LVIII. Histoire du Dormeur éveillé
A.bou Hassan a dépensé sa fortune avec ses amis , et ses amis l'ont abandonné : il a pourtant quelques revenus en ré-
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serve et il s'en sert , non plus pour régaler des amis perfides , mais pour recueillir les voyageurs. Chaque jour il en reçoit un avec lequel il cesse dés lors toutes relations. Le khalyfe Haroun déguisé se présente à lui , et après un joyeux repas , lut demande ce qu'il pourrait faire pour lui. Hassan répond qu'il n'a rien à désirer que d'être khalyfe un jour pour punir un imam et quatre vieillards ses voisins qui tourmentent tout son quartier et se mêlent de toute autre chose que dé leur khoran. Le khalyfe lui fait avaler une poudre assoupissante et il est transporté au palais. A son réveil il se trouve couché dans le lit du khalyfe, et reçoit les hommages de sa cour. Il ne conçoit rien à son aventure , mais il prend son parti , joue fort bien son rôle , et prononce des jugemens aussi sages que * Sancho dans son île de Barataria. Le soir on l'endort de nouveau , et on le reporte chez lui. En s'éveillant il s'irrite contre sa mère qui ne veut pas le reconnaître pour le khalyfe : il est garrotté parles voisins et mené dans une maison de fous où on le maltraite cruellement. Il en sort et recommence à inviter les étrangers ; il rencontre encore le khalyfe déguisé , et consent à l'accueillir de nouveau. Cette visite a la même suite que la première, mais cette fois Hassan fait tant de folies que le khalyfe éclate de rire , se fait reconnaître et le prend pour son favori. * Cette première partie du Dormeur éveillé a fourni le sujet de plusieurs pièces. Un opéra fut représenté sous ce titre, en 1765 , sur le théâtre delà cour. Ricco, Le Diable à quatre , etc. , sont composés d'après la, même idée. L'auteur des Voitures versées a pu trouver également ici l'original de ce maître du château qui fait desa maison une sorte d'auberge pour les voyageurs (1).
(1) L'on des princes les plus pnissaus du quinzième siècle , Philippe-le- Bon , duc de Bourgogne , fondateur des 'coutumes de ce duché , et à la eour duquel on composa les Cent Nouvelle* nouvelle* pour charnier les enuuis de l'exil de Louis XI , renouvela le trait du khalyfe Harouu : il fit transporter uu homme ivre dans son palais ducal a Bruges , et ordouna qu'on le traitât comme lui-même. L'idée de cette plaisanterie avait sans doute été suggérée
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Abou Hassan , devenu habitant da palais, épousé la confidente de Zobéide femme du khalyfe. Il font beaucoup de dépenses et se trouvent sans argent : Abou Hassan suppose la mort de sa femme , et celle-ci la mort de son mari. Haro un donne à l'un et Zobéide à l'autre cent pièces d'or pour les frais des funérailles. * M. Àndrieux aurait-il songé à ce conte en faisant ses Étourdis P Le khalyfe et Zobéide se disputent ensuite pour savoir lequel de leurs favoris est mort. Ils font un pari qui donne lieu à plusieurs scènes plaisantes. Enfin, ils veulent s'assurer du fait par eux-mêmes , et vont trouver les deux époux qu'ils trouvent ensevelis sous des linceuls de brocard. Je donne mille pièces d'or, dit Haroun, à qui me dira lequel est mort le premier. Hassan s'écrie que c'est lui , réclame les mille pièces d'or , dégage également sa femme de son attirail funèbre, et se justifie auprès du khalyfe, qui rit beaucoup de ce double stratagème. ( 293 e à 3 1 6 e Nuit. )
LIX. Histoire dAladdin ou la Lampe merveilleuse, . . p. 207 C'est le plus célèbre des contes des Mille et Une Nuits 9 c'est celui où les prodiges de la féerie sont le plus merveilleux et le plus abondamment répandus. * Aussi l'Opéra s'en est emparé, et ses décorateurs ont lutté avec toute la magie orientale. Ce sujet traité sur ce grand théâtre par M. Etienne , Ta été également àFeydeau par M. Théaulon, dans la Clochette; au Gymnase, dans la Petite-Lampe , par MM. Scribe et Melesville;*et, enfin, au Panorama dramatique, par MM; Merle, Carmouche et Saintine. Le fils d'un tailleur de la capitale de la Chine, est un jour abordé par un magicien qui le caresse, se dit son oncle, donne de l'or à sa mère, et le. conduit, enfin , dans un souterrain plein de richesses. Il lui dit de lui rapporter une lampe fort simple qui se trouve au milieu de ces trésors; il voudrait se la faire remettre avant qu'Aladdin ne
à Philippe par les ambassadeurs envoyés à sa oour par les princes orientaux qui lui avaient décerné le titre de grand duc d'occident.
Le P. du Cerceau a mis en «cène dans une 'fort jolie comédie en vers , ce trait de la vie du duc de Bourgogne ; elle a pour titre : Les Incommodités de la grandeur.
fût sorti du souterrain. Mais celui -ci s'y refusant opiniâtrement, le magicien l'enferme, espérant qu'il périra de faim. Il lui avait donné un anneau magique , qu'Aladdin frotte par hasard. A l'instant paraît un génie qui le délivre, et le reporte chez lui. Il frotte la Lampe et trouve également un génie toujours prêt à le servir. Il n'abuse pas de sa puissance, et se borne long-temps à fournir à sa subsistance et à celle de sa mère. Mais un jour il voit la fille du sulthan et en devient amoureux. 11 force sa mère à aller la demander en mariage , et envoie de superbes pierreries. Le sulthan les accepte , mais manque à ses promesses , et la donne au fils du vézyr. Aladdin fait enlever les mariés la première nuit de leurs noces , et le nouvel époux passe la nuit exposé au froid et loin de son « épouse. Cette scène se répète, et le fils du vézyr demande luimême qu'on casse son mariage. Aladdin fait des propositions nouvelles, envoie des trésors immenses, bâtit, en une nuit, un palais , dont toutes les pierreries du sulthan ne peuvent garnir une seule fenêtre , et épouse la princesse. Mais le magicien africain arrive déguisé , il propose d'échanger de vieilles lampes contre des neuves , et on lui donne la Lampe merveilleuse qu'Aladdin, parti pour la chasse, avait laissée dans son palais. Il enlève le palais et la princesse. Le sulthan condamne Aladdin à mort , si dans quarante jours il n'a pas retrouvé sa fille. Heureusement le génie de l'anneau vient à son secours , et le transporte en Afrique, où Aladdin trouve sa femme an pouvoir du magicien. Il lui donne un breuvage, au moyen duquel elle l'empoisonne, après avoir feint de vouloir se rendre h ses désirs. * L'on trouve une scène à peu près semblable dans la Princesse de Babylone de Voltaire. Ensuite, Aladdin ressaisit la Lampe, et retourne en Chine avec sa femme. Quelque temps après le frère du magicien vient à la Chine, force une vieille femme, regardée comme sainte, à lui céder ses habits et veut assassiner Aladdin, qui , averti par son génie , le tue lui-même , et demeure maître de son talisman. (3 17 e à 3/|8 c Nuit.)
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n'avaient pas voulu croire à l'histoire du turban et à celui du vase de son , et on trouve sur un arbre ce turban où le milan avait fait son nid, et, chez un marchand voisin, le vase ou les pièces d'or étaient encore. Saad triomphe et avec lui son système qui n'est autre que celui de la prédestination. ( 365 e à 373 e Nuit.)
LXV. Histoire <UAly Baba et des Quarante Voleurs exterminés par une esclave. P- 99
Ce conte a fourni à M, Guilbert Pixérécourt, le sujet d'un mélodrame, représenté en i8a3. Àly Baba, qui coupait du bois dans une forêt , voit sortir des voleurs d'une caverne. Il apprend les mots au moyen desquels elle s'ouvre et se referme. Il y entre, et charge ses ânes de sacs d'or. Son frère découvre son secret, et veut aller partager sa bonne fortune , mais oubliant les mots au moyen desquels il peut sortir de la caverne , il est tué par les voleurs. Aly Baba retrouve son corps coupé en quatre parties, et son esclave le fait recoudre , et le fait ensevelir secrètement. Les voleurs se mettent à la recherche de celui qui les a découverts. L'un d'eux vient dans la ville habitée par Aly Baba, parvient à trouver la maison, et y fait une marque pour la reconnaître. L'esclave s'en aperçoit et marque de même les maisons voisines *. Une idée semblable a été transportée dans le conte du Muletier, dont on a fait un opéra comique , et elle se retrouve dans le vaudeville et dans le ballet des Pages du duc de Vendôme, Enfin, le chef des voleurs reconnaît luimême la maison,. et y vient déguisé en marchand d'huile. Il amène avec lui trente-huit outres dont une enferme de l'huile, et les autres autant de voleurs. L'esclave a besoin d'huile pour la lampe, elle va en chercher dans les outres, et découvre ce qu'elles contiennent. Alors elle fait bouillir l'huile de la dernière outre, et s'en sert pour étouffer les voleurs dont le chef se sauve désespéré. Quelque temps après, il se présente sous un autre déguisement et avec un poignard pour tuer Aly. L'esclave le reconnaît, et sous prétexte de divertir
l'hôte de son maître, elle danse devant lui armée d'un poignard, et le plonge tout à coup dans son sein. Aly , sauvé deux fois, par la courageuse Morgiane, lui donne la liberté et la main de son fils. (3-4* à 386 e Nuit. ) *