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faire avertir sa mère, nourrice de la princesse Badoure, de son arrivée, afîn qu'elle en donnât avis ;à la princesse
La sultane Scheherazade en étoit à ces derniers mots, lorsqu'elle s'aperçut que le jour avoit déjà commencé de paroître. Elle cessa aussitôt de parler, et, en poursuivant la nuit suivante, elle dit au sultan des Indes :
CCXXI» NUIT.
Sire, le prince Camaralzaman, instruit par Marzavan de ce qu^il devoit faire, et muni de tout ce qui convenoit à un astrologue avec son habillement, s'avança jusqu'à la porte du palais du roi de la Chine, et en s'arrêtant il cria à haute voix en présence de la garde et des portiers : Je suis astrologue, et je viens donner la guérison à la respectable princesse Badoure, fille du haut et puissant monar^ que Gaïour, roi de la Chine, aux conditions proposées par Sa Majesté, de V épouser si je réussis, ou de perdre la vie si je ne réussis pas.
Outre les gardes et les portiers du roi, la nouveauté fit assembler en un instant une infinité de peuple autour du prince Camaralzaman. En effet, il y avoit longtemps qu'il ne s' étoit présenté ni
médecin, ni astrologue, ni magicien, depuis tant d'exemples tragiques de ceux qui avoient échoué dans leur entreprise. On croyoit qu'il n'y en avoit plus au monde, ou du moins qu'il n'y en avoit plus d^aussi insensés.
A voir la bonne mine du prince, son air noble, la grande jeunesse qui paroissoît sur son visage, il n'y en eut pas un à qui il ne fît compassion. « A quoi pensez-vous, Seigneur? lui dirent ceux qui étoient le plus près de lui. Quelle est votre fureur d'exposer ainsi à une mort certaine une vie qui donne de si belles espérances? Les têtes coupées que vous avez vues au-dessus des portes ne vous ont-elles pas fait horreur? Au nom de Dieu, abandonnez ce dessein de désespéré; retirez-vous. »
A ces remontrances, le prince Camaralzaman demeura ferme; et, au lieu d'écouter ces harangueurs, comme il vit que personne ne venoit pour l'introduire, il répéta le même cri avec une assurance qui fit frémir tout le monde ; et tout le monde s'écria alors : « Il est résolu de mourir; et Dieu veuille avoir pitié de sa jeunesse et de son âmel » Il cria une troisième fois, et le grand-vizir enfin vint le prendre en personne de la part du roi de la Chine.
Ce ministre conduisit Camaralzaman devant le roi. Le prince ne l'eut pas plus tôt aperçu assis sur ^ott trône qu'il se prosterna et baisa la terre devant
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lui. Le roi, qui, de tous ceux qu'une présomption démesurée avoit fait venir apporter leurs têtes à ses pieds, n'en avoit encore vu aucun digne qu'il arrêtât ses yeux sur lui, eut une véritable compassion de Camaralzaman par rapport au danger auquel il s'exposoit. Il lui fît aussi plus d'honneur; il voulut qu'il s'approchât et s'assît près de lui. <K Jeune homme, lui dit-il, j'ai de la peine à croire que vous ayez acquis à votre âge assez d'expérience pour oser entreprendre de guérir ma fille. Je voudrois que vous pussiez y réussir : je vous la donnerois en mariage, non seulement sans répugnance, au lieu que je l'aurois donnée avec bien du déplaisir à qui que ce fût de ceux qui sont venus avant vous, mais même avec la plus grande joie du monde. Mais je vous déclare avec bien de la douleur que, si vous j manquez, votre grande jeunesse, votre air de noblesse, ne m'empêcheront pas de vous faire couper le cou.
— Sire, reprit le prince Camaralzaman, j'ai des grâces infinies à rendre à Votre Majesté de l'honneur qu'elle me fait et de tant de bontés qu'elle témoigne pour un inconnu. Je ne suis pas venu d'un pays si éloigné que son nom n'est peut-être pas connu dans vos Ëtats, pour ne pas exécuter le dessein qui m'y a amené. Que ne diroit-on pas de ma légèreté, si j'abandonnois un dessein si généreux après tant de fatigues et tant de dangers que
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j'ai essuyés ? Votre Majesté elle-même ne perdroitelle pas l'estime qu'elle a déjà conçue de ma personne? Si j'ai à mourir, Sire, je mourrai avec la satisfaction de n'avoir pas perdu cette estime après l'avoir méritée. Je vous supplie donc de ne pas me laisser plus longtemps dans l'impatience de faire connoître la certitude de mon art, par l'expérience que je suis prêt d'en donner. »
Le roi de la Chine commanda à l'eunuque garde de la princesse Badoure, qui étoit présent, de mener le prince Camaralzaman chez la princesse sa fille. Avant de le laisser partir, il lui dit qu'il étoit encore à sa liberté de s'abstenir de son entreprise. Mais le prince ne l'écouta pas : il suivit l'eunuque avec une résolution, ou plutôt avec une ardeur étonnante.
L'eunuque conduisit le prince Camaralzaman; et, quand ils furent dans une longue galerie au bout de laquelle étoit l'appartement de la princesse, le prince, qui se vit si près de l'objet qui lui avoit fait verser tant de larmes, et pour lequel il n'avoit cessé de soupirer depuis si longtemps, pressa le pas et devança l'eunuque.
L'eunuque pressa le pas de même, et eut de la peine à le rejoindre. « Où allez-vous donc si vite? lui dit-il en l'arrêtant par le bras. Vous ne pouvez pas entrer sans moi. Il faut que vous ayez une grande envie de mourir, de courir si vite à la
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mort. Pas un de tant d'astrologues que j'ai vus et que j'ai amenés où vous n'arriverez que top tôt n'a témoigné cet empressement.
— Mon ami, reprit le prince Camaralzaman en regardant l'eunuque et en marchant à son pas, c'est que tous ces astrologues dont tu parles n'étoient pas sûrs de leur science comme je le suis de la mienne. Us savoient avec certitude qu'ils perdroient la vie sMls ne réussissoient pas, et ils n'en avoient aucune de réussir. C'est pour cela qu'ib avoient raison de trembler en approchant du lieu où je vais et où je suis certain de trouver mon bonheur. » Il en était à ces mots lorsqu'ils arrivèrent à la porte. L'eunuque ouvrit et introduisit le prince dans une grande salle d'où l'on entroit dans la chambre de la princesse, qui n'étoit fermée que par une portière.
Avant d'entrer, le prince Camaralzaman s'arrêta, et, en prenant un ton beaucoup plus bas qu'auparavant, de peur qu'on ne l'entendît de la chambre de la princesse : « Pour te convaincre, dit-il à l'eunuque, qu'il n'y a ni présomption, ni caprice, ni feu de jeunesse dans mon entreprise, je laisse l'un des deux à ton choix : qu'aimes-tu mieux, que je guérisse la princesse en sa présence, ou d'ici, sans passer plus avant et sans la voir? »
Ueunuque fut extrêmement étonné de l'assu-
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rance avec laquelle le prince lui parloit. II cessa de rinsulter, et, en lui parlant sérieusement : « Il n'importe pas, lui dit-il, que ce soit là ou ici. De quelque manière que ce soit, vous acquerrez une gloire immortelle, non seulement dans cette cour, mais même par toute la terre habitable.
— Il vaut donc mieux, repartit le prince, que je la guérisse sans la voir, afin que tu rendes témoignage de mon habileté. Quelle que soit mon impatience de voir une princesse d'un si haut rang qui doit être mon épouse, en ta considérationnéanmoins je veux bien me priver quelques momens de ce plaisir. » Comme il étoit fourni de tout ce qui distinguoit un astrologue, il tira son écritoire et du papier, et écrivit ce billet à la princesse de la Chine :