‹ Les Mille & une nuits (volume 2)Chapitre 3 sur 7 · PRINCESSE DU ROYAUME DE SAMANDAL · texte numérisé non relu

PRINCESSE DU ROYAUME DE SAMANDAL

Pgtf&.&rrj a Perse est une partie de la terre de si

^ B6sLt grande étendue que ce n'est pas sans

raison que ses anciens rois ont porté le

— s»a titre superbe de rois des rois. Autant

qu'il y a de provinces, sans parler de tous les

autres royaumes qu'ils avoient conquis, autant

il y avoit de rois. Ces rois ne leur payoient pas

seulement de gros tributs, ils leur étoient même

aussi soumis que les gouverneurs le sont aux rois

de tous les autres royaumes.

Un de ces rois, qui avoit commencé son règne par d'heureuses et grandes conquêtes, régnoit, il y avoit de longues années, avec un bonheur et une tranquillité qui le rendoient le plus satisfait de tous les monarques. Il n'y avoit qu'un seul endroit par où il s'estimoit malheureux, c'est qu'il étoit

fort âgé, et que de toutes ses femmes il n'y en avoit pas une qui lui eût donné un prince pour lui succéder après sa mort. Il en avoit cependant plus de cent, toutes logées magnifiquement et séparément, avec des femmes esclaves pour les servir et des eunuques pour les garder. Malgré tous ces soins à les rendre contentes et à prévenir leurs désirs, aucune ne remplissoit son attente. On lui en amenoit souvent des pays les plus éloignés; et il ne se contentoit pas de les payer, sans faire de prix, dès qu'elles lui agréoient, il combloit encore les marchands d'honneurs, de bienfaits et de bénédictions pour en attirer d'autres, dans l'espérance qu'enfin il auroit un fils de quelqu'une. Il n'y avoit pas aussi de bonnes œuvres qu'il ne fît pour fléchir le Ciel. Il faisoit des aumônes immenses aux pauvres, de grandes largesses aux plus dévots de sa religion, et de nouvelles fondations toutes royales en leur faveur, afin d'obtenir par leurs prières ce qu'il souhaitoit si ardemment.

Un jour que, selon la coutume pratiquée tous les jours par les rois ses prédécesseurs, lorsqu'ils étoient de résidence dans leur capitale, il tenoit l'assemblée de ses courtisans, où se trouvoient tous les ambassadeurs et tous les étrangers de distinction qui étoient à sa cour, où l'on s'entretenoit, non pas de nouvelles qui regardoient l'Etat, mais de sciences, d'histoire, de littérature, de poésie et

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de toute autre chose capable de récréer l'esprit agréablement; ce jour-là, dis-je, un eunuque vint lui annoncer qu'un marchand, qui venoit d'un pays très éloigné avec une esclave qu'il lui amenoit, demandoit la permission de la lui faire voir. « Qu'on le fasse entrer et qu'on le place, dit le roi; je lui parlerai après l'assemblée. » On introduisit le marchand, et on le plaça dans un endroit d'où il pouvoit voir le roi à son aise, et l'entendre parler familièrement avec ceux qui étoient le plus près de sa personne.

Le roi en usoit ainsi avec tous les étrangers qui dévoient lui parler, et il le faisoit exprès, afin qu'ils s'accoutumassent à le voir, et qu'en le voyant parler aux uns et aux autres avec familiarité et avec bonté, ils prissent la confiance de lui parler de même, sans se laisser surprendre par l'éclat et la grandeur dont il étoit environné, capable d'ôter la parole à ceux qui n'y auroient pas été accoutumés. Il le pratiquoit même à l'égard des ambassadeurs : d'abord il mangeoit avec eux, et, pendant le repas, il s'informoit de leur santé , de leur voyage et des particularités de leur pays. Cela leur donnoit de l'assurance auprès de sa personne, et ensuite il leur donnoit audience.

Quand l'assemblée fut finie, que tout le monde se fut retiré, et qu'il ne resta plus que le marchand, le marchand se prosterna devant le trône du roi, la

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face contre terre, et lui souhaita l'accomplissement de tous ses désirs. Dès qu'il se fut relevé, le roi lui demanda s'il étoit vrai qu'il lui eût amené une esclave, comme on le lui avoit dit, et si elle étoit belle.

« Sire, répondit le marchand, je ne doute pas que Votre Majesté n'en ait de très belles, depuis qu'on lui en cherche dans tous les endroits du monde avec tant de soin; mais je puis assurer, sans craindre de trop priser ma marchandise, qu'elle n'en a pas encore vu une qui puisse entrer en concurrence avec elle, si l'on considère sa beauté, sa belle taille, ses agrémens et toutes les perfections dont elle est partagée. — Où est-elle? reprit le roi. Amène-la-moi. — Sire, repartit le marchand, je l'ai laissée entre les mains d'un officier de vos eunuques; Votre Majesté peut commander qu'on la fasse venir. »

On amena l'esclave, et, dès que le roi la vit, i! en fut charmé, à la considérer seulement par sa taille belle et dégagée. Il entra aussitôt dans un cabinet où le marchand le suivit avec quelques eunuques. L'esclave avoit un voile de satin rouge rayé d'or, qui lui cachoit le visage. Le marchand le lui ôta, et le roi de Perse vit une dame qui surpassoit en beauté toutes celles qu'il avoit alors et qu'il avoit jamais eues. Il en devint passionnément amoureux dès ce moment , et il demanda au marchand combien il la vouloit vendre.

« Sire , répondit le marchand , j'en ai donné mille pièces d'or à celui qui me l'a vendue, et je compte que j'en ai déboursé autant depuis trois ans que je suis en voyage pour arriver à votre cour. Je me garderai bien de la mettre à prix à un si grand monarque : je supplie Votre Majesté de la recevoir en présent, si elle lui agrée. — Je te suis obligé, reprit le roi ; ce n'est pas ma coutume d'en user ainsi avec les marchands qui viennen: de si loin dans la vue de me faire plaisir : je vais te faire compter dix mille pièces d'or. Seras -tu content?

— Sire, repartit le marchand, je me fusse estime très heureux si Votre Majesté eût bien voulu l'accepter pour rien ; mais je n'oserois refuser une si grande libéralité. Je ne manquerai pas de la publier dans mon pays et dans tous les lieux par où je passerai. » La somme lui fut comptée; et, avant qu'il se retirât, le roi le fit revêtir en sa présence d'une robe de brocart d'or.

Le roi fit loger la belle esclave dans l'appartement le plus magnifique après le sien, et lui assigna plusieurs matrones et autres femmes esclaves pour la servir, avec ordre de lui faire prendre le bain, de l'habiller d'un habit le plus magnifique qu'elles pussent trouver, et de se faire apporter les plus beaux colliers de perles et les diamans les plus fins, et autres pierreries les plus riches , afin qu'elle Les Mille et une Nuits. VI. i3

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choisît elle-même ce qui lui conviendroit le mieux.

Les matrones officieuses , qui n'avoient autre attention que de plaire au roi, furent elles-mêmes ravies en admiration de la beauté de l'esclave. Comme elles s'y connoissoient parfaitement bien : « Sire, lui dirent-elles, si Votre Majesté a la patience de nous donner seulement trois jours , nous nous engageons de la lui faire voir alors si fort au-dessus de ce qu'elle est présentement qu'elle ne la reconnoîtra plus. » Le roi eut bien de la peine à se priver si longtemps du plaisir de la posséder entièrement. « Je le veux bien, reprit-il, mais à la charge que vous me tiendrez votre promesse. »

La capitale du roi de Perse étoit située dans une île, et son palais, qui étoit très superbe, étoit bâti sur le bord de la mer. Comme son appartement avoit vue sur cet élément, celui de la belle esclave, qui n'étoit pas éloigné du sien, avoit aussi la même vue ; et elle étoit d'autant plus agréable que la mer battoit presque au pied des murailles.

Au bout des trois jours, la belle esclave, parée et ornée magnifiquement, étoit seule dans sa chambre, assise sur un sofa et appuyée à une des fenêtres qui regardoient la mer, lorsque le roi, averti qu'il pouvoit la voir, y entra. L'esclave, qui entendit que l'on marchoit dans sa chambre d'un autre air que les femmes qui l'avoient servie jusqu'alors,

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tourna aussitôt la tête pour voir qui c'étoit. Elle reconnut le roi ; mais, sans en témoigner la moindre surprise, sans même se lever pour lui faire civilité et pour le recevoir, comme s'il eût été la personne du monde la plus indifférente , elle se remit a la fenêtre comme auparavant.

Le roi de Perse fut extrêmement étonné de voir qu'une esclave si belle et si bien faite sût si peu ce que c'étoit que le monde. Il attribua ce défaut à la mauvaise éducation qu'on lui avoit donnée et au peu de soin qu'on avoit pris de lui apprendre les premières bienséances. Il s'avança vers elle jusqu'à la fenêtre, où, nonobstant la manière et la froideur avec laquelle elle venoit de le recevoir, elle se laissa regarder, admirer, et même caresser et embrasser autant qu'il le souhaita.

Entre ces caresses et ces embrassemens, ce monarque s'arrêta pour la regarder, ou plutôt pour la dévorer des yeux. « Ma toute belle, ma charmante, ma ravissante, s'écria-t-il, dites-moi, je vous prie, d'où vous venez, d'où sont et qui sont l'heureux père et l'heureuse mère qui ont mis au monde un chef-d'œuvre de la nature aussi surprenant que vous êtes. Que je vous aime et que je vous aimerai ! Jamais je n'ai senti pour une femme ce que je sens pour vous; j'en ai cependant bien vu, et j'en vois encore un grand nombre tous les jours; mais jamais je n'ai vu tant de charmes tout à la fois qui

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m'enlèvent à moi-même pour me donner tout à vous. Mon cher cœur, ajoutoit-il, vous ne me répondez rien ; vous ne me faites même connoître par aucune marque que vous soyez sensible à tant de témoignages que je vous donne de mon amour extrême ; vous ne détournez pas même vos yeux pour donner aux miens le plaisir de les rencontrer et de vous convaincre qu'on ne peut pas aimer plus que je vous aime. Pourquoi gardez-vous ce grand silence qui me glace? D'où vient ce sérieux, ou plutôt cette tristesse qui m'afflige? Regrettezvous votre pays, vos parens, vos amis? Hé quoi! un roi de Perse qui vous aime, qui vous adore, n'est-il pas capable de vous consoler et de vous tenir lieu de toute chose au monde? »

Quelques protestations d'amour que le roi de de Perse fit à l'esclave et quoi qu'il pût dire pour l'obliger d'ouvrir la bouche et de parler, l'esclave demeura dans un froid surprenant, les yeux toujours baissés, sans les lever pour le regarder et sans proférer une seule parole.

Le roi de Perse, ravi d'avoir fait une acquisition dont il étoit si content, ne la pressa pas da'^antage, dans l'espérance que le bon traitement qu'il lui feroit la feroit changer. Il frappa des mains, et aussitôt plusieurs femmes entrèrent, à qui il commanda de faire servir le souper. Dès que l'on eut servi : « Mon cœur, dit-il à l'esclave, approchez-

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vous et venez souper avec moi. » Elle se leva de la place où elle étoit ; et, quand elle fut assise visà-vis du roi, le roi la servit avant qu'il commençât de manger, et la servit de même à chaque plat pendant le repas. L'esclave mangea comme lui, mais toujours les yeux baissés, sans répondre un seul mot chaque fois qu'il lui demandoit si les mets étoient de son goût.

Pour changer de discours, le roi lui demanda comment elle s'appeloit , si elle étoit contente de son habillement, des pierreries dont elle étoit ornée, ce qu'elle pensoit de son appartement et de l'ameublement, et si la vue de la mer la divertissoit ; mais sur toutes ces demandes elle garda le même silence, dont il ne savoit plus que penser. Il s'imagina que peut-être elle étoit muette. « Mais, disoit-il en lui-même, seroit-il possible que Dieu eût formé une créature si belle, si parfaite et si accomplie, et qu'elle eût un si grand défaut? Ce seroit un grand dommage! Avec cela je ne pourrois m'empêcher de l'aimer comme je l'aime. »

Quand le roi se fut levé de table, il se lava les mains d'un côté, pendant que l'esclave se les lavoit de l'autre. Il prit ce temps-là pour demander aux femmes qui lui présentoient le bassin et la serviette si elle leur avoit parlé. Celle qui prit la parole lui répondit : « Sire, nous ne l'avons ni vue ni entendue parler plus que Votre Majesté vient de le voir

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elle-même. Nous lui avons rendu nos services dans le bain ; nous l'avons peignée, coiffée, habillée dans sa chambre, et jamais elle n'a ouvert la bouche pour nous dire : « Cela est bien, je suis contente. » Nous lui demandions : « Madame, n'avez-vous besoin de rien? Souhaitez-vous quelque chose? Demandez, commandez-nous. » Nous ne savons si c'est mépris, affliction, bêtise, ou qu'elle soit muette : nous n'avons pu tirer d'elle une seule parole; c'est tout ce que nous pouvons dire à Votre Majesté. »

Le roi de Perse fut plus surpris qu'auparavanc sur ce qu'il venoit d'entendre. Comme il crut que l'esclave pouvoit avoir quelque sujet d'affliction, il voulut essayer de la réjouir; pour cela, il fit une assemblée de toutes les dames de son palais. Elles vinrent ; et celles qui savoient jouer des instrumens en jouèrent, et les autres chantèrent ou dansèrent, ou firent l'un et l'autre tout à la fois : elles jouèrent enfin à plusieurs sortes de jeux qui réjouirent le roi. L'esclave seule ne prit aucune part à tous ces divertissemens ; elle demeura dans sa place, toujours les yeux baissés, et avec une tranquillité dont toutes les dames ne furent pas moins surprises que le roi. Elles se retirèrent chacune à son appartement; et le roi, qui demeura seul, coucha avec la belle esclave.

Le lendemain, le roi de Perse se leva plus con-

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tent qu'il ne l'avoit été de toutes les femmes qu'il eût jamais vues, sans en excepter aucune, et plus passionné pour la belle esclave que le jour d'auparavant. Il le fit bien paroître : en effet, il résolut de ne s'attacher uniquement qu'à elle, et il exécuta sa résolution. Dès le même jour, il congédia toutes ses autres femmes avec les riches habits, les pierreries et les bijoux qu'elles avoient à leur usage, et chacune une grosse somme d'argent, libres de se marier à qui bon leur sembleroit, et il ne retint que les matrones et autres femmes âgées, nécessaires pour être auprès de la belle esclave. Elle ne lui donna pas la consolation de lui dire un seul mot pendant une année entière. Il ne laissa pas cependant d'être très assidu auprès d'elle, avec toutes les complaisances imaginables, et de lui donner les marques les plus signalées d'une passion très violente.

L'année étoit écoulée, et le roi, assis un jour près de sa belle, lui protestoit que son amour, au lieu de diminuer, augmentoit tous les jours avec plus de force. « Ma reine, lui disoit-il, je ne puis deviner ce que vous en pensez; rien n'est plus vrai cependant, et je vous jure que je ne souhaite plus rien depuis que j'ai le bonheur de vous posséder. Je fais état de mon royaume, tout grand qu'il est, moins que d'un atome, lorsque je vous vois et que je puis vous dire mille fois que je

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vous aime. Je ne veux pas que mes paroles vous obligent de le croire; mais vous ne pouvez en douter après le sacrifice que j'ai fait à votre beauté du grand nombre de femmes que j'avois dans mon palais. Vous pouvez vous en souvenir : il y a un an passé que je les renvoyai toutes, et je m'en repens aussi peu au moment que je vous en parle qu'au moment que je cessai de les voir, et je ne m'en repentirai jamais. Rien ne manqueroit à ma satisfaction, à mon contentement et à ma joie, si vous me disiez seulement un mot pour me marquer que vous m'en avez quelque obligation. Mais comment pourriez-vous me le dire, si vous êtes muette ? Hélas ! je ne crains que trop que cela ne soit ! Et quel moyen de ne le pas craindre après un an entier que je vous prie mille fois chaque jour de me parler, et que vous gardez un silence si affligeant pour moi? S'il n'est pas possible que j'obtienne de vous cette consolation, fasse le Ciel au moins que vous me donniez un fils pour me succéder après ma mort ! Je me sens vieillir tous les jours, et dès à présent j'aurois besoin d'en avoir un pour m'aider à soutenir le plus grand poids de ma couronne. Je reviens au grand désir que j'ai de vous entendre parler : quelque chose me dit en moi-même que vous n'êtes pas muette. Hé, de grâce, Madame, je vous en conjure, rompez cette longue obstination, dites-moi un mot

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seulement, après cela je ne me soucie plus de mourir ! »

A ce discours, la belle esclave, qui, selon sa coutume, avoit écouté le roi toujours les jeux baissés, et qui ne lui avoit pas seulement donné lieu de croire qu'elle étoit muette, mais même qu'elle n*avoit jamais ri de sa vie, se mit à sourire. Le roi de Perse s'en aperçut avec une surprise qui lui en fit faire une exclamation de joie; et, comme il ne douta pas qu'elle ne voulût parler, il attendit ce moment avec une attention et avec une impatience qu'on ne peut exprimer.

La belle esclave enfin rompit un si long silence, et elle parla. « Sire, dit-elle, j'ai tant de choses à dire à Votre Majesté, en rompant mon silence, que je ne sais par où commencer. Je crois néanmoins qu'il est de mon devoir de la remercier d'abord de toutes les grâces et de tous les honneurs dont elle m'a comblée, et de demander au Ciel qu'il la fasse prospérer, qu'il détourne les mauvaises intentions de ses ennemis, et ne permette pas qu'elle meure après m'avoir entendue parler, mais lui donne une longue vie. Après cela, Sire, je ne puis vous donner une plus grande satisfaction qu'en vous annonçant que je suis grosse : je souhaite avec vous que ce soit un fils. Ce qu'il y a, Sire, ajouta-t-elle, c'est que sans ma grossesse (je supplie Votre Majesté de prendre ma sincérité

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en bonne part), j'étois résolue de ne jamais vous aimer, aussi bien qu'à garder un silence perpétuel, et que présentement je vous aime autant que je le dois. »

Le roi de Perse, ravi d'avoir entendu parler la belle esclave et lui annoncer une nouvelle quil'intéressoit si fort, l'embrassa tendrement. « Lumière éclatante de mes yeux, lui dit-il, je ne pouvois recevoir une plus grande joie que celle dont vous venez de me combler. Vous m'avez parlé, et vous m'avez annoncé votre grossesse; je ne me sens pas moi-même après ces deux sujets de me réjouir que je n'attendois pas. »

Dans le transport de joie où étoit le roi de Perse, il n'en dit pas davantage à la belle esclave ; il la quitta, mais d'une manière à faire connoître qu'il alloit revenir bientôt. Comme il vouloit que le sujet de sa joie fût rendu public, il l'annonça à ses officiers, et fit appeler son grand-vizir. Dès qu'il fut arrivé, il le chargea de distribuer cent mille pièces d'or aux ministres de sa religion, qui faisoient vœu de pauvreté, aux hôpitaux et aux pauvres, en actions de grâces à Dieu; et sa volonté fut exécutée par les ordres de ce ministre.

Cet ordre donné, le roi de Perse vint retrouver sa belle esclave, a Madame, lui dit- il, excusezmoi si je vous ai quittée si brusquement ; vous m'en avez donné l'occasion vous-même; mais vous

voudrez bien que je remette à vous en entretenir une autre fois; je désire de savoir de vous des choses d'une conséquence beaucoup plus grande. Dites-moi, je vous en supplie, ma chère âme, quelle raison si forte vous avez eue de me voir, de m'entendre parler, de manger et de coucher avec moi chaque jour toute une année, et d'avoir eu cette constance inébranlable, je ne dis point de ne pas ouvrir la bouche pour me parler, mais même de ne pas donner à comprendre que vous entendiez fort bien tout ce que je vous disois. Cela me passe, et je ne comprends pas comment vous avez pu vous contraindre jusqu'à ce point; il faut que le sujet en soit bien extraordinaire. »

Pour satisfaire la curiosité du roi de Perse : « Sire, reprit cette belle personne, être esclave, être éloignée de son pays, avoir perdu l'espérance d'y retourner jamais, avoir le cœur percé de douleur de me voir séparée pour toujours d'avec ma mère, mon frère, mes parens, mes connoissances, ne sont-ce pas des motifs assez grands pour avoir gardé le silence que Votre Majesté trouve si étrange? L'amour de la patrie n'est pas moins naturel que l'amour paternel, et la perte de la liberté est insupportable à quiconque n'est pas assez dépourvu de bon sens pour n'en pas connoître le prix. Le corps peut bien être assujetti à l'autorité d'un maître qui a la force et la puissance en main;

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mais la volonté ne peut pas être maîtrisée, elle est toujours à elle-même : Votre Majesté en a vu un exemple en ma personne. C'est beaucoup que je n'aie pas imité une infinité de malheureux et de malheureuses que l'amour de la liberté réduit à la triste résolution de se procurer la mort en mille manières, par une liberté qui ne peut leur être ôtée.

— Madame, reprit le roi de Perse, je suis persuadé de ce que vous me dites; mais il m'avoit semblé jusqu'à présent qu'une personne belle, bien faite, de bon sens et de bon esprit comme vous, Madame, esclave par sa mauvaise destinée, devoit s'estimer heureuse de trouver un roi pour maître.

— Sire, repartit la belle esclave, quelque esclave que ce soit, comme je viens de le dire à Votre Majesté, un roi ne peut maîtriser sa volonté. Comme elle parle néanmoins d'une esclave capable de plaire à un monarque et de s'en faire aimer, si l'esclave est d'un état inférieur, qu'il n'y ait pas de proportion, je veux croire qu'elle peut s'estimer heureuse dans son malheur. Quel bonheur cependant ! Elle ne laissera pas de se regarder comme une esclave arrachée d'entre les bras de son père et de sa mère, et peut-être d'un amant qu'elle ne laissera pas d'aimer toute sa vie. Mais , si la même esclave ne cède en rien au roi qui l'a acquise, que Votre Majesté elle-même juge de la rigueur de son sort,

de sa misère, de son affliction, de sa douleur, et de quoi elle peut être capable ! »

Le roi de Perse, étonné de ce discours : « Quoi ! Madame, répliqua-t-il, seroit-il possible , comme vous me le faites entendre , que vous fussiez d'un sang royal ? Éclaircissez-moi, de grâce, là-dessus, et n'augmentez pas davantage mon impatience. Apprenez-moi qui sont l'heureux père et l'heureuse mère d'un si grand prodige de beauté, qui sont vos frères, vos sœurs, vos païens, et surtout comment vous vous appelez.

— Sire, dit alors la belle esclave, mon nom est Gulnare de la mer; mon père , qui est mort , étoit un des plus puissans rois de la mer, et, en mourant, il laissa son royaume à un frère que j'ai, nommé Saleh, et à la reine ma mère. Ma mère est aussi princesse, fille d'un autre roi de la mer , très puissant. Nous vivions tranquillement dans notre royaume et dans une paix profonde , lorsqu'un ennemi, envieux de notre bonheur, entra dans nos États avec une puissante armée, pénétra jusqu'à notre capitale, s'en empara, et ne nous donna que le temps de nous sauver dans un lieu impénétrable et inaccessible, avec quelques officiers fidèles qui ne nous abandonnèrent pas.

« Dans cette retraite, mon frère ne négligea pas de songer au moyen de chasser l'injuste possesseur de nos États, et, dans cet intervalle, il me prit un

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jour en particulier: « Ma sœur, me dit-il, les événemens des moindres entreprises sont toujours très incertains; je puis succomber dans celle que je médite pour rentrer dans nos États , et je serois moins fâché de ma disgrâce que de celle qui pourroit vous en arriver. Pour la prévenir et vous en préserver, je voudrois bien vous voir mariée auparavant ; mais, dans le mauvais état où sont nos affaires , je ne vois pas que vous puissiez vous donner à aucun de nos princes de la mer. Je souhaiterois que vous pussiez vous résoudre d'entrer dans mon sentiment, qui est que vous épousiez un prince de la terre; je suis prêt d'y employer tous mes soins. De la beauté dont vous êtes, je suis sûr qu'il n'y en a pas un, si puissant qu'il soit, qui ne fût ravi de vous faire part de sa couronne. »

« Ce discours de mon frère me mit dans une grande colère contre lui. « Mon frère, lui dis-je, du côté de mon père et de ma mère, je descends comme vous de rois et de reines de la mer, sans aucune alliance avec les rois et reines de la terre; je ne prétends pas me mésallier non plus qu'eux, et j'en ai fait le serment dès que j'ai eu assez de connoissance pour m'apercevoir de la noblesse et de l'ancienneté de notre maison. L'état où nous sommes réduits ne m'obligera pas de changer de résolution, et, si vous avez à périr dans l'exécution de votre dessein, je suis prête à périr avec vous

plutôt que de suivre un conseil que je n'attendois pas de votre part. »

« Mon frère, entêté de ce mariage qui ne me convenoit pas, à mon sens, voulut me représenter qu'il y avoit des rois de la terre qui ne céderoient pas à ceux de la mer. Cela me mit dans une colère et dans un emportement contre lui qui m'attirèrent des duretés de sa part, dont je fus piquée au vif. Il me quitta aussi peu satisfait de moi que j'étois mal satisfaite de lui. Dans le dépit où j'étois, je m'élançai du fond de la mer, et j'allai aborder à l'île de la Lune.

« Nonobstant le cuisant mécontentement qui m'avoit obligée de venir me jeter dans cette île, je ne laissois pas d'y vivre assez contente, et je me retirois dans des lieux écartés où j'étois commodément. Mes précautions néanmoins n'empêchèrent pas qu'un homme de quelque distinction, accompagné de domestiques, ne me surprît comme je dormois et ne m'emmenât chez lui. Il me témoigna beaucoup d'amour, et il n'oublia rien pour me persuader d'y correspondre. Quand il vit qu'il ne gagnoit rien par la douceur , il crut qu'il réussirait mieux par la force ; mais je le fis si bien repentir de son insolence qu'il résolut de me vendre, et il me vendit au marchand qui m'a amenée et vendue à Votre Majesté. C'étoit un homme sage, doux et humain; et, dans le long voyage qu'il me fit faire,

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il ne me donna jamais que des sujets de me louer de lui.

« Pour ce qui est de Votre Majesté, continua la princesse Gulnare, si elle n'eût eu pour moi toutes les considérations dont je lui suis obligée; si elle ne m'eût donné tant de marques d'amour, avec une sincérité dont je n'ai pu douter; que sans hésiter elle n'eût pas chassé toutes ses femmes, je ne feins pas de lui dire que je ne serois pas demeurée avec elle. Je me serois jetée dans la mer par cette fenêtre où elle m'aborda la première fois qu'elle me vit dans cet appartement, et je serois allée retrouver mon frère, ma mère et mes parens. J'eusse même persévéré dans ce dessein , et je l'eusse exécuté, si après un certain temps j'eusse perdu l'espérance d'une grossesse. Je me garderois bien de le faire dans l'état où je suis. En effet, quoi que je pusse dire à ma mère et à mon frère, jamais ils ne voudroient croire que j'eusse été esclave d'un roi comme Votre Majesté, et jamais aussi ils ne reviendroient de la faute que j'aurois commise contre mon honneur, de mon consentement. Avec cela. Sire, soit un prince ou une princesse que je mette au monde, ce sera un gage qui m'obligera de ne me séparer jamais d'avec Votre Majesté. J'espère aussi qu'elle ne me regardera plus comme une esclave, mais comme une princesse qui n'est pas indigne de son alliance. »

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C'est ainsi que la princesse Gulnare acheva de se faire connoître et de raconter son histoire au roi de Perse. « Ma charmante, mon adorable princesse, s'écria alors ce monarque, quelles merveilles viens-je d'entendre ! Quelle ample matière à ma curiosité, de vous faire des questions sur des choses si inouïes ! Mais auparavant je dois bien vous remercier de votre bonté et de votre patience à éprouver la sincérité et la constance de mon amour. Je ne croyois pas pouvoir aimer plus que je vous aimois. Depuis que je sais cependant que vous êtes une si grande princesse, je vous aime mille fois davantage. Que dis-je, princesse! Madame, vous ne l'êtes plus : vous êtes ma reine et reine de Perse, comme j'en suis le roi, et ce titre va bientôt retentir dans tout mon royaume. Dès demain, Madame, il retentira dans ma capitale avec des réjouissances non encore vues, qui feront connoître que vous l'êtes, et ma femme légitime. Cela seroit fait il y a longtemps, si vous m'eussiez tiré plus tôt de mon erreur, puisque, dès le moment que je vous ai vue , j'ai été dans le même sentiment qu'aujourd'hui de vous aimer toujours, et de ne jamais aimer que vous. En attendant que je me satisfasse moi-même pleinement et que je vous rende tout ce qui vous est dû, je vous supplie, Madame, de m'instruire plus particulièrement de ces États et de ces peuples de la mer qui me sont inconnus. J'avois bien entendu parler les Mille et une Nuits. VI. i 5

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d'hommes marins, mais j'avois toujours pris ce que l'on m'en avoit dit pour des contes et des fables. Rien n'est plus vrai cependant, après ce que vous m'en dites; et j'en ai une preuve bien certaine en votre personne, vous qui en êtes, et qui avez bien voulu être ma femme, et cela par un avantage dont un autre habitant de la terre ne peut se vanter que moi. Il y a une chose qui me fait de la peine , et sur laquelle je vous supplie de m'éclaircir : c'est que je ne puis comprendre comment vous pouvez vivre, agir ou vous mouvoir dans l'eau sans vous noyer. Il n'y a que certaines gens, parmi nous, qui ont l'art de demeurer sous l'eau ; ils y périroient néanmoins s'ils ne s'en retiroient au bout d'un certain temps, chacun selon leur adresse et leurs forces.

— Sire, répondit la reine Gulnare , je satisferai Votre Majesté avec bien du plaisir. Nous marchons au fond de la mer de même que l'on marche sur la terre , et nous respirons dans l'eau comme on respire dans l'air. Ainsi, au lieu de nous suffoquer comme elle vous suffoque, elle contribue à notre vie. Ce qui est encore bien remarquable, c'est qu'elle ne mouille pas nos habits, et que, quand nous venons sur la terre, nous en sortons sans avoir besoin de les sécher. Notre langage ordinaire est le même que celui dans lequel l'Écriture gravée sur le sceau du grand prophète Salomon, fils de David, est conçue.

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« Je ne dois pas oublier que l'eau ne nous empêche pas aussi de voir dans la mer : nous y avons les yeux ouverts sans en souffrir aucune incommodité. Comme nous les avons excellens, nous ne laissons pas, nonobstant la profondeur de la mer, d'y voir aussi clair que l'on voit sur la terre. Il en est de même de la nuit : la lune nous éclaire, et les planètes et les étoiles ne nous sont pas cachées. J'ai déjà parlé de nos royaumes : comme la mer est beaucoup plus spacieuse que la terre, il y en a aussi en plus grand nombre, et de beaucoup plus grands. Us sont divisés en provinces, et dans chaque province il y a plusieurs grandes villes très peuplées. Il y a enfin une infinité de nations , de mœurs et de coutumes différentes, comme sur la terre.

es palais des rois et des princes sont superbes et magnifiques : il y en a de marbre de différentes couleurs; de cristal déroche, dont la mer abonde ; de nacre de perle , de corail et d'autres matériaux plus précieux. L'or, l'argent et toutes sortes de pierreries y sont en plus grande abondance que sur la terre. Je ne parle pas des perles ; de quelque grosseur qu'elles soient sur la terre, on ne les regarde pas dans nos pays : il n'y a que les moindres bourgeoises qui s'en parent.

• Comme nous avons une agilité merveilleuse et incroyable parmi nous de nous transporter où nous voulons en moins de rien , nous n'avons besoin ni

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de chars ni de montures. Il n'y a pas de roi néanmoins qui n'ait ses écuries et ses haras de chevaux marins; mais ils ne s'en servent ordinairement que dans les divertissemens , dans les fêtes et dans les réjouissances publiques. Les uns, après les avoir bien exercés, se plaisent à les monter et à faire paroître leur adresse dans les courses. D'autres les attellent à des chars de nacre de perle , ornés de mille coquillages de toutes sortes de couleurs les plus vives. Ces chars sont à découvert avec un trône, où les rois sont assis lorsqu'ils se font voir à leurs sujets. Ils sont adroits à les conduire euxmêmes, et ils n'ont pas besoin de cochers. Je passe sous silence une infinité d'autres particularités très curieuses touchant les pays marins, ajouta ia reine Gulnare, qui feroient un très grand plaisir à Votre Majesté ; mais elle voudra bien que je remette à l'en entretenir plus à loisir, pour lui parler d'une autre chose qui est présentement de plus d'importance. Ce que j'ai à lui dire, Sire, c'est que les couches des femmes de mer sont différentes des couches des femmes de terre; et j'ai un sujet de craindre que les sages-femmes de ce pays ne m'accouchent mal. Comme Votre Majesté n'y a pas moins d'intérêt que moi, sous son bon plaisir, je trouve à propos, pour la sûreté de mes couches, de faire venir la reine ma mère avec des cousines que j'ai, et en même temps le roi mon frère, avec

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qui je suis bien aise de me réconcilier. Ils seront ravis de me revoir dès que je leur aurai raconté mon histoire et qu'ils auront appris que je suis femme du puissant roi de Perse. Je supplie Votre Majesté de me le permettre ; ils seront bien aises aussi de lui rendre leurs respects, et je puis lui promettre qu'elle aura de la satisfaction de les voir.

— Madame, reprit le roi de Perse, vous êtes la maîtresse; faites ce qu'il vous plaira ; je tâcherai de les recevoir avec tous les honneurs qu'ils méritent. Mais je voudrois bien savoir par quelle voie vous leur ferez savoir ce que vous désirez d'eux , et quand ils pourront arriver, afin que je donne ordre aux préparatifs pour leur réception , et que j'aille moi-même au-devant d'eux. — Sire, repartit la reine Gulnare, il n'est pas besoin de ces cérémonies; ils seront ici dans un moment, et Votre Majesté verra de quelle manière ils arriveront. Elle n'a qu'à entrer dans ce petit cabinet et regarder par la jalousie. »

Quand le roi de Perse fut entré dans le cabinet, la reine Gulnare se fit apporter une cassolette avec du feu par une de ses femmes, qu'elle renvoya en lui disant de fermer la porte. Lorsqu'elle fut seule, elle prit un morceau de bois d'aloès dans une boîte. Elle le mit dans la cassolette , et, dès qu'elle vit paroître la fumée, elle prononça des paroles in-

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connues au roi de Perse , qui observoit avec grande attention tout ce qu'elle faisoit ; et elle n'avoit pas encore achevé que l'eau de la mer se troubla. Le cabinet où étoit le roi étoit disposé de manière qu'il s'en aperçut au travers de la jalousie , en regardant du côté des fenêtres qui étoient sur la mer.

La mer enfin s'entr'ouvrit à quelque distance; et aussitôt il s'en éleva un jeune homme bien fait et de belle taille avec la moustache de vert de mer. Une dame déjà sur l'âge, mais d'un air majestueux, s'en éleva de même un peu derrière lui, avec cinq jeunes dames qui ne cédoient en rien à la beauté de la reine Gulnare.

La reine Gulnare se présenta aussitôt à une des fenêtres, et elle reconnut le roi son frère , la reine sa mère et ses parentes, qui la reconnurent de même. La troupe s'avança comme portée sur la surface de l'eau, sans marcher, et, quand ils furent tous sur le bord, ils s'élancèrent légèrement l'un après l'autre sur la fenêtre où la reine Gulnare avoit paru, et d'où elle s'étoit retirée pour leur faire place. Le roi Saleh, la reine sa mère et ses parentes l'embrassèrent avec beaucoup de tendresse et les larmes aux yeux, à mesure qu'ils entrèrent.

Quand la reine Gulnare les eut reçus avec tout l'honneur possible et qu'elle leur eut fait prendre place sur le sofa, la reine sa mère prit la parole.

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