ceux que vous pourriez me fisiire; mais tout cela ne m'empêchera pas de vous dire encore une fois que ma résolution est prise de faire demander au , sulthan la princesse Badroulboudour en mariage.»

«En vérité^ mon fils, repartit la mère très -sérieusement, je ne saurais m'empêcher de vous dire que vous vous oubliez entièrement; et quand même vous voudriez exécuter cette résolution, je ne vois pas par qui vous oseriez faire faire cette demande au sulthan?» «Par vous-même, réphqua aussitôt le fils sans hésiter.» «Par moi^ s'écria la mère d'un air de

«urprise et d'éfonnement, et au sulthan! Âh! je me garderai bien de m'engager dans une pareille entreprise! Et qui êtes-vous, mon fils, continua-t-elle , pour avoir la hardiesse de penser à la fille de votre sulthan ? Âvez-vous oublié que vous êtes fils d'un des moindres tailleurs de sa capitale , et d'une mère dont (es ancêtres n'ont pas été d'une naissance plus relevée? Savez-vous que les sulthans ne daignent pas donner leurs filles en mariage, même à des fils.de sultbans qui n'ont pas l'espérance de régner un jpur comme eux ?»

(c Ma mère , répliqua Aladdin , je vous ai déjà dit que j'ai prévu tout ce que vous venez de me dire , et je dis la même chose de tout ce que vous y pourrez ajouter : vos discours ni vos remontrances ne me feront pas changer de sentiment. Je vous ai dit que je ferais demander la princesse, Badroulboudour en mariage par votre entremise : c'est une grâce que je vous demande avec tout le respect que je vous dois, et je vous supplie de ne pas me la* refuser, à moins que vous n'aimiez mieux me voir mourir que de me donner la vie une seconde fois. »

La mère d' Aladdin se trouva fort embarrassée, quand elle vit l'opiniâtreté avec laquelle Aladdin persistait dans un dessein si extravagant., ce Mon fils, lui dit-elle encore, je suis votre mère; et comme une bonne mère qui vous a mis au monde , il n'y a rien de rai^nnable ni de convenable à mon état ^t au vôtre , que je ne sois prête à faire pour l'amour de vous. S'il s'agissait de parler de mariage poiiii vous

COUTES ARABES. nS^J

ayec la fille de quelqu'un de nos voisins, d'une condition pareille ou rapprochée de la vôtre, je n'oublierais rien , et je m'emploierais de bon coeur en tout ce qvii serait de mon pouvoir :, encore pour y réussir faudrait-il que vous eussiez quelques biens ou quelques revenus , ou que vous eussiez un métier. Quand de pauvres gens comme nous veulent se marier, la première chose à quoi ils doivent songer, c'est d'avoir de quoi vivre. Mais sans faire réflexion sur là bassesse de votre naissance , sur le peu de mérite et. de biens que vous avez, vous prene2L. votre vol jusqu'au plus' haut degré deja fortune, et vos prétentions ne sont pas moindres que de. vouloir de* mander en mariage et d'épouser la fille- de votre souverain, qui n'a qu'à dire un mot pour vous précipiter et vous écraser. Je laisse à part ce qui vous regarde, c'est à vous à y faire les réflexions que vous dçvez , pour peu que vous ayez de bon sens. Je viens à ce qui me touche. Comment une penàée aussi extraordinaire que celle de vouloir que j'aille faire la proposition au sulthan de vous donner la princesse sa fille en mariage , a-t-elle pu vous venir dans l'esprit? Je suppose que j'aie, je ne dis pai^ la har^ diesse, mais l'effronterie d'aller me présenter devant sa majesté pour lui faire une demande. si extravagante , à qui m'adresserai -je pour-m'introduire.? Croyez-vous que le premier à qui j'en parlerais , ne me traiterait pas de. folle, et ne me chasserait pas indignement , comme je le mériterais? Je suppose encore qu'il n'y ait. pas de difficulté à se présenter à

^j8 les mille et une nuits,

Taudience du sulthan ; , je sais qu'il n y en a pas ifuand 6n s y présente pour Ini demander justice, et qu'il la rend volontiers à ses sujets , quand ils la lui demandent. Je sais aussi que quand on se présente à lui pour lui demander une grâce , il Taccordè avec plaisir , quand il voit qu'on la mérite et qu'on en est digne. Mais étes-vous dans ce cas-là • et croyezvous avoir mérité la grâce que vous voulez que J0 demande pour vous ? Quel service avez-vous rendu ^ votre prince ou à votre patrie , et en quoi vous r*tes-vous distingué ? Si vous n'avez rien fait pour mériter une si grande grâce , et que d'ailleurs vous h^^ soyez pas digne, de quel front pourrais-je la demander ? Comment pourrais-je seulement ouvrir ki bouche pour là proposer au sulthan ? Sa présence toute majestueuse , et l'édat de sa cour me ferme-^ raient la bouche aussitôt , à moi qui tremblais devant feu mon mari votre père, quand j'avais à lui demander quelque chose. Il y a une autre raison ^ mon fils , à quoi vous ne pensez pas, c'est qu'on ne se présenté pas devant nos sulthans s^ns un présent à la main, quand on a quelque grâce à leur demander. Les présens ont au moins cet avantage, que s'ils refusent là grâce , pour les raisons qu'ils peuvent avoir, ils écoutent au moins la demande et celui qui la fait, sans aucune répugnance. Mais quel présent avezvous à faire ? Et quand vous auriez quelque chose qui fut digne de la moindre attention d'un si grand monarque, quelle proportion y aurait -iF de votre présent avec la demande' que vous voulez lui faire ?

Rentrez cb vous-même, et songez que vous aspirez à.une <ihôse qu'il vous est impossible d'obtenir. » . Aladdin écouta fort tranquillement tout ce we sa mère put lui dire pour tâcher de le détourner de son dessein; et après avoir fait réflexion sur. tous les points de sa remontrance, il prit enfin la parole^ et il lui dit : a Ta voue ,. m^ mère^^ue c'est, une grande ténieiriteà.,moi d'oser porter me^. prétentions aussi loin ^^ une grande étourdérie d'avoir exjgé de vous aveâ' tent dé chaleur et de promptitude , que vous alliez. feire .1^ proposition de mon mariage, au sultban y san^' prendre auparavant les moj^ens t propre' à vous procurer une audience et ua accueil' favo* ral>les.. Je> vous en demande ■ pardon ;.- ^mais ;:dan8 la violefnce de la passion qui mé pos^e, nfi.vous étonner piis si d'iabord . jie n'ai pas. envissfgéc^put ce qui. peut »ervit- à. me procurer le repos que je cherche. J'aimi^. la princesse JB^adroulboudour au-delà de ee qu0 vous poui/^ez vous imaginer, et;jç persévère, touj<>ur8 dana le dessein de l'épouser : o'éfit. une chose ^rr^jtée et résolue dans mon esprit. Je vous suis obligé de l'ouverture' que vpus venez de me faire : je la regarde comme la première idçmardié qui doit me procurer Theureux succès que je me promets. Vous me dites que ce n'est pas la coutume de se présenter devant le sulthan sans un présent à la main , et que je n'ai rien qui soit digne de lui. Je tombe d'accord sur le présent , et je vous avoue que je n'y avais pas pensé. Mais quant à ce que vous me dites que je n'ai rien qui puisse lui être présenté ,

aÔO LES MILXE ET UNE JSfUlTS,

croyez -VOUS, ma mère, que ce -^ que j'ai apporté le jour que je fus délivré d'une mort inévitable comme vous le savez , ne soit pas de quoi faire un présent très * agréable au sulthan? Je parle de' ce que j'ai apporté dans les deux bourses et dans ma ceiiiture , et que nous avons pris , vous et moi , pour des verres colorés; mais à présent je suis détrompé, et ja vous apprends , ma mère, que ce sont des pierreries d'un prix inestimable , qui ne conviennent qu'à de grands monarques. J'en ai connu 1^ mérite en fréquentant les boutiques de joailliers , et vous pouvez m'en croire sur ma parole. Toutes celles' que j'ai vues chez nos marchands joailliers, ne sont pas comparables à celles que nous possédons, ni en grosseur, ni en beauté; et cependant ils les font monter. à des prix excessifs. A la vérité nous ignorons vous et moi le prix des nôtres. Quoi qu'il en puisse être, autant que je *puis en juger par le peu d'expérience que j'en ai, je suis persuadé que le présent ne peut être que très->agréable au sulthan. Vous avez un vase de porcelaine assez grand et d^une f^rme très-propre pour lés contenir; apportes^ - le , et voyons Teffet qu'elles fei:k>nt .quand nous les y aurons arrangées selon leurs différentes couleurs. »

CONTES A^RABES. Sl6l

CCCXXVir NUIT.

La mère d'Aladdin apporta le vase, et Aladdin tira les pierreries des deux bourses, et les arrangea dedans. L'effet qu'elles firent au grand jour par la^ variété de leurs couleurs , par leur éclat et par leur brillant fut tel que la mère et le fils en demeurèrent presqu'éblouis : ils furent dans un grand étonnement, car ils ne les avaient vues l'un .et l'autre. qu'à la lumière d'une lampe. Il est vrai qu' Aladdin les avait ' vues chacune sur leur arbre , comme des fruits qui devaient offrir un spectacle ravissant ; mais comme il était encore enfant , il n'avait regardé ces pierreries que comme des bijoux propres 'à jouer ; et il ne s'en était chargé que dans cette vue, et sans autre cotmaissance.

Après avoir admiré quelque temps la beauté du présent, Aladdin reprit la parole : « Ma mère, dit-il, vous ne vous excuserez plus d'aller vous présenter au sulthan , sous prétexte de n'avoir pas un présent à lui faire ; en voilà un , ce me semble, qui fera que vous serez reçue avec un accueil des plus favorables. ».

Quoique la mère d'Aladdin , nonobstant 1^ beauté et l'éclat du présent, ne le crût pas d'un prix aussi grand que son fîls l'estimait , elle jugea néanmoins qu'il pouvait être agréé , et elle sentait bien qu'elle

a62 LES MILLE ET UNE NUITS,

n'avait rien à lui répliquer sur ce sujet; mais elle en revenait toujours à la demande qu'Aladdin voulait qu'elle fît au sulthan , à la faveur du présent ; cela l'inquiétait toujours fortement. c< Mon fils, lui disait-elle , je n'ai pas de peine à concevoir que le présent fasse son effet, et que le sulthan veuille bien me regarder de bon œil ; mais qàand il faudra que je m'acquitte de la demande que vous voulez que je lui fasse , je sens bien que je ti'to durai pas la force, et que je demeurerai muette. Ainsi , non-seulement j aurai perdu mes pas , mais même le présent , qui, selon vous , est June richesse si extraordinaire , et je reviendrai avec confusion vous annoncer que vous seriez frustré de votre espérance. Je vous l'ai déjà dit, et vous devez croire que cela arrivera ainsi. Mais , ajouta-t-elle , je veux que je me fasse violence pour me soun^ettre à votre désir , et que j'aie assez de force pour oser faire la demande que vous voulez que je fasse , il arrivesa très-certainemeiït ou ^ue le sulthan se moquera de moi et me renverra' conlme une folle, ou qu'il se mettra dans une juste colère, dont immanquablement nous serons, vous et moi , les victimes. » '

La mère d'Aladdin dit encore à son fils plusieurs autres raiisons pour tâcher de le faire changer de sentiment ; mais les charmes de la princesse Badroulboudour avaient fait une impression trop forte dans son cœur pour le détourner de. son dessein. Aladdîn persista à exiger de sa mère tjù'elle exécutât' ce qu'il avait résolu; et autant par la tendresse

CONTES AR/IBES. !|63

qu'elle avait pour lui , que par la crainte qu'il ne s'abandonnât à quelque extrémité fâcheuse, elle vain^ qnit sa répugnance , et elle condescendit à la volonté de son fils.

Comme il était trop tard , et que le temps d'aller au *palais pour se présenter au sultban ce jour-là, était passé , la chose fut remise au lendemain. La mère et le fils ne s'entretinrent d'autre chose le reste de la journée , et Aladdin prit un grand soin d'inspirer à sa n\^re tout ce qui lui vint dans la pensée pour la confirmer dans le parti qu'elle avait enfin accepté, d'aller se présenter au sulthan. Malgré toutes les raisons du fils , la mère ne pouvait se persuader qu'elle pût jamais réussir dans cette affaire; et véritablement il faut avouer qu elle avait tout lieu d'en douter, «c Mop fils , dit-elle à Aladdin , si le sulthan me reçoit aussi favorablement que je le souhaite pour l'amour de vous , s'il écoute tranquillement la proposition que vous voulez que je lui fasse; înais si après ce bon accueil il s'avise de me demander où sont vos biens , vos richesses , et vos états , car c'est de quoi il' s'infprmera avant toutes dioses, plutôt que de votre personne ; si , dis -je , il me fait cette demande , que voulez-vous que je lui réponde? »

(€ Ma mère , répondit Aladdin , ne nous inquiétons point par avancé d'une chose qui peut-être n'arrivera pas. Voyons premièrement l'accueil que irous fera le sulthan , et la réponse qu'il vous donnera. S'il arrive qu'il Veuille être informé de tout ce que vous venez de dire , je verrai alors la réponse que j'aurafi à lui

!l64 I^ES MILLE ET UNE IfUlTS,

faire. J'ai confiance que la lampe y par le moyen de laquelle nous subsistons depuis quelques années , ne me manquera pas dans le besoin. »

La mère d'Aladdin n'eut rien à répliquer à ce que son fils venait de lui dire. Elle fit réflexion que la lampe dont il parlait , pouvait bien servir à de plus grandes merveilles qu'à leur procurer simplement de quoi vivre. Cela la. satisfit, et leva en même temps toutes les difficultés qui auraient pu encore la détourner du service qu'elle avait promis de rendre à son fils auprès du sulthan. Aladdin , qui pénétra dans la pensée de sa mère, lui dit : a Ma mère, au moins souvenez-vous de garder le secret; c'est de là que dépend tout le bon succès que nous devons attendre vous et moi de cette affaire. » Aladdin et sa mère se séparèrent pour prendre quelque repos; mais l'amour violent et les grands projets d'une fortune immense dont le fils avait l'esprit tout rempli , l'empêchèrent de passer la nuit aussi tranquillement qu'il aurait bien souhaité. Il se leva avant la pointe du jour , et alla aussitôt éveiller sa mère. Il la pressa de s'habiller le plus prpmptement qu'elle pourrait , afin d'aller se rendre à la porte du palais du sulthan , et d'y entrer à l'ouverture, au moment où le grand vézyr, les vézyrs subalternes et tous les grands ofiSciers de l'état y entraient pour la séance du divan , où le sulthan assistait toujours en personne.

La mère d'Aladdin fit tout ce que son fils voulut. Elle prit la porcelaine où était le présent de pierreries-, l'enveloppa dans un double linge, l'un très-fin

GoirïEs arab.es. a65

et très-propre , l'autre moins fin , qu'elle lia par les quatre coins pour le porter plus aisément. Elle partit enfin j à la grande satisfaction d'Aladdin , et elle prit le chemin du palais du sulthan. Le grand vézyr, accompagné de^ autres vézyrs , et les seigneurs de la cour les, plus qualifiés étaient déjà entrés quand elle arriva à la porte. La foule de tous ceux qui avaient des affaires au divan était grande. On ouvrit , et elle marcha avec eux jusqu'au divan. C'était un très-beau salon , profond et spacieux , dont l'entrée était gratide e,t magnifique. Elle s'arrêta, et se rangea de manière qu'elle avait en face le sulthan , lé grand v^zyr , et les seigneurs qui avaient séance au conseil S droite et à gauche. On appela les parties les unes après les autres, selon l'ordre des requêtes qu'elles avaient présentées, et leurs affaires furent rapportées , plaidée$ et jugées jusqu^à l'heure ordinaire de la séance du divan. Alors le sulthan se leva , congédia le con-^ seil, et rentra dans son appartement, où il fut- suivi parle grand vézyr. Les autres vézyrs et lés ministres du conseil; se retirèrent. Tous ceux qui s'y étaient trouvés pour des affaires particulières, firent la même chose, les uns contens du gain de leur procès, les autres mal satisfaits du jugement rendu contre eux , et d'autres, enfin, avec l'espérance d'être jugés dans une autre séance. ^

a66 L£S MILLE ET ,UKK NUITS,

CCCXXVIir NUIT.

L A. mère d'Aladdin qui avait vu le sulthan se lever et se retirer, JMgea bien qu'il ne reparaîtrait pas davantatge ce JQur-là, en voyant tout le aiotide sortir. Ainsi elk prit le parti de retourner chez elle. Aladdin qui la vit k*entrer avec le présent destiné au sulthan, ne sut d'abord que penser du succès de son voyage. Dans la crainte où il était qu'elle n'eût quelque chose de sinistre à lui annoncer, il n'avait pas la force d'ouvrir la bouche pour lui demander quelle nouvelle elle lui apportait. La bonne mère qui n'avait jamais mis le pied dans le palais du sulthan, et qui n'avait pas la. moindre connaissance de ce qui s'y pratiquait ordinairement, tira son fils de Fembarras où il était, en lui disant avec une grande naïveté: «Mon fils, j'ai vu le sulthan, et je suis bien persuadée qu'il m'a vue aussi. J'étais placée devant luij et personne ne l'empêchait de me voir; mais il était si fort occupé par tous ceux qui lui parlaient à droite et .à gauche, qu'il me faisait compassion de voir la peine et la patience qu'il se donnait à les écouter. Cela a duré si long-temps, qu'à la >fin je crois qu'il s'est ennuyé , car il s'est levé sans qu'on s'y attendit , et il s'est retiré assez brusquement, sans vouloir entendre quantité d'autres personnes qui étaient en rang pour lui parler à leur tour. Cela m'a

fait cepepdant un grand plaisir. En effet , je commençais à perdre patience, et j'étais extrêmement fatiguée de demeurer debout si long-temps; mais il n'y a rien de gâté : je ne manquerai pas d'y retourner demain; le sulthan ne sera peut-être pas si occupe.»

Quelqu'amour^Ux qtiéfût Aladdin, il fut contraint de se contenter de cette excuse , et de s'armer de patience, tl eut au moins la satisfaction de voir que sa mère avait fait la démarche la plus difficile , qui était de soutenir la vue du sulthan, et d'espérer qu'à l'exemple de ceux qui lui avaient parlé en sa présence , elle n'hésiterait pas aussi à s'acquitter de la commission dont elle était^ chargée , quand le . moment ifavorable de lui parler se présenterait.

Le lendemain d'aussi grand ' matin que le jour précédent , la . mère d'Âladdin alla (encore au palai3 du sultban avec le présent de pierreries; mais son voyage fut inutile : elle trouva la porte du divan fermée, et elle apprit qu'il n'y avait de conseil que de deux jours l'un, et qu'ainsi il fallait qu'elle revînt le jour suivant. Elle s'en alla porter cette nouvelle à son fils, qui fut obligé de redoubler de patience. Elle y retourna six, autres fois aux jours marqués, en se plaçant toujours devant le sulthan , mais avec aussi peu de- succès que la premièi;^; et peut-être qu'elle y serait retournée cent autres fois aussi inutilement,, si le sulthan, qui fa voyait toujours vis-à-vis de lui à chaque séance, n'eût fait attentioa à elle. Gela est d'autfmt plus probable , qu'il n'y avait que ceux qm avaient des requêtes à présentei^^qui approchaient du

a68 LES MILLE ET UNE WOITS,

sulthan, chacun à leur tour, pour plaider leur cause dans leur rang; et la mère d'Aladdin n'était point dans ce cas-là.

Ce jour-là enfin , après la levée du conseil, quand le sulthan fut rentré dans son appartement , il dit à son grand vézyr : « Il y a déjà quelque temps que je remarque une certaine femme qui vient régulièrement- chaque jour que je tiens mon conseil , et qui porte quelque chose d'enveloppé dans un linge; elle se' tient debout depuis le commencement de l'audience jusqu'à la fin , et affecte de se mettre toujours devant moi. Savez- vous ce qu'elle demande?»

Le grand vézyr qui n'en savait pas plus que le sulthan , ne voulut pas néanmoins demeurer court ce Sire , répondit-il , votre majesté n'ignore pas que les femmes forment souvent des plaintes sur des sujets futiles : celle-ci apparemment vient porter sa plainte devant votre majesté sur ce qu'on lui à vendu de la mauvaise farine , ou sur quelqu'autre tort aussi léger.» Le sulthan ne se satisfit pas de cette réponse. «Au premier jour du conseil, reprit-il, si cette femme revient, ne manquez pas de la faire appeler, afin que je l'entende.» Le grand vézyr ne lui répondit qu'en baisant la main et en la portant au-dessus de sa tête , pour marquer qu'il était prêt à la perdre &'û manquait à exécuter l'ordre du sulthan.

La mère d'Aladdin s'était déjà fait une habitude si grande de paraître au conseil devant le sulthan, qu'elte comptait sa peine pour rien , pourvu qu'elle fit connaître à son fils qu'elle n'oubliait rien de tout

Ce qui dépendait d'elle poor lui complaire. Elle re* tourna donc au palais le jour -du conseil ^ et elle se plaça à l'entrée du divan vis-à-vis le sulthan, à son ordinaire. '

Le grand yézyr n'avait encore commencé à rapporter aucune affaire quand le sulthan aperçut la mère d'Aladdin. Touché de compassion de la longue patience dont il avait été témoin. «Avant toutes choses, de crainte que vous ne l'oubliez, dit -il au grapd vézyr, voilà la femme dont je vous parlais dernièrement; faites-la venir, et commençons par l'entendre et par expédier l'afiaire qui l'amène. » Aussitôt, le grand vézyr montra cette femme au chef des huissiers qui était debout, prêt à recevoir ^ses ordres^ et lui commanda d^aller la prendre et de la faire avancer.

Le chef des huissiers vint jusqu'à la mère d'Aladdin; et au signe qu'il lui fit, elle le suivit jusqu'au pied du trône du sulthan, oii il la laissa pour aller se ranger à sa place près du grand vézyr.

La mère d'Aladdin , instruite par l'exemple de tant d^autres qu'elle avait vu aborder le sulthan, se prosterna le front contre le tapis qui couvrait les marches du (roue, et elle demeura en cet état jusqu'à ce que le sulthan lui commanda de se relever. £Ue se leva , et alors : cc^onne femme , luj dit-il ,, il y a long -temps que je vous vois venir à mon divan, et demeurer à l'entrée depuis le commencement jusqu'à la fin: quelle affaire^ vous amène ici?»

La mère d!Aladdih se prosterna une seconde fois,

îi^li LES. MILLE ET UNE KUITS,

vase de porcelaine qu'elle avait mis au pied du trône avant de se prosterner; elle le découvrit et le présenta^aùr sulthan.

On ne saurait exprimer la surprise et l'étonnement du sulthan, lorsqu'il vit rassemblées dans ce vase tant de pierreries si considérables, si précieuses, si parfaites , si éclatantes , et d'une grosseur telle qu'il n'en avait point encore vu de pareilles. Il resta quelque temps. dans une si grande admiration, qu'il en était immobile, Après être enfin revenu à lui, il reçut le présent des mains de la mère d'Aladdin, en s'écriant avec un transport de joie : «Ah, que cela est beau! Que cela est riche ! » Après avoir admire et manié presque toutes les^pierreries l'une après l'autre, en les prisant chacune par les qualités qui les distinguaient 9 il se tourna du coté de son grand vézyr; et en lui montrant le vase :. « Vois, dit-il, et conviens qu'on ne peut rien voir au monde de plus riche et de plus parfait. » Le vézyr en fut charmé, a Eh bien , continua le sulthan, que dis-tu d'un tel présent? N'est-il pas digne de la princesse ma fille , et ne puis-je pas la donner à ce prix -là à celui qui me la fait demander ?»

Ces paroles mirent le grand vézyr dans une étrange agitation. Il y avait quelque temps que le sulthan lui avait fait "entendre que son intention était de donner la princesse sa fille en mariage à un fils qu'il avait. Il craignit , et ce n'était pas sans fondement , que le sulthan , ébloui par un présent si riche et si extraordinaire , ne changeât de sentiment.. Il s'approcha dû

CONTES AKAfiES. 2^3

sulthan; et ^en lui parlant à lomile ;.«Sire) dit- il ^ on ne petit disconvenir que le présent. nife soit dig^ de la prinoedâe, mais je iftupplie votre majesté de m'accordèr trois mois avant de se déterminer : i'es* père qu'avant ce temps^là, mon,$U^ sur qui elle à eu la bonté de pie témoigner qu'ellè.avait jeté lûè yeux y aura de quoi lui en faire un d'un plus, grand prix que. celui d'Aladdin, que votre majesté né coi^ naît pas. » Le' sulthan; quoique bien persuadé qu'il n'était pas possible que son grand vézyr pût tx'ouver à son fils- de quoi faire Un présent d'une aussi grande yaleur à la, princesse sa- fille, ne laissa pas néanmoins de l'écouter, et de lui aç/corder cette grâce. Ainsi, en se retournant du côté de la mère d'Aladdin, il lui dit : .ex Allesc , bonne femme, retournez chez vous^ ft dites à votre fils que j'agrée la proportion que vquji m'avez faite de sa part , mais que je ne. puis nu^riei: la princesse, ma fille ,' que je ne. lui aie fait faire un ameublement qui ne sera prêt que dans trois moit. Ainsi revenez en ce temps-là. »

Xia mère d'Aladdin retourna chez elle avec une joiç d'autant plus grande, que, par rapport à son état^ elle avait d^abord regardé l'accès auprès du sulthan comine^ impossible, et que d'ailleurs elle avait obtenu ime réponse favorable, tandis qu'elle n^ Sr'étâit attendue qu'à un rebut qui l'aurait coifveite de con^ fusion. Deux choses firent juger à Aladdih , quand, il vit entrer sa mère , qu'elle lui apportait upe bonne nouvelle. : l'une, qu'elle revenait de. meilleure heure qu^à l'ordinaire ; et rauti*e,^qu!^le avait le visage gai IF. i8

^74 ^^^ MILLE £T UHF. huits,

e( ouvert. «Hé bien, ma mère, lui dit -il ^ dois -je eipérer? Dois<>je mourir de ctéseâpoir?» Quand elle «lit ^tté soB voile et qu'elle se fut assise sur- le'solGi avie^ Ivà : « Mon 61s, dit- elle, pour ne vous pas te^ nir trop Jong-temps dans riocc^rtitude , je commencerai f^^ "VOUS dire, que bien loin de songera mouitf ^ vous avex tout sujet d^être content, i? £n poMfsutvant son discours elle lui raconta de queUe manière elle avajt eu audience avant tout je monde , ce qui était cause qu'elle était revenue de si. bonne hipurai les. précautions quelle avait prises pour &îre au sulthan , sans qu'il s'en offensât, }a propoaîtion de mariage de la princesse Badroulboudour ayec lui, et la réponse toute favorable que le prince iui avait feite de sa propre bouéhe. £llè ajouta que^ autant ipi'elle en pouvait juger par les marques que le suU Aan en av^it données, le présent, sur toutes cbosc^s, avait fiiit^n puissant effet sut* son esprit pour le dér terminera la réponse favorable qu'elle rapportait. «Je m'y attendais d'autant moins, dît-elle enoor^, que.legranjd vézyr lui avait parlé à l'oreille avant qu'il me la fît, et que je ; craignais, qa'il ne le détournât de la bonne volonté qu'it pouvait avoir pour voua.» Aladdin s'estima le plus heureux des mortek en apprenant cette nouvelle» Il remercia, sà.^ nière' d^ t#ates les peiàes qu'elle s'était données dans la ptMir- .suite de cette affaire, dont l'heureua succès était si important pour son rejpos. £t quoique dans l'impa* titiie>0 oii û était d& jouir de Fobjet de sa passion , Inûâs mois iui parussent. d'une longueur extrême, il

CONTBS ARABES. v 2^5 *

se disposa néaiusoias à attendre av^c patiei^ce, fonàéi sur la çaroie du siUtban, 4^'U regardait çomm^ jj^révoqaibje.^ Peijdaat qu'il comptait non-seul^^îeojt {es heur^^ les. jc^ira et les seiaaaîne», m^if mèma ju%« qu'auuf: Biamens,^ attendant que le. terme fut pf^fisé^ environ d^lHL mois s étaient écoulés ^q^^^uid la mkfPM^ \it\ sQÎr.en voulant allumer la lampe, s'aper^t Kjii'U n'jf ^vait plus d'buil|e dans la maison. £lle sortit poM|? en aller^ fwtheter; et en avançant dans la vUle^^elle yk q|ue tout. y était en fête. En effet, les boutiques au lieu.d'être fermées ^ étaient quvertes ; on les ornait àerf^Uji^jges^ pn y préparait dejs illuminations; c^çoAVs'^oyrçàît ^ qui le ferait avee plus, de pomp« ^ d(& PMignifiçence- pour . mieux marquer sw zèle. ToiéT le «onde ««fin. donnait des démonrtrtition» âe.joi* et ^ réjpMissAnce. Les. r^es. étaient mêmie embasrsHir aeea pgr ^m -offiâers enliabits de cérémonie^ moittés sijr dps^iibevauK richement harnachés et enviroim^k d*^!gr#lid nombre de yatets de pied qui allaient M ^nilif Bt. £U^ demanda au. marchand chez qm elle «ehetaAt son liuile, ce cfiie tout cela signifiait. «I>'oili venes^yous , ma j>onne dame , lui dit*il ? Ne savez-vom pas que le fils du grand vézyr épouse ce soir la pri»cesse Budroulboudour, filje du sulthao ? £lle va bientâ^JMiftir du ^t|aiftv^ les pIGbiiers quç vous voyes^ s^aAiei!9|)49nt. pQ4^r lui. faire fsprtége jusqu'au, paléîs dàïSf^dcHt.Êûre la eepémome.»- ..- . .^'

Lt mhxt d'Aladdin jôe voulut ^^ascpn apprepdne danaatage, ËUe revint en si grande diligence , qu'citte. rentra dtee elle presque bars dlialeine./Ëlle trouva

1^6 T.ÏS IIILLE KT UKÊ NUITS,

Bon fils cfui ne s'attendait à rien moins qu'à la &cheose nouvelle qu'elle lui apportait. «cMon filg, s'é^ cria«t'^Ue^ tout est perdu pour vous! Vous cotnp-tiez sur la libelle promesse du sulthan, il n!en sera rien. » Âladdin alarmé de ces paroles : « Ma tnère ^ reprit-il y comiùent le sulthan ne me tieiidrail-il pas BU promesse ? » « Ge soir , repartit la mère , le fils du grand vézyr épouse la princesse Badroulboudour dans le palais.» Elle lui raconta de quelle maniî^re elle yenait de l'apprendre, et lui détailla tant de circon^ stances , qu'il n'eut pas lieu d'en douter; . A cette nouvelle, Aladdin demeura i^hmôbile, oomme s'il eût été frappé d'un coup de foudre. -Tout autre que tui en eût été accablé; mais une jalousie secrète fempédia d'y demeurer long-temps. Dans le noooieht il se. sou vint de la lampe qui lui avait été si Qfile jusqu'alors ; et sans aucun emportement contre le iMiltlian , contre le grand vézyr ou contre le fils de ce ministre, il dit seulement : (cMa mère, le fils du gn9iiid vézyr ne sera peut-être pas cette nuit aussi beareux qu'il se Je promet. Pendant queje Vais dans ma chambre pour un moment, préparez - nous à souper. » .* '

La mère d'Âladdin comprit bien que son fils voulait &ire usage de la lampe pour empêcher, s'il était posiible , que le mariage du fils' du grand vézyr avec la princesse ne vînt jusqu'à la consommation , et ^le ne.se trompait pas. En effet, quand Aladdiâ fut daii3 sa chambre , il prit la lampe merveilleuse ^'il y avait portée, en l'ôtant de devant les yepx de sa

CaifTES ARABES. ^77

mère y après que rapparition du génie lui eut fait une si grande peur ; il prit, dis-je , la kmpe , et il la frotta au même endroit que les autres fois» A rinstantfje génie parut devant lui :

«t Qi]B y£Ux-TU , dit-il à Âladdm ? Me voici pR:ftT

▲' T'oBilR. COMME TOK ESCIA VE , ET €ELUI DE TOl/S CEUX'Qm ONT LA LAMINE A LA MAm/MOI ET Ll^S ▲UTIUES ESCLAVES DE LA LAMPE ! ^

«Ëooute, lui. dit Aladdin, tu mW apporté jusqu'à présentée quoi me nourrir quand j'en ai eu besoin', il s'agit présentement 'd'upe a£bire de tout autre joiportaiice.' J'ai fait demander en mariage au sulihân la princesse Badroulboudour sa fille. Il me Ta proroiflê, et U m'a demandé un délai de trois iBok. Au lieu de tenir sa promesse , ceisoir, avant le îermm échu, il la marié eca fils du grand vézyr : }é vienii de' Rapprendre , et la cho^e est certaine. Ce que je te demande, c'est que, dès que le nouvel époux et la nouvelle épouse seront couchés, tu les enlève^,, et que tu les apportes ici tous deux dans*leur lit. li^

ce Moif ']M[AiTRE , reprit le génie , je vais T'oBiia.

Aft-TU' AUTRE CHOSE A ME COMMAtfDER? » -

«Rien- autre chose pour le moment, repartit Alfid* dinw » En même temps le génie disparût , '^r ■'

Aladdin revint . trouver sa mère ; il soupa avec elle , avec la même tranquillité qu'il avilit coutume de lé faire. Après le souper il s'entretint quelque temps avec elle du mariage de la princesse , comme d'une chose qiii ne ^embarrassait plus. Il retourna à sa chambre , et il laissa sa mère cii liberté de se coU'^

a^8 LES MILI,B CT UNS NUITS,

cher. Pour lui , il ne se coucha pas y mais il attendit le retour .du génie , et l'exécution du C(»Hnandçni«nt ^'il lui avait fait.^

Pendant ce temps-là, tout avait été. préparé avec bien de la magnificence dan» le palais du sulthan pour la célébration des noces de la princesse ; et la soirée se pi^sa en cérémonies et en réjouissances jusqoe bien avant dans la nuit. Quand tout fut achevé , le fils du grand vézyr , au signal que lui fît le chef des eunuques -de la princesse , s'échappa- adroitement ^ et cet officier rintrôdnisit dans l'appartement de la priri'oesse son épouse jusqu'à la chambre ou le lit nuptial était préparé; Il se coucha le premier. Peu^detêtliji^à après, la sulthane^-accompagnée de ses femmes H ée œlleET de la priaoesse sa fille , amena là nouvelle ^[>piisew< Elfe > fiâsàit de grandes résislMice^ ^loto^hi coutume des nouvelles msriées(i). La salthané k\àà à lar déshabiller , la mit dans le lit comme par (brce ; et après l'avoir embrassée en lui souhaitant la bminè nuit^ elle se retira avec toutes les femmes; et la der^nièiv qui sortit, ferma la porte de la chaxnbre» '

A peine fa porte de la chambre fut fermée > qtie lé génie y esclave fidèle de la lampe ^ et exact à exé-

cutA* les ordres de ceux qui l'avaient à la main'i

' (i) .JLi'iisiiga daiiStout ItOnent veut f(a% ia noi^valle, «ià^ riéeiatte de toutes ses -forcer. contre cetix qui la coodivaent aûij^rès de son époux ,.et oppose une très-grande résistance, quand on veut Ta ccmtraândré II |)arUger la couche nuptiale; . en verft ctiièfqtiê fois de jctAièà femmes s'y refuser dés ûitAi entiers. > • ^ -.'■■. ''\- ■'•■ :

COlfTKS JLRABSS. HJ^

saàft doAtier te iemp» à i'époux de faire la moindli« caresse è «on épouse , enlève le. Ht ^. au grand éio^* nerneht de l'un et de l'autre , ^ ai un instant y lé transporte 4an^ ià cliambre d'Aladdin ; où it le pose.

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