CCLXV' NUIT
QtîANi) le roi de Perse* fiit entré dans le cabinet, là reine Gulnafé se- fit apporter un^ cassolette avec du féu ,par une de ses femmes qu'elle renvoya, en lui disant de fermer la porte. Lorsqu'elle fut seule , elle prit un nlorceau de bois d'aloes , le mit dans la cassolette ; et dès (Ju'ellë vit paraître la fumée , elle prononça des paroles inconnues ati rot dé Per^se , qui observait avec.gi^ande atlétition toutt^e qu'elle fiiisait; elle n'avait pas^ encore achevé , que l'eau de 1^ mer se troubla. Le cabinet ou était le h>i était disposé de manière qu'il s'en aperçut au travers de la jalousie, en regardant du côté dés fenêtre qui .^îent sur la mer. '
La Tper enfin s'entr'ôuvrit h quelque distafnce;- et
CONTES AkABE^. 383
auttsirot il s'en éleva un j^tuie hoiniifie fa j^n fait et de belle, tatlle arec la moustache de verd de mer. Une dame àéja mr l'âge, mais d'un aii" maj es tuent, s'en éleva de même tnn peu derrière lui , àvhc cinq jeunes dames t[ui tie cédaient en rien à labeai^té de là reine Gtilnare.
La îr^ine Gtiltiàre se présenta, aussitôt à une de^ fenêtres i et elle reconnut le roi son frère, la reine sa mère et ses j^^rehtës, qiii la reconnurent aussi ^ Di troupe s'avança , portée sur la surface de l'eau, sans paraître iharcher; et quapd ils furent tous sur le bdfd , ils s'élancèrent légèrement l'un aphèâ Pautre à la fenêtre où la teine Glilnare avait paru , et d*oîi elle s'était retirée pour leur faire place. Le roi Salèh , là'ireinê sa mère et ses parentes f embrasèrent avec tend^eàse, et les* larmes aux yeux, à* taesure qu'ils entrèrent.
Quand Gulnare les eut reçus avec tout l'honneur possible, et qu'elle leur eut fait prendre place sur lesofa, la reine sa rtièré prit la parole: a Ma fille, lui dit-elle, j'ai bien del^joiede vous revoir aprèsùne si longue absence^ et je Suissûre que votre frère et vos parentes n'en ont pas moins que moi. Votre éloignement nous aJBtés dans une afflietion inexprimable , et nous ne pourrions vous dire combien iiôus en avons versé de larmes. Nous ne savons àùfa^e chose du sujet qui peut vous avoir obligée de prendre uii parti si surprenant, que ce que votre frère nous a rapporté de l'entreliéri qu'il avait eu avec Vous. Le conseil qu'il vous dohna alors lui avait pliru ^age. Il ne fallait pas vou^ alarmer
384 LES MILLB ET UlfE NUITS,
siiort y s'il ne vous plaisait pas; et vous voudrez bien que je vqus dise que vous avez pris la chose tout au<trement que vous ne le deviez ; mais laissons là ce discours, qui ne ferait que renouveler des sujets de douleur et. de/ plainte, que vous devez oublier avec nous; faites-nous part de tout ce qui vous est arrivé depuis si long-temps qi;^e nous ne vous avons vue, sur toutes cboses, dites-nous si yous êtes heureuse.»
La reine Gulnare se jeta aussitôt aux pieds de sa mère; et après qu'elle lui eut baisé la main en se relevant: «Madame, reprit-elle, j'ai commis une grande faute, je l'avoue, et je ne suis redevable qu'à votre bonté du pardon que vous voulez bien m'en accorder. Ce que j'ai ^à vous dire, vous fera connaître que c'est en vain bien souvent qu'on a de la répugnance pour certaines choses. J'ai éprouva par moimême que la chose à laquelle ma volonté était la plus opposée, est justement celte où ma destinée m'a conduite malgré moi. ».
Elle lui raconta tout ce qui lui était arrivé. Lorsqu'elle eut achevé , en disant qu'enfin elle avait été vendue au roi de Perse, chez qui elle se trouvait: a Majsœur, lui [dit le roi son frère, vous avez gi?and tort d'avoir souffert tant d'indignités, et vous . ne pouvez vous plaindre que de vous-même. Vous aviez le moyen de vous délivrer, et je m'étpnne de voti'e patience à demeurer si long-temps dans l'esclavage : levez-vous , et revenez avec nous au royaume que j'ai reconquis sif r Iç fier ennemi qui s'en était emparé. »
Le roi de Perse , qui entendit ces paroles du cabinet
oii il était, en fut dans la dernière alarme. « Âh, ditil eh lui-même , je suis perdu ; et ma mort est certaine, si ma chère Gulnare écoule un conseil aussi pernicieux ! je ne puis plus vivre sans elle, et l'on veut m'en priver! » Gulnare ne le laissa pas long -temps dans^ là crainte où il était. ...
« Mon frère , reprit - elle çn souriant , ce' que je viens. d'apprendre, me fait mieux comprendre que jamais, combien l'amitié que vous avez pour moi est sincère. Je no pus supporter le conseil que vous me donniez de me marier à un prihce de la terre. Aujourd'hui peu s'en faut que je; ne me mette en colère contre cel^i que vous me donnez. Je ne parle pas de l'engagement d'une esclave avec un maître : il nous serait aisé de lui restituer les dix mille pièces d'or que je lui ai coûté; je parle.de celui d'une femme avec un mari , et d'une femme «qui ne peut se plaindre d'aucun sujet de mécontentement de sa part. C'est un monarque religieux, sage, modéré, qui m'a donné les marques d'amour les moins équivoques. Il ne pouvait pas' m'en donner une plus signalée, que de congédier, dès les premiers jours que je fus à lui, le grand nombre de femmes qu'il avait, pour né s'attar cher qu'à moi uniquement. Je suis sa femme, il vient de me déclarer reine de Perse , et de m'admettre à ses conseils. De plus , je suis grosse , et si j'ai le bonheur, a,vec la faveur du ciel , de lui donner un fils , ce sera un autre lien qui m'attachera à lui plus inséparablement. Ainsi, mon frère, poursuivit Gulnare, bien loin de suivre votre conseil, toutes ces considé- ///. a5
rations , comme vous le voyez , ne m'obligent pas
seulement d'aimer le roi de Perse autant qu'il m'aime,
mais même de^ demeurer et de passer ma vie avec
lui , plus par reconnaissance que par devoir. J'espère
*que ï\i ma mère, ni vous, avec mes bonnes cousines,
vous ne désapprouverez ma résolution, non plus que
Talliance que j'ai feiite sans l'avoir cherchée y alliance
qui honore également les monarques de la mer et de
la terre. Excusez-moi si je vous ai donné la peine de
venir ici du plus profond des ondes pcfur vous en
faire part , et avoir le bonheur de vous voir après
une si longue séparation. »
« Ma sœur, reprit le roi Saleh , la proposition que
je vous ai faite de revenir avec nous sur le récit de
vos aventures , que je n'ai pu entendre sans douleur,
n'a été que pour vous marquer combien nous vous aimons tous , combien je vous honore en particulier, et que rien ne nous touche davantage que tout ce qui peut contribuer à votre bonheur. Par ces mê^es motifs, je né puis, pour ma part, qu'approuver une résolution si raisonnable et si digne dç vous, après ce que vous venez de nous dire de la personne du roi de Perse votre époux, et des grandes obligations que vous lui avez. Pour ce qui est de la reine votre mère et la mienne, je suis persuadé qu'elle n'est pas d'un autre sentiment. »
Cette princesse confirma ce que le roi son fils ve^ nait d'avancer, «c Ma fille*, reprit^elle , en s'adressant aussi à la reine Gulnare, je suis ravie que vous soyez contente, et je n'ai rien à ajouter à ce que le roi votre fr^re vient de vous témoigner. »
Autant le roi de Perse, qui était dans^ le cabinet, avait été affligé par la crainte de perdre la reine Gui* narè, autant il eut de joie de voir qu'elle était résolue de ne pas l'abandonner. Comme il ne pouvait plus douter de soti amour après une déclaration si posi'tive , il l'en aima mille fois davantage , et il se promit bien de lui en marquer sa reconnaissance par tous les moyens qui seraient en son pouvoir.
Pendant que lé roi de Perse s'entretenait ainsi avec lui-même, Gulnare avait frappé des mains, et recommandé à des esclaves qui étaient entrés aussitôt ^ de servir la collation. Quand elle fut servie, elle invita làreinesa mèt^e, le roi son frère et ses parentes à s'approcher et à manger. Mais ils eurent tous la même pensée, que sans avoir demandé la permission, ils se trouveraient dans le palais d'un puissant roi , qui ne les avait jamais vus, qui ne les connaissait pas; et /qu'il y aurait une grande incivilité à manger à sa table sans lui. La rougeur leur en monta au visage , et de rémotion où ils en étaient, ils jetèrent des des flammes par les narines et par la bouche , avec des yeux enflammés.
Le roi de Perse fut dans une frayeur inexprimable à ce spectacle , auquel il ne s'attendait pas , et dont il ignorait la cause. Gulnare qui comprit l'intention de ses parens ^ ne fit que. leur marquer , en se levant de sa place, qu'elle ailait revenir. Elle passa au, ca-* biriet,*oîi elle rassura le roi par sa présence, a Sire, lui dit-elle , je ne douté pas que votre majesté ne soit contente du témoignage que je viens de rendre des
grandes obligations dont je lui 9uis redevable. Il n'a tenu qu'à moi de m'abandonner à. leurs désirs, et de retourner avec eux dans nos états ; mais ce serait une ingratitude dont je me condamnerais la première. » ci Ah , s'écria le roi de Perse , île parlez pas des obligations . que vous m'avez; je vous en ai moi-même de si grande^ . que jamais je ne pourrai vous^ en. témoigner assez de reconnaissance. » « Eh, sire^ reprit Gulnare, pouvais-je eh faire moins que ce que je viens de faire ? Je n'en. fais pas .encore assez après tous les honneurs que j.'ai reçus ^ après tant de bienfaits dont vous m'avez comblée , après tant de marques d'amour, auxquelles il n'est pas possible que je sois insensible. Mais, sire, ajouta la reine, laissons-là ce discours pour vpus assumer de Tamitié sincère dont ma mère et mon frère vous honorent. Us meurent de l'envie de' vous voir, et de* Vous en assurer eux-mêmes. J'ai ^ ^ même pensé me faire une affaire avec eux , en vou- . lant leur donner la collation avant de leur procurer cet honneur. Je supplie donc votre majesté de vouloir bien entrer, et de les honorer de votre présence. » « Madame , repartit le roi de Perse, j'aurai un grand plaisir à saluer des personnes qui vous appartiennent de si près ; mais ces flammées que j'ai, vues • sortir de leurs narines et de leur bouche, me donnent de la frayeur. » « Sire, répliqua la reine en riant, ces flammes ne doivent pas faii*e la moindre peine à votre majesté : elles ne signifient autre chose que leur répugnance à manger dans son palais, sans qu'elle les honore de sa présence. ' '
CCLXVr NUIT.
Le roi de Perse, rassuré par ces paroles, se leva de sa table et entra dans la chambre avec Gulnare; la jeûne reine le présenta à sa mère , au' roi son frère et à ses parentes , qui se prosternèrent aussitôt la face contre terre. Le roi de Perse courut'à eux , les obligea dé se relever, et les embrassa l'un après l'autre. Après cju'ils se furent tous assis, Saleh prit la parole: « Sire, dit-il , au roi de Perse, nous ne pouvonsassez témoigner notre joie à vôtre majesté de ce cpie Gulnare ma sœur a eu le bonheur , dans sa disgrâce , de se trouver souà la protection d'un monarque aussi puissant: Nous pouvons l'assurer qu'elle n'est pas indigne du haut rang où il lui a fait l'honneur de l'élever. Nous avons toujours eu une si grqride amîtîé et tant de tendresse < pour elle, que nous tfàvons pu ndus résoudre' à Raccorder à auctm des^ puissaris princes de la ihiE^r, qiiî nous l'avaient demandée en mariage ' avant même qu'elle fiit nubile. Le ciel vous la réservait , sire , et nous ne pouvons mieux le remercier de la faveur qu'il lui a faite, qu'en lui deniandàht d'accorder à votre majesté la grkce dé vivre de longues années avec elle , au sein des prospérités. »
« 11 fallait bien, reprit le roi dé Perse, que le cieJ me l'eût réservée comme vous le remarquez. La passion que j'ai pour elle, me fait connaître que je n'avais jamais rien aimé avant de l'avoir vue. Je ne puis assez:
390 LES iriLLE ET UNE NUITS,
témoigner de reconnaissance à la reine sa mère , ni à vous, prince, de la générosité avec laquelle vous consente2 à me recevoir dans une alliance qui m'est si glorieuse, j> En achevant-ces paroles, il les invita k se mettre à table, et il s*y. mit aussi avec Gulnare, ' La collation achevée ,. le roi de Perse' s'entretint avec eux bien avant jlans la nuit ; et locsqu il fut temps de.se retirer, il les conduisit lui-même chacun à l'ap*partement qu il leur avait £ait préparer.
Le roi de Perse donna à ses illustres hôtes des fêtes continuelles, dans lesqiielles il n'oublia rien de tout ce qui pouvait faire paraître sa grandeur ^t sa magni* licence ; et insensiblement il les engage à demeurer à la cour jusqu'aux couches de la^reine. Elle accoucha enfin, et elle mit au monde un fils, avec une grande jpie de la reine sa mère; qui alla le présenter .au roi, dès qu'il fut .dans ses. premiers langes.
Le roi de Perse reçut ce présent avec une jpie qu'il est plus aisé d'ims^giner que d'exprimer. Comme le.visagje du petit prince son fils était plein et écla-» tant de beauté , il ne crut pas pouvoir lui donner un. nom plus convenable que celui de Beder (i). En actions de grâces au ciel, il fissigna- de .grandes aumônes aux pauvres; il fit délivrer les prisonniers, il donna la libçrté à tous ses esclaves de l'un et de l'autre sexe. Il fit aussi de grandes largesses à sa cour et au peuple, et l'on publia, par son ordre des réjouissances de plusieurs jour;s par toute la ville,* » . • "
(j) Plein» lune, en arabe.
CONT£S ARABES. 3gi
Après que Gulnare fut relevée de ses couches, un jour que le roi de Perse, Gulnare, la retne sa mère, le roi Saleh , et les princesses leurs parentes , s'entretenaient ensemble dans la chambre de la reine, la .nourrice y entra avec le petit prince Bqder, qu'elle portait entré ses bras'. Saleh se leva aussitôt de sa place, courut au petit prince, et après Tavoir pris d'ciîlre les bras de la nourrice ,'il se mit à le caresser avec de. grandes démonstrations de tendresse. 11 fit plusieurs tours par la chailabre en jouant , en fë téna*nt en l'air entre ses mains; et tout d'un coup, dans fe transport de sa- joie, il s'élança par une fenêtre qrri était ouverte y et se plongea daiis la mer avec le prince.
Le roi de Perse , qui ne s'attendait ^as à ce spectacle , poussa des cris épouvantables; croyant qu'il ne reverrait plus le prince son cher fils, ou s'il avait h le revoir, qu'il rie le re verrait que noyé. Peu s*en fallut qu'il ne rendît Tame au milieu de son affliction^ « de sa douleur et de setf pleurs, a Sire, lui dit Gulnare, d'un visage et d'un ton propre à le i*a'ssurer, <^ùe votre majesté ne craigne rien. Le petit prince est mon fils, comme il est le vôtre, et je ne l'aîme pa's' moins que vous l'aimez : vous voyez cej)éndaht qile ' je n'en sUis pas alarmée; en effet, il rie court a'udilri' risque , et voUs Verrez bientôt reparaître le rôi soVi*" oncle, qui le rapportera sain et sauf. Quoiqu'il soit né de votre sang, il ne laisse pas d'avoir le même avantage que nous, de pouvoir vivre également dalis la mer et sur la terre. » La reine sa mère et les prih*
Sga LES MILLE ET UNE NUITS,
cesses ses parentes confirmèrent la chose au roi de Perse; mais leurs discours ne firent pas. un assçz grand effet pour le guérir de sa frayeur: il ne lui fut pas possible d*en revenir, tout le temps que le prince Beder ne parut p}us à ses yeux.
{ja mer enfin se troubla, et l'on revit bientôt le roi Saleh qui s'en éleva avec le petit prince entre les bras , et qui , en se soutenant en l'air, rentra par la même fenêtre par. laquelle il était sorti.. Le roi de Perse fut ravi, Saleh lui demanda: «Sire, votre majesté n'a-t-elle pas eu une grande peur, quand elle m'a vu plonger dans la mer avec le princejnon* neveu? » « Ah , prince ! reprit le roi de Perse , je ne puis vous l'ejtprimer ; je l'^i cru perdu , et vous m'avez redonné la vie en me . le rapportant. » a Sire , repartit le roi Saleh, je m'en étais douté, mais U n'y avait pas le mpihdre sujet de crainte. Avant de me plonger, j'avais pr(^ncaicé sur lui les paroles mystérieuses qui étaient gravées ;wr le sceau du grand roi Salomon, fils de David. Nous pratiquons la même chose à l'égard de tous les enfans qui nous naissent dans les régions du fond, de, la mer; et en vertu de ces paroles, ils reçoivent le même privilège que nous avons par-dessus les hommes qui demeurent sur ,1^ terre. Ainsi votre majesté peut juger de l'avantage que le prince Beder a acquis par sa naissance du côté de la reine Guinare ma sœur. Tant qu'il vivra , et toutes les fois qu'il le voudra, il lui sera libre de se plonger dans la mer, et de parcourir l<;»s vastes empires qu'elle renferme dans son sein. »
CONTES ARABES. SgS
Après ces paroles, Saldi, qui avait déjà. remis !e^ petit prince Bedèr entre les bras de sa nourrice, ouvrit une caisse quil était allé prendre d^ns son palais pendant le peu de temps qu'il avait disparu; et quai avait apportée remplie "de trois cents diama'ns gros comme des œufs de pigeon,. d'un pareil nombre de rubis d'une grosseur extraordinaire , d'autant de verges d'éméràudea de la longueur d'un demi-pied, et de trente filets ou colliers de perles , chacun de dix«. « Sire, dit-ilau roi de Perse, en lui faisant présent de cette caisse^ lorsque nous avons été appelés par la reine ma sœur, nous ignorions en quel endroit de* la terre elle était; et quelle eût l'honneur d'être réponse d'un si grand monarque: c'est ce qui a faitque^ nous sommes arrivés les mains vides. Comme nous ne pouvons témoigner notre reconnaissance à votre majesté ; nous la supplions d'en agréer cette fiaiible marque en considération des faveurs singulièries qu'il lui a plu' de lui faire ^ auxquelles nous ne prenons pas moins de part qu'elle-même. »
On ne peut exprimer quelle fut la surprise' du roi de Perse, quand il vit tant de richesses renfermées dans un si petit espace. « Hé quoi , prince! s'écria*t-il ;; appelez-votis une faible marque de votre reconnaissance , un présent d'uii prix inestimable ? Je vons^ déclare encore une fois que vous ne m'êteis redevables de rien, ni la reine votre mère, ni vous. Je m'estime trop heureux du consentement <^ue vous avez donné à l'alliance que j'ai contractée avec vous. Madame, dit-il à Guhiarè, eu se tournant de son coté, le roi
394 ^^S MILLC £T UJXE NUITS,
votre frère me met dans une confusion dont je ne puis revenir; et je le supplierais de trouver faon que je refuse son présent, si je ne craignais qu'il ne s*en offensât: priez-le de permettre que je me dispense de l'accepter. ».
ce Sire, répartit Saleh, je ne suis pas surpris quevotre majesté trouve le présent extraordinaire : je saisqu'on n'est pas accoutumé sur la terre à voir des pierreries de cette qualité , et en si grand nombre tout à la fois. Mais si elle savait qu'il est à ma disposition d'en faire un trésor plus riche que tout ce qu'il y a dans les trésors des rois de la terre , eWe s'étonnerait que nous ayons pris la hardiesse de lui faire un présent si peu important. Aussi nous vous supplions de ne pas nous donner '1& mortification de le refuser. » Des manières si honnêtes obligèrent le roi de Perse à l'accepter, et il liii en fit de grands renierdmtos. -^ ^
Quelques jours après, Saleh témoigna au roi de Perse que la reine sa mère , les princesses ses parentes, et lui, n'auraient pas un plus grand plaisir que de passer toute leur vie à ^a cour ; mais que comme il y avait long-temps qu'ils étaient absens de leur royaume , et que leur présence y était nécessaire, ils le priaient de trouver bon qu'ils prisseqt congé de lui et de Guinare. Le roi de Perse leur répondit qu'il était bien fâché de ce qu'il n'était pas en son pouvoir de leur rendre la même civilité, en allant les visiter dans leurs états. ft^Mais commeje suis persuade, ajouta-t-il , que vous n'oublierez pas la reine Gidnare, et que vous
COJyTES ARABES. SqS
la viendrez voir de temps en temps, j'espère que j'aù* rai Thouneur de vous recevoir plus d'une fois. »
Il y eut beaucoup de larmes répandues de part et d'autre dans leur séparation. Saleh se sépara le premier ; mais la reine sa mère et les princesses furent obligées, pour le suivre, de s'arracher en quelque manière aux embrassemens de Guinare, qui ne pouvait se résoudre, à les laisser partir. Dès que cette troupe royale eut disparu , le rqi de Perse ne put s'empêcher de dijre à Guinare: « Madame, j'eusse regardé comme un homme qui eût voulu abuser de ma ^^rédulité , celui qui eût entrepris de me faire passer pour véritables les merveilles dont j'ai été té-» mçip, depuis le. moment où votre illustre famille a lionoré mon palais de sa présence. Mais je ne puis démentir mes- yeux: je m'en souviendrai toute ma vie 3 et je ne cesserai ^e bénir le ciel de ce qu'il vous a adressée à moi préférablement à tout autre prince. »
Le petit prince Beder fut nourri et élevé dans le palais, sous les yeux du roi et de la reine de Perse, qui le virent croître et augmenter en beauté avec une grande satisfaction. Il leur en donna beaucoup plus à mesure qu'il avança en âg^ , par son. enjouement continuel, par ses manières agréables en tout ce qu'il faisait, etpar les marques de la justesse et de la vivacité de son esprit en tout ce qu'il disait ; et cette satisfaction leur était d'autant plus sensible, que le roi Saleh son oncle, la reine sa gramdHnère, et les prin-: cesses ses cousines , venaient souvent en prendre leur part. On n'eut point de peine à lui apprendre à lirp
et à écrire, et on lui enseigna avec la même facilité toutes les sciences qui convenaient à un prince de son rang. »
CCLXVir NUIT.
Quand le prince de Perse eut atteint Tâge de quinze ans , il s'acquittait déjà de tous ses exercices avec infiniment plus d'adresse et de bonne grâce que ses maîtres. Avec cela il était d'une sagesse et d'une prudence admirables. Le roi de Perse , qui avait reconnu en lui, presque dès sa naissance, ces vertus si nécessaires à un monarque, qui l'avait vu s'y fortifier jusqu'alors, et qui d'ailleurs s'apercevait tous les jours des grandes infirmités de la vieillesse , ne voulut pas attendre que sa mort lui donnât lieu de le mettre en possession du royaume. Il n'eut pas de peine à faire consentir son conseil à ce qu'il souhaitait là-dessus ; et \es peuples apprirent sa résolution avec d'autant plus de joie , que le prince Beder était digne de les commander. En effet , comme il y avait long-tetnps qu'il paraissait en public , ils avaient eu tout le loisir de remarquer qu'il n'avait pas cet air dédaigneux, fier et rebutant, si familier à la plupart des autres princes, qui regardent tout ce qui est au-dessous d'eux avec une hauteur et un mépris insupportables. Ils savaient au contraire qu'il regardait tout le monde avec une bonté qui invitait à s'approcher de lui, qu'il écoutait favorablement ceux qui avaient à lui
GONT£$ ARA^BES. 897
parler, qu'il leur répondait avec- une bienveillance qui lui. était particulière , et quil ne refusait rien à personne, pour peu que ce qu'on lui demandait fut juste.
Le jour de la cérémonie fut arrêté ; et ce jour-là» au milieu de son conseil, qui était plus nombreux qu'à l'ordinaire, le roi de Perse, qui d'abord s'était assis sur son trône, en descendit, ôta sa couronne c^e dessus sa tête, la mit sur celle du prince Beder; etaprès l'avoir aidé à monter à sa place , il lui baisa la main pour faire voir qu'il lui remettait toute son autorité et tout son pouvoir; après quoi il se mit au-dessous de lui , au rang des vézyrs et des émirs.
Aussitôt les vézyrs, les émirs, et tous leà ofiSciers principaux vinrent se jeter aux pieds du nouveau roi ^ et lui prêtèrent le serment de fidélité chacun dans son rang. Le grand vézyr fit le rapport de plusieurs affaires importantes , sur lesquelles Beder prononça avec une sagesse qui fit l'admiration de tout le conseil. Il déposa ensuite plusieurs gouverneurs convaincus dé malversations, et en mit d'autres à leur place, avec un discernement si juste et si équitable , qu'il s'attira les acclamations universelles. Il sortit ensuite du conseil; et, accompagné du roi son père, il alla à 1-appartement de Gulnare.- La reine ne le vit pas plutôt avec la couronne sur la tête, qu'elle courut à lui et l'embrassa avec beaucoup de tendresse y en lui souhaitant un règne de longue durée.
La première année de son règne , le roi Beder s'acquitta de jtoutes les fonctions royales avec une grande
398 LES MILLE fit UKE KUITS,
assiduité. Sur toutes choses il prit un grand soin de s'instruire de l'état des affaires, et de tout ce qui pouvait contribuer à la félicité de ses sujets. L'année suivante, après qu'il eut laissé l'administration des affaires à son conseil, sous le bon plaisir de l'ancien roi, son père, il sortit de la capitale, sous prétexte de prendre le divertissement de la chasse ; mais c'était pour parcourir toutes les provinces de son royaume , afin d'y corriger les abus , d'établir le bon ordre et la discipline partout , et d'ôter aux princes ses voisins, mal-intentiônnés, Tenvié de ne rien en* treprendre contre la sûreté et la tranquillité de ses états, en se faisant voir sur les frontières.
Il ne fallut pas moins de temps qu'une année entière à ce jeune roi pour exécuter un dessein si digne de lui. Il n'y avait pas long-temps qu'il était de retour, lorsque le roi son père tomba malade si dangei*euse* ment, que d'abord il connût lui-même qu'il n'en re* lèverait pas. Il attendit le dernier moment de sa vie avec une grande tranquillité ; et l'unique soin qu'il eut, fut de recommander aux ministres et aux sei* gneurs de là cour du roi son fils , de persister dans la fidélité qu'ils lui avaient jurée ; et it n'y en eut pas un qui n'en renouvelât le serment avec autant de bonne volonté que la première fois. Il mourut enfin emportant les regrets du jêuné roi Beder et de Gulnare, qui firent porter son corps dans un superbe mausolée.
Après que les funérailles furent achevées, le roi Beder n'eut pas de peiné à suivre la coutume de Perse,
tiONTfiS ARABES. 899
de pleurer les morts un mois entier , et de ne voir personne tout ce temps-là. Il eût pleuré son père toute sa vie, s'il eût écouté Fexcès de son affliction, et s'il eût été permis à un grand roi de s y abandon* ner tout entier. Dan& cet intervalle, la reine, mère de Gulnare, .et le roi Saleh, avec les princesses leurs parentes, arrivèrent, et prirent une grande part à leur affliction. •
Quand le mois fut écoulé, le roi ne put se dispenser de donper entrée à son grand vézyr et à tous les seigneurs de sa cour, qui le supplièrent de quitter Thabit de deuil , de se faire voir à ses sujets , et de reprendre le soin des affaires comme auparavant. Il témoigna d'abord une si grande répugnance à les écouter, que le grand vézyr fut obligé de prendre la parole , et de lui dire: ce Sire, il n'est pas besoin de représenter à votre majesté qu'il n'appartient qu'à des femmes de s'opiniâtrer à demeurer dans un deuil perpétuel. Nous ne doutons pas qu'elle n'en soit très persuadée, et que ce ne soit pas son intention de suivre leur exemple. Nos larmes ni les vôtres ne sont pas capables de redonner la vie au roi votre père, quand nous ne cesserions de pleurer toute notre vie. Il a subi la loi commune à tous les hommes, qui les soumet au tribut indispensable de la mott. Nous ne pouvons cependant dire absolument qu'il soit mort, puisque nous le revoyons^ en votre sacrée personne. Il n'a pas douté Juimême en mourant qu'il ne dût revivre en vous : c'est à votre majesté à faire voir qu'il ne s'est pas trompé. »
Le roiBeder xie put résister à des instances si près-
santés : il quitta l'habit de deuil dès ce moment ; et après qu'il eut repris l'habillement et tes orneiQens royaux, il commença de pourvoir aux besoins de son royaume et de ses sujets avec la même attention qu'avant la mort du roi son père, et comme il était exact
à maintenir l'observation des ordonnances de ses prédécesseurs, les peuples ne s'aperçurent pas qu'ils avaient changé de maître.
Le roi Saleh , qui était retourné dans ses états de la mer, avec la reine sa mère et les princesses, dès qu'il eut vu que Beder avait repris le gouvernement , revint seul au bout d'un an; Beder et Gulnare furent ravis de le revoir. Un soir, au sortir de table, après ^u'ou eut desservi et qu'on les eut laissés seuls , ils s'entretinrent de plusieurs choses.
> Insensiblement Saleh tomba sur les louanges du roi son neveu^ et témoigna à sa sœur combien il était satisfait de la sagesse avec laquelle il gouvernait, qui lui avait acquis une si grande réputation , non-seulement auprès des rois ses voisins, mais même jusqu'aux royaumes les plus éloignés. Beder, qui ne pouvait entendre parler de sa personne si avantageusement, et ne voulait pas aussi, par bienséance, imposer silence au roi son oncle , se tourna de Tautre coté et fît semblant de dormir en appuyant sa tête sur un coussin qui était derrière lui.
Des louanges qui ne regardaient que la conduite merveilleuse et l'esprit supérieur en toutes choses du roi Beder, le roi Saleh passa Ji celles du corps; et il eu parla comme d'un prodige qui n'avait rien de sem-
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blable sur la terre ; ni dans tous les royaumes de dessous les eaux de la mer dont il eût connaissance. « Ma sœur, s'écria- 1- il tout d'un coup, tel qu'il est fait, et tel que vous le voyez vous - même , je m'étonne que vous n'ayez pas encore songé à le marier. Si je ne me trompe cependant, il est dans sa vingtième année; et à cet âge il n'est pas permis à un prince comme lui d'être sans femme. Je veux y penser moimême , puisque vous n'y pensez pas , et lui donner pour épouse une princesse de nos royaumes qui soit digne de lui. »
ce Mon frère , reprit la reine Gulnare , vous me Élites souvenir d'une chose dont je n^ai pas eu la moindre pensée jusqu'à présent. Comme il n'a pas encore témoigné qu'il eût aucun penchant pour le mariage, je n'y avais pas fait attention nloi-même , et je suis bien aise que vous" vous soyez avisé de m'en parler. Comme j'approuve fort de lui donner une de nos princesses , je vous prie, de m'en amener quelqu'une, mais si belle et si accomplie, que le roi mon fils soit forcé de l'aimer. »
«J'en sais une, repartit le roi Saleh, en parlant bas ; mais avant de vous dire qui elle est , je vous prie de voir si le roi mon neveu' dprt : je vous dirai pourquoi il est bon que nous prenions cette précaution. Gulnare se retourna ; et comme elle vit Beder dans là situation où il était , elle ne douta nullement qu'il ne dormît profondément. Béder cependant, bien loin de doïrmir, redouMa son attention pour ne rien perdre de ce que le roi son oncle avait à dire avec
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tant de secrets a II n'est pas besoin que vous vous CQntraigniez , dit la reine à son frère , vous pouvez parler librement sans craindre detre entendu. »
CCLXVIir NUIT.
' « Il n'est "pas à propos, reprit Saleh, que le roi mon neveu ait sitôt connaissance de ce que j'ai à vous ^ dire. L'amour, comme vous le savez, se prend quelquefois par l'oreille , et il n'est pas nécessaire qu'il aime de cette manière celle que j'ai à vous nommer. En effet, je vois de grandes difficultés à surmonter , non pas du côté de la princesse, comme je l'espère, mais du côté du roi son père. Je n'ai qufè vous nommer la princesse Giauhare(i)et le roi de Samandal.»
<c Que dites- vous , mon frère? repartit Gulnarè; la princesse Giauhare n'est-elle pas encore mariée ? Je me souviens de l'aVoir vue peu de temps avant que je me séparasse d'avec vous : elle avait environ dixhuit mois, et. dès lors elle était d'une beauté surprenante. II faut qu'elle soit aujourd'hui là merveille du monde , si sa beauté a toujours augmenté depuis ce temps-là. Le peu d'âge qu'elle a plus que le roi mon fils ne doit pas nous empêcher de faire nos efforts pour lui procurer un parti si avantageux. II. ne s'agît que de savoir les difficultés que vous y trouvez, et de les surmonter.
« Ma sœur, répliqua Saleh, c'est que le roi de Sa-
(i) Giauhare, en arabe, ^^m^e pieriv précieuse.
mandai est d'ime vanité si insupportable , qu'il se regarde au - dessus de fous les autres rois, et qu'il y a peu d'apparence de pouvoir entrer en traité avec lui sur cette alliance. J'irai moi-même néanmoins lui faire la demande de la princesse sa fille ; et s'il nous refuse 9 nous nous adresserons ailleurs, où nous serons écoutés plus favorablement. C'est pour cela , comme; vous le' voyez, ajouta- 1- 11, qu'il est bon que le roi mon neveu ne sache rien de notre dessein, que nous ne soyons certains du consentement du roi de Samandal, de crainte que l'ameur de la princesse Giauhare ne s'empare de son. cœur, et que nous ne puissions réussir à la lui obtenir. » Ils s'entretinrent encore quelque temps sur le même sujet; et avant de se séparer, ils convinrent que le roi Saleh retournerait incessamment dans sbn royaume , et fel'ait la demande de la princesse Giauhare au roi de Samandal pour le roi de Perse.
Gulnare et Saleh, qui croyaient que Bedçr dormait véritablement , l'éveillèrent quand ils voulurent se retirer; et Beder réussit fort bien à faire semblant de se réveiller , comme s'il eût dormi' d'un profond sommeil. Il était vrai cependant qu'il n'avait pas perdu un mot de leur entretien , et que le portrait qu^ils avaient fait de la princesse Giauhare avait enflammé son cœur d'une passion qui lui était toute nouvelle.. Il se forma une idée^ de sa beauté , st avantageuse , que le désir de- la posséder lui fit passer toute la nu»( dans des inquiétudes qui ne lui permirent pas de fermer l'oeil un moment.
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Le lendemain, Saieh voulut prendre congé de la reine Gulnare et du roi son neveu. Le jeune roi de Perse, qui savait bien que le roi son onde ne voulait partir sitôt que pour aller travailler à son bonheur sans perdre de temps , ne laissa pas de changer de couleur à ce discours. Sa passion était déjà si forte, qu'elle ne lui permettait pas de demeurer sans voir Tobjet qui la causait , aussi loitg-temps qu'il jugeait qu'il en mettrait à traiter de son mariage. Il prit la résolution de le prier de vouloir bien Femmener avec lui ; mais comme il ne voulait pas que la reiue sa mère en sût rien, afin d'avoir occasion de lui en parler en particulier , il l'engagea à demeurer encore ce jourlà pour être d'une partie de chasse avec lui le jour suivant , résolu de profiter de cette occasion pour lui dédarer son dessein.
La partie de chasse se fit, et le roi Beder se trouva seul plusieurs fois avec son onde; mais il n'eut pas la hardiesse d'ouvrir la bouche pour lui dire un mot de ce qu'il avait projeté. Au plus fort de la chasse , Saleh s'étant séparé de Beder , et aucun de ses officiers ni de ses gens n'étant resté près de lui , il mit pied à terre près d'un ruisseau ; et après qu'il eut attaché son cheval à un arbre, qui faisait un très -bel ombrage , il se coucha à demi sur le gazon, et donna un libre cours à ses larmes, qui coulèrent en abon- (}ance, accompagnées de soupirs et de sanglots. Il demeura long -temps dans cet état, abymé dans ses pensées , sans proférer une seule parole.
Cependant le roi Saleh, qui ne vit plus son neveu.
fut dans une grande peine de savoir oii il était, et il ne trouvait personne qui lui en donnât des nouvelles. Il s'éloigna des autres chasseurs; et en le cherchant , l'aperçut de loin. Il avait remarqué dès le jour précédent , qu'il n'avait pas son enjouement ordinaire , qu'il était rôveur contre sa coutumef, et qu'il n'était pas prompt à répondre aux demandes qu'on lui faisait; ou s'il y répondait , qu'il ne le faisait pas à propos. Mais il n'avait pas eu le moindre soupçon de la cause de ce changement. Dès qu'il le vit dans la situation où il était, il ne^ douta pas qu'il n'eut entendu l'entretien qu'il avait eu avec la reine Guinare , et qu'il ne fut amoureux. ^ Il mit pied à terre assez loin de lui ; après qu'il eut attaché son cheval à un arbre , il prit un grand détour, et s'en approcha sans faire de bruit , si près qu'il lui entendit prononcer ces paroles : .
<c Aimable princesse du royaume de Samandal, s'écriait -il, on ne m'a fait sans doute qu'une faible ébauche de votre incomparable beauté. J'irais dès ce moment vous offrir mon cœur, si je savais où vous trouver ; il vous appartient , et jamais princesse ne le possédera que vous. >>
Saleh n'en voulut pas entendre davantage ; il s'avança , et en se faisant voir au roi Beder : « A ce que je vois, mon ineveu, lui dit-il, vous avez entendu ce que nous disions avant-hier de la princesse Giauhare^ la reine votre mère et moi. Ce n'était pas notre intention, et nous avons cru que vous dormiez. » ce Mon cher oncle , reprit Beder , je n'en ai pas perdu une
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pjarole,^t j'en ai éprouvé YeSéi que vous aviez prévu, et qu^ vous n'avez pu éviter. Je vous avais reienu exprès, dans le dessein de vous parler de mon amour avant votre départ : mais la honte de vous faire un aveu de ma faiblesse, si c'en est une d*aimer.une princesse si digne d'être aimée ^ m'a fermé la bouche. Je vous supplie donc, par l'amitié que vous, avez pour im- prince qui a l'honneur d'être votre allié de si près , d'avoir pitié de moi, et de ne pas attendre à me pro* curer la vue de la divine Giauhare, que vous a)^z obtenu le consentement du roi son père pour noire mariage , à moins que vous n'aimiez mieux que je meure d'amour pour elle avant de la voir. »
Ce discours du roi de Perse (embarrassa fort le roi Saieh, qui lui représenta combien il était difficile qu'il lui donnât la satisfaction qu'il demandait ; qu'il ne pouvait le faire sans l'emmener avec lui. Et comme $a préseaice était nécessaire dans son royaume , que tout était à craindre s'il «'en absentait, il le conjura de ipodérer sa passion jusqu'à ce qu'il eût mis les choses en état de pouvoir le contenter, en l'assurant qu'il y allait employer toute la diligence, possible, et qu'il viendrait lui en rendre compte dans peu de jours. Le roî de Perse n'écouta pas ces raisons : « Je vois bien, reprit*il, que vous ne m'aimez pas autant que j^ me l'étais persuadé , et que vous aimez mieux que ]e meure que de m'accorder la première prière que je vous aie faite de ma vie ! »
« Je suis prêt à faire voir à. votre majesté , répliqua , Saleh , qu'il n'y a Tien que je ne veuille faire pour vous
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obliger; mais je ne puis vous emmener av€€ moi^ que vous n'en ayez parlé à la reine votre mère. Que -diraitelle de vous et de moi ? Je le veux, bien si elle y consent , et je joindrai mes prières auxvotres. » « Vous n ignorez pas , reprit le roi de Perse , <{ue la reine ma mère ne voudra jamais que je Tabandonne, et cette excuse me &it mieux connaître la dureté que vous avez pour moi; Si vous m'aimez autant que vous voulez que je le croie , il faut que vous retourniez en votre royaiime dès ce ^moment , et que vous m'emmeniez avec vous. »