DXXXIX 8 NUIT
Ils traversèrent de vastes jardins, et, comme la nuit était déjà fort avancée, ils ne rencontrèrent personne. Haram , après avoir forcé une petite porte , conduisit son compagnon par plusieurs longs détours dans les galeries de la demeure royale ; ils arrivèrent enfin auprès d'une tapisserie , Haram la souleva légèrement , et fit voir à son compagnon le roi endormi , auprès duquel se trouvait un page qui paraissait lui-même accablé par le sommeil. On entendait dans une chambre voisine les pas des officiers qui étaient de garde auprès de la personne du sulthan.
A ce spectacle Akil faillit tomber à la. renverse. « Grand Dieu ! s'écria-t-il , où nous avez-vous conduits ? retournons vite sur nos pas , nôtre perte est assurée si nous sommes découverts. » « Vous vous effrayez facilement , répondit Haram ; vous avez parlé au cadi, il faut que j'aille parler au roi. » En irême temps il s'approcha avec une agilité merveilleuse du jeune page qui , tout assoupi , était occupé
CONTES ARABES. Iq3
à chatouiller la plante des pieds du roi(i), et qui mâchait du mastic pour ne pas s'endormir ; aussitôt il déboucha un flacon qui exhalait une odeur Narcotique, et l'effet en fut si prompt , que le page tomba à l'instant même plongé dans la plus profonde léthargie : alors il l'attacha sous les bras avec une corde , et le /Suspendit au plafond ; puis ayant pris sa place , il se mit à chatouiller les pieds du sulthan, et s'arrangea de manière à le réveiller. Le prince bâilla, et Haram saisit cette occasion pour lui adresser la parole, « Sire, lui dit-il, puisque votre majesté ne dort pas , veut-elle que je l'amuse en lui racontant quelque histoire?» Le sulthan ayant accepté cette proposition, il continua en ces termes.