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Mais Mobarec qui avait été à la prière, ft qui avait entendu comme les autres le discours du doc* teur, mît cinq cents sequins d'or dans un mouchoir, fit un paquet de plusieurs étoffes de soie , et s'en alla
(t) Les îxnams des mosquées vemplissent à peu près les mêmes fonctions que les curés en France.
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chez Boubekir. Le docteur lui demanda d'un ton brusque ce qu'il souhaitait, a O docteur , lui répondit Mobarec d'un air doux eu lui mettant entre les mailts For et les étoffes , je suis votre voisin et votre serviteur : je viens de la part du prince Zeyn qui demeure en ce quartier. Il a entendu parler de votre mérite , et il m'a chargé de vous venir dire qu'il souhaitait de faire connaissance avec vous. £n attendant, il vous prie de recevoir ce petit présent. » Bobekir fut transporté de joie , et répondit à Mobarec : « De grâce , seigneur , demandez bien pardon au jH'ince pour moi. Je suis tout honteux de ne l'avoîr point encore été voir; m|iis je réparerai ma faute, et dès demain j'irai lui rendre mes devoirs. »
En effet , le jour suivant , après la prière du matin, il dit au peuple : «r Sachez, mes frères, qu'il n'y a personne qui n'ait ses ennemis. L'envie attaque principalement ceux qui ont de grands biens. L'étran* ger dont je vous parlais hier au soir , n'est point un méchant homme, comme quelques gens mal intentionnés me l'ont voulu faire accroire ; c'est un jeune prince qui a mille vertus. Gardons -nous bien d'en aller faire quelque mauvais rapport au khalyfe. »
Boubekir par ce discours ayant effacé de l'esprit du peuple l'opinion qu'il avait donnée de Zeyn le soir précédent, s'en retourna chez lui. Il prit ses habits de cérémonie , et alla voir le jeune prince qui le reçut très-agréablement. Après plusieurs complimens de part et d'autre , Boubekir dit au prince : « Seigneur , vous proposez-vous d'être long-temps à
Baghdad ?» «J'y demeurerai, lui répondit Zeyn, jusqu'à ce que j'aie trouvé une fille qui soit dans sa quinzième année , qui soit parfaitement belle , et si chaste qu'elle n'ait jamais connu' d'homme , ni souhaité d'en connaître.» « Vous cherchez une chose assez rare, répliqua l'imam , et je craindrais fort que votre recherche ne fût inutile, si je ne savais pas où il y a une fille de ce caractère-là. Son père a été vézyr autrefois ; mais il a quitté la cour, et vit depuis long-temps dans une maison écartée où îl se donne tout entier à l'éducation de sa fille. Je vais , seigneur , si vous voulez , la lui demander pour vous : je ne doute pas qu'il ne soit ravi d'avoir un gendre de votre naissance.» «N'allons pas si vîte, repartit le prince: je n'épouserai point cette fille, que JQ ne sache auparavant si elle me convient. Pour sa beauté , je puis m'en fier à vous; mais à l'égard de sa vertu, quelles assurances m'en pouvez-vous donner?» «Hé! quelles assurances en voulez-vous avoir, dit Boubekir ?» « Il faut que je la voie en face, répondit Zeyn : je n'en veux pas davantage pour me déterminer. » « Vous vous connaissez donc bien en physionomie , reprit l'imam en souriant ? Hé bien! venez avec moi chez son père; je le prierai de vous la laisser voir un moment en sa présence. »
Muezzin conduisit le prince chez le vézyr , qui ne fut pas plus tôt instruit de la naissance et du dessein de Zeyn , qu'il fit venir sa fille , et lui ordonna d'ôter son voile. Jamais une beauté si parfaite et si pi- .quante ne s'était présentée aux yeux du jeune roi de
Balsora; il en demeura surpris. Dès qu'il put éprouver si cette fille était aussi chaste que belle , il tira son miroir , et la glace se conserva pure et nette.
Quand il vit qu'il avait enfin trouvé une jeune fille telle qu il la souhaitait , il pria le vézyr de la lui accorder. Aussitôt on envoya chercher le cadi , qui vint. On fit le contrat et la prière du mariage (i). Après cette cérémonie , Zeyn mena le vézyr en sa maison , oii il le régala magnifiquement, et lui fit des présens considérables. Ensuite il envoya une infinité de joyaux à la mariée par Mobarec , qui la lui amena chez lui, où les noces furent célébrées avec toute la pompe qui convenait au rang de Zeyn. Quand tout le monde se fut retiré , Mobarec dit à son maître : ce Allons, seigneur, ne demeurons pas plus long-temps à Baghdad ; reprenons le chemin du Caire. Souvcr nez-vous de la promesse que vous avez faite au roi des génies. » « Partons, répondit le prince ; il faut que je m'en acquitte avec fidélité. Je vous avouerai pourtant, mon cher Mobarec, que si j'obéis au roi des génies , ce n'est pas sans violence. La personne que je viens d'épouser est charmante , et je suis tenté de l'emmener à Balsora pour la placer sur le trône. » <x Ah , seigneur , répliqua Mobarec , gardez-vous bien de céder à votre envie ! Rendez-vous maître de vos passions ; et quelque chose qu'il vous en puisse coûter , tenez parole au roi des génies. » « Hé bien ! Mo-
(i) Le cadi est à-la- fois ministre civil et religieux ; lorsqu'il procède à un mariage, c'est lui-même qui dresse le contrat.
barec, dit le prince, ayez donc soin de me cacher cette aimable fille. Que jamais elle ne s'offre à mes yeux ! Peut-être même ne l'ai-je que trop vue ! »
Mobarec fît faire les préparatifs du départ. Ils retournèrent au Caire, et de là prirent la route de l'île du roi des génies. Lorsqu'ils y furent, la fille qui avait fait le voyage en litière et que le prince n'avait point vue depuis le jour des noces , dit à Mobarec : « En quels lieux sommes-nous ? Serons-nous bientôt dans les états du prince mon mari ? j» « Madame, répondit Mobarec, il est temps de vous détromper. Le prince Zeyn ne vous a épousée que pour vous tirer de la maison de votre père. Ce n'est point pour vous rendre souveraine de Balsora qu'il vous a donné sa foi ; c'est pour vous livrer au roi des génies qui lui a demandé une fille telle que vous. x> A ces mots elle se mit à pleurer amèrement , ce qui attendrit fort le prince et Mobarec. a Ayez pitié de moi , leur disait-elle. Je suis une étrangère ; vous répondrez devant Dieu de la trahison que vous m'avez faite. »
Ses larmes et ses plaintes furent inutiles. On la présenta au roi des génies , qui , après l'avoir regardée avec attention , dit à Zeyn : « Prince, je suis content de vous. La fille que vous m'avez amenée , est charmante et chaste ; et l'effort que vous avez fait pour me tenir parole , m'est agréable. Retournez dans vos états. Quand vous entrerez dans la chambre souterraine oïl sont les huit statues , vous y trouverez la neuvième que je vous ai promise : je vais l'y &ire
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transporter par mes génies. » Zeyn remercia le roi, et reprit la route du, Caire avec Mobarec ; mais il ne demeura pas long^temps dans cette ville : l'impatience de recevoir la neuvième statue lui fit hâter son départ. Cependant il ne laissait pas de penser souvent à la fille qu'il avait épousée ; et se reprochant la tromperie qu'il lui avait faite , il se regardait comme la cause de son malheur. « Hélas ^ disait - il en luimême 9 je l'ai enlevée aux tendresses de son père pour la sacrifier à un génie ! O beauté sans pareille , vous méritiez un meilleur sort !»
Le prince Zeyn occupé de ces pensées , arriva enfin à Balsora , où ses sujets , charmés de son retour , firent de grandes réjouissances. Il alla d'abord rendre compte de son voyage à la reine ^a mère , qui fut ravie d'apprendre qu'il avait obtenu la neuvième statue. «Allons, mon fils, dit -elle, allons la voir, car elle est sans doute dans le souterrain , puisque le roi des génies vous a dit que vous l'y trouveriez. » Le jeune roi et sa mère, tous deux pleins d'impatience de voir cette statue merveilleuse , descendirent dans le souterrain , et entrèrent dans la chambre des statues. Mais quelle fut leur surprise, lorsqu'au lieu d'une statue de diamans^ ils aperçurent sûr le neuvième piédestal une fille parfaitement belle , que le prince reconnut pour celle qu'il avait conduite dans nie des génies. « Prince , lui dit la jeune fille , vous êtes fort étonné de me voir ici ! Vous vous attendiez à trouver quelque chose de plus précieux que moi , et je ne doute point qu'en \ ce moment vous ne vous
repentiez d'avoir pris tant de peine. Vous vous proposiez une plus belle récompense. » <x Non, madame, répondit Zeyn, le ciel m'est témoin que j'ai plus d'une fois pensé manquer de foi au roi des génies pour vous conserver à moi. De quelque prix que puisse être une statue de diamans , vaut-elle le plaisir de vous posséder? Je vous aime mieux que tous les diamans et toutes les richesses du monde. »
Dans le temps qu'il achevait de parler, on entendit un coup de tonnerre, qui fit trembler le souterrain.
La mère de Zeyn en fut épouvantée; mais le roi des génies^ qui parut au^ssitôt , dissipa sa frayeur. « Madame, lui. dit-il, je protège et j'aime votre fils. J'ai voulu , voir si à son âge, il serait capable de dompter ses passions. Je sais bien que les charmes de cette jeune personne l'ont frappé , et qu'il n'a pas tenu exactement. la promesse qu'il m'avait faite de ne pas souhaiter sa possession ; mais je connais trop la fragilité de la nature humaine pour m'en offenser, et je suis charmé de sa retenue. Voilà cette neuvième statue que je lui destinais : elle est plus rare et plus précieuse que les autres! Vivez, Zeyn, poursuivit -il. en s'adressant au prince , vivez heureux avec cette jeune dame , c'est votre épouse ; et si vous voulez qu'elle vous garde une foi pure et constante, aimez-la toujours, mais aimez-la uniquement. Ne lui» donnez point de rivale , et je réponds de sa fidélité. » Le roi des génies disparut, à ces paroles; et Zeyn, enchante de la jeune dame , fit célébrer son mariage dès, le jour même, la fît proclamer reine de Bs^lsora, et ces
deux époux, toujours fidèles, toujours amoureux, passèrent ensemble un grand nombre d'années.
La sulthane des Indes n'eut pas plus tôt fini Fhistoire du prince Zeyn Alasnam, quelle demanda la permission d'en commencer une autre ; Chahriar la lui accorda pour la nuit suivante , parce que le jour allait bientôt paraître.
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