CCCXXXV NUIT
Aladdin arriva au palais ^ où tout était disposé pour le recevoir- Quand il fut à la seconde porte-, il voulut mettre pied à terre , pour . se çonlonner k l'usage observé par le grand, vézyr, par les générau3( d'armée et les gouverneurs de provinces du preiiiief rang ; mais le clief des huissiers qui l'y att^dait ptf ordre du sulthan, l'en empêcha et l'accompi^gq^ jusque près de la salle du conseil ou de l'audieiioet où il l'aida à descendre de cheval, quoiqq'Abddîn s'y opposât fortement,, et ne le voulût pas souffrir-; mais il n'en fut pas le maître. Cependant les hMÎÇrr si^rs faisaient une double haie. à l'eptrée de 1% ^$aU^* Leur cb^f mit Aladdin à sa droite ; et, aprè^ l'avoir fai,t passer au milieu , il le conduisit jusqu'au trokie du suUhàn. •
D^s que le sulthan eut aperçu Aladdin, il ne fM pas moins- étonné de le voir vêtu plus richement et plus magnifiquement qu'il ne l'avait jamais été laî^ même, que surpris de sa bonne mine, et de sa beUe taille, et d'un certain air de grandeur fort éloigné de l'état de bassesse dans lequel sa mère avait. para devant lui. Son étonnement et sa: surprise néanmoîrti ne l'empêchèrent pas de se l^ver , et de descendre deux ou trois marches de son trône assez prampl.'e* ment pour empêcher Aladdin de se jeter à ses pieds ,
COlfTES ARABES. 809
et pour Tetiibrasser avec une démonstration pleine d'amitié. Après cette civilité , Aladdin voulut encore se jeter aux pieds du sulth^n ^ mais Je sulthan le retint par la main , et l'obligea de monter et de s'asseoir entré le vëzyr et lui.
Alors Aladdin prit la parole : «Sire, dit-il, je reçois les honneurs que votre majesté me fait , parce (qu'elle a la llonté et qu'il lui plaît de me les faire, mais elle tùé periâettra de lui dire que je n'ai point oublié que je suis né son esclave, quë je connais la grandeur de sa paissance , et que je n'ignore pas combien tna naissance me met au-dessous de la splendeur et de l'édat du t^ang suprême où elle est élevée. Si je puié "avoir mérité lin accueil favorable , j'avoue que je ne le dois qu'à la hardiesse qu'un pur hasard m'a (ait naître, d'élôVer mes yeUx, meâ pensées et mes déisirs jusqu'à la divine princesse qui fait l'objet de mes MiUbaits. Je demande pai^don à votre majesté dé ma témérité; mais je ne' puis dissimuler que je mourrais de douleur , si je pferdais l'espérance d'en voir l'ac-cMIpItesemeht. »
« Mon fils , répondit fe sulthah en l'embrassant une seconde fois , vous me ferieîi tort de douter un seul motivent de la sincérité de ma parole. Votre vie ni'est trdp chère désormais p6Ur ne vous la pas conserver , en vous présentant le remède qui est en ma disposition. Je préfère lé plaisir de vous voir et de tous entendre , à tous tues trésorà joints avièc les vôtres. » ' '
£n achevant ces paroles, le sulthan fit un signal,
3lO LES MILLE ET UNE NUITS,
et aussitôt on entendit Fair retentir du son des trompettes , des hautbois et des tymbales , et eji même temps le sulthàn conduisit Aladdin dans un magnifique salon où on servit un superbe festin. Le sulthan mangea seul avec Aiaddin. Le grand vézyr. et les seigneurs de la cour, chacun selon leur dignité et selon leur rang , les accompagnèrent pendant le repas. Le sulthan qui avait toujours les yeux sur Aladdin , tant il. prenait plaisir à le voir , fit tomber le discours sur plusieurs sujets différens. Dans la conversation qu'ils eurent ensemble pendant le repas , et sur quelque matière qu'il le mît, il parla avec tant de connaissance et de sagesse, qu'il acheva de confirmer le sulthan dans la bonne opinion qu'il avait conçue de lui d'abord.
Le repas achevé , le sulthan fit appeler le premier juge de sa capitale , et lui commanda de dresser et de mettre au net sur-le-champ le contrat de mariage de la princesse Badroulboudour sa fille , et d' Aladdin. Pendant ce temps-là le sulthan s'entretint avec Aladdin de plusieurs choses indifTérentes, en présence du grand vézyr et des seigneurs de sa cour , qui admirèrent la solidité de son esprit , et la grande facilité qu'il avait de parler et de s'énoncer, et les pensées fines et délicates dont il assaisonnait son discours.
Quand le juge eut achevé le contrat dans toutes les formes requises, le sulthan demanda à Aladdin s'il voulait rester dans le palais pour terminer les cérémonies du mariage le même Jour : a Sire, ré-
CONTES ARABES. 3l 1
pondit Âladdiii, quetqu*irapatieitce que j'aie de jouir pleinement ded boiités de votre majesté, je la supplie de vouloir bi^ permettre que je les diffère jusqu'à ce que j'aie feit bâtir un palais , pour y recevoir ta princesse selon son mérite et sa dignité. Je le prie pour cet effet- de m'accorder une place convenable dans le sien , afin que je sois plus à poitée de lui faire ma cour. Je n'oublierai rien pour faire en sorte qu'il soit achevé avec toute la diligence possible. » c( Mon fils , lui dit le sulthan , prenez tout le terrain que vous jugerez à propos ; le vide est trop grand devant mon palais, et j'avais déjà songé moi-même à le remplir ; mais souvenez-vous que je ne puis assez tôt vous voir uni avec ma fille, pour mettre le comble à ma joie.» £n achevant ces paroles, il embrassa encore Aladdin, qui prit congé du sulthan avec la même politesse que s'il eût été élevé et que s'il eût toujours vécu à la cour.
Aladdin remonta à cheval , et il retourna chez lui dans le même ordre qu'il était venu , au traveris dé la même foule , et aux acclamations du peuple qui lui souhaitait toutes sortes de bonheur et de prospérité. Dès qu'il fut rentré et qu'il eut mis pied à terre , il se retira dans sa chambre en particulier ; il prit la lampe, et il appela le génie comme il le faisait ordinairement. Le génie ne se fit pas attendre; il parut, et ^ il lui fit offre de ses services. « (îénie , lui dit Aladdin , j'ai tout sujet de me loueip de ton exactitude à exécuter ponctuellement tout ce que j'ai exigé de toi jusqu'à présent , par la puissance de cette lampe
3l!2 LES MILLE ET UJf£ ICUITS,
ta maîtresse^ Il s'agit aujourd'hui,, que pour Tamour d'cdle, tu fasses paraître, s'il est possible, plus de z^ et pUi& jde diligencç que tu ja'as eacore fait. Je te demanda dqnc , qu'en aussi peu de temps que tu le pourras , tu me £isses bâtir vis - à - vis du palais du suliSiau , à une distance convenable , un palais digne d'y recevoir la princesse Badroulboudour mon épouse. le laisse à ta liberté le choix des matériaux , c'est-àdire du porpbire, du jaspe, de lagathe, du lapis et du marbre le plus fin , le plus varié en couleurs , et du reste de l'édifice ; mais j'entends qu'au plus haut de ce palais tu fasses élever un grand salon en dôme, à quatre faces égales , dont les assises ne soient d'autres matières que d'or et d'argent massif , posés alternativement, avec vingt*quatre croisées , six à cha(]|ue &CÇ , et que les jsiousies de chaque croisée , à la relève d'une seule, que je yeux qu'on laisse imparfaite, soient enrichies, avec art et symétrie , de diamaps, de rubis et d'émeraudes, de manière que rien de pareil en ce genre n'ait été vu dans le monde. Je veux aussi que ce palais soit accompagné d'une avanticour , .d'une cour 9. d'un jardin ; mais sur toute chose , qu'il y ait dans un endroit que tu me diras , un trésor biep rempli d'or et d'argent monnoyé. Je veux aussi qu'il y ait dans ce palais des cuisines , des of-^ fiçes , des magi^sins , desr garde-meubles garnis de meubles précieux pour toutes les saisons , et proportionnés à la magnificence du palais; des écuries remplies des plus beaux chevaux , avec leurs écuyers et leurs palefreniers , sans oublier un équipage de
COMTES ARABES^ 3l3
chasise. il &Mt qu'il y ait aussi des officiers de cuî- 8ÛM) .et il'offîoet et Les-^femmes esçlaYes-, nécessaires pottr le service de la princesse. Tu dois comprendre quelle est mon intention : va , et reviens quand cela serft fait, s» >
' Le soleil venait de se .coucher quand Aladdin acheva de charger le génie de la construction du palais qu'il avait imaginé. Le lendemain » à la pointe du jotir^ Aladdin, à qui l'amour de la princesse ne permettait pas de dormir tranquillement , était à peine Idvé que le génie se présenta à lui : «Seigneur, ditil , votre palais est achevé , venez voir si vous en êtes content.» Aladdin neut pas. plus tôt témoigné qu'il le voulait bien, que le génie 1'^ transporta en ua instante Aladdin le trouva si fort au-dessus de soa.aitente^ qu'il ne pouvait assez - l'admirén Le génie le conduisit en tous les endroits ; et partout il ne trouva que richesses , que propreté et que magniiioence, avec des officiers et des esclaves, ^us ha* hiUés ^on leur rang et selon les services au&quels ils étaieiit destinés. Il ne manqua pas , comme une des choses principales, de lui faire voir le trésor , dont la porte fut ouverte par le trésorier^, et Aladdin y vit des tas de bourses de différentes grandeurs, selon les sommes qu'elles contenaient , élevés jusqu'à la voûte .^ et disposés dans un arrangement qui faisait plaisir à voir. En sortant, le génie l'assura de la fidélité du .trésorier. Il le mena ensuite aux écuries ; et là, il lui fit remarquer les plu$ beauK chevaux qu'il y eût au monde , et les palefreniers dans un grand
3f4 l^CS MILLE £T UNE NUITS,
mouvement, occupés à les panser. Il le fit passer ensuite par des magasins remplis de toutes les provisions nécessaires 9 tant pour les omemens dés chevaux que pour leur nourriture.
Quand Aladdin eut examiné tout le palais , d'appartement en appartement et de pièce en pièce , depuis le haut jusqu'en bas, et particulièrement le salon à vingt-quatre croisées, et qu'il y eut trouvé des richesses et de la magnificence au-delà de ce qu^ils^en était promis , il dit au génie : n Génie , on ne peut être plus content que je le suis ; et j'aurais tort de me plaindre. Il reste une seule chose dont je ne t'ai rien dit, parce que je ne m'en étais pas avisé : é'est d'étendre, depuis la porte du palais du sulthan jusqu'à la porte de l'appartement destiné pour la princesse dans ce palais-ci, un tapis du plus beau velours, afin qu'elle marche dessus en venant du palais du sulthan. » « Je reviens dans un moment , dit le génie.» £t comme il eut disparu , peu de temps après, Aladdin fut étonné de voir ce qu'il avait souhaité , exécuté ^ sans savoir comment cela s'était fait. Le génie' reparut , et il reporta Aladdin chez lui dans le temps qu'on ouvrait la porte du palais du sulthan.
Les portiers du palais qui venaient d'ouvrir la porte , et qui avaient toujours eu la vue libre du côté où était alors le palais d' Aladdin, furent fort étonnés de la voir bornée , et de voir un tapis de velours qui veûait de ce côté-là jusqu'à la porte de celui du sulthan. Ils ne distinguèrent pas bien d'abord ce que c'était ; mais leur surprise augmenta quand
CONTES ARABEB. 3l5
ils eurent aperçu distindtement le superbe palais d'Aladdin. La ucaivelle d'une merveille si surprenante iut r^andue dans tout le palais en très-peu de temps. Le grand vézyr quittait arrivé presqu'àj'ouverture de la porte du palais, n'avait pas été moins surpris de cette nouveauté que les autres ; le premier, il en fit part au sulthan , mais il voulut lui Eure passer ta chose pour un enchantement. « Yézyr, reprit le sulthan, pourquoi voulez- vous que ce soit un enchantement? Vous savez aussi bien que moi que c'est le palais qu'Aladdin a fait bâtir par la permission que je hii en ai donnée en votre présence , pour loger la princesse ma fille. Après l'échantillon de ses richesses que nous avons vu , pouvons-nous trouver étrange qu'i} ait &it bâtir ce palais en si peu de temps? Il a Yoidu nous surprendre, et nous faire voir qu'avec de l'argent comptant on peut faire de ces miracles d'un jour à l'autre. Avouez avec moi que l'enchantement dont vous avez voulu parler , vient d'un peu de jalousie. » L'heure d'entrer au conseil l'empêcha de continuer ce discours plus longtemps
CCCXXXVr NUIT.
QuAirn Aladdin eut été reporté chez lui , et qu'il eut congédié le génie, il trouva que sa mère était levée , et qu'elle commençait à se parer d'un des habits qu'il lui avait fait apporter. A peu près vers
3l6 LES MILLE ET UNE NUITS,
U temps que le ^ulthan venait de sortir du conseil , Aladdin disposa su mère k ^ller au palais vavec les roêmes femmes esclaves qui lui étaient venues par le ministère du génie. Il la pria y %i elle voyait le «ulthan y de lui dire qu'elle venait pour avoir l'honneur d'accompagner la princesse vers le soir, quand elle serait en elat de passer à son palais»; Elle partit ; mais quoique elle et ses* femmes esclaves qm la suivaient fussent habillées en sulthanes , la foule néan<^ moins fut d'autant moins grande à les voir passer , qu'elles étaient voilées, et qu'un surtout convenahfe couvrait la richesse et la magnificence de leura ha- ' hillaaùiens. Pour ce qui est d'AIaddin, il monta à cheval; et, après être sorti de sa maison paternelle, pour n'y plus revenir , sans avoir oublié là lainpe merveilleuse , dont le secours lui avait été si avantageux pour parvenir au comble de son bonheur , il se rendit publiquement à son palais avec la même pompe qu'il était allé se présenter au sulthan le jour précédent.
Dès que les poi*tiers du palais du sulthan eurent aperçu la mère d'Aladdin , ils en avertirent le sulthan. Aussitôt l'ordre fut donné aux troupes de trompettes , de timbales^ , de tambours , de fifres et de hautbois , qui étaient déjà postées en différens endroits des terrasses du palais ; et en un moment l'air retentit de fanfares et de concerts qui annoncèrent la joie à toute la ville» Les marchands comm^ioèrent à parer leurs boutiques de beaux tapis, de coussins et de feuillages , et à préparer des illuminations pour
CONT£S ARABES- 3l7
U nuit Le& artisans quittèrent < leur travail , et Ife peptple s^ rendit a^ec empressement à la grande place, qui se. trouva alors enjtre le palais du sultban et celui d'Aladdin. Ge dernier attira d'abord leur admiration, nott à cause de la différence de celui dû sulthan avec eèlui d'Alad^n ; mais le sujet de le«ir plus grande étonaeraent fut de voir un palais si magnifique ^dùis un -lieu où le jour d'auparavant il ïi'y avail. ni ^matériaux ni fendemens préparés;
La mère d'Aladdin fut re^e dans le palais ^avec hoiuiear , . et ^ introduite dans l'appartement de la prinèeise Badroulboudour par te chef des eunuques. Aussitôt que la princesse l'aperçut , eHe alla l'embrasser , et lui 6t prendre place sur son sofa ; et , pendant que sev.femmes achevaient de l'habiller et de la parer- des joyaux les plus précieux dont Aladdin lut »vail &it présent, elle la fit régaler d-une eetlatioA magnifique. Le« sulthan qui venait pour être auprès de ht princesse sa fiHe le plus* de temps qu'il pourhrait , avant qu'elle* se séparât d'avec lui pour passer au palais. <i'Aladdin, lui fit aussi de* grands heaneurs.. La mère d'Aladdin avait parlé plusieurs . foia au sultban en public ; mais il ne l'ayait point'encore vue sans voile comme elle était alors. Quoiqu'elle fut dans- un .â^ un peu avanoé , on y observait encore des . traits qui faisaient assez connaître qu'elle- avait été belle dans sa .jeunesse: Le sultban qui l'avait toujours ^vue habillée fort simplemient , pour ne pas dire pauvrement , était dans l'admiration de la voir aussi richement et aussi ma^fique-
3l8 LES MILLE ET UNE NUITS,
ment vêtue que la princesse sa fille. Cela lui fit faire cette réflexion, qu'Aladdin était également prudent, sage et entendu en toutes choses.
Quand la nuit fut venue , la princesse prit congé du sulthan son père. Leurs adieux furent tendres et mêlés . de larmes ; ils s'embrassèrent plusieurs fois ^ns se rien dire, et enfin la princesse sortit de son appartement, et se mit en marche avec la mère d'Aladdin à sa gauche , et suivie de cent femmes esclaves , habillées avec une magnificence surprenante. Toutes les troupes d'instrumens qui n'avaient cessé de se faire entendre depuis l'arrivée de la mère d'Aladdin , s'étaient réunies et commençaient cette marche; elles étaient suivies par cent tchuouch (i) et par un pareil nombre d'eunuques noirs en deux files j avec leurs officiers à leur tête. Quatre cents jeunes pages du sulthan en deux bandes , qui marchaient sur les cotés , en tenant chacun un flambeau à la main, disaient une lumière, qui, jointe aux illuminations^ tant du palais du sultban que de celui d'Aladdin , suppléait merveilleusement au défaut du jour.
Dans cet ordre , la princesse marcha sur le tapis étendu depuis le palais du sulthan jusqu'au palais d'Aladdin ; et à mesure qu elle avançait , les instrumens qui étaient à la tête de la marche, en s'approchant et se mêlant avec ceux. qui se faisaient entendre du haut des terrasses du palais d'Aladdin , formèrent un concert , qui , tout extraordinaire et confus qu'il
(i) Espèce d'huissiers.
CONTES A.RABES. SlQ
paraissait , ne laissait pas d'augmenter la joie , nonseulfsment dans la place remplie d'un grand peuple , mais ndéme dans les deux palais, dans toute la ville, et bien loin au dehors.
La princesse arriva enfin au nouveau palais, et Aladdin «courut avec toute la joie imaginable à l'entrée de l'appartement qui lui était destiné , pour la recevoir. La mère d' Aladdin avait eu soin de faire distinguer son fils à la princesse ^ au ~ milieu des officiers qui l'environnaient ; et la princesse , en l'apercevant, le trouva si bien fait qu'elle en fut charmée, a Adorable princesse , lui dit Aladdin en l'abordant et en. la saluant très-respectueusement , si j'avais le malheur de vous avoir déplu par la témérité que j'ai eue d'aspirer à la possession d'une si aûnable. princesse , fille de mon sulthan , j'ose . vous dire que ce serait à vos beaux yeux et à vos charmes que vous devriez vous en prendre, et non pas à moi.jD «c Prince.,. lui répondit la princesse , j'obéis à la volonté du. sulthan mon père ; et il me suffit de vous «avoir vu ^ pour vous dire que je lui obéis sans répugnance. »
Aladdin, charmé d'une réponse si agréable , ne laissa pas plus long-temps la princesse debout après le chemin qu'elle venait de faire , auquel elle n'était point accoutumée ; il lui prit la main, qu'il baisa avec ime grande démonstration de joie , et il la conduisit dans -vOï" grand salon éclairé d'une infinité de bougies, ôîi , par les soins du génie, la table se trouva servie d'un superbe festin. Les p^ts étaient
i%a L£S MILLE ET UlfE NUITS,
d'or massif^ et* remplis -de viandes les plus déK' cieuses. Les vases , les bassins, les gobelets ; dont le buffet était très4)ien' garni y étaient aussi d'or et d^uii travail exquis. Les autres ornemens et tous lès embellissemens du salon répondaient ptfrfkitendent à cette grande magnificence. La priilceSse , efi(^ii%éè de voir tant de riebesses rassemblées dans un ménie lieu , dit à Aladdin : « Prince, je croyais que rien au monde n'était plus beau . que le palais du siikhan mon père V mais ; à voir ce salon âeul , je m'aperçeîs que je m'étais trompée. »
La princesse Badroulboudour ^ Ahddin et la mère d' Aladdin se mir0nt à table ^ et aussitôt un 'ehœfir d'instrumens les plus harmonieux, accompagnée' de trè&-bellesvoix de femmes toutes d'une grande bfàuté^ commença un concert qui dura saite interruption jusqu'à la fin du repas. La princesse* en^ fut siichàr* mée, qu'eue dit qu'elle n'avait rien entendu 'de pih peil dans le palais du sulthan son père. Mais elle ne savait pas que ces musiciennes' étaient des* féiès obéî« sies par le génie, esclave de la lampes
ccexxxvxr nuit.
QuÀiTDle ^oupéfiM;,?^bewé„,etiqMes.V>Q.« mit desf» servi en diligence ,^ uçie trPHpq, d^^ id^QSQucS) efc èb dans^euses succé4èreut. ^iW<»^-u^iciq«ipe.Sij,Il$>ei^é«i* tarent pli^^ieurs: sortes dQ.;4aii^s figurées;^ solon la
GONfES ARABES. 3ll
coutume du payft ; à la fin , un danseur et une dan^^ seiise , dansant seuls avec une légèi:eté surprenante, déreloppèrent^ chacun à leur tour^ toute la bonnes grâce et l'adresse dont ils étaient capables. l\ était prds dé minuit quuid , selon la coutume de* la Chiné dans ce l^mps-là,. Aladdin se leva et présenta la main à la princesse Badroulboudour pour danser avec elle^ et terminer ainsi les cérémonies de leurs noees. Ils dansèrent si bien', qu'il» firent, l'admiration de toute la compagnie, fin achevant , Aladdin ne qniUa pas la' main de la princesse, et ils passèrent ensemble dans' l'appact^ment où le lit nuptial était pi^éparé. Les femmes de la princesse servirent à la dé^iabiller , et* la mitent au lit ; les olBciers d'A-* laddin eif firent autant , et ^acun ^so reti^!. Ainsi furent terminées les cérémonies et les iréjouissances des noces »d' Aladdin et de la princesse^ BadroulboudcHiTi' .
Le ' lendemain , quand Aladdin fut éveillé, ses valéls-dfe-chambre se présentèrent pour PhabiHer. Ils lui mirerit un habit différent der cehH du jour des noces , mais aussi riche et aussi magnifique. Ensuite il se fit amener un des chevaux destinés pour sa personne, il le monta , jet se raidît au palais du, suN than , au milieu d'une nombreuse troupe d'esclaves qui marchaient' (|pyant lui, à ses côtés et à sa suite. Le sulthan le reçut avec les mêmes honneurs que la première fois, il l'embrassa; et, après l'avoir fait asseoir près de lui sur son trôrie , il commanda qu'on servît' le déjeuner. « Siré , lui dit Aladdin , je supplie
votre majesté de merdispe^iser aujourd'hui de cet honneur : je viens la prier de me faire celui de venir prendre un repas dans le palais de la princesse, avec son grand vézyr et les seigneurs de sa cour. » Le sulthan lui accorda cette grâce avec plaisit*. Il se leva à Theure même; et comme le chemin n'était pas long, il voulut y ^Uer à pied. Ainsi , il sortit avec Aladdin à sa droite, le grand vézyr à sa gauche, et les seigneurs à sa suite, pr-écédé par les tchiàouch , et par les principaux officiers de sa maison.
Plus le sulthan approchait du palais d' Aladdin , plus il était frappé de sa beauté. Cç fut toute autre chose quand il fut entré: ses accla^nations ne cessaient pas à chaque pièce qu'il voyait. Mais quand ils furent arrivés au salon à vingt-quatre croisées où ALaddin l'avait invité à monter , qu'il en eut vu les ornemens, et surtout qu'il 'eut les, yeux sur les jalousies enrichies de diamans , de rubis et d'émeraudes , toutes pierres parfaites dans leur grosseur proportionnée, et qu' Aladdin lui eut, fait remarquer que la richesse était pareille au-deliors , il en fqt tellement surpris qu'il demeura /comme immobile. Après avoir resté quelque temps en cet état : « Vézyr, ditril à ce ministre qui était près de lui, est-il possible qu'il y ait dans mon royaume , et si près de mon palais , un palais si superbe et que je l'aie ignoré jusqu'à présent ? » « .Votre majesté , reprit le grand vézyr , peut se souvenir qu'avant-hier elle accorda à Aladdin , qu'elle venait de reconnaître pour son gendre.,, la permission de bâtir un palais vis-à-vis du sien ; le
CONTES ARÂ.BES. 3a3
même jour au ^A^her du soleil il n'y avait pas encore de ^alai3 en cette place; t?t J^ier j'eus Thonneur ,de lui annoncer le premier qua^e palais était fait et achevé.» a Je m'en • souviens, j^artit le sulthàn ; mais jaman je ne me fusse iml^é que ce palais fat une des merveilles du m<mde. Où en^trouve-t-on dans tout l'univers de bâtis d'assises d'or et d'argent massif, au lieu d'assises qu de pierre ou de matbre, dont les croisées aient des jalousies jonchées de diamant, de rubis et d'émeraudes? Jamais au monde l'o^n'a vu chose semblable ! »
Le sulthan voulut voir et admirer la ^luté des vingt rquat# jalousies. En les comptant, il n'en trouva que vingt-trois qui fussent de la même richesse , et il fut dans un grand étonnement de ce que la vingt-quatrième était demeurée impanaite. a Vézyr, dit-il (car le grabd vézyr se faisait un devoir de ne pas l'abandonner), je suis sibrpris qu'un salon de cet;^e magnificence soit demeuré imparfait en cet endroit. » « Sire , reprit le grand vq^yr , Aladdin apparemment à été pressé ,' et le temps lui a manqué pour rendre cette croisée semblable aux autres; mais on peut croire qu'il a les* pierreries nécessaires , et qu'au premier jour il y fera travailler.»
AJaddin , qui avait quitté le sulthan pour donner quelques ordres , vint le rejoindre sur ces entrefaites: « Mon fils , lui dit le sulthan , voici le salon le plus digne d'être admiré de tous ceux qui sont au monde. Une seule chose me surprend : c'est de voir que cette jalousie soit demeurée imparfaite. Est-ce par oubli,
ajouta - 1 - il , par négligence , oirî§)arce' que les ouvrieris n'ont^ pas dÊ \( tert>p$ de nifeUr^ W dernière main à un si beau m<Wumeflt éTarchitectùre- ? »*« Sire , répondit Aladdih , j||| n'est par aucune âe^^ raîsqps que la jalousie esf restée dans Télat bu^^tre majesté la voit. HJa chose a été faite à dessein , et c'est par mon ordne que les ouvriers n'y ont pas touché : je imulais que Votre tnajeeté' eût la gloire de faire achever ce. salon et le palais en même temps. Je \û supplie de voifloir bien agréer ma bonne intention ; afin que je puisse me Souvenir de la faveur et <^ la ]^ace qifl| j'aurai reçue d'eHe. » « Si vous ■ l-avea fait dans cette intention , reprit le sulthai^jfe vous en sais bon 'gré ; je vais ciès Hieure même donner ks ordi« pour cela. » En effet , il ordonna qu'ofiT lit venir les joailliers les miâUx fournis de plérAries , et les orfêW^ les plus haniles de sa capitale.
r^ sûlthiant cependant descendit du sâlort , et Aiad** din le conduisit dans celui o^'il avait j^^gftlé la princesse !Baâioulbdudour le jour des noces. La princesse arriva un moment* après ; elle reçttt le ^Ithan son père d'un air qui lui fit connaître combien elle était toàtente Se son mariage. Deux tabler se trouvèrent fournies dfes mets les plus délicieux , et ^rvies l/tmt en v^tisselle d*or. Le sulthan se mit à la première , et mangea avec la princesse sa fille , Aladdià et legrand vezyr. To\is les seigiléurs de la cour furent réglés à la seconde table. Le sulthan* trouva les mets de bon goût , et il avottà que jamais il n'avait rien y^ngé de plus excellent. Il dit la même chose
COJfTES ARA.BES; 3^5
du vin , qui étaQ^ Ài effet délicieux. Ce qu'il admir^ davanta^, furent quatre grands buffets .garnis et charges à profusion de flacolpf^ de bassins et de coup^ d'or massif, le tout enrichi de pierreries. Il fut charma aussi des cjiœurs de musique qui étaient disposés dans le salon , «^péndant que les ^nfares de trompettes accompagnées de timbales et de tambours , retentissaient au - dehors à une distance convenable. -Dans le temps que le sulthan venait de sortir de table , on l'avertit aue les joailliers et les orfèvres qui avaient été appelés par son ordre , étaient arrives. Il remonta au salon à vingt-quatre croisées ^ et quand il y fut , il montra aux joailliers et aux orfèvres qui l'avaient suivi , la croisée qui était imparfaite : a Je vous ai fait venir , leur dit- il^^^fin que vous m'accommodiez cette croisée , et que vous la mettiez dans la même peiTection que les autres ; exami|^z-les, et ne perdez pas de temps U me rendre celle-ci tout|Lsemblable. »
^ Les joaiiffirs et les x)rfèvres examinèrent les vingt- %trms autres jalousies avec une graïade attention; et aprè^ qu'ils eurent consulté ensemble , et qu'ils furent convenus de ce dont ils pouvaient contribuer chacur/ de leilr coté , il revinrent se présenter di^vant le sulthan ; ' et le joaillier ordinaire du palais qui. prit ia parole», lui dit : « Sire , nous sommes prêts à em^ ployer nos soins et notre ind(is)trie pour obéir à votre majesté ; mais entre tous tant que nous sommes de • notre profession , nous n'avons pas de pier-
pour fournir à un si grand travail. » u J'en ai, dit le sulthan, et au-delà de ce qu'il* en faudra;- venez à mon palais , je voff mettrai à même , et vous choisirez. »
Quand le sulthan Ait de retour à son palais , il fit apporter aitoutes ses pierreries , et les joailliers en prirent une très-grande quantité , particulièrement de celles qui venaient du présent d'Aladditi. Ils les employaient sans qu'il parût qu'ils eussent beaucoup avancé. Ils revinrent en prendr^^'autres à plusieurs reprises , et en un mois ils n'avaient pas achevp la moitié de l'ouvrage. Us employèrent toutes celles du sulthan , avec ce que le grand vézyr lui prêta des siennes ; et tout ce qu'ils purent faire avec cela, fui au plus d'achever la moitié de la croisée.
CCCXXXVIir NUIT. •
Aladdin, qui vit bien que le sulthan s'efforçait* inutilement de rendre la jalousie semblable aux autres, et que jamais il n'en viendrait à son honneur , fit venir les orfèvres , et leur dit non-seulement de cesser leur travail , mais même de défaire f:out ce qu'ils avaient fait , et de reporter au sulthan toutes ses pierreries avec celles qu'il avait empruntées du grand vézyr.
L'ouvrage que les joailliers et les orfèvres avaient mis p^ de six semaines à faire , fut détruit en peu
CONTES AEABËS/' Sîiy
d'heures. Ils se retirèrent, et laissèrent Aladdin seul dans le salon. Il tira ta lampe qu'il avait sur lui , et il la, frotta. Aussitôt le génie se' présenta : « Génie y lui dit Aladdin , je t'avais ordonné de laisser une des vingt -quatre jalousies de ce salon imparfeite, et tu avais exécuté mon ordre ; présentement je t'ai fait venir pour te dire que je souhaite tjue tu la rendes pareille aux autres. » Le génie disparut , et Aladdin descendit du salon. Peu de momehs après comme il y fut remonté , il trouva la jalousie dans l'état où il l'avait souhaitée , et pareille aux autres.
Les joailliers et les orfèvres cependant arrivèrent au palais , et furent introduits et présentés au sulthail dans son appartement. Le premier joaillier , en lui présentant les pierreries qu'ils lui rapportaient, dit au sulthan au nom de tous : « Sire , votre majesté sait combien il y a de temps que nous travailloù» de toute notre industrie à finir l'ouvrage dont elle nous a abargés. Il était déjà fort avancé , lorsqu' Aladdin nous a obligés non-seulement de cesser, mais même de défaire tout ce que nous avions fait , et de lui rapporter ces pierreries et celles du grand vézyr. » Le sulthan leur demanda si Aladdin ne leur en avait pas dit la raison ; et comme ils lui répondirent qu'il ne leur en avait rien témoigné, il donna ordre sur-le-champ qu'on lui aitienât un cheval. On le lut amène, il le monte, et part sans autre suite que quelques - uns de ses gens, qui l'accompagnent à pied. Il arrive au palais d' Aladdin , et il va mettre pied à terre au bas de l'escalier qui cond^uiit an
3a8 LES MlLIiE ET UNE HUITS,
salon à .vingt-quatre croiséee. Il y monte sans faite avertir Aladdin ; mais Aladdin s'y trouva fort à propos, et il- n'eut que le temps de recevoir le sulthab à la porte.
Le sulthan, sans donner à Aladdin le temps de se plaipdre obligeamment de ce que sa majesté ne l'avait pas fait avertir , et qu'elle l'avait mis dans la nécessité de manquer à son devoir , lui dit : « Mon fils, je viens moi-même vous demander quelle raison vous avez de vouloir laisser imparfait un salon aussi magnifique et aussi singulier que celui de vptre pal^i^^ »
AÎaddin dissimula la véritable raison , qui était que le sulthan n'étiait pas assez riche en pierreri^ pour faire une dépc^nse si grande. . Mais afin de lui faire connaître combien le palais, tel qu'il était, surpassait non-seulement le sien , mais même tout autre palais qui fût au monde , puisqu'il n'a vaiti pff l'achever dans la moindre de ses partiâp, il lui répondit : a Sire , il est vrai que votre majesté a vu ce salon imparfait ; mais je la supplie de voir pré- ' sentement si quelque chose y manque. »
Le sulthan alla droit à la fenêtre dont il avait vu la jalousie imparfaite ; et quand il eut remarqué qu'elle était semblable aux autres , il crut s'êttiç troni)>é. Il examina non- seulement les deux croisées qui étsiient aux deux côtés , il les regarda même tQUtf9s l'une après l'autre ^ et qutod il fut convaincu que la jalousie à laquelle il avait fait employefc* tan( de teigafts, et qui avait coûté tant de journées d'où-
COUTES, A-RAfiES** SsQ
vriers , venait d'être acheva? dans le peu de temps qui lui était connu , il embrassa Aladdid , et le baisa «1 front entre les . dçux yeux, a Mon fils , lui dit-il , rempli d'étonnement , quel homme êtes- vous, qyi faites des choses si surprenantes , et presque en un din d'œil ? Vous n'avez pas ivotre semblable au monde ; et plus je vous connais , plus je .vous trouve admirable !»
Aladdin reçut les louanges du sulthan avec beaucoup de modestie , et il lui répondit en ces termes ; «Sire, c'est une grande gloire pour moi de mériter la bienveillance et l'approbation de votre majesté ! lie que je puis lui assurer, c'est que je n'oublierai rien pour mériter l'une et l'autre de plus en plus. » Jje sulUian retourna à json palais de la manière qu'il y était venu, sans permettre à Aladdin de l'y accx)mpagner. En arrivant , il trouva, le grand vézyr qui l'attendait. Le sulthan encore tout rempli d'admiration de la merveille dont il venpit d'être témoin , lui en fit le récit en des termes qui ne firent pas douter à ce ministre que la chose ne fût comme le sulthan la racontait ; mais qui confirmèrent le vézyr dtinfs la croyance où il étoit déjà, que le palais d' Aladdin était l'effet d'un enchantement : ctovance dont il avait fait part au sulthan presque au moment ^ ou ce palais venait de paraître. Il voulut lui répéter la mêtiife chose. «Vézyr, lui dit le sulthap en l'interrompant , vous m'avez déjà dit cela ; mais je vois bien; que vous n'avez pas encore mis en oubli le mariage de ma fille avec votre fils. »
33o • LES'^ILLE ET UNE NtlITS,
Le grand vézyr vit bien que le sulthan était prévenu. : il ne voulut pas entrer en contestation avec lui , et il le laissa dans son opinion. Tous les jours régulièrement , dès que le sulthan était levé , il ne manquait pas de se rendre dans un cabinet d'où l'on découvrait tout le palais d'Aladdin , et y allait encore plusieurs fois , pendant la journée , .pour le contempler et l'admirer.
Aladdin cependant ne demeurait pas renfermé dans son palais : il avait soin de se faire voir par la ville plus d'une fois chaque semaine ; soit qu'il allât faire sa prière tantôt dans une mosquée , tantôt dans une autre , ou que de temps en temps il allât rendre visite au grand vézyr, qui affectait d'aller lui faire sa cour à certains jours réglés, ou qu'il fit l'honneur aux principaux seigneurs, qu'il régalait souvent dans son palais, d'aller les voir (^ez eux. Chaque fois qu'il sortait ,• il faisait jetet* par deux dp ses esclaves qui marchaient en troupe autour de son ^:heval, des pièces d'or à poignées dans les rues^et dans les places par où il passait , et où le peuple se rendait toujours en grande foule.
D'ailleurs, pas un pauvre ne se présentait à la porte de son palais, qu'il ne s'en retournât content de la libéralité qu'on y faisait par ses ordres.
Comme Aladdin avait partagé son temps de manière qu'il n'y avait pas de semaine qu'il n'allât à la chasse au moins une fois , tantôt aux environs de la ville, quelquefois plus loin, il exerçait la même libéralité par les chemins et par les villages. Cette in-
CONTJiS A^BES.* 33l
clination g||^éreuse lui fit donner par tout le peuple mille bénédictions , et il était ordinaire, de ne jurer que par sa tête. Eljfin , sans donner ai^cun ombrage au sulthan, à qui il faisait fort régulièrem^t sa cour , on peut ^f€ qu'^addin s'ét^^t attiré par ses manières affables et ll})^les toute l'affection du peuple , et que généralement , il ^tait plus £(imé ^ue le sulthairmême. Il joignait à toutes ces belles qualités une valeur et un zèle pour le bien de Tétat qu'on ne saurait assez louer. lien dc^a jfiême des marques à l'occasion d'une révolte verries contint du royaume. U n'eut pas plutôt appris que le sullhan levait une * armée pour la dis^per ^ qu'il le supplia de lui en donner le commandement. 1^ n'eut pas de peine à l'obtenir. Sitôt qu'il fut à la tête de*lkrmée, il la fît marcher contM les révoltés ; et il se conduisit en toute -ce^e expédition avec tatili»de diligence, que le sulthan apprit plus tôt que les r^oltés avaient été défaits , châtiés ou dissipés , que son arrivée à l'arum. Cette action qui rendit son nom célèbre dans toute l'étendue du royaume , ne changea point son cœur. Il revint victorieux, mais aussi affable :. qu'il avait toujours été.
Il y avait déjà plusieurs années qu'Aladdin se gouvernait comme nous venons de le dire, quand le magicien qui lui avait dotiné sans y penser , lé moyen de s'él^er à une si haute fortune , se souvint de lui en Afrique où il était retourné. Quoique jusqu'alors il se fût persuadé qu'Aladdin était mort misérablement dans le souterrain où il l'avait laissé, il lui
332 LES lllLLK^T UNE NUITS,
vitif néanmoins en pensée de savoir préciiénentquelle avait été sa .fin. Comme il était grand g^mancîen , il tira d'une ^armoire un quarrâMi forme de boue couvre ir dont il se servait pour Ëiire ses observa-
iabl|.
Aladdin était mort dans le souterrain , U j^tler ses / points, il en tire les figures, et il en forme l'^horos* eopr. En examinât l'Jyroscope pour en porter ju-r gement , au lieu de «couvrir c[u' Aladdin fût mort 4ans le sou^rsain , il découvre qu'il en étailV sorti , çt qu'il vivait sur terre dans ^ng. grande splendeur « * pufosamment riche , mari d'une princesse , honoré et respecté. • * i .
Le magicien africain n'eut ^ pas plutôt appris pav les règles de son ^rt diabolique, qu'Alao^in ^it dans cette grandJ^élévatioh , que le feu lui en» monta au visage. De. rage il dit eu lui-même : ce Ce misérar bte fils de tailleur a découvert le secret et Ja v^tu de la lampe ! J'avais cru sa mort certaine , et le voilà qui jpuit du iriiit de mes travaux et de mes veilles) J'empêcherai qu'il n'en jouisse davantage , ou je périrai. >) Il ne fut pas long-temps à délibérer sur le parti qu'il avait à prendre. Dès le lendemain matin il monta un cheval barbe *(i) qu'il avait dans sob écurie , et il se mit en chemin. De ville eirVille e^
(i) ^Cheval de cette partie de la côte d'Afriqiie , qu'di iip^ pelle la Barbarie.
CONTES A.RABES. 333
de provmç^ en/ province, sans s'arrêter qu'autant (lu'tl en .était iiesoin pour ne pas trop fatiguer son cneValy il ariirva.à^ Chine, et bientôt dans la capitale, du siiidiati ,' cront Aladdin ^sivait épousé la fille. Il imtpieéiAtteiMJIIlins^ khan où il prit une chambre à loy&*. Il ^^^eojÉjÉjPt leioreste^du jour e^ ta uu% suivantç, pour se flHettre de la fatigue de soii voy»g^
Le lendemain avant toute chose , le magicien afi^ cain voulut savoir ce Ifbe l'on disait d'Aladdin. £n ^ promenant par la ville, il entra dans le lieu le plus fameux et le . plus fréquenté par les personnes Jàe % grande distinction , oii l'on s'assemblait pour boire d'une certaii^e boisson chaudA (i) qui lui était connue dè%' son premier voyage. ïl n!y eut j[>as plutôt pris place, qu!on lui versa de cette boisson da»^ une tasse'^^'^t J|u'oAa lui présenta. ^ la prenant, comme il prêtait 4'oreille à droite et à gauche , il entendit qu'on s'entretenait du palais d'Aladdin. Quand il eut aAevé , il s'approcha d'un de ceux qui s'en entrebennent; et en prenant son temps, il lui deraanda.en particulier ce que c'était que ce palais dont on parlait si avantageusement ? « D'où venez -vous , lui dit celui à qui il s'était adressé ? Il faut que vous soyez bien nouveau venu , si- vous n'avez pas vu , ou plutôt s» vous n'avez pas encore entendu parler du palais du prince *Aladdin ? » On n'appelait plus autrement Aladdin depuis qu'il avait épousé la princesse Ba*
(i) Du thé.
droulboudour. « Je ne vous dis pas , continua cet homme, que c'est une des merveilles du monde, mais que c'est la merveille unique qu!î| y ait au monde : jamais on n'y a rien vu de si grand , de si riche , de si jnagnifique ! Il faut que vpus ^^oiez de bien loin , puisque vous n'eif avez pauu|Bore\ntendu parler ! En effet, oa en doit parler pl9' toute la terre, depuis qu'il est bâti. Voyez -le, et vous jugerez si j^^ vous en ai parlé contre la vérité. » « Pardonnez à mon ignorance, reprit le magicielP africain, je ne suis arrivé que d'hier, et je viens véritablement de si loin , je ve,ux dire de l'extrémité de l'Afrique , que la renommée n'en était pas encore venue jusqpe-là ■ quand je suis parti. Et fcmme par rapport à l'affaire pressante qui m'amène, je n'ai eu en vue dans mon voyage que d'arriver au plus tôt sans m'arrêter et sans faire aucun^fionnaissance,. jeffen savais que ce que vous venez de m'apprendre. Mais je ne manquerai pas de l'aller voir : l'impatience que j'en ai est s^grande, que je suis prêt à satisfaire ma curiosité dès 5 -présent , si vous voulez bien me faire. la grâce de m'en enseigner le chemin. )x
Celui à qui le magicien africain s'était adressé , se fit un plaisir de lui enseigner le chemin par où il fallait qu'il passât pour avoir la vue du palais d'Aladdin ; et U? magicien africain se leva et partit dans le moment. Quand il fut arrivé , et qu'il eut %aminé le palais de près et de tous les côtés , il ne douta pas qu'Aladdin ne se fût servi de la lampe pour le faire bâtir. Sans s'arrêter à l'impuissance d'Aladdin, fils
d'un simple, tailleur, il savait bien qu'il n'appartenait (la faire de se^ibiables merveilles qu'à des génies esclaves de la laiype, dont l'acqjiiisitio!;! lui avait écliappé. Piqué au vif du bonheur çt de la grandeur d'Aladdin, qui était presque égale à celle du sultban, il retourna, au âian c^îl avait pris logement