‹ Les mille et une nuits: contes arabesChapitre 8 sur 91 · DIX 8 NUIT · texte numérisé non relu

DIX 8 NUIT

« Je fus bien surpris de ne plus trouver ni femme ni enfant. Ma belle-sœur prévint mes questions en me disant, les larmes aux yeux : « Vous savez que la peste a régné en votre absence; nous avons perdu vous et moi ce que nous possédions de plus cher; maintenant le pays est devenu affreux pour moi, il ne m'est pas possible d'y séjourner plus long-temps , ia grande dissipation est seule capable d'adoucir ma

douleur ; car , en restant ici , je mourrais de chagrin. » « Mes remontrances et mes prières ne purent la retenir , je lui donnai une partie du bien de sa malheureuse sœur , et elle partit : elle ne m'a jamais envoyé de ses nouvelles ,' et j'ignore ce qu'elle est devenue. » Je peux vous assurer, m'écriai-je, qu'elle n'est pa^ •éloignée d'ici , mais si elle revient , voici une pièce d'Ismaël avec laquelle vous la métamorphoserez en telle espèce de bête qu'il vous plaira. La jeune femme me remercia en me remettant la pièce : « Je ne me sens point capable, dit-elle, de faire tant de mal à ma sœur; je ne connais pas la vengeance, elle n'appartient qu'à Dieu. »

« Cependant le jour commençait à baisser, et nous observâmes à notre hôte que le moment du départ s'approchait. « Mes amis , nous dit-il , quand je vous pçomis de vous laisser partir aujourd'hui, pouvais-je prévoir l'importante obligation que je viens de contracter envers vpus ? Quel plaisir aurions-nous en votre absence aux festins que je vais commander pour l'heureuse délivrance dé ma femme et de mon fils? Ne me refusez pas cette grâce pour prix des devoirs que j'ai remplis envers Vous, puisque vous daignez m'en tenir compte. » La femme se mit à pleurer en nous tendant la main, pour nous engager à rester : l'enfant nous embrassait et s'attachait à nos genoux. Ma compagne était bien chagrine de partir, mais elle savait en même temps quelle cruelle inquiétude son absence causait à ses parens'; nous résolûmes de rester encore un jour avec nos hôtes

il fut consacré à la joie et aux divertissemens de toute espèce.

«Le surlendemain nous partîmes avant que la jeune femme fut levée ; son époux nous accompagna trèsloin, et notre séparation fit couler beaucoup de larmes. Nous suivions le chemin d'Hamah; plus nous approchions de cette ville, plus la princesse parais-sait contente et joyeuse : pour moi , étrangère et décidée à ne pas découvrir mon sexe , il s'en fallait bien que j'eusse les mêmes motifs de satisfaction.

« Étonnée de ce que je ne partageais'pas ses transports, elle me demandait souvent quel était mon pays, si mes parens vivaient encore; et pour me consoler , elle m'assurait, que le roi son père l'enverrait promptement chercher pour rester à la cour : « Vous n'en sortirez plus , mon ami , me disait-çlle ; car votre absence me causerait la mort. Oh combien le roi et la reine vous chériront quand ils sauront que vous m'avez sauvé l'honneur et la vie. » Princesse , lui dis-je , je ne peux encore ni accepter ni refuser vos offres aimables , je m'en remets à la volonté de Dieu , c'est à lui à décider de mon sort.

« Après une marche longue et pénible , nous arrivâmes sur les bords du fleuve Hassy non loin de Hamah ; là , nous vîmes beaucoup de tentes et un équipage de chasse considérable. Tout à coup cinq cavaliers supérieurement montés nous abordèrent pour savoir d'où nous venions et où nous allions ; après que nous leur eûmes donné des explications dont ils se contentèrent, ma compagne les interrogea

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à son tour sur les nouvelles du pays qui paraissait livré aux horreurs de la guerre si l'on en jugeait par les tentes dispersées de tous côtés. Ces cavaliers nous apprirent que ,ce que nous voyions était l'équipage du roi deHamah; ce prince, nous dirent -ils, ayant perdu dernièrement sa fille , qu'un misérable esclave a eu l'audace d'enlever, cherche à dissiper sa douleur à la chasse : si dans le cours de votre voyage vous aviez quelques nouvelles de cette princesse à donner à sa majesté , vous en seriez bien reçus. Ma compagne ne me donna pas le temps de répondre : « Nous n'avons rien d'intéressant à faire connaître au roi, dit-elle , mais nous sommes bien fatigués, il y a long-temps que nous marchons, et nous nous recommandons à votre bienfaisance; exercez l'hospitalité envers de malheureux étrangers. »

« Le chef de cette compagnie , à qm notre figure ne déplut pas , nous répondit : « Non-seulement vous trouverez chez moi l'hospitalité qu'on doit à des étrangers, mais encore je veux vous présenter au roi qui sera charmé d'entendre vos aventures ; ce récit adoucira peut-être sa douleur: venez avec moi, je vous prie. » Aussitôt il tourna la bride de son cheval , et nous conduisit directement au pavillon royal. Notre guide était un des principaux officiers de la cour, il entra dans la tente, en disant: « Sire, je vous amène deux jeunes étrangers , dont la physionomie respire la noblesse ; ils paraissent très-fatigués, mais leur société pourra vous amuser. » « Qu'on les

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fasse entrer, dit le roi, peut-être me donneront-ils des nouvelles de ma malheureuse fille. »

« On nous introduisit devant le monarque , nous mîmes un genou à terre, et nous baisâmes le tapis ; après le compliment ordinaire, nous restâmes debout, mais on nous ordonna de nous asseoir sur des coussins de soie. Le grand roi de Hamah avait l'air triste et rêveur , il nous fixa toutes deux bien attentivement et les larmes lui vinrent aux yeux. « Hélas , s'écria-t-il , en poussant un profond soupir , sans l'habit d'homme que porte cet étranger, je l'aurais pris pour ma fille ; ma tendre fille , qu'un monstre m'a ravie : n'en auriez -vous point entendu parler dans le cours de vos voyages ? » Nous lui témoignâmes combien nous étions fâchés de ne pouvoir lui donner dans ce moment des nouvelles d'une personne qui lui était si chère , mais nous lui promîmes de prendre les plus soigneuses informations dans la suite de notre voyage. «Vous reste-t-il encore beaucoup de chemin à faire , dit le roi , et pourrait -on connaître votre destination?» «Nous n'en avons aucune, et nous voyageons par plaisir, répondit ma compagne.» «Mais pourquoi courir alors? continua le roi, restez ici à mon service, vous méritez bien d'être attachés à la cour d'un monarque. » Une profonde inclination fut notre réponse ; la conversation s'engagea ensuite sur différens objets.

« L'affliction du prince paraissait se dissiper, et, comme par un secret de la nature, il se sentit soulagé.

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Tandis qu'il me questionnait sur les sciences, les arts et les» usages des différens peuples que j'avais vus, ses yeux restaient fixés sur ma compagne. Il voulut, pendant le repas, nous faire asseoir à ses côtés , l'une à sa droite et l'autre à sa gauche ; il prenait la peine de nous verser lui-même à boire , et s'entretenait sans contrainte avec nous. La conversation ne paraissait pas l'ennuyer.' « Je croirais volons tiers , nous dit-il , que vous êtes des princes déguisés, car vous avez reçu une éducation au-dessus du commun. » Nous lui répondîmes avec respect : « Sire, nous ne sommes que les plus indignes de vos serviteurs. »

« A l'heure du repos, un officier nous conduisit dans une tente magnifique, où l'on nous avait préparé du linge et des habits. Avant de me mettre au Ut, je demandai à ma compagne pourquoi elle ne s'était pas encore fait reconnaître par son père. « Je craindrais , me dit-elle, que l'excès d'une joie trop subite n'affectât ses organes affaiblis par les années.» Faites ce que vous jugerez convenable, lui dis-je. »

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« Le lendemain, dès la pointe du jour, l'officier qui nous avait amenés dans notre tente, vint nous chercher pour prendre le café avec le roi , qui voulut nous faire jouir du spectacle d'une grande chasse. Je

tuai beaucoup de gibier , dont je donnai une partie â ma compagne , qui ne savait pas chasstr. Par ce moyen on ne s'aperçut pas de son inexpérience ,' et personne ne se doutait encore de notre déguisement. Nous mangeâmes toujours avec le prince , qui donna Tordre de rentrer dans la ville le jour suivant.

« À son retour , la reine le trouvant plus gai qu'à l'ordinaire , lui demanda s'il avait eu des nouvelles de sa fille. Cette question fit couler des larmes de ses yeux. « Nous avons rencontré , lui dit - il , deux jeunes voyageurs que mes officiers m'ont présentés ; leur grâce, leur beauté, leur esprit, m'ont causé quelque plaisir; l'un d'eux surtout me plait infiniment par la ressemblance qu'il offre avec ma fille : sans son habillement maseufin , je croirais volontiers que c'est elle ; mais au moins il me fait illusion r cette illusion me plait, et voilà pourquoi vous me voyez moins triste qu'à l'ordinaire. »

« La reine avait grande envie de nous voir, mais l'usage ne permet pas aux femmes d'avoir une entrevue avec les personnes de l'autre sexe ; on nous conduisit sous ses fenêtres, sous le prétexte de nous faire prendre l'air , et , tandis que nous jouions une partie d'échecs, elle eut tout le loisir de nous contempler ; nous ne sortîmes que pour prendre quelque nourriture et du repos. Le lendemain, on prépara un grand festin pour célébrer notre bienvenue , mais principalement pour divertir le monarque. On nous plaça toutes deux auprès de lui , et quand tous les convives furent assis , il prit la

main d'Aladdin : « Que n'ai -je ma fille auprès de moi comme vous y êtes maintenant! s'écria-t-il ; et quand viendra le courrier qui m'annoncera l'arrivée de cette chère fille que je regretterai toute mg vie? » À ces mots les sanglots lui coupèrent la parole ; ma compagne profita de ce moment pour lui demander ce qu'il donnerait à la personne qui lui annoncerait cette nouvelle. « La moitié de ma couronne , s'écria le roi , et je ne la croirais pas assez récompensée, elle pourrait même épouser ma fille si elle consentait à lui donner sa main.» «Mais, continua la princesse, si vous voyiez cette chère fille, la reconnaîtriez- vous ? » En même temps , elle tira son turban , ses beaux cheveux noirs tombèrent en boucles sur ses épaules : le monarque la prit entre ses bras et la serra tendrement sur sa poitrine, en s'écriant d'une voix entrecoupée : « Ma fille , c'est ma chère fille que j'embrasse. »

« Retirée dans un petit cabinet vitré d'où elle voyait tout ce qui se passait dans le festin , la reine ne put modérer ses transports ; elle s'élança hors du cabinet , passa au milieu des seigneurs , et se précipita sur son époux et sa fille. Tous trois furent privés de l'usage de leurs sens pendant quelques instans; mais leur joie devenant insensiblement plus paisible , ils se prodiguèrent mutuellement les plus tendres caresses. « Vous connaissez donc votre fille? dit la jeune princesse. » « Je l'ai portée neuf mois dans mon sein , répondit la reine, je l'ai allaitée ; a vais- je besoin de mes yeux? jamais une mère ne se méprend sur son

sang. » « Nous devions nos premiers transports à la nature, dit la princesse, mais la reconnaissance a aussi des droits, sur notre cœur: voici mon libérateur.» Alors elle raconta toutes ses aventures : elles passèrent bientôt de bouche en bouche, la joie se répandit dans le palais et dans toute la ville, et l'on fît de grandes 1 fêtes pour célébrer cet heureux événement.

« Le roi dit à sa fille : « Votre compagnon de voyage mérite votre reconnaissance et une récompense digne de lui; ainsi, je vous unirai, si tous deux vous y consentez.» C'était là ce que ma compagne désirait , car elle était devenue passionnément amoureuse de moi.

« Jugez , sire, quel fut mon embarras, en entendant une pareille proposition ; je ne savais à quelle résolution m'arrêter. Fallait-il partir sur-le-champ, ou découvrir mon sexe ? le premier parti était dangereux , le second pouvait donner des doutes sur ma vertu ; dans cette incertitude, je demandai quelques jours de réflexion. Le roi m'en accorda neuf; mais, dès le lendemain, je vis entrer le cadi qui venait me présenter le contrat de mariage. La princesse avait tant pressé les choses, qu'il fallait aller sur l'heure à la mosquée, et la cérémonie nuptiale se fit avec beaucoup de pompe ; la princesse m'attendait avec impatience , elle était au comble de ses vœux : pour moi , livrée à la plus profonde affliction , je ne savais que devenir. Il s'en fallait bien que je prisse part à la joie publique. On attribua cette tristesse à mon caractère naturellement mélancolique, qui se

manifestait davantage dans cette circonstance importante.

«Selon la coutume reçue, les deux époux soupèrent tête-à-tête le jour de leurs noces , pour faire connaissance ensemble; mais, comme il y avait long -temps que la princesse et moi nous nous étions vues, pour la première fois, le soir son père et sa mère voulurent être à dîner à notre table. Après le repas, ils nous conduisirent dans la chambre nuptiale. La reine se retira , les esclaves la suivirent , et nous restâmes seules. Mon épouse était déjà couchée, et je ne son* geais point encore à me déshabiller; cependant il fallait céder à ses instances : j'éteignis toutes les lumières avant doter mes derniers vêtemens, et j'en gardai assez pour lui voiler mon sexe. »

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« A peine me fus-je glissée dans le lit , que je restai immobile; la princesse s'approcha de moi, me prit les mains, et me reprocha mon extrême tristesse. «Mon ami, pourquoi êtes-vous affligé? me di telle 1 ne voyez-vous pas que le mal produit souvent le bien? sans ce misérable esclave, je n'aurais pas le bonheur de vous connaître. » En même temps elle me pressait fortement contre sa poitrine qui palpitait, car l'amour avait embrasé ses sens. Enfin, elle me saisit la main droite : « Soyez généreux, nie dit-

elle; après m 'avoir sauvé la vie, ne me donnez pas la mort par votre froideur. » Toutes ces plaintes me touchèrent vivement, mais ma pitié stérile ne pouvait satisfaire la princesse. Je me mis à fondre en larmes. Hélas, lui dis -je, pourquoi l'honneur me défend-il de vous confier maintenant un secret qui me chagrine ? mais vous savez que je suis pour vous ce que vous-même êtes pour moi, ainsi, prenez patience.

« Loin de moi la pensée, répondit la princesse, de causer le moindre chagrin à celui que j'aime. » Après ce petit dialogue, nous nous tournâmes le dos pour dormir plus tranquillement. Je ne sommeillai que trèslégèrement, car les inquiétudes dont j'étais agitée, ne me permettaient de prendre aucun repos. Ma compagne ne dormait pas plus profondément ; ses paupières étaient fermées, mais le feu brûlait dans son cœur.

« Le matin, la reine vint pour se réjouir avec nous de la célébration du mariage, -elle nous embrassa bien tendrement, et, dès que nous fûmes levées, son premier soin, lorsqu'elle se trouva seule avec la princesse, fut de l'interroger. Celle-ci lui raconta comme les choses s'étaient passées. Sa surprise fut extrême ; le front rouge de honte, elle alla chez le roi, et se mit à fondre en larmes ; mais comme les hommes ont toujours plus de fermeté et de présence d'esprit que les femmes, ce prince ne parut pas très-effrayé. «Tranquillisez -vous, madame, et calmez vos inquiétudes, le temps découvrira ce mystère. »

« Il parlait encore quand les nouveaux mariés en-

trèrent , la jeune princesse avait la tristesse peinte sur la figure : « Qu'avez-vous, ma fille? lui dit le sulthan , le jour de vos noces doit être pour vous un jour de fête. » 11 voulut la faire déjeuner avec lui, ensuite il l'amena dans un appartement voisin : « Ma fille, lui dit -il, j# vois que vous avez, du chagrin, votre époux en est seul la cause. Parlez-moi dans la sincérité de votre ame , je pourrai vous donner quelque soulagement ou quelque consolation. » Comme elle gardait le silence , et que ses yeux étaient baignés de larmes, le roi cessa de l'interroger.

« Cependant la journée se passa en fêtes; il n'est pas de jeux et d'amusemens que la princesse n'inventât pour m'égayer, mais j'avais trop d'inquiétudes. Enfin, le soir, quand nous fûmes prêts à nous mettre au lit, je lui déclarai que j'avais fait vœu de chasteté. « Quand finira -t- il? me demanda mon épouse. » Je n'en ai pas encore fixé le terme. Alors , elle se mit à fondre en larmes : « Cher époux , me dit-elle , en me serrant dans ses bras , le déshonneur sera donc le prix de l'amour que j'ai pour vous? Savezvous quelle honte pour la maison d'un simple particulier quand une femme, dès la première nuit de ses noces, ne donne pas de marques de sa virginité? Que doit faire la fille d'un roi quand ce malheur lui arrive? Ah! que je suis à plaindre ; jamais je ne parviendrai à. vous inspirer le moindre amour : il ne me reste plus qu'i^ne grâce à vous demander, avouez sans crainte à la reine toute l'indifférence que vous avez pour ma personne ; comptez sur son indulgence. On

vous donnera une princesse plus capable de vous plaire; pour moi, je m'estimerai bien heureuse de vous servir : je ne demande qu'à être admise au nombre de vos esclaves. Peut-être que ma soumission, ma fidélité, mon amour, me feront trouver grâce devant mon libérateur. Je ne sertâti pas toujours rejetée; au moins, je vous verrai à toutes les heures du jour, je vous jure de ne jamais prendre d'autre époux. »

<c Ces tendres protestations d'amour me donnèrent de vifs remords, je me reprochai eomme un crime les maux que je causais à cette triste princesse , et ne songeant plus au danger que courait ma liberté, mon honneur, je me jetai dans ses bras en m'écriant : Ma tendre amie , il ne m'est plus possible de vous cacher que je suis de votre sexe : comment avezvous pu me méconnaître si long -temps? Ces mots furent pour elle un coup de foudre ; je crus la tenir morte dans mes bras, mais, ayant repris ses sens, elle me dit d'une voix languissante : a Vous serez cause de ma mort; l'amour que vous m'avez inspiré me conduira au tombeau. Pourquoi ne pas m'avoir détrompée avant que je conçusse cette terrible passion? Jamais, ho non, jamais mon cœur ne trouvera un objet digne de vous être comparé. » Malheureuse princesse, pouvais-je imaginer, lui dis-je, que vous concevriez de l'amour pour une étrangère qui *ie doit pas rester long-temps ici ? « Ah , ma douce amie , me répondit-elle, vous voulez partir, craignez-vous que je ne succombe pas assez tôt à ma douleur? J'en jure par

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le nom tout puissant , je vous' accompagnerai partout.» Votre intérêt m'ordonne de partir; si je reste, votre déshonneur est complet : que dira-t-on en nous voyant toujours ensemble sans que notre mariage ait eu de suite ? « J'ai la tête trop fatiguée , me ditelle , pour songer à toutes ces affaires ; passons cette nuit comme les précédentes , peut-être demain trouverons - nous quelques remèdes à tous ces maux. » Alors elle me pressa contre sa poitrine , et s'endormit en me tenant fortement embrassée.

« Le lendemain matin nous trouvâmes le roi et la reine dans la plus profonde affliction. Le vézyr leur avait rapporté les propos injurieux qu'on tenait dans la ville sur la jeune princesse. «Sire, disait-il, je conviens que cet étranger a sauvé la vie à votre fille, mais il aurait mieux valu la laisser périr , que de la couvrir d'opprobre ; s'il eût témoigné son éloignement pour cette alliance , nous lui eussions cherché une autre princesse plus digne de lui plaire , et au moins il aurait épargné cet opprobre à votre famille. » Le foi poussa un profond soupir.

«Peu de momens après, 1$ princesse entra; son père lui ayant demandé comment elle avait passé la nuit? « Comme les précédentes, lui dit-elle en pleurant. » Alors le roi lui raconta les propos que le vézyr lui avait rapportés , et lui ordonna d'annoncer à son époux que s'il persistait dans son indifférence on lui chercherait une autre femme , et qu'ellemême pourrait aussi contracter un nouveau mariage. La princesse se vit forcée de découvrir mon

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secret , et cette nouvelle étonna tous les courtisans qui ne voulaient rien en croire.

« Le roi m'ayant fait appeler , je lui avouai naïvement la vérité , et lui racontai toutes mes aventures , auxquelles il parut prendre beaucoup d'intérêt. « Puisque vous êtes musulmane, me dit-il, et que vous vous trouvez avec des personnes qui professent la même religion , restez avec nous , je me charge de vous procurer un époux digne de votre mérite et qui fera votre bonheur, a Pénétrée de reconnaissance pour toutes vos bontés, je vous prie de me permettre de ne point les accepter : il faut que je me rende à Baghdad pour y rejoindre ma vieille institutrice , et de là nous irons en Ethiopie chez le roi qui est mon parent, et qui professe aussi la religion musulmane. Ce discours chagrina beaucoup le sulthan ; il était aussi très-embarrassé pour détruire les bruits scandaleux qui couraient dans la ville. Cependant, il donna des ordres secrets pour mon départ , voulant me faire accompagner d'un nombreux cortège d'esclaves , et me pria surtout de ne rien dire de tous ces préparatifs à la princesse sa fille. »

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« Malgré toutes nos précautions , elle pénétra mon dessein , et voyant qu'il m'était impossible de rester à la cour de son père , et qu'on ne lui permettrait jamais.

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de m'accompagner , elle tomba* dans une langueur effrayante ; ses joues se creusèrent , les roses de son teint disparurent :' enfin , la cour était dans le» plus vives alarmes.

« Je prodiguai mes soins à la malade , elle parut recouvrer la santé. Pour célébrer cet heureux rétablissement, le roi ordonna un festin , auquel tous les courtisans furent invités : d'excellens musiciens et des danseurs aussi légers que le vent du matin , exécutèrent les airs les plus tendres et les plus voluptueux ; mon cœur était vraiment ému , et cette émotion se peignait sur ma figure. La princesse me demanda, si j'étais encore résolue à partir. Je me garderais bien , lui dis-je , d'exécuter ce projet dans un pareil moment; mais, pourquoi troubler une fête si agréable ? parlons d'autre chose : échanson, versenous à boire. Le roi et la reine approuvèrent mon idée ; on présenta à chaque convive une tasse remplie du meilleur vin, et l'on joua un air très-gai capable d'accroître encore la joie qui régnait dans le festin ; je m'efforçais de dissiper le chagrin que je remarquais sur le visage de la princesse.

« Puisque vous voulez absolument partir , me ditelle , recevez mes adieux. » En disant ces mots , elle se coucha à la renverse sur mon sein , appuyant sa main gauche sur mon cœur, tandis que de la droite elle s'enfonçait sous sa robe un poignard dans la poitrine. Elle ne jeta pas un seul cri , mais le sang qui coula tout à coup à grands flots,, et la pâleur répandue sur les joues de cette malheureuse princesse, trahirent

bientôt sa funeste résolution : on n'eut pas le temps de lui donner le plus léger secours ; on cherchait encore sa blessure , quand je la tenais expirante entre mes bras.

« La reine embrassa fortement le cadavre de la malheureuse , on eut beaucoup de peine à l'en séparer , et ses femmes la portèrent évanouie dans son appartement Le roi, furieux, ordonna à son capitaine des gardes de me couper la tête ; celui-ci se disposait à exécuter cet ordre , et je l'attendais d'un air assuré , quand le vézyr lui fit signe d'attendre. « Sire , s'écria-t-il , en se jetant aux pieds du sulthan , daignez faire attention que cette étrangère est la cause innocente de ce malheur, violeriez-vous à son égard les droits sacrés de l'hospitalité?» «Eh bien , je lui laisse la vie et la liberté, mais qu'elle se garde bien de reparaître à ma cour.» Le vézyr me fit donner trois chevaux et deux esclaves avec toutes les provisions nécessaires pour un long voyage. Je pris à l'instant le chemin de Baghdad.

« Accablée de douleur, je marchai tristement jusqu'à la fin du jour. Quand le soleil cessa de nous éclairer, et après un repas très-léger, je m'étendis sur le gazon pour y passer la nuit. Ma tête était appuyée contre le pied d'un arbre , et je tenais à la main la bride de mon cheval ; mes esclaves dormaient à quelque distance. A la pointe du jour, je ressentis une secousse assez forte qui m'éveilla ; en ouvrant les yeux , je me trouve environnée d'une troupe de voleurs , qui m'arrachent de la main la

bride de mon cheval ; les uns avaient pris ma lance plantée dans la terre auprès de moi , ainsi que mon sabre et mes paquets ; d'autres étaient occupés à garrotter mes esclaves qui se débattaient inutilement- Le chef qui me trouvait faible et peu capable de supporter les fatigues du voyage, tirait son sabre pour me couper la tête, mais un des bandits lui observa qu'à la faveur de ma figure on pourrait encore me vendre assez cher, car les marchands d'Halep sont curieux de ces beaux et jeunes esclaves. Cette spéculation arrêta le bras du meurtrier, et je dus mon salut non à son humanité , mais à son avarice.

« Ces brigands étaient des Curdes (i), qui vivaient des produits de leurs rapines et de leurs troupeaux; ils m'emmenèrent dans leurs vastes montagnes, où des marchands d'Halep venaient alors acheter des moutons. Les brigands qui m'avaient prise , me don* nèrent à ces marchands pour le prix de trois moutons, et crurent avoir fait un grand marché.

« Pour moi, je me félicitais bien d'être délivrée des mains de ces misérables Curdes qui sont tous idolâtres ; les uns adorent le soleil , la lune , les étoiles; d'autres des statues , des femmes ou le diable. Ils adorent les statues en mémoire de la femme de

(i) Ces peuples habitent dans les parties occidentales de la Perse , entre le Tigre «t l'Euphrate ; plus farouches que les autres orientaux , ils en ont tous les vices sans avoir leurs qualités. Ils sont continuellement en guerre entre eux, et ne vivent que de pillage.

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Loth qui fut métamorphosée en une statue de sel. Vous pouvez imaginer, sire, quel tourment pour une fidèle musulmane de se voir au milieu de ces enfans de Terreur que notre grand prophète a condamnés.

« Celui auquel j'étais échue en partage , me conduisit au hazar , et bientôt je fus vendue à un prix très-élevé. C'est ce marchand qui m'a présentée à votre majesté ; pendant toute la route , cet homme eut pour moi les égards qu'il aurait eus pour son enfant. Je lui avais raconté mes aventures , elles avaient fait sur lui une impression profonde; c'est parce qu'il connaissait la bienfaisance et la grandeur d'ame de votre majesté, qu'il a entrepris le voyage des Indes, et qu'il est venu m'amener à votre cour. »

Comme le jour ne paraissait point encore , Chehérazade commença à raconter au sulthan des Indes, que le conte d'Ameny avait fort réjoui , les aventures du prince Habib, et de la princesse Dorrat-el-Gawas.

HISTOIRE

DU PRINCE HABIB (l) ET DE LA PRINCESSE DORRAT-EL-GAWAS.

Salama, un des plus braves et des plus vieux guerriers.de l'Arabie, commandait à la tribu des Benou-halal , et à soixante-six autres tribus qui

(i) Le bien-aimé.

obéissaient à ses lois. Mille cavaliers redoutables entouraient sa personne , mais sa grandeur ne pouvait le distraire du chagrin qu'il éprouvait de ne point avoir d'en fans , et son âge avancé ne lui permettait guère d'espérer cette faveur du ciel. Enfin , une nuit il entendit une voix secrète qui lui promettait la fécondité de son épouse , et le présage n'était point trompeur , car, au bout de quelques mois, il ne tarda pas à s'apercevoir qu'elle était enceinte. Au terme ordinaire , elle mit au jour un fils aussi beau que la pleine lune , et auquel son père donna le nom d'Habib. Elle ne voulut point confier à une autre le soin de le nourrir , et pendant deux ans elle lui donna son lait : de son côté le vieil émyr , qui était ravi de la naissance de son enfant, s'occupa de bonne heure du choix d'un précepteur ; et quand le jeune prince eut atteint l'âge convenable , il lui donna un maître fort habile, qui instruisit son élève avec le plus grand soin.

. En peu de temps Habib fit des progrès rapides ; il avait à peine atteint l'âge de sept ans , qu'il connaissait déjà parfaitement la grammaire, l'histoire, la poésie, et toutes les finesses delà calligraphie. A cette époque son père donna un magnifique repas aux chefs des. diverses tribus qu'il commandait. Le jeune prince fut interrogé par eux , et il déploya une si merveilleuse étendue de connaissances, que tout lç monde en fut surpris. Il improvisa des vers en l'honneur de son père , et l'on convint généralement qu'il aurait bientôt autant de talent qu'il avait déjà VIL 5

acquis de connaissances. L'émyr fut si enchanté, des progrès de son fils , qu'il fit venir à l'instant même son précepteur, le combla d'éloges, et voulut lui faire présent de quatre chameaux chargés d'or, d'argent et de choses précieuses , en l'élevant au commandement d'une de ses tribus ; il lui dit même qu'il croyait encore trop peu récompenser les services tju'il lui avait rendus ; mais , au grand étonnement de Salama , cette offre fut refusée.

« Je vois bien , lui dit le précepteur de son fils , qu'il est temps de me faire connaître et de vous détromper de l'erreur dans laquelle vous êtes ; je ne fois point partie de la race des hommes , et je suis trop au-dessus des vanités terrestres dont vous voulez me faire hommage : je suis du nombre des génies supérieurs à l'humanité , parmi lesquels je jouissais d'un rang distingué , quand une voix secrète me donna l'ordre de me rendre à votre cour , pour y prendre soin de l'éducation de votre fils ; j'ai obéi à cette impulsion , j'ai brigué votre choix , et je l'ai obtenu : ma mission est maintenant remplie. »

Salama se confondit en remercîmens , et ne savait comment témoigner au génie toute sa reconnaissance , quand celui-ci poursuivit en ces termes : « Hélas , seigneur , c'est avec bien du regret que je me vois éloigné de mon jeune élève ; cette séparation m'est d'autant plus douloureuse qu'il est menacé d'un grand malheur aussitôt que je ne serai plus auprès de lui. »

A ces mots le génie, après avoir embrassé le jeune prince, et sans répondre aux questions que lui fai-

sait Salama , poussa un grand cri et disparut en pleurant. Lorsque Habib se vit séparé d'un maître auquel il portait une vive affection , il fit retentir le palais de son père de l'expression de ses regrets : « Hélas , s'écria-t-il , comment pourrai-je vivre séparé de celui auquel je dois tout ? la nuit et le jour soi! image se représente à ma pensée , mon coeur sera consumé de chagrin , et mon corps ne pourra résister à l'excès ds ma douleur. »

A cet intéressant spectacle l'assemblée était vivement émue , quand bn entendit une voix prononcer ces paroles : « Que le jeune Habib sache se rendre' « maître de sa douleur et s'occuper de remplir la « vaste carrière qui lui est ouverte. Qu'il travaille à « fortifier son corps contre les travaux, la fatigue et « les périls qu'il va braver, comme il s'est occupé « jusqu'ici de cultiver son esprit. » Ces paroles rendirent le courage au jeune prince : «Eh bien, s'écria-t-il, puisque le génie qui m'a si bien guidé dans Tétude des sciences , m'engage maintenant à m'occuper de l'étude des armes , je suivrai ses conseils., et je veux que la terre soit bientôt remplie du bruit de mes nombreux exploits. » Le vieux Salama fut au comble de la joie de trouver dans son fils ces dispositions belliqueuses , il l'embrassa étroitement, et lui dit : a Hé bien , mon fils , à l'ardeur que je vois briller dans tes yeux,, je m'aperçois que tu seras un des chefs tes plus distingués de mes braves tribus. Puisque la faveur céleste t'a déjà donné un maître aussi précieux que celui qui vient de te quitter , «e

désespérons pas qu'elle nous guide dans le choix que nous allons faire de l'homme qui t'enseignera le métier des armes. »

Chacun des chefs qui étaient présens, ambitionnait l'honneur de servir de maître au jeune Habib, quand un étranger se présenta devant l'assemblée ; son cheval surpassait tout ce que les coursiers de l'Arabie offrent de plus élégant et de plus gracieux.. Son armure paraissait avoir été fabriquée par le prophète David , et sa massue , formée d'une pierre très-dure , était d'une dimension telle , que quarante hommes des plus vigoureux n'auraient pas pu la porter. Un sabre fabriqué dans l'Inde était suspendu à son côté , et sa lance était l'ouvrage du fameux forgeron Samher. Il sauta de son cheval ; et après avoir salué l'émyr et toute sa cour , il lui parla en ces termes :

« Je viens , seigneur , vous offrir pour le prince votre fils , Je tribut de la longue expérience que j'ai acquise dans les armes : si vous voulez éprouver mon adresse et ma valeur afin de vous assurer que je suis digne des honorables fonctions que je sollicite , je vous offre le combat. » Ces paroles réveillèrent toute l'ardeur du vieil émyr ; et nonobstant les représentations de tous ceux qui lui observaient combien il était imprudent d'entrer, en lice avec un étranger tout-à-fait inconnu , et qui pouvait être un perfide , il accepta la proposition qui lui était faite, et ordonna sur-le-champ qu'on lui apportât ses armes. Aussitôt il se revêtit de sa cotte de maille à l'épreuve

CONTES ARABES. 6i)

du sabre le plus acéré , il saisit son glaive capable de fendre des rochers , et son énorme lance.

Lorsqu'il fut à cheval , tous les spectateurs se formèrent en cercle pour être témoins du combat qui allait se livrer. Les deux guerriers s'éloignèrent d'abord pour prendre du champ , puis ils fondirent l'un sur l'autre avec une telle violence, que leurs armes se rompirent en éclats : ils. saisissent alors leurs épées, et au milieu d'un nuage de poussière, ils se portent mille coups. Salama ne tarda pas à reconnaître toute l'adresse de son adversaire, et, content de cette épreuve, il fit cesser le combat.

DXIII e NUIT.

L*mcoNNU se jeta de suite à ses genoux , en lui demandant pardon de la témérité qu'il avait eue de lutter avec lui , et s'excusant sur le désir qu'il éprouvait de devenir le précepteur du jeune prince.

Habib , sur un signe de son père , vint se jeter dans les bras de l'étranger, en lui demandant son nom. « Je m'appelle Al-Abous (i), répondit l'inconnu. » « Certes , votre nom est bien mal choisi , répliqua Habib , car, loin de paraître chagrin , vous avez un air de bienveillance et de bonté qui attire tous ceux

(1) Le chagrin.

qui vous approchent. » Al-Abous répondit à ces prévenances en embrassant étroitement le jeune prince ; il promit à son père de se livrer tout entier désormais à son éducation, et de lui inspirer les sentimens de vaillance et de bravoure qui convenaient à son

rang.

Sous ce second maître, Habib étudia avec ardeur le métier des armes, et ne montra pas de moins heureuses dispositions dans ces nouveaux exercices , qu'il n'en avait montré dans les précédens. Il eut bientôt lieu de mettre à profit les leçons qu'il avait reçues , et déployant autant d'habileté que de courage dans les guerres que la tribu de son père entreprenait contre ses voisins, il s'acquit par son activité, son adresse, et sa bravoure, la réputation du plus grand capitaine de l'Arabie.

Lorsque le précepteur s'aperçut que son élève n'avait plus besoin de ses leçons , il se prépara à le quitter , et profitant du moment où ils étaient tous deux à se promener dans la campagne , il lui adressa en ces termes ses dernières recommandations : « J'ai à vous prévenir, ô mon jeune Habib, que votre vie doit être semée de beaucoup de fatigues et de dangers, mais le destin vous promet la récompense des maux que vous aurez endurés ; cette récompense est la belle Dorrat-al-Gawas , qui commande aux hommes et aux génies dans des contrées bien éloignées de l'Arabie. Malgré la diversité des sujets qui lui sont soumis, son royaume jouit d'une paix profonde, et nulle division ne règne entre eux. Chacun de ses

deux ministres appartient à Tune des races qui reconnaissent ses lois. Écoutez son histoire que je vais vous raconter, et souvenez-vous , en l'écoutant, que le destin vous la garde pour épouse.» Al-Abbous ayant ainsi parlé et réclamé l'attention de son élève , commença en ces termes :

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