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« £t si le roi des génies, ajouta Morabec, vous demande quelle grâce vous voulez qu'il vous accorde , vous lui répondrez :
ce 3ire , c est la neuvième statue que je vous «up- (X plie très-humblement de me donner. ^
Mobarec , après avoir "instruit de la sorte le prince Zeyn , commença de faire des conjurations. Aussitôt leurs yeux furent frappés d'un long éclair cpii fiât suivi d'un coup de tonnerre. Toute l'île se couvrit d'épais* ses ténèbres; il s'éleva un vent furieux; Ton entendit ensuite un cri épouvantable; la terre fiit ébranlée, et l'on sentit un tremblement pareil à celui qu'Asrafyel (i) doit causer le jour du jugement.
Zeyn sentit quelqu'émotion , et commençait à tirer de ce bruit un fort mauvais présage , lorsque Moba^ rec, qui savait mieux que lui ce qu'il Callait penser, se mit à sourire , et lui dit : « Bassurez-vous , mon prince, tout va bien. » £n effet, dans le moment le roi des génies se fit voir sous la forme d'un bel homme. Il ne laissait pas, toutefois, d'avoir dans son air quelque chose de farouche.
D'abord que le prince Zeyn l'aperçut , il lui fit lé compliment que Mobarec lui avait dicté* Le roi été génies en sourit, et répondit : « O mon fils , j'aioiais ton père , et toutes les fois qu'il me venait rendre ses respects , je lui faisais présent d'une statue q0k
(i) Asrafyel , ou Asrafil : c'est l'ange qui, suivant les Mahométans , doit sonner de la trompette, au son de laquelle tous les morts doivent ressusciter pdur paraître au dernier jugement.
emportait. Je n!ai pas moins d'amitié pour toi. J'obligeai ton père quelc[ues jours avant $0. mort, à écrire ce que tu as lu sur la pièce tle satin blanc. Je lui promis de te prendre sous ma protection ; et de te donner la neuvième statue qui surpasse en beauté celles que tu as. J'ai commencé à lui tenir parole. C'est moi que tu as vu en songe sous la forme d'un vieillard. Je t'ai fait découvrir le souterrain . où sont les urnes et les statues. J^i beaucoup de, part à tout ce qui t'est arrivé, ou plutôt j'en suis la cause. Je sais ce qui te fait venir ici. Tu obtiendras ce que tu désireSé Quand je n'aurais pas promis à ton père de te le donner, je te l'accorderais volontiers; mais il faut auparavant que tu me jures par tout ce qui rend un un serment inviolable, que tii revieindras dans cette île , et que tu m'amèneras une fille qui soit dans sa quinzième année ^ qui n'aura jamais connu d'homme ;, ni souhaité d'en connaître. Il faut de plus que âa beauté soit parfaite , et que tu sois si bien maître de toi , que tu ne formes même aucun désir de la posséder en la conduisant ici. »
Ze3m fit le serment téméraire qu'on exigeait de lui : « Mais, seigneur^ dit*il ensuite, je suppose .que je sois assez heureux pour rencontrer une fille telle que vous me la demandez, comment pourrai «je saviïlr quo'^e l'aurai trouvée?» «Tayoue, répondit le roi des génies en souriant , que tu t'y pourrais tromper à la mine:: cette connaissance passe les enfans d'Adam (i); aussi n'ai -je pas dessein de m'ien rap-
(i) Adam, en arab#-, signifié homme.
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porter à loi là-dessus. Je te donnerai un miroir qui sera plus sûr que les conjectures. Dès que tu auras vu une fille de quinze ans par&itement belle, tu n'auras qu'à regarder dans ton miroir , tu y verras l'image de cette fille. La glace se conservera pure et nette si la fille est chaste ; et si au contraire la glace se ternit, ce sera une- marque assurée que la fille n'aura pas toujours été sage , ou du moins qu'elle aura souhaité de cesser d# l'être. N'oublie donc pas le serment que tu m'as fait: garde -le en homme d%onneur ; autrement je t'ôterai la vie, quelque amitié que je me sente pour toi. » Le prince Zeyn Alasnam protesta de nouveau qu'il tiendrait exactement sa parole.
Alors le roi des génies lui mit entre les mains un miroir , en disant : a O mon fils , tu peux t'en retourner quand tu voudras , voilà le miroir dont tu dois: te servir ! » Zeyn et Mobarec prirent congé du roi des génies , et marchèrent vers le lac. Le batelier à tête d'éléphant- vint à eux avec sa barque , et les repassa de la même manière qu'il les avait passés. Us rejoignirent les personnes de leur suite , avec lesquelles ils retournèrent au Caire.
Le prince Alasnam se reposa quelques jours chez Mobarec. Ensuite il lui dit : « Partons pour Baghdad , allons-y chercher une fille pour le roi des génies. 9 tf Hé! ne sommes-nous pas au grand Caire, répondit Mobârec ? N'y trouverons-nous pas bien de belles filles ?» a Vous avez raison , reprit le prince ; mais comment ferons -nous pour découvrir les en-
COICTES AAABES. ai
droits OÙ elles sont?» «Ne vous mettez point en peine de cela, seigneur, répliqua Mobarec ; je connais une vieille femme-fort adroite , je la veux charger de cet. emploi : elle s'en acquittera fort bien. »
Effectivement la vieille eut l'adresse de faire voir au prince un grand nombre de très-belles filles de: quinze ans ; mais lorsqu'après les avoir regardées il venait à consulter son miroir , la fatale pierre de touche de leur vertu, la glace, se ternissait toujours. Toutes les filles de la cour et de la ville, qui se trouvèrent dans leur quinzième année ^ Stubirent l'examen l'une après l'autre ; et jamais la glace ne se conserva pure et nette. ^
Quand ils virent qu'ils ne pouvaient rencontrer des filles chastes au Caire, ils allèrent à Baghdad. Ih louèrent un palais magnifique dans un des plus beaux quartiers de la ville. Us commencèrent à faire bonne chère. Us tenaient table ouverte; et après que tout le monde avait mangé dans le palais , on portait le reste aux derviches , qui par là subsistaient commodément.
Or il y avait dans le quartier un imam appelé Boubekir (i) Muezzin. C'était un homme vain , fier et envieux. Il haïssait les gens riches, seulement parce qu'il était pauvre. Sa misère l'aigrissait contre la prospérité de son prochain. Il entendit parler de Zeyn AJasnam.et^de l'abpndance qui régnait chez lui. Il ne lui en ÊJlut pas davs^ntage pour prendre ce prince
(i) Ou Aboubekr: c'est le nom du beau-père de Mahomet; Muezzin est le titre des crieurs des mosquées.
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en aversion. Il poussa même la chose si loin, qu'un jour dans la mosquée il dit «u peuple après la prière du soir i « O mes frères , j'ai ouï dire qu'il est venu loger dans notre quartier un étranger qui dépense tous les jours des sommes immenses. Que sait * cm ? Cet inconnu est peut «^ être un scélérat qui aura volé dans son pays des biens considérables , et il vient dans cette grande ville se donner du bon temps. Prenons^y garde , mes frères^ si le khalyfe apprend qu'il y a un homme de cette sorte dans notre quartier , il est à craindre qu'il ne nous punisse de ne l'en avoir pas averti. Pour - moi ^ je vous déclare que je m'en lave les mains , et q|^e s'il en amve quelque accident, ce ne sera pas ma faute. » Le peuple qui se laisse aisément persuader, cria tout d'une voix à Boubekir : « C'est votre affaire , docteur ; faites savoir cela au conseil. )» Alors l'imam (i) satisfait, se retira chez lui , et se mit à composer un mémoire, résolu de le présenter le lendemain au khalyfe