VOLTE-FACE
Comédie en un acte en vers, par M. Emile Guiard.
Le succès obtenu l’année dernière, dans une matinée de la Porte-Saint-Martin, par la comédie de M. Émile
Guiard, lui a ouvert d’emblée l’accès de la maison de Molière. N’en était-il pas déjà, grâce à la parenté? Neveu d’Émile Augier, cousin germain de Paul Déroulède, M. Émile Guiard ne pouvait faire mentir le bon sang gaulois qui coule dans ses veines. Il n’a eu qu’à se montrer pour être accueilli et qu’à parler pour être applaudi.
N’allez pas croire, au moins, que la première pièce de M. Émile Guiard allume une étoile nouvelle dans l’azur du firmament dramatique. Volte-face n’a pas de si hautes visées. Le mot de ce petit proverbe pourrait être le vieil adage : « Souvent femme varie. »
En quatre lignes, voici ce dont il s’agit :
Un vieil oncle égoïste, M. Gaspard, et une vieille fille méchante, nommée Ursule Aigremont, travaillent à faire manquer le mariage d’une jeune veuve, Mme Blanche d’Abrincourt, avec M. de Ternis. On persuade à Mme d’Abrincourt que M. de Ternis est un libertin criblé de dettes, et, qui pis est, un duelliste enragé. M. de Ternis se justifie aisément sur les deux premiers articles; mais, quant aux duels, comme il ne saurait disconvenir qu’il n’ait plusieurs fois exposé sa vie devant une épée nue, il en est réduit, pour obtenir l’aveu de Mme d'Abrincourt, à lui promettre qu’il ne se battra plus. C’est là que l’attendait Ursule, qui convoite pour son propre frère la main de la jolie veuve. A l’instigation de sa mégère de sœur, ce frère, qui s’appelle M. Charles et qui reste sagement dans la coulisse, provoque M. de Ternis en termes insultants. Naturellement, Mme d’Abrincourt exige que M. de Ternis reste fidèle au serment qu’il vient de faire. Ternis y consent ou feint d’y consentir. A l’instant, tout Guérande — la scène se passe à Guérande — sait que M. de Ternis n’a pas répondu à la provocation qui lui était adressée, et l’on se répand en moqueries sur ce qu’on appelle sa lâcheté. L’impression est si
grande et si vive, qu’elle gagne Mmc d'Abrincourt ellemême ; c’est ici que s’opère la « volte-face » qui sert de litre à la pièce.
La veuve s’étonne et s’indigne d’un renoncement qu’elle avait exigé. « Ainsi », dit-elle à M. de Ternis,
... Devant l’auteur de votre injure,
Vous n’avez pas senti le moindre mouvement!