‹ Les mille et une nuits: contes arabes (volume 2)Chapitre 13 sur 43 · CX« NUIT · texte numérisé non relu

CX« NUIT

« Sire, le petit Agib, piqué des plaisanteries de tes compagnons, sortit brusquement de l'école et retourna au logis en pleurant. Il alla d'abord à l'appartement de sa mère Dame de beauté , laquelle, alarmée de le voir si affligé, lui en demanda le sujet avec empressement. Il ne put répondre que par des paroles entrecoupées de sanglots, tant il étoit pressé de sa douleur; et ce ne fut qu'à plusieurs reprises qu'il put raconter la cause mortifiante de son affliction. Quand il eut achevé : « Au nom de Dieu^ ma mère, ajouta-t-il, ditesmoi, s'il vous plaît, qui est mon père? — Mon fils, répondit-elle, votre père est le vizir Schemseddin Mohammed^ qui vous embrasse tous les

jours. — Vous ne me dites pas la vérité, reprit-il; ce n'est pas mon père, c'est le vôtre. Mais moi, de quel père suîs-je fils? » A cette demande^ Dame de beauté, rappelant dans sa mémoire la nuit de ses noces suivie d'un si long veuvage, commença de répandre des larmes, en regrettant amèrement la perte d'un époux aussi aimable que Bedreddin.

a Dans le temps que Dame de beauté pleuroit d'un côté et Agib de l'autre, le vizir Schemseddin Mohammed entra, et voulut savoir la cause de leur affliction. Dame de beauté lui apprit et lui raconta la mortification qu'Agib avoit reçue à l'école. Ce récit toucha vivement le vizir, qui joignit ses pleurs à leurs larmes, et qui, jugeant par là que tout le monde tenoit des discours contre l'honneur de sa fille, en fut au désespoir. Frappé de cette cruelle pensée, il alla au palais du sultan, et, après s'être prosterné à ses pieds, il le supplia très humblement de lui accorder la permission de faire un voyage dans les provinces du Levant, et particulièrement à Balsora, pour aller chercher son neveu Bedreddin Hassan, disant qu'il ne pouvoit souffrir qu'on pensât dans la ville qu'un génie eût couché avec sa fille Dame de beauté. Le sultan entra dans les peines du vizir, approuva sa résolution, et lui permit de Texécuter; il lui fit même expédier une patente par laquelle il prioit dans

les termes les plus obligeans les princes et les seigneurs des lieux où pourroit être Bedreddin de consentir que le vizir l'emmenât avec lui.

c Schemseddin Mohammed ne trouva pas de paroles assez fortes pour remercier dignement le sultan de la bonté qu'il avoit pour lui. Il se con- . tenta de se prosterner devant ce prince une seconde fois; mais les larmes qui couloient de ses yeux marquèrent assez sa reconnoissance. Enfin il prit congé du sultan, après lui avoir souhaité toutes sortes de prospérités. Lorsqu'il fut de retour au logis, il ne songea qu'à disposer toutes choses pour son départ. Les préparatifs en furent faits avec tant de diligence qu'au bout de quatre )ours il partit, accompagné de sa fille. Dame de beauté, et d'Agib, son petit-fils... »

Scheherazade , s' apercevant que le jour commençoit à paroître, cessa de parler en cet endroit. Le sultan des Indes se leva fort satisfait du récit de la sultane, et résolut d'entendre la suite de cette histoire. Scheherazade contenta sa curiosité la nuit suivante, et reprit la parole dans ces termes :

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