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HISTOIRE DU ROI DES ILES BELLOUR

ET DE DORRAT-AL-GAWAS.

« Le roi des Iles Bellour, dont la puissance s'étend sur un grand nombre d'îles dans l'Océan indien , voyait avec peine qu'il ne pourrait transmettre son: vaste royaume à aucun héritier, parce que son épouse était stérile. Un jour qu'il était plongé-dans les tristes réflexions que cette pensée faisait naître en lui, il vit tout à coup apparaître un génie qui lui parla ainsi : « Grand prince, je sais combien vous êtes affligé de n'avoir point d'enfans, et je viens vous proposer un moyen de mettre un terme à vos douleurs. J'ai une fille riche, jeune et belle, et je vous offre sa main ; si cette offre peut vous convenir , vous aurez obtenu ce que les plus puissans rois du monde ont sollicité vainement jusqu'ici; mais, j'ai conçu une telle estime pour vos qualités et votre valeur, que je vous préfère aux plus riches monarques de l'univers. J'espère /que ma fille vous donnera un enfant qui , à votre exemple , fera , par sa justice et sa

bonté, le bonheur de ses sujets. Je ne vous demande que de persister dans la conduite si digne d'éloge que vous avez tenue jusqu'à ce jour, car c'est ainsi que vous ferez le bonheur de ma fille et le mien. » Aussi surpris que flatté de cette proposition inattendue, le roi des Iles Bellour s'empressa d'accepter l'offre du génie. Aussitôt celui-ci ordonna par un signe aux esclaves invisibles qui l'entouraient, d'aller chercher la princesse : ils ne tardèrent pas à la ramener. Son époux reconnut , en la voyant , qu'il n'avait point été trompé par le génie ; en rentrant dans sa capitale, il ordonna les préparatifs de son mariage , qui fut célébré avec la plus grande pompe.

La prédiction du génie ne tarda pas à se réaliser. La nouvelle reine devint enceinte au bout de quelques mois , et mit au monde une fille charmante, à l'éducation de laquelle elle prodigua tous ses soins. Cette fille est la princesse Dorrat-al-Gawas dont je vous parlais tout à l'heure. Cette jeune personne remplie de toutes sortes de talens et de qualités , est , montée, après la mort de ses parens, sur le trône des Iles Bellour, où elle règne en même temps sur un grand nombre de sujets , et sur une multitude de génies qui sont venus se ranger sous ses lois. »

Al-Abbous en disant ces mots , disparut* Ce qu'il vena'it de raconter au jeune prince lui fit faire de sérieuses réflexions : Habib entrait tout pensif dans le bosquet qui environnait le château de son père , lorsqu'au milieu des arbres touffus il aperçut une jeune personne dont la vue l'enchanta. Il crut que c'était une

des houris du saint prophète; et pour s'assurer de la réalité de ses conjectures, il se cacha de manière à ce qu'il était impossible de l'apercevoir. A peine avait-il eu le temps de choisir le lieu de sa retraite , qu'il vit quarante oiseaux parés des plus riches plumages, venir s'abattre aux pieds de la jeune personne. Lorsque ces oiseaux eurent touché la terre , ils se transformèrent en autant de nymphes, qui s'empressèrent de rendre hommage à leur maîtresse.

« Pourquoi , leur dit-elle , ne m'avez-vous pas suivie au moment où je suis partie? vous saviez que mon intention était de rendre visite à mon bien-aimé le prince Habib ; quelles raisons ont pu retarder votre départ et vous autoriser à manquer à mes ordres ? » « Ce n'est point notre faute , répondirent les nymphes ; nous avons fait tous nos efforts pour vous suivre 9 mais il nous était imppssible d'égaler la rapidité de votre vol. »

Habib , en entendant cette conversation , reconnut facilement la princesse dont lui avait parlé le génie, et il était tenté d ? aller se jeter à ses pieds , mais un sentiment de crainte et de respect l'empêcha d'obéir à ce premier mouvement , et il écouta la conversation suivante : « C'est ici , disait Dorrat-al-Gawas y que je veux attendre fcelui qui m'est destiné pour époux: il vient souvent se promener dans ce jardin; et c'est pour le voir , que j'ai quitté la capitale de mes états, et que j'ai traversé la moitié du monde: j'espère qu'instruit du sort que nous réserve le destin , il sera conduit dans ce bosquet par son heu-

reuse étoile; mais tout me dit que je ne suis pas trompée, car je l'aperçois entre les arbres, et le voilà prêt à s'avancer vers nous. »

Dorrat-al-Gawas reconnut effectivement le prince Habib qui sortait du bosquet et s'approchait d'elle. La princesse vint elle-même à sa rencontre en lui exprimant tout le plaisir que sa vue lui faisait éprouver. Le prince répondit à ces prévenances avec non moins d'ardeur ; et il lui dit , que depuis les révélations que lui avait faites son précepteur , le génie Al-Abbous , il avait ressenti le plus vif désir de connaître celle qui lui était destinée pour épouse , et que sa passion devenait telle qu'il avait perdu jusqu'au sommeil. Comme il prononçait ces paroles, il aperçut à l'horizon un oiseau énorme qui parut se diriger sur eux ; cet oiseau vint s'abattre aux pieds de la princesse , et se transforma tout à coup en un vieillard qui les salua gracieusement tous les deux.

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