LIVRE XVIII
LE B'RÉVIMI'R.E 1>E LM 'PISJ^'CCESSE
ff^|l A princesse n'était pas une femme savante ^^^ et M"' d'Armaillac n'était pas un bas-bleu. Elles n'estimaient que l'esprit parlé, disant que l'esprit écrit est à la portée de tout le monde, même des imbéciles s'ils ont de bonnes lectures. On les surprit pourtant un jour qui écrivaient leur bréviaire sur un petit livret à couverture rouge qui portait pour titre :
LIVRB d'heures perdues. .
Elles étaient en compagnie d'une de leurs amies, une lady connue sous le nom de la belle Diana.
Sylvia est une charmante anglaise du meilleur style, belle comme un portrait de Van Dyck et spirituelle comme Rivarol.
Elle se plaignait de ne pas bien parler le français avec une grâce de langage toute française.
— Et quand je pense, dit-elle un jour avec sa coquetterie native, que je suis totfs les soirs obligée de jouer Célimène dans les salons avec un si mauvais accent!
— Mais, madame, lui fut-il répondu, vous parlez comme Ninon de Lenclos. N'est-ce pas l'amour qui vous a appris le Français?
— Non, monsieur, repartit-elle avec sa naïveté provocante, c'est le Français qui m'a appris l'amour.
Naturellement, c'était l'amour qui faisait les frais de ces pages curieuses, hiéroglyphées ou hiérogriffées par ces trois amies que les démodés appelaient encore les Trois Grâces.
On pouvait étudier là le cœur de ces dames.
Il était facile de juger que chez elles le scepticisme n'avait pas encore ruiné le sentiment, ni la science l'illusion. Elles avaient beau faire l'esprit fort, on pouvait les battre par plus d'un point.
Pourquoi ne pas imprimer ici les pages perdues de ce bréviaire?
Les femmes n^alment tant Pâmant qu^elle|i aiment que par regret de Pâmant qu^elles n'aiment plus et par désir de Pâmant qu'elles aimeront.
Beaucoup de ces dames jouent avec leurs amants comme les jongleurs du Cirque avec leurs enfants : elles les adorent, mais elles leur cassent les reins.
- Il y a des veines en amour comme au lansquenet. Les femmes passent là main, mais Les hommes sont trop chevaleresques pour faire Charlemagne.
Gomhien d'hommes et de femmes qui sont du genre neutre! Gomhien aussi d'hermaphrodites dans les deux sexes! Gomhien même qui, pareils au devin Tirésias, sont tantôt hommes et tantôt femmes! Il y a dans l'histoire des époques mâles et des époques femelles. A la Renaissance il n'y a que des femmes, y compris les papes et les héros ; sous la Révolution il n'y a que des hommes, y compris les poètes et les courtisanes.
On ne se convertit que par les femmes. Pourquoi? C'est que, pour conquérir 1^ grâce, il faut entrer dans le pays de la gtâce.
Il y a beaucoup de femmes , qui ressemblent à la Belle
au bois dormant. Elles dorment jusqu'au jour oîi yient le prince Charmant. Mais le prince Charmant ne vient pas toujours. {Écrit par la princesse,)
Bolingbrôke, pour garder la fraîcheur de sa maîtresse, abreuvait sa belle avec du sang de vipère. Il y a une goutte de ce sang-là dans là beauté de toutes les femmes.
Pour faire chanter les rossignols on leur crève les yeux : Tamour ne chante que les yeux bandés.
Les petits poissons qui tuent les baleines me montrent les petites filles du corps de ballet qui tuent les gros poissons de la Banque.
Les fêtes de Pamour sont comme les fêtes du monde : il faut s^en aller avant que les bougies s'éteignent.
Le cœur des femmes ressemble toujours à une cathédrale : Tautel du Dieu est dans le chœur, mais que de chapelles dans les bas-côtés!
Les anciens ont représenté Vénus toute nue, non pas seulement parce qu'elle était belle ainsi, mais parce que l'amour n'a rien de caché pour l'amour.
C'est avec la courtisane qu'on apprend à connaître la femme vertueuse; c'est avec la femme vertueuse qu'on
apprend à connaître la courtisane. Toutes les deux ont leur roman écrit par l'amour : l'amour divin et l'amour profane. Mais oU s'arrête l'amour divin? Où commence l'amour profane ? Tout est dans tout. Pascal ne défendaitil pas à sa sœur de caresser ses enfants? Madeleine, toute souillée encore des brageâ de la volupté , ne donnait-elle pas un baiser virginal au pied de la croix?
Une femme d'esprit disait : « Est-ce bien vrai, ce mensonge-là? » Les femmes ont si bien brouillé le mensonge avec la vérité, qu'il y a toujours — dans leurs^ mensonges un peu de vérité — et dans leurs vérités un peu de mensonger
L'amour hait le mariage pour les hommes, mais il le conseille aux filles, car il a bien plus de prise sur elles^ quand elles ont passé par là.
Vénus était mariée.
Que forgeait Vulcain? Les chaînes de Mars et de Vénus.
Un galant homme s'imagine avoir sa femme -^ parce qu'il est marié ; mais là où est la femme souvent la femme est absente. Son esprit et son cœur font ménage avec quelque fat ^e sa société. Il n'y a pas séparation d& corps ; c'est bien pis, car il y a séparation d'âmes.
Toute la politique anglaise, c'est l'Océan.
Toute la politique de la femme, c'est l'amour.
L^amour, c^est POcéan autour de la femme. On se hasarde dans tous les dangers de la traversée pour aborder à la terre ferme.
Mais la femme n^est le plus souvent qu^un sable mouvant.
Combien qui échouent sur le sable, croyant saluer le rivage! (Écrit par Diana.)
Il y a beaucoup d'amours qui naissent par la haine. Le bien et le mal ont toigours été en lutte et ont toujours aimé à vivre ensemble.
C'est une grande joie que d'étreindre dans ses bras la femme qu'on haïssait la veille. Les querelles de ménage sont souvent des querelles d'amour déguisées.
L'amour et la haine brouillés ensemble s'appellent la volupté.
L'amour n'a qu'un ennemi sérieux, c'est le ridicule. Quand l'amour survit au ridicule, c'est qu'il est sublime, comme la poésie qui survit à la tragédie.
Que d'amoureux qui croient encore vivre de leur amour quand ils n'ont plus en eux qu'un mort ense veli !
Les anciens ont donné à l'amour des armes parce qu'il est brave et des ailes parce qu'il est lâche. Il frappe au cœur et s'enfuit. L'amour est donc le plus brave et le plus
lÀche des dieux. Hercule a accompli douze travaux héroïques, mais Tamour Pa vaincu aux pieds d^Omphale. Il n^y a pas de femme qui , avant ou après sa défaite , ne traîne Famour à ses pieds , désarmé , éperdu , suppliant. Uamour n'aime rien tant que son héroïsme et sa lâcheté.
L'amour est le souvenir d'une vie antérieure et le pressentiment d'une vie future. Le poëte a eu raison de dire:
L'homme est un Dieu tombé qui se souvient du ciel.
A la guerre de l'amour, ce n'est pas le plus hrave qui prend le drapeau ; c'est le plus savant. La tactique triomphe avant la force.
n n'y a qu'en \rcadie que l'amour a raison de l'amour.
Les amoureux sont comme ces illuminés qui s'affolent, au bal de l'Opéra, du masque et non pas de la femme. Quand tombe le masque, il n'y a plus de femme.
L'amour, le premier sourire d'Eve , la première larme de Madeleine. {Écrit par M^^^ d^Armaillac)
La vertu est comme la beauté. On ne sait où elle commence ni où elle finit.
La femme ne vent rentrer an paradis qae poor descendre ensnite an paradis perdn.
Quand Dien fit la femme aux dépens de Thomme, il créait du même coup la femme et Tamonr. En effet, rhomme est attiré Ters la femme comme à un autre luimême et comme à un bien perdn. Il Teut ressaisir sa force primordiale, il vent s^enchalner à cette autre vie qui est encore la sienne. La femme, de son côté, trouTe que Dieu ne lui a pas donné tout ce qu^il y avait de grandeur et d^hérolsme dans Fhomme. Elle essaje de conquérir ce qui lui manque ou de se donner tout entière, comprenant bien qu^elle n'est que la doublure de Pétoffe primitive qui habille Pidée de Dieu.
Mais la doublure ne vaut-elle pas Tétoffe ?
L'harmonie naît des oppositions et des contrastes. On ne fait pas un accord avec une seule note, ni un tableau avec une seule couleur. A toute âme brune il faut une âme blonde : la force aime la grâce, Tesprit se repose dans le sentiment.
L'amour des beautés byzantines est doux à cueillir comme les roses sauvages dont la chaste senteur ne pénètre que Pâme.
C'est la femme qui perd la femme. Avec Phomme la femme se retrouve.
Aujourd'hui le serpent prend la figure de la femme pour corrompre la femme.
Quand on aime une pécheresse, on la prend pour ce qu'elle a été. L'homme d'esprit ne questionne jamais; à quoi bon lire le livre du passé pour faire le livre de l'imprévu ?
Le masque de l'amour prend plus de femmes que l'amour.
L'amour est comme le poëte, qui trouve toujours des vers nouveaux sur l'air connu.
L'amour se nourrit de larmes et de sang, et non de lait et de roses, dit l'Anthologie. C'est qu'il a sucé le lait des bêtes féroces quand Vénus l'abrita dans les bois inaccessibles contre les colères de Jupiter.
Quand une femme se déshabille, elle est encoi^e vêtue de sa pudeur — si elle est amoureuse.
Quand une femme se donne corps et âme, elle est encore chaste — si son cœur bat.
La chercheuse d'esprit qui trouve l'amour ne trouve
pas Fesprit. Le chercheur d^amour perd dans son voyage tout Fesprit qvCil a.
L^esprit hait le commerce de Tamour, et Pamour hait le commerce de Fesprit (Écrit par la princesse.)
En amour, il n'y a que les tyrans ^^i restent sur le trône. Les monarques débonnaires laissent tomber leur sceptre en quenouille.
L^amour n^est souvent pour la femme que le coup de Fétrier pour son voyage dans le bleu. Elle laisse Fhomme en chemin.
Alfred de Musset buvait de Fabsinthe pour Fivresse et non pour Fabsinthe.
L^amour a-t-il étudié les mathématiques ? Quand il veut tromper son monde, il commence par mettre un zéro après une unité et il est dix fois plus amoureux. Le lendemain il met encore un zéro et il aime cent fois plus que la veille. Et ainsi il va de zéro en zéro jusqu'au jour oi\ la nature, dépouillée du prisme de Forage, le ramène à Funité, que dis-je? au simple zéro.
La Normandie est le pays de la pomme. La pomme est le fruit d'Eve. Voilà pourquoi la femme est toujours un peu Normande en amour. (Écrit par Diana.)
Ce n'est pas à la chevelure, c'e^t au regard que la
femme reconnaît lés blonds. La duchesse de *** disait en voyant ses convives à table : « Je n'ai ce soir que des bruns. » On se récria en regardant les blonds : « Chut! dit-elle, car les blonds ne sont pas ce qu*un vain peuple pense. »
C'est le triomphe de l'amour de s'élever d'un pied dédaigneux au-dessus de tous les orgueils et de s'esti* mer plus riche que M. de Rothschild. L'amour bat monnaie comme un roi et change l'eau en vin comme un dieu.
La pudeur est sublime, parce que c'est la nature qui se défend. La pruderie est odieuse, parce que ce n'est qu'un masque. Sous la pudeur il y a une femme ; sous la pru* derie il n'y a qu'une sotte.
En France les amoureux ne sont pas plus épiques que la Henriade, La raison domine toiyours la poésie. L'amour écrit de belles strophes, mais ne fait guère de livres. Beaucoup de jolies bourgeoises émancipées ont cru s'élever à la poésie parce qu'elles étaient romanesquts , mais elles n'ont fait que tomber dans la prose poétique. (Êcril par la princesse.)
Les femmes romanesques aiment les hommes prosaïques. La nature ne veut pas perdre ses droits.
L'amour est un bourreau d'argent. C'est toujours l'en- Jii. 18
fant prodigue. Il se nourrit de ses sacrifices, car plus il donne et plus il croit affermir sa conquête. Mais il ne prend hypothèque que sur le sable mouvant du rivage. Si on lui donne la monnaie de sa pièce, ce sera en fausse monnaie.
Les femmes ne seraient pas jAloases si leurs rhrales n^étaient pas heureuses.
La courtisane mange le passé : — Phéritage, ^la femme aimée mange le blé en herbe : — Tavenir ! ^ Quelle est la plus dangereuse, ô jouvenceau au col cassé!
Ck>mbien de courtisanes qui sont mortes sans aToir fait l'amour!
Pour savoir Page d'une femme, il faut le lui demander, et le demander à son amie. Elle dira trente ans, l'amie dira quarante, on prendra le terme moyen.
Les femmes placent leur amour dans le cœur des hommes à fonds perdu ou à cent pour cent. Les hommes ne hasardent pas le capital, mais dédaignent les intérêts.
L'amour est encore la plus belle invention des anciens pour les modernes.
La ^mucie gui s'oublie ^&ve<} tin hooime qu'elle n'aime pas oublie ^bientôt qu'^olle s'est oubliée.
C!d8t alors qu'un galant homme ne &ê souvient pas.
Les anciens ont connu deux amours, Inuros et £roSy l'amour des fous et des sages. Nous ne connaissons qu'un amour; mais nous n'y perdons rien, car il renferme tout à la fois la sagesse et la folie.
Si vous battez la campagne, emj>orté par ua rêye brûlant, prenez garde de donner un coup de pied dans l'by* menée universelle. Songez que tout est amour au mois des primevères et des aubépines. Dans chaque ramée, si vous écoutez bien, vous ouïrez le cantique des cantiques; à chaque pas dans l'herbe, si vous regardez bien, tous trouverez un Ut nuptial.
Dans l'Olympe, le Dieu de la pensée est un homme; mais cet Apollon que fait-il sans les neuf muses? Or les femmes sont les muses des passions.
Élus ou réprouvés, déchus ou rachetés notre destinée commune se rattache à l'Ëden ou à Bethléem : nous relevons tous d'Eve ou de Marie! ccJ.^ /ot)6 ytiufÀ^xwml v^
La vertu revêche est un château fort qui ne baisse pas le pont-levis parce que personne ne frappe à la porte.
L'Orient et TOccident s'ébranlent pour Hélène, la veuve aux cinq maris ; Hercule est vaincu par Omphale ; Antoine est dompté par Gléopfttre; Eurydice entraîne Orphée dans les Champs-Elysées ; Merlin est emprisonné par Viviane ; Fastrade morte enchaîne Gharlemagne sur son tombeau; Béatrice élève Dante jusqu'aux sentiers bleus du paradis.
La femme est le dernier mot du Créateur. Le grand maître avait d'abord sculpté les mondes, puis le mastodonte, puis l'aigle, puis le lion, puis l'homme ; il termina par la femme. Ce fut alors qu'il se reposa pour se contempler dans son œuvre.
Dans la chaîne invisible qui suspend la terre au ciel, la femme tient la main de l'ange, l'homme tient la crinière du lion.
Vénus naissant de la mer est un profond symbole : il faut à la beauté la plus parfaite un grain de sel dans Tesprit et des tempêtes dans le cœur. {Ecrit par la princesse.)
Aspasie dit un jour à Platon, qui l'avait promenée dans tous les sentiers perdus du sentimentalisme : ce Que de chemin nous avons fait pour arriver où? — Au commencement! y>
Platon déraisonne, car l'amour est une ivresse; or comment s'enivrer sans mordre à la grappe ?
Les platoniciens disent qu'Hercule, aux pieds d'Om-
phale, n^écoutaît que les battements de son cœur. Mais, quand Hercule filait le parfait amour aux pieds d'Omphale, c^était après avoir accompli ses douze travaux.
La femme galante est un billet en circulation qui prend d^autant plus de valeur, qu^on y lit plus de signatures.
Où commence et oîi finit la femme galante? Elle commence à Sapho et à sainte Thérèse, elle finit à Ninon et à Sophie Arnould. Elle va du libertinage du cœur à celui de Pesprit en passant par le vrai libertinage, comme Ma-> rion Delorme.
La femme ne se console de sa première chute que par une seconde, ^ et ainsi de chute en chute, — c'est-àdire qu'elle se console toiyours ^ et qu'elle n'est jamais consolée.
La femme la plus amoureuse a toigours un second amour dans le chemin du cœur.
Il en est des femmes qui passent pour être à tout le monde comme de la croix. « Tout le monde l'a, disaiton à M. de Salvandy. — Je ne suis pas de votre opinion là* dessus, car tout le monde me la demande, » répondit le ministre.
La vertu est une robe fidte après coup sur la nature pour cacher ses battements de cœur. Ce qui fkîtla fbi^ce de la femme, c'est q[ue l^mme croit trourer la yertu sous la robe. (Écrit par la princesse.)
n en est souvent des femmes comme de Pargent : ou les prend pour les mettre de côté.
L'amour a pour patrie le ciel et la terre. Trop souvent Pun des deux amants habite le ciel quand Fantre haMte la terre. L'un aime en vers et Fautre aime en prpse.
Quel est le plus poète des deux?
Dans le pays de la galanterie la fausse monnaiâr a un cours forcé.
On ne se paye pas en bonne monnaie.
Les plus beaux sentiments sont marqués et une effigie douteuse et le cœur le plus passionné renferme beaucoup d'alliage.
Dans ce pays-là les fous sont les sages et les sages sont les fous.
Dans ce pays-là, il vaut mieux être fripon que dupe.
Beau mot d'un Athénien à un Spartiate : « Respectez mes vices, ils sont plus grands que vos vertus. » Nous ua sommes plus de Sparte, ni même d'Athènes. Chez noua la passion n'a plus ses coudées franches au banquet; l'enfant fJrodigue tue lui-même le veau gras à sa pre-
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mîère folie ; tel qui jette Targent par la fenêtre en plein soleil se précipite dans la rue, quand vient le soir, pour ramasser ce qui en reste.
Tant vaut Phomme, tant vaut la femme; tant vaut la femme, tant vaut Tamour ; tant vaut Tamour, tant vaut la vie; et tant vaut la vie, tant vaut la mort.
Il n'est pas un savant à qui une femme ne puisse dire avec raison : « La science, c^est moi. »
Les hommes disent : Faire une femme; les femmes disent : Faire une dupe. En effet, dans ce commerce de Tamour (je n^invente pas le mot), comme dans tous les commerces, on n^ouvre un crédit que par Tapp&t de gros intérêts. Il y a, comme ailleurs, le livre des recettes et des dépenses. Un homme et une femme, quelque passionnés qu^ils soient, calculent les hasards du compte qu^ils vont s'ouvrir. Madame *** disait à M *** : « Je vous porte un si haut intérêt! ^ A combien pour cent? » demanda M ***. Et il avait raison.
Il y a telle femme qu'on prend comme une charge d'agent de change. Nul n'est assez riche pour l'avoir à lui seul. On est pour un quart ou pour un huitième dans sa vie.
On peut la comparer encore à un de ces carrosses de hasard qu'on loue à l'heure pour se donner des airs à^en' faut prodigue aux courses de chevaux ou aux Champs- Elysées.
On peut dire encore que sa vie est un Taudeville qa*on fait à deux ou à quatre : qui le scénario, qui le dialogue, qui les couplets, qui le mot; mais c*est toiyours elle qui trouve le dernier trait et qui a les applaudissements.
La plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu'elle a. — Qui a dit cela? — Elle donne ce qu'elle n'a pas : Tamour. (Écrit par la princesse.)
Pour la femme, Tamour, c'est la curiosité; pour l'homme, c'est l'amour.
On a dit que les gens d'esprit ne réussissaient pas dans le monde, parce qu'ils ne croyaient pas les autres aussi bêtes qu'ils sont. Les amoureux qui ne réussissent pas sont aussi bêtes que les gens d'esprit : ils ne croient pas les femmes aussi — Eves — qu'elles sont.
L'amour, dans le cœur de la femme, est le diamant dans le charbon. On y troure le feu, la mort et la lumière.
L'amour ne donne jamais à un peintre le temps de peindre deux amants sous le même rayon d'amour et de lumière. Le portrait de l'un n'est pas fini que déjà l'autre n'est plus là.
Je connais peu de femmes qui donnent dans la prodigalité. J*en connais beaucoup qui donnent dans la prodigalité des hommes.
Nous ne voyons pas plus clair dans nos passions que la cavale éperdue qui a pris la nuit le mors aux dents, et qui éclaire au choc des cailloux le chemin — pour les autres.
Un nouvel amour est un renouveau pour le cœur. Dans les premiers jours de la passion, les amants ont des coquetteries charmeresses qui s^évanouissent aux premiers vents d^orage.
G^est Faubépine toute blanche et toute parfumée qui bientôt n^est plus qu^un buisson. L^amour y chante encore, mais on lui dît comme le paysan au rossignol : « Tais-toi donc, vilaine bête qui m'empêches de dormir! »
Il y a des femmes qu'on aime parce qu'on les a aimées dans une autre vie. Dès qu'on les voit — dès qu'on les revoit — il semble qu'on ressaisisse quelque rayon de sa vie ancienne. L'horizon se rouvre vers le passé. « Rien de nouveau sous le soleil, » disait Salomon. En effet, rien de nouveau — pas même la vie — mauvais livre qu'on a déjà lu.
La rose est le symbole de la douleur, puisqu'elle est teinte du sang de Vénus. (Écrit par if "• d'Armaillac)
En. anuDur^ quand un homme mxnqtie de. paro]», il ne «ait pas que celle qui a signé arec lui au eoàtrat lui sait,
gré de prendre les devants.
La femme qui inspire une grande passion la suBit bientôt — quelquefois pour un autre -— comme le thermo» m<^re subit les variations de Patmosphère.
Alexandre voulait qu'on rappelât fils de Jupiter. <k Cessez, mon fils, de me brouiller avec Junon, » lui écrivit sa mère.
M™« de Barneweldt se jetait aux pieds du princA d'Orange pour solliciter la grâce de son fila : « D'od vient que vous n'avez pas sollicité en faveur de votre mairil -«^ C'est que mon mari 4tait innocent et que mon fils esit coupable. »
Le comte de Nangis, devenu dévot, voulant détourner sa fille du mariage, lui citait saint Paul, qui dit : « En se mariant on fait bien, on fait mieux en ne se mariant pas. » La fille à marier répondit : a Faisons toujours le bien, fera le mieux qui pourra. »
Voilà comment parlent les femmes. (Écrit par Diana.)
Lee femmes qui ne soulèvent ômê» W)%r% esprit qu» der points d'admiration sont comme les tragédies de RaeinA, — trop parfaites. — On aime mieux celles qui soulèvent des pointa d'ioterrogaitioa.
L'amour est toujours à la recherche de l'inconnu. Le
grand art, c'est d'être impénétrable. Quand le numqae tombe, le carnaval cesse.
Une femme qu'on n'a pas aimée, c'est un air qu'on ne sait pas.
On Ta aimer la femme^ — ^ on commence à chanter l'air.
On aime, — on chante, — bien ou mal, — juste ou faux.
L'air, connu, s'il n'est pas de Mozart ou de Gluck, vous persécute, parce qu'il vous revient à toute heure à L'esprit. — Vous ne le voulez plus chanter, il se chante tout seul. Vous la mettez à la porte, il revient par la fe?< nêtre.
Ainsi de l'amour. Ainsi de la femme, — si elle ne chante pas dans votre cœur des airs de Mozart ou de
Gluck!
La vie donne xme main à l'amour, l'antre à la mort, et
le cercle fatal est formé.
Tout en lisant l'histoire de la vie, il faut en fèuilletertoujours le roman. Les deux livres s'illuminent Pun par l'autre. On finit par les confondre, par se tromper de page, par ne plus savoir oh. l'on en est:, c'est le poinlsuprème de la science.
Tontes les femmes sont la même; ^piia dit Qel&? Entre» deux femmes il y a un monde quand il n'yr a; pas un homme.
L^amour est un fil que la femme tient par les deux bouts et qu^elle nous donne à retordre.
Les femmes ne vivent pas pour Thistoire, leur règne est au jour le jour, car c^est le règne de la beauté, qui a peur des révolutions du Temps. Après moi le déluge! disait M"*® du Barry. Ce fut un déluge de sang.
Les filles d^Ëve, il les faut connaître au bon moment, — à rheure où elles agitent les branches savoureuses de Tarbre de la science, — à Theure oîi elles s^enfuient effrayées et repentantes, mais avec un divin sourire d^amour, consolées des orages de la passion par les joies du souvenir.
L'amour ne vieillit pas, il meurt enfant.
On ne donne qu'aux pauvres. Que voulez -vous que fasse une femme pour un homme qui demande au lieu de prendre?
Si on me chantait des sérénades pour me demander le trésor de mon cœur, sur toute la somme je ne donnerais qu'un sou. (Écrit par la princesse.)
Les roses de Pamour ont leurs épines dans notre cœur.
Il y a sept péchés capitaux pour les sept jours de la semaine. La femme est le huitième péché capital. Mais c'est peut-être la quatrième vertu théologale ?
On ne va pas au cœur des femmes en parlant de soi, mais en leur parlant d'elles. Une femme s^amuse toujours de ce qu'elle dit, jamais de ce qu'on lui dit, si on ne lui parle pas d'elle.
Est-ce qu'il n'arrive pas à votre âme de quitter le matin &a maison pour courir le monde, folle, insouciante et curieuse, sans savoir si elle retrouvera la porte ouverte ? Mon âme aime les aventures ; elle s'envole souvent sans dire où elle va, par la raison toute simple qu'elle n*en sait rien ; elle laisse la clef sur la porte, sans avoir peur d'être volée. Cependant il arrive quelquefois à mon âme de trouver en rentrant mon cœur occupé par l'ennemi. (Écrit par la princesse.)
L'idéal, c'est la femme vue dans le lointain à travers les vapeurs bleues de Taube ou dans la lumière dorée du couchant. — C'est la vérité qui s'éloigne du puits, jetant sur son épaule l'écharpe ondoyante du mensonge.
C'est la première étreinte qui donne le sceptre à rhomme ou à la femme.
De tous les livres, le livre de sa vie est le plus difficile à faire, surtout quand on veut y mettre son nom.
Pour la femme, le livre de la ^ie n'est bon que s'il n'est pas signé.
Quand on a vingt ans, on trouve toute une carrière de
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marbre pour bftUr sa maUon ou son palais; mais trop t^t on «^aperçoit qa'on man^e mâme de pierres. Et le monoment est en ruines avant d*dtre achevé. Il n^ a que Philémon et Baucis qui aient su{4p<»lé en cariatides le monument de leur amour.
Mais c*était une chaumière.
Ah ! si le cœur et Tesprit étudiaient ensemble ! mais ce sont deux étrangers ou deux ennemis. (Test le chien et le chat de la maison. ^
Qu'est-ce que prouve la vie? La mort. — Qu'est-ce que prouve la mort? La vie. ^ Qii'est-ce que prouvent la vie et la mort? L*amour.
On cherche toujours son premier amour dans le second ; voilà pourquoi le second amant est celui qu^on aime le plus.
Si Machiavel avait fait une politique pour l'amour^ dirait-il aux hommes : « Faites aux femmes ce que vous voudriez qu'elles vous fissent? »
Le bonheur nous attend quelque part, à la condition que nous n'irons jamais le chercher : c'est le château en Espagne. (Écrit par M^^^ d*Armaillac.)
Ce ne sont pas des poëtes ni des amoureax^ ceux-là qui ne franchissent pas le RabicoBt caœ c^etA de Pautre côté que sont la poésie et Tamour.
Il fallait plus de génie à don Quichotte pour combattre les moulins à vent qu*à Sui^o Pança pour rire de don Quichotte.
Pour Apprendre à connaître les femmes^ pratiquez les femmes. Pour apprendre à connaître les hommes^ pratiquez les femmes.
Quand Dieu eut mis la dernière main à son œuvre des six jours , il s'aperçut qu'il y avait bien des retouches à .faire ; mais, tout en se reposant le septième jour, il mit dans l'esprit de la femme la curiosité, et dans celui de rhomme le sentiment de Tidéal. Depuis la création du monde, lliomme cherche sans cesse à parachever Tœuvre de Dieu.
Il fallait bien laisser à la femme quelque cho^e à deviner et à l'homme quelque chose à faire.
Les femmes n'étreignent jamais que les chimères de l'avenir ou les fantômes du passé. La vie était ou sera, elle n'est pas ; hier et demain, mais non pas aujourd'hui. Elles ne vivent pas : elles passent dans la vie.
Entre parenthèse (— ). Que de fois on permet à la parenthèse d'envahir sa vie! On trompe son mari ou son
amant presque toigours entre ( — ); mais on se trompe soi-même sans parenthèse.
Le premier trait d^esprit d*une femme, c'est sa figure ; le dernier, c'est son cœur.
Les astrologues et les philosophes auraient dû trouver ceci : pour les amoureux la terre tourne dans le ciel, pour les autres elle tourne dans le vide.
Tout homme qui n'est pas douhlô d'une femme n'est pas un homme.
Quel philosophe que cet Erasme, qui a fait Téloge de la folie! La folie, c'est la sagesse humaine, puisque c'est la passion. L^homme qui vit avec la passion échappe aux désastres, parce que la passion est un coursier généreux qui a le flanc marqué par l'éperon d'or de Dieu. La passion, c'est l'âme de la vie, — c'est le vent qui pousse en avant le navire, — c'est quelquefois le vent de la tempête; mais qui n'aime mieux la mort dans la tempête que la vie sur le seuil du tombeau ?
Dieu a permis la philosophie à l'homme, mais il a enseigné la comédie à la femme pour qu'elle se moquât du philosophe. {Écrit par la princesse.)
Noverre le chorégraphe disait : Quand je n*ai rien à faire, je fais des pensées de La Rochefoucauld. Quand je n^al rien à faire, je fais l'amour, disent hien des femmes. Or ces femmes ne font pas plus l'amour que Noverre ne faisait du La Rochefoucauld.
Il est hien malheureux celui qui est heureux en
femmes.
Artémise, celle-là qui a inventé les mausolées, avait voulu mourir pour que ses cendres fussent réunies à celles de Mausole; mais, tout hien considéré, elle aima mieux vivre en huvant dans son vin les cendres de son mari, lui servant ainsi de sépulci^e.
Les savants n'ont jamais su si c'était le mausolée de
chair ou le mausolée de marhre qui compta parmi les
sept merveilles du monde.
L'amour heureux est la rohe étoilée du ciel qui vient rafraîchir la terre après le coucher du soleil; l'amour malheureux, c'est la robe de Nessus qui dévore sans relâche ni merci. (Ecrit par iW**® d'Armaillac.)
Faust a cherché la science : il a trouvé Marguerite agenouillée dans le temple.
Celui-là aime dans sa femme l'amour qu'elle a pour lui ; celui-là aime dans la sienne l'amour qu'elle a pour un autre. (Ecrit par la princesse,)
Dans le Jardin des Roses^ Saadi console la femme en lui disant que le repentir après la faute la ramène à Tétat dHnnocence. Hugo n^a donc fait que traduire Saadi? Mais qu^est-ce que le repentir? Cest un second amour, qui vaut mieux que le premier. On se repent toujours dans les bras de quelqu'un. (Ecrit par laprincess'-.)
Quand une femme ne reconnaît pas un homme qui se vante d^avoir été son amant, c'est la femme qu'il faut croire, car celui-là n'a pas été l'amant d'une femme, qui n'a pas marqué dans son souvenir.
Il y a dans l'amour des surprises dont l'homme ne doit pas s'enorgueillir : son seul avantage était d'être — le premier venu — pour un dépit ou pour une vengeance.
L'amour qui s'endort ressemble à Samson : Dalila lui coupera les cheveux dans son sommeil.
L'amour, chez Thomme, c'est la tyrannie; chez la femme, c'est Tesclavage. Le jour où la femme ne subit plus le joug, elle n'aime plus. (Écrit par Diana.)
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Pour l'homme, la femme est tout à la fois Tart et la nature — un tableau vivant. — Pour la femme, Thomme c'est rhomme, c'est un cœur, c'est une âme, c'est un corps. L'art n'y entre pour rien .
L'amour, c'est une chanson qu'on chante à deux ; après
avoir chanté la chanson, on ne chante plus que le refrain — et quelquefois on le chante tout seul.
L'amour se paye avec de l'amour. Toute autre monnaie est de la fausse monnaie.
Les femmes se donnent plus de mal pour acheter l'enfer qu'elles n'en auraient pour acheter le ciel. (Écrit par Jlf "• d'Armaillac)
Il y a des femmes qui sont des jardins français ; il y a des femmes qui sont des jardins anglais. On estime plus les premières; on aime mieux les secondes.
Marie a raison contre Marthe. — Vivre de ce qui est éternel, n'est-ce pas plus vivre encore que de vivre de la mort de chaque jour.
Les Madeleines pécheresses ne se repentent que pour vivre saintement de leur passé criminel. Elles ne se sont exilées du monde profane que pour y revenir par un voyage imaginaire. Elles lisent tous les jours à leur confesseur le roman de leur jeunesse.
Ninon de Lenclos disait : « On ne prend pas une femme par les prières ni par les raisonnements, on la prend, i» Mot énergique qu'on donne à méditer aux Werther qui sortent du collège. »
Les coquettes filent leur toile pour prendre les hommes ; mais les plus forts trayersent la toile conune les bourdons les toiles d^araignées.
L*amour de certaines femmes donne la mort, mais la plupart des hommes s*j habituent, -» comme Mithridate au poison.
Le paradis n^est pas un rêve des poètes : c^est un pays dont nous nous souvenons. Hier nous répond de demain. La soif de la pomme amère ne s^apaisera qu^aux fontaines de rÉden.
On revient d'un amour comme on revient d'un feu d'artifice, — triste et nocturne. (Écrit par If "c d*ArmaiUac.)
Jusqu'à quarante ans, la femme n'a dans le cœur que quarante printemps; mais, après quarante ans, elle a quarante hivers.
Quand la femme voit un soir chez elle l'amour prendre son parapluie pour ne plus revenir, elle fait cette triste réflexion, qu'il est temps de se rabattre sur la quantité
. Quand Eve a vu sa nudité, elle a caché son cœur en cachant son sein.
Les amoureux écrivent leur serment sur le vent, sur les flots ou sur le sable du rivage, parce que l'amour
passe toujours et ne sait pas le lendemain ce quUl a dit la veille. Pour lui le passé c'est l'avenir. Phaon avait écrit sur le sable : a J'aimerai Sapho jusqu'à la mort. » Sapho reconnut l'écriture de Phaon et s'agenouilla pour baiser ces mots sacrés; mais le flux ne lui en laissa pas le temps : la mer les effaça d'une lèvre jalouse.
Pour le philosophe, la femme qui traverse pendant un quart de siècle les joies de Paris sans tremper ses lèvres dans la coupe, est une sainte, comme celle qui jette la première pierre aux autres est une orgueilleuse.
Chaque femme a sa mission. Il y a les prédestinées aux pompes et aux œuvres de Satan , mais il y a les femmes qui sont envoyées sur la terre pour y répandre un parfum de la grâce divine. Celles-là, comme la vestale antique, veillent à la fois sur leur vertu et sur leur amour. Le berceau de leur enfant les protège dans les jours d'orage ; elles abordent à la rive plus heureuse des renoncements que des tempêtes de la volupté. {Écrit par
Jf »e d^Armaillac)
On ne connaît les fleurs que par leur innocence; on semble ignorer que ce sont des Borgia et des Brinvilliers. Le lys, ce beau lys blanc : un poison; la fleur d'oranger, ce symbole du mariage : un poison ; le coquelicot, le symbole de l'innocence : un poison ; autant de fleurs, autant de poisons. On les respire, on s'enivre, on sommeille, on s'endort et on ne se réveille pas si on s'est enfermé avec ces charmantes ennemies. L'aspic sous les fleurs, c'est le poison. Et on dit que les femmes sont des fleurs.
L^amoiir est si lourd à porter à deux quUl faut prendre un troisième compa/^non pour faire le voyage.
Le plus souvent ce n'est pas l'esprit, c'est la bête qui nous sauve dans nos passions. {Écrit par Diana.)
Tous les amours — même Tamour maternel — ont leurs angoisses et leurs déchirements. C'est que Dieu a créé une peine pour chaque joie. La porte du paradi» s'ouvre sur l'enfer.
Mais l'amour maternel n'écrit jamais sur son enfer le» paroles désespérées du Dante.
Triompher de la femme, c'est triompher du diable. Saint Augustin dit que le péché qu'elles commettent contre l'homme est plus hon-ibleque le sacrilège des Juifs faisant mourir le Fils de Dieu sur la croix; car les Juifs ne frappèrent que le corps de Jésus, tandis que celles-là damnent et tuent les âmes qu'il a voulu racheter.
Joli tableau de la douceur par le même peintre des femmes 1 « Si la fosse de Daniel eût été peuplée de femmes, le Seigneur n'aurait pu apaiser ces bêtes féroces pour sauver son prophète. »
Celui qui voudrait faire l'histoire des contradictions ferait l'histoire de la femme. En effet, la logique de la femme c'est d'être illogique; elle ne triomphe que par
rimprévu, elle n'est parfaite que par ses imperfections, elle n'est divine que parce qu'elle est humaine.
N'attaquez jamais une femme pour la tourner. Elle n'en croirait pas plus pour cela à sa vertu, mais elle croirait à votre naïveté. (Écrit par la princesse,)
Ne faites pas de l'amour un roman. La femme n'aime que les histoires. Si elle s'aventure dans le roman, elle vous laissera en chemin pour continuer le roman avec le premier venu.
La volonté humaine ne s'arrête que devant la volonté d'aimer.
Vouloir aimer, c'est vouloir cueillir une étoile. Le cœur est le très-humble serviteur de l'occasion.
L'homme s'agite, la femme le mène.
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Les grandes passions prennent leur source dans l'amour et se jettent dans la mort. (Écrit par M^^^ d^Arfnaillac,)
Les trois amies s'étaient promis de n'écrire chacune que trois ou quatre pensées, mais les
femmes quand elles prennent la plume ne.s'ar* rêtent pas pour si peu.
La belle Diana avait ses idées sur Tamour, mais elle ne les écrivait guère ; selon elle, le cœur humain est un pays perdu dont on ne fera jamais la géographie ; beaucoup de volcans, beaucoup d'abîmes, des forêts vierges et des Tempes ; mais les plus hardis navigateurs ne feront jamais le tour de ce monde ouvert, parce qu'on ne fait pas le tour de Tinfini.
Si la plastique dans la femme révèle sa destinée, c'est surtout chez Diana qu'il y a la mission de la beauté dans Tamour. Ses formes sont comme une harmonie de son caractère. Avec la supériorité de forme elle a la supériorité d'attraction. Tout en elle est une volupté et une similitude. Elle a la double possession de sa force et de sa beauté , ce qui l'élève au-dessus de tant d'autres femmes qui n'ont pas le charme toujours renouvelé de l'expression.
Sa beauté a la mobilité d'une âme et l'immobilité d'une statue ; quand elle marche, tout un monde invisible la suit; ses épaules, son bras , sa main , son buste , ses hanches , ses jambes, ses pieds continuent les symphonies
amoureuses de sa figure ; sa robe, son châle, son manteau, ne cachent rien de son charme si impénétrable et si indissoluble. Son buste est noble et fier, comme une œuvre d'art. Ses pieds sont un peu comme les pieds de la reine Berthe; mais il ne faut pas être parfaite pour être humaine et surtout pour être inhumaine.
Elle se croit impeccable parce qu'elle n'a commis que les péchés mignons. On lui trouve la hardiesse d'un page : elle n'est si hardie que parce qu'elle marche avec sa conscience. Si, un jour, — n'oubliez pas ce trait de caractère, — si vous la voyez timide et réservée, c'est qu'elle sera devenue, comme tant d'autres, une pécheresse.
En attendant elle est de toutes les fêtes, adorée de tout le monde parce qu'elle n*aime personne. Elle dit' qu'elle aime le parfait amour ou le flirtage. Il y a de graves philosophes qui voudraient supprimer ces deux mots du dictionnaire de l'Académie, sous prétexte que le chemin de Tamour, dont parle saint Augustin, conduit à Tenferdes passions, du Dante. Les graves philosophes ont tort. Il faut bien égayer la vie par quelques sourires et quelques rayons. Le chemin
de Tamour conduit le plus souvent au mariage; tant pis pour celles qui versent en route : il faut des exemples. Ce n'est pas un bien grand crime de s'attarder un peu sur les marges vertes du chemin, d y cueillir des marguerites, d'y faire des bouquets de vergiss-men-nigth, en un mot, d'y vivre de temps perdu ; le temps perdu n'est-ce pas le temps trouvé ?
Diana a une belle-sœur toute confite en Dieu. Elles portent dans le monde le même nom puisqu'elles ont épousé les deux frères. Celle-ci, en contraste, n'est pas si vertueuse qu'elle en a l'air. Elle va à confesse au lieu de flirter. Mais il parait que lorsqu'on va à confesse, c'est qu'on a des péchés à confesser.
Jusqu'ici tous ses crimes. étaient expiés dans le confessionnal. Le curé de sa paroisse lui donnait Tabsolution — et elle recommençait.
Mais elle a si bien recommencé que son jeu a été découvert dans une aventure mystérieuse, dont on ne parlera pas tout haut, parce que le bruit ne dépassera pas les trois ou quatre salons où elle va.
Savez-vous ce qui arrive pour ceux du dehors, pour ceux qui jugent à la surface sans pénétrer
le fond des choses? c'est, qu'en cette affaire^ Diana seule est accusée. Ce n'est pas elle qui est coupable, mais comme elle porte le même nom, mais surtout comme elle est célèbre par ses coquetteries, la mystérieuse aventure de sa belle-sœur lui est attribuée.
Ne vous rappelez-vous pas une histoire pareille, celle de M*"® de Neers et de M°*® de Montmartel, surnommée la Messaline blonde?
De ceci, trouvez une moralité pour ou contre le flirtage. Vaut-il mieux, pour vivre dans le monde, avoir sa conscience que l'opinion publique?
— L'opinion publique, disait le diable.
Il m'emmena chez la princesse en me priant de ne pas dire que le duc d'Obanos et le marquis^ de Satanas ne faisaient qu'un.
— Pourquoi ce jeu de cache-cache?
— Parce que je suis toujours le diable amoureux.
— Oui, mais M"® d'Armaillac aime toujours Martial.